Les bons polars rapprochent les romanciers du firmament

24 avril 2013 5 commentaires

Une fois l’an, je prends des risques. Par risques, j’entends, sortir de ma zone de confort ce qui peut se traduire par exemple par l’achat d’un disque en dehors de mes goûts habituels. Ca me réussit, parfois, pas tout le temps.

Cette fois-ci, c’est Amazon (vous savez la librairie du diable), qui m’a fait une suggestion originale, un polar. Pourquoi originale ? Hé bien, parce que je ne lis pas de polars, habituellement. Agatha Christie, j’ai tenté, j’ai pas accroché. Gaston Leroux ? Trop daté, y compris dans l’écriture. Simenon ? Pas aimé. Frédéric Dard ? Truculent, mais ça doit pas être ma génération. Et je n’ai rien tenté non plus auprès des américains comme Dashiell Hammett ou James Ellroy, parce qu’échaudé par ma brève expérience du genre. En quelque sorte, j’en étais parvenu à la conclusion triste que le polar, ou le roman noir et moi, ça fait deux.

La suggestion d’Amazon, c’était le premier roman d’un jeune prodige d’un trentenaire affirmé, Olivier Gay : Les Talons hauts rapprochent les filles du ciel

olivier gay

Bon…le prix n’est pas excessif, le roman a gagné le prix du premier roman du Festival de Beaune en 2012, je me dis que je ne dois pas prendre trop de risques, allez, zou, emballé c’est pesé, en une minute, le roman est déjà sur ma kindle.

Je l’ai lu en une soirée. Impossible d’en décrocher. Le style est léger, amusant, sautillant, bourré de références, et de dérision et d’auto-dérision. Si le pari était de séduire le lecteur, c’est gagné. On suit les aventures de John-Fitzgerald, dit Fitz, un trentenaire affirmé, un parisien fêtard et friand d’aventures sans lendemain, procrastinateur le jour, dealer la nuit – mais il a sa ligne de conduite, une vraie déontologie attention, pas plus d’un gramme ou deux par personne et par nuit ! – . On est donc projeté dans un milieu très particulier, celui des nuits parisiennes, avec ses codes, les stars du moment qui viennent s’y montrer ou venir chercher un peu de cocaïne, ses videurs, ses serveurs, ses habitués. Une vraie peinture sociale.

Notre héro, ou plutôt anti-héro est aussi un fervent geek, accro aux MMO (des jeux online, sur PC), ce qui le rendra peut-être plus proche du jeune lecteur lambda. Quand il nous donne la description de sa piaule ou des clubs, ça sent encore un mélange improbable de stupre, d’alcool, de parfums de filles. On se surprend même à apprécier son parisianisme exécrable (rien au-delà du périph à l’exception de Neuilly !), tout comme la décadence du monde de la nuit. Et surtout il a ses amis, Deborah et Moussah (ah !) une professeur des collèges et un videur black…tous deux accros à la poudre blanche et Fitz se fait un plaisir, que dis-je, un devoir de les ravitailler. Il y a aussi Jessica, son ex, devenue flic…elle ne garde plus que des sentiments de grande sœur envers lui.

C’est dans ce cadre, et des meurtres en série de nightclubbeuses, que Fitz va être amené, malgré-lui, malgré sa nonchalance, malgré son dilettantisme professionnel, à mener une enquête…et à se retrouver fatalement dans la merde. Ce qui du point de vue du lecteur est une aubaine, sans que la situation ne soit réellement burlesque, on ne se prend jamais à le plaindre, un peu comme s’il l’avait cherché…

mannequins filles modèles

Le second volume, Les mannequins ne sont pas des filles modèles, paru cette année est dans la même veine : on prend les mêmes et on recommence ? Il y a de ça, on étoffe les relations entre les personnages, Moussah notamment ; on reste dans une galerie de portraits hauts en couleur (le fameux Nathan chef de l’agence de mannequins, ou tout simplement les mannequins elles-mêmes pas avares en coups bas). Le style reste le même à savoir actuel, racé, pétillant et farci de clins d’œil divers. Avec peut-être un côté geek plus présent, grâce à un hacker que l’on aime détester. On s’attache à ces camés, à ces losers en puissance en quelque sorte.

Le talent est dans la plume et dans la capacité à vous projeter dans un milieu donné. C’est réussi. Toutefois ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine, ça n’est nullement le propos. On est dans le roman de gare de compétition. Le type de roman que vous lisez parce que vous allez prendre le train ou l’avion, il vous faut du prêt à consommer, et facile à lire. Et que vous dévorez, parce que vous n’avez pas le choix, il faut le lire jusqu’au bout, sinon vous seriez frustré.

C’est frais et prometteur, l’auteur a une belle marge de progression à mon sens. Olivier Gay officie aussi dans la fantasy (Le Boucher), mais je crains de ne pas y retrouver les mêmes qualités. Auteur à surveiller, d’autant que je suis assez difficile, pour ne pas dire snob. Je suis d’ores et déjà sur les starting-blocks pour le prochain volume des aventures de Fitz !

