Voulez-vous être harcelé(e) ?

C’est la question absurde. Bien sûr que non.

Le harcèlement, moral ou sexuel est une plaie, à l’école, en milieu associatif, dans la rue ou même au travail.

C’est dans ce cadre que ma femme a été l’objet de harcèlement moral et sexuel par un véritable pervers. 4 ans à contenir les assauts répétés, minimes au débuts, insidieux – aucun geste indélicat de sa part -, et de plus en plus insistants. Je ne peux pas faire la longue liste de tous ses méfaits, j’en vomirais.

Au moins deux ans de déni, puis un an de honte. Un an de premier combat qui n’a pas abouti…police inutile, c’est de sa faute, forcément.

Il s’est calmé.

Puis il a repris, quelques mois plus tard.

Elle a constitué un dossier de plus en plus solide, aidé en cela par des syndicats, une conseillère juridique. Deux lettres absolument factuelles, sans aucune interprétation des faits (on a du s’y reprendre je ne sais combien de fois). Un dossier comprenant donc ces faits sur 3/4 ans exprimés d’une manière neutre dont la Suisse serait jalouse, mais aussi des sms avec copie d’écran, des mails factuels  envoyés à chaque fois qu’il faisait quelque chose (sur les conseils d’un ami…syndiqué) : ces mails était une arme pour expliquer ce qu’il faisait, envoyés directement, le lendemain des faits au harceleur. Pas de réponses…qui ne dit mot consent.

harcèlement
Ces textos – sélectionnés -, il m’en coûte de les publier…mais si cela pouvait faire électrochoc à d’éventuelles personnes harcelées…pensez quand même tout ça n’est pas arrivé d’un coup. Et qu’elle ne savait pas comment réagir…oui j’ai eu envie de lui taper dessus, ou taper du poing sur la table. Ce n’était pas une bonne stratégie, face à un esprit hyper procédurier, et sans doute, protégé…sans que je n’ai pas la preuve concrète.

Une enquête a été menée sur près d’un mois au sein même de l’entreprise, ma femme a été mise en congés en attendant.

A son retour, peu de temps après, il a été viré.

Que de stress, que de malheur a pu faire cet homme (ma femme n’est pas la seule victime), combien de couples détruits (même le notre n’en est pas ressorti indemne, je crains), combien de souffrance…heureusement il a été écarté*, on se doute bien qu’il aurait mérité un procès dans le civil (ou pénal ? Je ne suis pas juriste)…

Donc victimes et futures victimes, et entourage des victimes, il faut apprendre à réagir, à comprendre le harcèlement, réduire la période de déni/honte, et soutenir la victime. Cela n’est pas chose facile, parfois la personne harcelée fait preuve d’agressivité, comme exultation trop-plein du harcèlement subi. Voir un psychologue et faire du sport pour évacuer n’est pas une mauvaise chose.

*on l’aurait plutôt aimé écartelé.

Puis il est venu le temps des recherches, des explications… « google » a été utile pour comprendre les ressorts du harcèlement. On a des explications brèves ici par exemple, sans trop rentrer dans les détails. Le portrait dressée de la victime correspond à celui de ma femme, ce besoin d’être droit dans ses bottes, sérieuse, appliquée au travail. Si le profil des victimes est souvent le même, cela ne veut pas dire qu’on désire ce harcèlement, hein, je vous vois venir. Personne de sain ne mérite ou ne désire être harcelé, c’est une vraie souffrance, dont on ne se sort que par un combat en y laissant des plumes, ou par la fuite, au risque de laisser le harceleur trouver une autre proie.

Aussi en discutant avec certaines personnes (Coucou Claude-Isabelle), peut-être qu’elle serait une adulte avec un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH)…et moi aussi, mais en moins hyperactif (TDA simple mais hyperfocalisant, sur la nutrition disons ?). La meilleure ressource pour le versant adulte du TDA est sur le site tdah-adulte.org avec une trèèès longue page qui dissuadera pas mal de gens. Je trouve pas mal de points communs entre le profil des gens harcelés et le TDA/H, peut-être ça n’est qu’un hasard.