Mouvements et postures, quelques éléments salutaires (2)

21 avril 2013 1 commentaire

La chaise (avec le fauteuil !) est la pire invention de l’humanité. Nos ancêtres ne disposaient pas de chaises. Tout au plus, ils s’asseyaient sur des rochers, des troncs d’arbres, que sais-je encore, et dans une posture différente. Certainement pas affalés. En squat sans doute. Aussi il faut tenir compte de notre anatomie pour optimiser sa posture au boulot. S’il n’est pas possible d’adopter une station de travail debout pour cause d’entreprise non conciliante, il est possible de minimiser les dégâts de la posture assise, en achetant des chaises-selles, par exemple. Pas pour limiter le manque de mouvement, mais tout au plus pour éviter d’abîmer la structure de votre corps. Je vous invite à lire cet article de Primal-Alpha. Le mal de dos, le mal du siècle comme on dit souvent. On va éviter de tomber dans l’erreur de la mono-causalité, mais il est indéniable que nos mauvaises habitudes contribuent à dérégler notre squelette.

Et après ? Comment adopter de bonnes postures, adopter une conduite de vie pour prendre soin de notre corps ? J’ai ouï dire que le yoga apportait un plus. Quelques exercices réguliers prescrits par un kiné peuvent aider, ponctuellement. Ces derniers temps et étant gênés, moi-même par quelques soucis lombaires (hé oui), j’ai ouvert et fini un livre rafraichissant en la matière, The new rules of posture, how to sit, stand and move  in this modern world, de Mary Bond.

mary bond rules posture

Voici un extrait (disponible par ailleurs en pdf sur son site) qui parlera à nombre d’entre vous, les paléos surtout :

Parce que les chaises sont omniprésentes dans nos cultures occidentales, la plupart des gens affirment que s’asseoir est naturel. Nos premiers ancêtres, toutefois, étaient des nomades dont les vies étaient un débit constant d’activité physique : marcher, chasser, cueillir de la nourriture,  faire et défaire les camps. Pour les tâches domestiques, ils s’agenouillent ou sont en position de squat. Quand ils étaient fatigués ils s’étendaient et dormaient. Ils n’avaient pas de chaises, et plus vraisemblablement, pas de douleurs dorsales. Dans les études des sociétés actuelles qui "squattent" plutôt qu’être assis sur une chaise, les chercheurs rapportent des taux plus faibles de dégénérescence des disques intervertébraux, que dans nos cultures assises. En Amérique moderne, personne au-delà de 4 ans n’est en position de squat.

Nos hanches ne sont pas assez flexibles. Mais squatter en soi n’est pas la base d’une colonne vertébrale saine. Ce que les gens provenant de cultures de squat ont en plus sur les cultures assises est qu’ils bougent plus en général. Le mouvement approvisionne les disques en fluide, les gardant suffisamment hydratés et nourris pour soutenir l’usure de la vie quotidienne. L’histoire occidentale ne mentionne les chaises qu’à partir de la période où les gens commencèrent à s’installer dans un lieu donné plutôt que d’errer de lieu en lieu. Les plus vieilles chaises restantes des anciennes cultures ont été trouvées dans la tombe de Toutankhamon, un pharaon égyptien qui est mort aux alentours de 1352 avant Jésus-Christ, même si les représentations de dignitaires assis sur des chaises datent de 1500 ans plus tôt. Être assis sur des chaises n’était pas répandu parmi les gens ordinaires, uniquement à partir de la révolution industrielle au dix-neuvième siècle.

Donc même si les classes les plus hautes se sont assises sur des chaises depuis 5 millénaires, les gens du peuple les ont utilisées seulement depuis 200 ans. Dans cette courte période, le travail des hommes et les modes de vie ont considérablement changé dans le sens de moins de mouvement corporel requis. La période électronique accélèrent cette évolution culture encore plus. De plus en plus de gens s’asseoient et deux fois plus longtemps qu’ils ne l’ont fait depuis la période précédent la seconde guerre mondiale. Les corps humains, toutefois n’ont pas eu de changements évolutifs correspondants : comme nos ancêtres, nos corps sont conçus pour bouger.

C’est clair, c’est limpide. Nous, autres urbains, travailleurs en bureaux, nous fourvoyons chaque jour.

Je regrette qu’il n’y ait pas de traduction de cet ouvrage. L’auteur a une base issue du rolfing. Ques’aquo le rolfing ? Le rolfing c’est l’Intégration Structurale (en françaisen anglais), théorisé par feu Ida Rolf. Bon, honnêtement, il se pourrait que (à l’instar de la méthode Mézières) les explications scientifiques de la méthode soient contestés et contestables : on y parle de l’influence de la gravité (la première force qui s’exerce sur nous), de la forme qu’est censée avoir la colonne vertébrale, du rôle essentiel des fascia (et du tissu conjonctif en général) dans la coordination musculo-squelettique, et évidemment donne des pistes, des mouvements à effectuer (si possible avec un thérapeute nommé rolfeur, en plusieurs séances) pour retrouver sa souplesse, guérir de maux divers, voire améliorer ses performances, de nombreux sportifs ou danseurs font appel à des rolfeurs dans ce but-là. Ainsi un français, un certain Hubert Godard, danseur de son état préface-t-il le livre de Mary Bond.

Le rolfing, un livre en français

Le rolfing, un livre en français

J’ai été échaudé quant à la lecture de ceci ou encore de ceci. Sur l’ouvrage ci-dessus, je n’ai pas franchement ressenti le fruit d’un mouvement sectaire, quoique les explications puissent être de niveau naturopathique : cela fonctionne, mais pour des raisons plus complexes que celles qui sont usuellement données (pseudo-scientifiques).  Quoiqu’il en soit, le livre de Mary Bond m’a paru un poil plus sérieux, moins aventureux dans les explications.

En résumé, ce qu’elle dit, c’est que la conscience tient une importance centrale : de ce point de vue la pratique de la sophrologie ou du yoga doivent aider. Elle embraye d’ailleurs sur la puissance d’une bonne respiration : ni trop courte, ni trop longue (contreproductif visiblement pour cause d’hyperventilation), celle-ci doit-être profonde et ventrale, vous devez sentir tout l’air passer par votre nez. Vous devez sentir l’ensemble des mouvements qui s’y produisent, de l’ouverture de votre cage thoracique et du diaphragme à l’expansion des poumons. Même l’expansion optimale des côtes aurait des vertus. Et je ne serais pas étonné que la plupart des effets positifs dû à la méditation ne sont que ceux d’une respiration optimale, que nous aurions tendance à ne pas assez pratiquer dans nos vies…

Elle liste un certain nombre de mouvements à effectuer, afin de retrouver souplesse, agilité et que disparaissent maux musculaires divers. En précisant qu’il est important de les varier, avec une remarque digne de Arthur de Vany, ou de Nassim Taleb :

La recherche suggère qu’effectuer des mouvements inhabituels contribue à l’intelligence et la créativité (réf) et peut même se trouver à la base de la conscience qui nous distingue des autres créatures. Quand des chercheurs ont comparé les mouvements de divers primates, ils ont vu que les chimpanzés se balançaient à travers les arbres avec des mouvements biens plus complexes et non stéréotypés que ne le faisaient les autres plus petits singes. Les primates plus lourds, nos cousins ancestraux devaient avoir suffisamment de conscience du corps pour éviter de tomber en bougeant de manière stratégique. Les petits primates pouvaient s’en sortir en répétant les mêmes actions encore et encore (réf)

Maintenant, je quitte ma chaise et je mets en pratique tous ces bons conseils !

Mouvements et postures, quelques éléments salutaires (1)

20 avril 2013 5 commentaires

J’ai longtemps hésité à poster cet article (en deux parties). Pour plusieurs raisons, c’était parce que cela entrait en résonance avec ma propre vie. Et aussi parce que je n’arrivais pas à trouver de fil directeur, bien qu’en possession des éléments pour l’écrire.

La nutrition compte. Beaucoup. Mais ce serait une erreur de limiter l’analyse de sa propre santé à la lumière de la nutrition seulement. Elle intervient, mais elle ne fait pas tout. Elle est une partie, certes importante, du mode de vie.

Le mode de vie, c’est l’ensemble des bonnes pratiques à adopter et qui font de vous que vous êtes en bonne santé, ou au contraire, que vous avez des problèmes récurrents. Je crois que la nutrition fait partie du mode de vie : avoir une nutrition riche en micronutriments, un équilibre calorique, pas trop d’alcool, peut-être jeûner. Il existe plusieurs modèles de bonnes nutritions, inutile de s’appesantir là-dessus. Aussi il faut reconnaitre que dormir suffisamment, est un passage obligé pour être en pleine forme : non seulement il fait manger davantage, ce qui aggrave potentiellement la partie nutrition du mode de vie, mais intervient aussi dans les maladies cardio-vasculaires, vous rend moins efficace au travail, provoque des blessures chez les sportifs en plus de bouleverser votre équilibre hormonal en diminuant votre taux de testostérone. Et encore ça n’est que la face émergée.

La gestion du stress compte aussi, d’ailleurs c’est pour cela qu’il est recommandé d’effectuer de la méditation.  Le stress (et les pensées négatives) accentue ou provoque des insomnies stress via le système nerveux sympathique. On notera donc que les problèmes sont interconnectés entre eux, et que pour cette raison, après avoir vu un praticien, on se voit obligé de combattre les maux sur plusieurs fronts.

Autres éléments qui peuvent jouer sur votre santé : l’isolement social, la sexualité, le manque de soleil et…une posture inadaptée.

Être assis peut aider à réfléchir...mais attention !

Être assis peut aider à réfléchir…mais attention !

Voilà qui est difficile à expliquer. La posture inadaptée par excellence est la posture assise. Je me souviens d’un article de Jean-Lou de Green-Escape que je n’avais pas trop pris au sérieux à l’époque. J’étais dans une posture (c’est le cas de le dire) de défiance vis à vis des études sur la station assise : après tout, il s’agit d’un mode de vie urbain, donc ça doit-être confondu avec pleins de choses, comme manger plus de junk food, faire moins de sport, etc. Et puis il y a eu cette étude parue il y a quelques mois qui m’a fait réfléchir :

L’activité physique à intensité minimale (rester debout et marcher) sur une longue durée améliore l’action de l’insuline et les lipides sanguins plus que de courtes périodes d’exercices de modérés à vigoureux (vélo) chez des sujets sédentaires à dépense énergétique comparable ; conclusions : une heure d’exercice physique quotidien ne peut compenser les effets négatifs de l’inactivité sur le niveau de l’insuline et les lipides plasmatiques si le restant de la journée est passé en étant assis.