Les méthodes (cohérence cardiaque, neurofeedback ou même sophrologie) peuvent pallier certaines déficiences légères, peu ou pas reconnues dans notre bon vieux pays, la France, qui, comme pas mal de sujets, cumule du retard. Y a des grands pontes (freudiens notamment) à dégager, et une inertie systémique qui fragilise le pays…on le voit tous…

Je n’aime pas être « mis en case », pas plus que je ne souhaite me glorifier de quoique ce soit – je ne me sens pas doué ou Haut Potentiel (HP comme Harry Potter c’est rigolo) comme disent ceux qui se nomment zèbres. Par contre les symptômes négatifs du TDA, je m’y reconnais, tout comme je me reconnais dans la notion de zappeurs développée avec brio par le docteur Dominique Dupagne. Pour donner une idée du genre d’inattention qui me pourrit la vie : je suis du genre à mal fermer la porte du congélateur avant de partir au boulot le matin…c’est amusant, oui et non…je vois ça comme une nouvelle porte d’entrée pour la réalisation de soi, en gommant certains aspects inhérents à ma personnalité.

Et sinon…merde…y a encore une explication évolutionniste – critiquable – à base d’homme préhistorique, de chasseur-cueilleurs et autres, je ne suis pas allée la chercher, promis :)

Un séjour à Fuerteventura (et Lanzarote)

Il y a un temps pour tout, pour bosser, surtout et de temps en temps, partir en vacances. J’ai été amené à sortir du territoire national malgré une carte d’identité périmée – et non concernée par la prolongation de 5 ans -. Ma miss qui sortait d’une période très difficile – tant au niveau job que dans son milieu associatif – a réclamé de partir sans plus tarder. Peu importe où, mais se reposer, loin de tout.

Pour un casanier comme moi, ce fut comme une exhortation à se dépasser un peu, à mettre en pratique ces années très scolaires d’apprentissage de l’espagnol et de l’anglais. Le choix s’est vite porté sur les Îles Canaries, bon compromis entre notre budget limité et nos envies de soleil malgré tout. C’est pendant ce séjour que j’ai appris le carnage à Charlie Hebdo, et j’ai fait en sorte que les événements n’aient pas trop gâché mon séjour.

Voici une sélection de photos, dont un étrange patatier (ou arbre à patates), je n’ai pas eu le réflexe d’aller demain de quoi il s’agissait. Si l’un d’entre vous, fin connaisseur des flores insulaires et/ou tropicales pouvait déterminer l’espèce et le fruit…j’ai cru à une sorte de poisson d’avril en janvier, comme si les rois mages étaient d’éminents farceurs en Espagne…

Les photos ci-dessous ont été faites à Fuerteventura et à Lanzarote. La première est assez désertique en son centre, et touristique sur les côtes, la seconde plus préservée, et très volcanique. On fera peut-être Tenerife et Grand Canaria une prochaine fois.

Salines à Fuerteventura

Salines à Fuerteventura

Le fameux patatier

Le fameux patatier

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IMG_20150108_160108Littoral de Lanzarote Littoral de Lanzarote

Ceci...est une vigne !

IMG_20150108_152901IMG_20150108_152636 Ceci…est une vigne ! (Lanzarote)

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Et donc le vin local

Du crossfit et des vibram à Lanzarote, still paleo !IMG_20150108_133608Du crossfit et des vibram fivefingers à Lanzarote, still paleo !

Du gofio...mélange de blé, huile d'olive, sucre, pas paléo, mais délicieux.

Du gofio…mélange de blé, huile d’olive, sucre, pas paléo, mais délicieux. (à goûter aussi les sauces mojos et le ronmiel, du rhum avec de la crème de miel, délicieux aussi !)IMG_20150108_113509

Coquins les guanches, les anciens indigènes des canaries

Non mais aloe quoi !  A la fois laxatif, viagra naturel, anti-cancer, bonne pour la peau... une super-plante ?

Non mais aloe quoi ! A la fois laxatif, viagra naturel, anti-cancer, bonne pour la peau… une super-plante, un peu surestimée, attrape-gogo pour les touristes en quête de nature et de miracles ?

IMG_20150106_111503Fuerteventura...on voit même la mer.Fuerteventura…on voit même la mer.

Chameaux à la plage.

Chameaux à la plage.

une recette de cuisine, la daube 2.0

édit : mise à jour du 31/01/2015, avec photos supplémentaires

Bonjour et bonne année :) Meilleurs vœux à tout le monde, et que 2015 voit le maintien de vos résolutions décisions.

Je vous encourage malgré tout à rester près de votre plan de travail, votre cuisine ! Car c’est en cuisinant que l’on reste attentif à ce que l’on mange, et que l’on peut retrouver la forme après des agapes bien trop riches !