Réduire l’inactivité en augmentant le temps passé à marcher ou en restant debout est plus efficace qu’une heure d’exercice physique quand la dépense énergétique est constante. Le premier mot qui m’est venu à l’esprit est…déprimant. Cela me renvoie à ma propre vie de sédentaire, qui travaille dans un bureau toute la journée. Et je dois dire que cette étude rejoint mon propre vécu : la période où j’étais le plus en forme était celle où j’étais en mission pendant 2 mois il y a quelques années, et donc très peu souvent assis. Et en ayant la même alimentation. Peut-être est-il possible de se demander quels auraient été les résultats en contrôlant la nourriture, la différence avec la station couchée (lire ?), les périodes de jeûne, mais le constat est sans appel : être assis tue. Dit autrement, faire un peu d’exercice ne fait du bien que dans le sens où cela éloigne du vrai mal, le manque de mouvement sur une période prolongée.

D’ailleurs il n’est pas obligatoire de courir pour en recueillir des effets positifs : selon cette étude la marche est aussi bonne que la course à pied, à dépense énergétique équivalente.

Et c’est loin d’être la seule étude allant dans ce sens. Le constat est partagé chez Dan’s Plan (en anglais) ou encore chez Alexis de Nouvel Homme qui s’est fendu d’un excellent article sur le sujet. Je réfléchis ainsi à adopter un bureau haut pour chez moi. Au boulot, cela risque d’être plus difficile. Je me lève toutes les heures pour effectuer quelques mouvements (des squats surtout). Mais suis-je certain que cela suffise ? Mystère et boule de gomme, peut-être est-il encore temps de changer de travail. Il n’est peut-être pas exagéré de penser que si vos parents retraités font de la randonnée tous les jours, du bricolage, ou quelconque activité physique basique même peu exigeante, ils soient en meilleure forme que vous, travailleurs urbains sur ordinateur !

Le Parrain des Anneaux

~ The Godfather of the rings ~ : if you can’t read french, feel free to translate via Google Translate. I suppose some elements would be interesting for cinema lovers that also likes to split hairs or futile analysis comparing these two very different sagas. Enjoy.

Je comblais mon retard cinématographique, en visionnant la trilogie du Parrain. Excellents films, y compris le tout dernier, différent, plus lyrique, mais pas moins bon. Le coffret paru il y a quelques années est d’une qualité rare, que cela soit au niveau du contenu et des bonus qu’au niveau de la qualité de l’image, sublime : la restauration effectuée est exceptionnelle et le spectacle proposé est proche des conditions de la sortie en salle, le tout pour près de 15h de visionnage, bonus inclus. Et le tout pour une bouchée de pain, le coffret dvd étant vraiment abordable. Au moment de visionner les bonus, j’ai été envahi par une idée persistante quoiqu’incongrue : ça me fait penser au Seigneur des Anneaux.

the godfather of the rings

Quel rapport entre la mafia italo-américaine du 20ème siècle et la saga d’heroic-fantasy développée par Tolkien ? Bien plus qu’il ne semble, à première vue. J’ai effectué une petite recherche sur internet, histoire de voir si je ne m’invente pas des bêtises, rien de bien probant, un topic sur un forum lambda sur le cinéma donne quelques rapprochements superficiels :

  •  Le Parrain est en trois parties, tout comme Le Seigneur des Anneaux
  • 5 d’entre eux sont dans le top 10 d’IMDB
  • Les deux trilogies un excellent casting
  • Elles ont gagné beaucoup de récompenses
  • Beaucoup de gens les citent dans leur propre top 10
  • Les deux trilogies sont considérées comme parmi les plus grandes trilogies

 Je vais donc m’attacher à voir quels sont les points communs significatifs entre les deux séries de films : je ne prétends pas que ça soit exhaustif, mais je fais l’impasse, en revanche, sur les différences. Elles sont évidentes pour tout le monde, ils me semble donc bien plus intéressant de se focaliser sur ce qui les rapproche.

En dehors des films

A l’origine, ce sont deux romans. C’est commun dans le cinéma, cela étant, mais ce n’est pas inintéressant de le noter, le roman de Mario Puzo sort en 1968, ceux de Tolkien (en fait devenu une trilogie, mais pensée comme un seul roman au départ) dans les années 50.

Je suis surpris par les points communs entre les deux réalisateurs. Avant de tourner leurs trilogies respectives, leurs chefs-d’œuvre, ils avaient bien quelques films à leur actif, mais rien de bien passionnant, à mon humble avis. Seule la passion de Peter Jackson pour un cinéma alternatif, branché série B et horreur, voire gore (Brain Dead, Bad Taste) rendaient certains fans de Tolkien sceptiques quant à sa capacité à mettre en scène la terre du Milieu. D’autres au contraire se réjouissaient de l’ascension irrésistible de ce cinéaste de l’underground – merci Mad Movies ! -. J’ai même cru comprendre que Peter Jackson et Francis Ford Coppola fonctionnaient un peu de manière similaire quant à l’écriture du film, la gestion des acteurs, jusqu’à la réécriture de certaines scènes au dernier moment.

peter jackson francis ford coppola

On notera une tendance à l’embonpoint (trop de glucides ? Bon, depuis Peter Jackson a fait attention, et Coppola ne l’était pas jeune), une barbe négligée, et des lunettes : parfait ce sont des geeks du cinéma ! Notons que leurs femmes dans la vie sont de vraies femmes de l’ombre, Fran Walsh étant co-scénariste pour le Seigneur des Anneaux, et Eleanor Coppola tient un rôle plus discret ; elle aussi a un métier lié au cinéma, elle fera des documentaires par la suite, dont un sur Apocalypse Now…réalisé par son mari), mais on ne peut s’empêcher de penser qu’elle a bien influencé ce brave Francis. Pour l’anecdote, Diane Keaton qui joue le rôle de Kay, la femme de Michael Corleone, s’est directement inspirée de Eleanor Coppola jusque dans les gestes : la femme américaine bon teint typée wasp et pas tout à fait intégrée au sein de la famille.

Les bonus des 2 coffrets (préférer ceux de la version longue pour le Sda) laissent apparaître une chose évidente : le tournage s’est déroulé comme en famille. Évident pour ceux du Parrain, mais dans le Seigneur des Anneaux aussi il ressort cette atmosphère familiale : les tournages se sont déroulés sur plusieurs années, et des liens se sont naturellement tissés entre les acteurs. Aussi le recrutement des deux personnages principaux a été problématique : Al Pacino n’ayant pas de suite convaincu les producteurs du film, et Viggo Mortensen ayant été recruté à la hâte après la défection du Aragorn originel. Au final, et a posteriori, dans l’un comme dans l’autre, ces choix sont évidents, il ne pouvait en être autrement. Le tournage du premier épisode du Hobbit a été l’occasion des retrouvailles pour certains des acteurs…à l’image du Parrain III tourné 20 ans plus tard environ : c’était comme s’ils s’étaient quittés la veille. Je note tout de même que Coppola va plus loin, n’hésitant pas à faire jouer sa sœur Talia (future Adrienne dans Rocky) ou encore Sofia Coppola, future réalisatrice. Et pour la bande-son, son propre…père! (Carmine Coppola).

Quelques similarités scénaristiques

C’est là que c’est probablement plus intéressant. Le premier thème qui me vient à l’esprit, c’est celui du pouvoir, et de son hérédité. Le pouvoir corrompt. On le voit transformer assez vite Michael Corleone, qui passe en une scène, du petit frère limite gringalet, à celui de vrai mafioso. Il hérite en quelque sorte du passé de son père quand il ne peut plus diriger la famille. Dans le Seigneur des Anneaux, cela passe plutôt par des allégories. L’anneau représente le pouvoir et il va corrompre les hobbits. Bilbon tombe par hasard sur l’anneau : tout comme Vito Corleone devient peu à peu, et presque par hasard le Parrain dans le second épisode, où Coppola filme brillamment De Niro représentant Vito jeune. Au moment de tuer le parrain local, il ne savait pas qu’il le deviendrait lui-même. Bilbon trouve l’anneau et ne sait pas que sa vie va profondément changer à ce moment-là…le Parrain de la Comté ? Peut-être pas jusque-là non plus. Il n’empêche que les deux œuvres commencent par un événement festif de taille où ses deux personnages jouent un rôle clé : l’anniversaire de Bilbon pour l’un et le mariage de Connie Corleone avec Carlo Rizzi.

L’héritage c’est le pouvoir, ou cet anneau si puissant qu’il corrompt les porteurs. Vito récupère la charge (et c’est le bon mot) de son père après que celui-ci ait été blessé, et alors qu’il refusait de se mêler des affaire de la famille il se propose de tuer les coupables. Frodon lui, hérite de l’anneau à son insu, via l’entremise de Gandalf, et est aussi innocent à première vue que Michael Corleone avant le meurtre. Pourtant porter l’anneau va avoir des répercussions irréversibles sur sa vie, son corps et son âme. Il y a clairement deux générations, celle de Vito/Bilbon, et celle de Michael/Frodon, la première s’empare par hasard du pouvoir/l’anneau, la seconde étant celle qui hérite, malgré elle et avec bien plus d’implications. Les flashbacks sur la vie de Vito jeune peuvent s’apparenter, en outre, à l’histoire de Bilbo Le Hobbit, les deux histoires racontant, ce qui s’est passé avant.