Toutefois, la recette proposée ici, n’est pas exactement ce dont vous avez besoin, elle est pas diététique on va dire, trop riche. On a tout de même du bêta-carotène dans la carotte, de l’amidon résistant dans les pommes de terres, de la quercétine – un antioxydant – dans les oignons et échalotes, des bonnes graisses saturées de la couenne de bœuf, des terpènes contenus dans les thyms et laurier et même de la gélatine pleine de bonne glycine avec des propriétés intéressantes, dont celle de compenser par exemple l’activité par trop nocive de la méthionine…du moins quand on en mange trop. Et c’est souvent le cas avec nos viandes-muscles que nous consommons aveuglément tous les jours (steak !). Ca tombe bien, la recette ci-dessous prend pour base une viande un peu plus riche en collagène que la normale, la cuisson longue à feu doux va donc délivrer de la gélatine en quantité honorable, pas autant qu’un bouillon de poulet cela étant. Au final, la texture la viande est fondante, c’est bien ce qui nous intéresse, que ça soit bon, et que le jeu en vaille la chandelle.

Je vous offre ma version de la daube (qu’on nomme parfois civet avec d’autres viandes), c’est comme ça que je la fais, il y a peut-être des puristes qui vont s’étrangler avec et me dénoncer au syndicat du bon goût, des us et des coutumes de la table, mais c’est la vie. Les olives, le thym et les feuilles de laurier donnent une note méditerranéenne font qu’on la nomme souvent daube provençale.

Pour les étiquettes, c’est gluten free, paléo friendly (façon Richard Nikoley en tout cas), grand-mère compatible, sans lactose, mais avec des fodmaps (oignons)…à vous de voir. Pas compatible végan ni végétarien non plus, m’en voyez désolé.

Daube de joue de bœuf à la clair et lipide : pour 4 personnes gourmandes…ou 6 personnes vite rassasiées, au pire ça se congèle si on en mange pas le lendemain. Pour chaque ingrédient, bio c’est meilleur pour le goût, et garanti sans pesticides. Pour la viande, nourrie à l’herbe est un plus…pas évident à trouver. Souvent elle est finie aux céréales, ou comment gâcher l’élevage…

Pour faire cette recette connue des grands-mères, vous avez besoin des ingrédients suivants.

  • Beaucoup de temps devant vous. Personnellement je bloque un après-midi complet.
  • 200 grammes de joue de bœuf par personne, soit 800g au total. Pensez à réserver 3 à 4 jours avant l’achat, votre boucher n’est pas un supermarché, il n’a pas tout dans ses rayons !
  • Demandez des couennes en même temps au boucher. Demandez aussi à ce qu’il vous la découpe.
  • Quelques lardons.
  • 1 gros oignon par personne. Donc 4 oignons au total. Si vous aimez pas ça, vous pouvez aller jusqu’à 5 ou 6 oignons, j’en mets personnellement une dizaine de moyens.
  • 4 échalotes. Oui c’est presque pareil que les oignons mais c’est pas le même goût non plus.
  • Une dizaine de carottes moyennes. J’aime pas l’idée de ne manger que de la viande, j’ai tendance à faire profiter la sauce à tous les légumes environnants, même s’ils sont pas variés (à noter que certains rajoutent du navet, c’est possible aussi).
  • Une bouteille de vin rouge, je recommande des crus tanniques, pour ça le sud-ouest est bien doté, je recommande au choix : Madiran, Côte de St-Mont, Cahors, Corbières ou Fitou. Pour la cohérence, l’accord mets et vins…évidemment, si vous buvez du vin au repas, prenez la même bouteille. Pas la peine de prendre un grand cru, pas certain que ça soit meilleur au final, puis, c’est une recette de pauvre à la base, nos ancêtres n’avaient pas que ça à faire à mettre 50€ dans une bouteille.
  • De l’Armagnac. Si vous comptez pas faire régulièrement des recettes de ce type, et que vous n’en buvez pas, vous avez la possibilité d’acheter de l’alcool de poivrot en petite bouteille, l’Armagnac Saint-Vivant de la compagnie des Flasks.
  • Je ne sais pas ce que c’est le Cognac, je connais l’Armagnac, puis c’est tout.
  • Un bocal d’olives vertes dénoyautées. C’est plus simple pour les convives je trouve.
  • Un bocal de champignons, mettons des cèpes ou bolets. Si vous les avez cueillis vous-mêmes, c’est encore mieux.
  • Du thym, une poignée comme sur cette photo. Idem cueillette, précédent…
  • Quelques feuilles de laurier, disons 12 (3 par personne). Au-delà elles risquent de se perdre dans la mixture, enfin c’est vous qui voyez. Même remarque pour les guerriers paléo friands de cueillette.
  • 12 pommes de terre moyennes, 3 par personnes environ, les lowcarbers et autres kétomanes peuvent toujours les refiler à leurs voisins.
  • Un peu d’huile d’olive
  • Un peu de poivre – pas de sel, liberté d’en rajouter à table -
  • Un peu de miel de romarin, ou un autre type de miel, ça ajoute une autre coloration méditerranéenne.
Une photo de groupe avant cuisson