La corruption fait souffrir, et ce jusqu’à la mort : nous avons un Don Corleone pitoyable en fin de vie dans le Parrain III, qui meurt en vieillard esseulé. Ceci est traduit de manière plus poétique, bien évidemment, dans le Seigneur des Anneaux : Frodon comme Bilbon sont affectés par l’anneau, et Frodon encore plus, car ayant été blessé par un des chevaliers Nazgûl, et la quête de l’anneau a été éprouvante (épisode de l’araignée, ou même le rejet de l’amitié de Sam). Il a perdu son innocence de hobbit, il ne peut plus vivre dans ce monde-ci et est donc invité à rejoindre les terres immortelles, et donc à quitter définitivement la Comté. Une mort toute en métaphore, triste, mais adoucie. Pourtant le thème est le même : le pouvoir (ou l’anneau) ne les a pas épargné, ils ont souffert, et encore plus la seconde génération qui a hérité du pouvoir : Michael/Frodon. Leurs blessures sont irréparables, seule la mort constitue une échappée valable, et sans espoir de redevenir comme avant pour Frodon, ou de rédemption pour Mike : c’est quasi tout le long le thème du troisième volet où il tente de tente d’apaiser ses relations avec tout le monde, y compris l’église, en se rachetant une conscience. C’est tout bonnement impossible et son passé est là pour le lui rappeler. Je note que Michael meurt en Sicile, loin de l’agitation et de la vie new-yorkaise, c’est un choix similaire à celui de Frodon.

Il est peut-être temps de partir...

Il est peut-être temps de partir…

Je voulais finir sur le dernier thème qui apparaît cher à Coppola : la famille. Bien sûr il est omniprésent, et même redondant dans le Parrain, mais pas totalement absent du Seigneur des Anneaux : le premier volet se nomme après tout, la Communauté de l’anneau, en rapport avec la communauté des personnes soudées autour du porteur de l’anneau, mais également de l’alliance entre les divers clans (elfes, nains, hommes). A rapprocher de la communauté italo-américaine de New-York qui est divisée en plusieurs clans ou familles…les traîtrises sont le lot de la vie quotidienne. Une traîtrise dans la communauté de l’anneau ? Oui, Boromir qui tente de s’emparer du pouvoir, pardon, de l’anneau, dans le premier film. Et puis c’est pas comme si Tolkien n’avait pas édité de nombreux arbres généalogiques non plus, ou que dans le début du Seigneur des anneaux (le livre) on n’était pas assommé de noms de hobbits…la -première – vision du Parrain est aussi difficile, la première fois, on confond les noms tellement il y en a, et même les liens entre les personnages.

Les deux séries marquent incontestablement leur époque. Le Parrain constitue un point de non-retour dans les films de gangsters : oui ceux-ci avaient déjà un peu changé au détour des années 40 via les films noirs, avec des personnages ambigus, et une morale moins simpliste que les films d’auparavant, ceux des années 20 ou 30. Mais Coppola va plus loin et offre une vraie peinture quasi-naturaliste de la mafia et des familles italo-américaines. Il y a clairement un avant et un après le Parrain, tant dans la manière de filmer, que dans la direction du jeu des acteurs. Pour le Seigneur des anneaux, c’est un peu pareil, mais dans l’univers des films de fantasy : un an auparavant, sortait Donjons et Dragons, un nanar qui faisait honte à tout les amateurs de ce type d’univers. La sortie du Seigneur des Anneaux a changé le regard que l’on porte sur ce type de films. C’est devenu un phénomène aussi.

Je ne sais pas si je divague ou pas, en tout cas, ça m’a paru intéressant de comparer des œuvres que tout sépare, de la mise en scène aux objectifs des réalisateurs : faire dans le réaliste pour l’un, faire rêver pour l’autre. Où même l’époque des tournages. Peut-être que mes comparaisons sont maladroites. Il y a peut-être quelques points évidents avec la Guerre des Étoiles et son foutu côté obscur de la force qui n’est qu’une énième variation autour du pouvoir et de sa conquête, je n’oublie pas non plus que George Lucas fait partie de la nouvelle vague au début des années 70, au même titre que Francis Ford Coppola.

Les insectes dans notre assiette

16 février 2013 15 commentaires

Soyons clairs : la consommation d’insectes est le parent pauvre de l’alimentation paléo, le maillon faible, la cinquième roue du carrosse. Il est plus facile de parler du dernier gâteau au miel cru et à la farine de noix de coco, ou d’une carbonara primale à base de courge spaghetti (à la place des pâtes au blé). Et je comprends très bien, la simple évocation de manger des insectes évoque en nous quelque chose de répugnant. Pourtant il semble prouvé que les insectes faisaient parti de notre alimentation par le passé. C’est d’ailleurs la première remarque narquoise des sceptiques du régime paléo, vous mangez des insectes ? , un peu fier d’avoir trouvé la faille de nos paléo-urbains.

Et puis quelles espèces manger ? Et comment les cuisiner ? Non décidément, pas question de s’improviser mangeur d’insectes, le mieux étant sans doute de le faire dans les parties du globe où ils font partie des mets quotidiens. Et ce d’autant que les insectes de nos latitudes peuvent bien être chargés en pesticides. Il y a peut-être un parallèle à faire avec les champignons, toutes les espèces n’étant visiblement pas comestibles.

Appétissant le criquet, non ?

Appétissant le criquet, non ?

Les mammifères, les poissons ou les fruits de mer rencontrent bien plus de succès. Jean-Lou de Green-Escape a d’ailleurs écrit un très bon article sur le sujet, il y a près d’un an, où l’on comprend les avantages de l’entomophagie – ça claque plus qu’insectivorisme, non ? -, aussi bien nutritionnels qu’écologiques (le rendement est phénoménal). Il y a comme un certain air prophétique dans sa conclusion, tout en regrettant la faiblesse de l’offre actuelle, principalement constituée  de friandises aux insectes  :

Néanmoins, je suis persuadé que l’entomophagie, c’est à dire la consommation d’insectes par l’être humain va se développer. Attendez vous à voir les insectes envahir vos assiettes au cours des prochaines années sous une forme visible ou invisible dans la liste des d’ingrédients.

Pas plus tard que le mois dernier, j’ai eu une agréable surprise, en apprenant que très près de chez moi, à Saint-Orens de Gameville (Sainto’ pour les intimes) une startup a vu le jour, elle cultive des insectes comestibles, de manière bio (grillons et vers de farine, pour le moment). Elle se nomme Micronutris, et vous pouvez retrouver des vidéos de la télévision sur son site web.

Mais si on veut commander, ça sera sur le site Mangeons-des-insectes.com.

mangeons insectes

Le site est sympathique, plutôt pédagogique (lire la FAQ !), un blog à rajouter à vos flux RSS, des recettes et les habituels réseaux sociaux. Il est déjà dans mes favoris.

Leur offre de base se limite seulement aux inévitables chocolats comme le regrettait Jean-Loup, mais des insectes déhydratés sont également disponibles sous forme de sachets (grillons et vers de farines). Mais gageons que leur offre devrait s’étoffer au fur et à mesure du succès rencontré, ainsi que les prix. Je tique un peu sur l’argument "pauvre en graisses" mais ça c’était prévisible. Je réfléchis déjà à une recette avec de l’huile de noix de coco…ils n’en sont qu’à leurs débuts, mais je suis très enthousiaste, c’est un euphémisme.

Des articles et photos sur la presse régionale (non exhaustif)

ToulécoLa Depeche du MidiL’IndépendantMidi-Libre

micronutris

Catégories:Nutrition, Paléo, Santé

Cholestérol : mais que se trame-t-il ?

14 février 2013 5 commentaires

Je ne sais pas exactement ce qui se passe, ils se sont tous donnés le mot.

On m’a informé d’un article sur le Huffington Post, à propos du cholestérol.

Quelques jours plus tard, c’est au tour du Nouvel Observateur d’aborder le sujet.

Michel de Lorgeril est passé sur France3 hier soir (aller vers 18.50).

Sur Books.fr, et certainement de mèche avec le Huffington Post, même rengaine, un dossier sur le sujet :

Obélix...meilleur ami d'Idéfix...

Obélix…meilleur ami d’Idéfix…

On pourra même y trouver, entre autres une interview de ce cher Uffe Ravnskov, avec une bibliographie intéressante, j’y découvre même certaines références. Je suis sur le cul, ouais. Les langues commencent à se délier…enfin ?

La vraie question c’est pourquoi ? La simple consultation du blog de Michel de Lorgeril donne quelques infos, sous le titre évocateur "Attention, ça va bouger".

Plusieurs revues de langue anglaise viennent de publier des articles, plutôt présentés comme des « opinions » ou des « personal views » dénonçant les pratiques de l’industrie, celle du médicament et celle de l’agroalimentaire !

C’est violent [on parle dans le British Medical Journal de "crimes mafieux" ou "corporate crime"] et quand même assez inattendu juste maintenant.

C’est plutôt de bonnes nouvelles en perspectives : on sait déjà que la promotion, la diffusion de l’hypothèse lipidique était de nature politique. Là il semble enfin que la société civile ait réuni suffisamment de preuves pour désigner les coupables, depuis tant d’années. Scientifiquement, elle avait déjà du plomb dans l’aile – bien que l’on en parle très peu en francophonie – il manquait encore le coup de grâce sur Big Pharma et les statines, les complices du monde industriel, médical et politique.

Je prépare le popcorn les amandes et le Porto. Ca va être passionnant.

Catégories:Nutrition, Santé

Soigner la parole, soigner l’esprit

1 février 2013 2 commentaires

Feu Paul Watzlawick (1921-2007)  était un homme fascinant, terriblement cultivé, qui a souvent pris la plume pour vulgariser ses travaux ainsi que ceux de ses collègues, Bateson par exemple.

C’est le fer de lance de l’école de Palo Alto, son meilleur ambassadeur pour être plus précis. C’est une école de psychologie à but thérapeutique, un peu méconnue, se démarquant de l’ancêtre Freud sur plusieurs points : les interactions entre individus sont plus analysées que le psychisme profond d’iceux. De même parmi les enseignements de cette école, les thérapies cognitives courtes sont préférables à de longues séances de psychanalyse dédiées à trouver en vain l’ultrasolution et qui vous épuisent plus que le problème initial en soi et qui résoudrait en même temps tout les maux de l’humanité  : opération réussie, patient décédé sonne comme une blague mais démontre l’absurdité du jusqu’au-boutisme.