Une photo de groupe avant cuisson

J’utilise une marmite en aluminium, certains suivent la recette en mettant au four dans un récipient approprié. La marmite a un potentiel mémé plus développé, pour ceux qui ont une âme nostalgique…pis ça n’embaume pas la cuisine de la même manière.

  • Mettre les couennes, régler le thermostat sur 4, dès que ça commence à donner du gras, mettre les joues à cuire pendant 1/4 d’heure. Tournez et retournez les joues de manière à ce qu’elles soient cuites d’apparence. Enlevez les couennes, réservez les joues à part, à température ambiante.

daube jouesNote : certains préfèrent faire mariner la viande une nuit au réfrigérateur.

  • Ouvrir la bouteille de vin, une heure avant le début des opérations.
cahors château de rouffiac

Château de Rouffiac, un Cahors honorable

  • Couper les oignons en dé. Les placer dans la marmite, réglage du thermostat à 3 (plaques, cuisson à gaz…). Faites revenir doucement les oignons. Rajoutez un peu d’huile d’olive si le gras des couennes est insuffisant.
daube oignons

Oui, beaucoup d’oignons…mais c’est bon !

  • Rajouter les lardons.
  • Faites revenir jusqu’à ce que les oignons et les lardons soient biens cuits.
  • Remettre les joues.
  • Préparer les carottes découpées en rondelles.
daube oignons

Oui beaucoup de carottes…mais c’est bon

  • Verser le vin dans la marmite.
  • Rajouter les carottes. Elles doivent être à l’aise, n’hésitez pas à rajouter de l’eau.
  • Rajouter les échalotes découpées en dé.
  • Augmenter le thermostat à 6, faire frémir le contenu de la marmite pendant 30 secondes : ça doit pas bouillir, mais presque, mettre le thermostat sur 1 juste après.

Là, vous pouvez revenir sur Facebook vous vanter : « préparer une daube pour la famille, check ».

Pourtant, ce qui a été le plus compliqué, en tout cas le plus délicat à faire n’a pris que 3/4 d’heures environ, même pas le quart du temps de préparation…

  • Laisser mijoter à feux doux (thermostat à 1) la marmite pendant deux heures – on restera à feu doux jusqu’à la fin -. Laissez le couvercle laisser passer l’air en ne bouchant pas la marmite complètement, l’alcool du vin va s’évaporer petit à petit, et la sauce va se réduire, ce qui indique une perte en eau. Pensez à mettre la hotte aussi.
  • après 2h de cuisson à feu doux : ajouter les champignons et les olives.
  • 1/4 d’heure plus tard rajouter 5 à 10 cl d’Armagnac (il sera évaporé aussi)
  • Juste après : rajouter les thym et laurier.
  • Cuire les pommes de terre à part, et les rajouter à la toute fin de la cuisson (5 minutes maximum), mais la sauce ne donne pas sa saveur aux pommes de terre…
  • OU
  • après 3h de cuisson à feux doux au moins faire cuire les pommes de terre dans la mixture , compter entre 30 et 45 minutes pour cuisson sur site, surveillez leur cuisson en plantant une fourchette, quand c’est cuit, on arrête. Ne pas hésiter à rajouter de l’eau si ça a trop réduit – rien ne remplace votre œil d’expert ! -

daube pommes de terre

  • Rajouter une ou deux cuillères à soupe de miel, touillez le tout (je l’ai pas dit jusqu’à présent, mais pensez à touiller régulièrement dès le début avec les oignons et lardons !).
  • Rajouter du poivre, touillez encore.
  • Après 4h de cuisson à feux doux au total, éteignez votre plaque ou votre gaz.