Le néophyte se dirigera vers des ouvrages de vulgarisation, justement écrits à destination du grand public comme Faites-vous même votre propre malheur, ou Comment réussir à échouer – trouver l’ultrasolution

palo alto

2 best sellers de l’école de Palo Alto

Ce sont des livres assez courts et qui introduisent le lecteur à la vision qu’a Paul Watzlawick de la psyché humaine, des relations, et peut-être même, de la vie. C’est une vision assez humoristique, plutôt absurde, les titres sont d’ailleurs assez évocateurs.

Toutefois, j’ai une préférence pour Le langage du changement, véritable bijou qui résume bien la pensée Palo Altienne et qui aborde la notion de double-contrainte, ainsi que celle de des injonctions paradoxales, impossibles à respecter et pouvant créer à terme certaines confusions mentales ou psychopathologies (cf. Vers une théorie de la schyzophrénie, Bateson, paru en 1956) :

  • Sois spontané ! – la plus célèbre.
  • Il est interdit d’interdire ! – tiré de mai 68, car Watzlawick était non seulement cultivé, mais également francophile !
Peut-être le meilleur ?

Peut-être le meilleur ?

Le point de départ est que les thérapeutes doivent avoir un langage : la parole peut-être thérapeutique, salvatrice pour le patient, encore faut-il le savoir, et comment l’utiliser à bon escient. On y apprend quelques rudiments sur les différences entre les deux hémisphères du cerveau, selon lui, ce n’est pas avec le cerveau gauche dit « rationaliste » que l’on peut se débarrasser d’un problème ou vivre sereinement avec mais avec le cerveau droit, plus branché en mode « artistique »* : trop de logique tue la logique, et une solution logique ne saurait être la bonne. En revanche « Prêcher le faux pour obtenir le vrai » pourrait être un proverbe qui résume son approche. Un peu à la manière de l’homéopathie, il suggère de prescrire le symptôme, de combattre le mal…par le mal en quelque sorte. Il donne un exemple lumineux, celui de John Hunter, auteur d’un Traité des Maladies Vénériennes au 18ème siècle, disponible sur Google Books :

Un gentilhomme me confia avoir perdu ses pouvoirs sexuels (…). Après plus d’une heure de consultation, je tirais de son cas les constatations suivantes : d’une part, il avait à des moments inopportuns de fortes érections, ce qui prouvait qu’il était bel et bien en possession de ses pouvoirs naturels, que ces érections étaient accompagnées de désir, ce qui à son tour, est ce que nature requiert, mais que malgré cela, il demeurait une certaine insuffisance que je supposai provenir de son état d’esprit. Je lui demandai alors s’il réagissait de la même manière avec toutes les femmes. Sa réponse fut négative : avec certaines femmes il parvenait à jouir normalement. Cette remarque me permit de circonscrire la source du mal plus étroitement. Il s’avérait donc qu’une seule femme était responsable de faire naitre cette incapacité, et qu’à son tour l’incapacité était due au désir trop vif du monsieur de mener son entreprise à bien. Comme cette situation provenait exclusivement de son attitude mentale résultant d’une circonstance particulière, il fallait faire appel au cerveau pour réussir la cure. Je lui dis, par conséquent, qu’il guérirait s’il lui était possible de se fier entièrement à sa propre volonté de continence. Après que je lui eus expliqué ce que j’entendais par cela, il m’assura de se sentir parfaitement capable de contrôler ses actes et ses décisions. Je lui dis donc que, s’il avait vraiment confiance en lui-même, il devait s’allonger auprès de cette femme tout en se promettant de s’abstenir de tout rapport avec elle six nuits durant, quels que fussent sa puissance ou ses désirs, et de m’informer du résultat obtenu, ce qu’il convint de faire. Une quinzaine de jours plus tard, il vint me dire que la nouvelle démarche avait produit une telle transformation en lui que non seulement la puissance était revenue, mais que lorsqu’il se couchait tout les soirs, l’angoisse n’était plus celle de son impuissance, mais au contraire celle de se trouver possédé d’un désir si violent qu’il risquait de s’en trouver fortement incommodé, ce qui en fait s’était produit, et qu’à présent il était prêt à réduire la durée de temps convenue au préalable. Le « maléfice » une fois rompu, esprit et virilité marchaient de pair, l’esprit ne revenant plus jamais à son état premier.

On comprend dès lors son amour pour l’humour absurde développé par exemple dans Faites vous-même votre propre malheur. Sans tomber dans les affres de l’humour-thérapie, les thérapies courtes inspirées de Palo Alto désarçonnent le patient pour son bien, à l’aide d’outils qui ont fait leurs preuves. Par exemple quand le patient est atteint de panique, le thérapeute prend le contrepied, en posant des questions absurdes hors-propos du type « Quand avez-vous passé le bac ? » ou « Qu’avez-vous mangé ce matin » en étant sérieux et pressant, histoire de détourner l’attention.

Aussi il est intéressant de noter qu’il explique de manière scientifique les pouvoirs de certains gourous, chamans : nulle trace de magie nulle part, juste des outils, ces éléments de langage dont certains sont connus depuis très longtemps ont bel et bien des propriétés thérapeutiques, curatives. Et ça n’est pas ésotérique que de l’affirmer, c’est comme ça qu’il semble que l’on fonctionne.

* c’est une vision bien entendu réductrice, j’admets, pour aller plus vite.

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