C’est fini ! Normalement, c’est une daube pas trop daubée ;)

daube dans son assietteJe ne la sers pas le jour-même, je la réchauffe le lendemain, c’est encore meilleur.

Bon appétit !

Vie et communication végétale

Voilà quelques temps je cherchais des bouquins sur l’intelligence en dehors de l’humanité. Mes premières recherches m’ont amené à lire l’excellent Jeremy Narby dans L’intelligence dans la nature : En quête du savoir. Une lecture fascinante qui amène cet anthropologue à la réputation souffreteuse  à côtoyer des sociétés amérindiennes (son anecdote avec la boisson hallucinogène ayahuasca est « célèbre »), des scientifiques du monde entier, y compris de France. Sa démarche est plutôt honnête, et à travers une série d’exemples, évite l’écueil habituel de l’anthropomorphisme. Nous n’avons pas inventé le calcul rationnel, ni même la capacité à faire de l’abstraction. Oui nous sommes des êtres hautement technologiques, mais d’autres espèces animales et végétales font preuve d’autant d’intelligence que nous, ou plutôt à minima, font preuve d’une intelligence que nous croyions réservée à l’homme.

Narby cite abondamment l’étude de Anthony Trewavas qui s’interroge sur l’intelligence végétale. Ou plus récemment, et ô joie disponible, sur la notion de mémoire chez les végétaux. Si l’on veut poursuivre le sujet, de manière synthétique, je n’ai pas trouvé mieux et récent que Stephen Harrod Buhner, son Plant Intelligence and the Imaginal Realm: Beyond the Doors of Perception into the Dreaming of Earth. Si l’anglais vous rebute, une session de rattrapage est disponible grâce au Langages secrets de la nature de Jean-Marie Pelt.

pelt-langagesJe ne suis pas très familier avec tous les exemples cités dans ces ouvrages. Sauf bien sûr avec l’aspect chimique, les composants que l’on retrouve dans nos assiettes. La défense des végétaux, s’ils produisent antioxydants à gogo, phytates, salicylates, polyphénols, saponines – pas tous cités, certes, et sans y consacrer énormément de lignes – et j’en passe, tout comme certains poisons plus violents, ça n’est pas par plaisir d’épater la galerie, mais bien de décourager les agresseurs, et de maximiser les chances de survie et de dispersion des gênes, faute de pouvoir se déplacer (encore que…).

On retiendra essentiellement que la vision végétative et passive des plantes est complètement dépassée (le bouquin de Jean-Marie Pelt date de 1996 tout de même). Sous une écriture de poète, Jean-Marie Pelt change notre perception de la vie végétale. Les plantes interagissent avec leur environnement, et leur apparente immobilité n’est que le reflet de notre méconnaissance. Même en 2013, on a appris par exemple l’existence de réseaux de communication via les champignons – qui ne font pas partie du règne végétal, eux – et que certains arbres faisaient office de hub central via les réseaux mycorhiziens. Utile par exemple pour prévenir des attaques des ravageurs, car elles ont bien sûr, elles ressentent bien des choses dès lors qu’elles sont attaquées par exemple par des insectes. Sans être darwinien, les végétaux ont évolué, et si le règne végétal est distinct du règne animal depuis un bail (1,6 milliards d’années !), il n’y a pas de sens à décréter que l’un est supérieur à l’autre (sauf si vous préférez votre sœur à votre cousine…, oups je divague). Alors, le cri de la carotte, l’argument des idiots omnivores ? Selon Jean-Marie Pelt à propos des expérimentations de Cleve Backster :

cri de la carottecarotte2Source - Jean-Marie Pelt : les langages secrets de la natureSource – Jean-Marie Pelt : les langages secrets de la nature

Mmh, si l’omnivore moyen acculturé, à la sensibilité inexistante, bête comme ses pieds et qui se repait de saucisses arrosées d’une piquette de rouge ne sait que dalle sur ces recherches et expérimentations, il ne sait donc pas qu’il met le doigt sur un argument bien trop souvent raillé. Pourtant, cette aspect de la biologie – étude du vivant – est passionnant. Les chamanes, fins connaisseurs de leur environnement naturel leur attribuent une âme, au même titre que les animaux. Je n’y ai pas trouvé d’argument ultime pour mettre au même niveau les sentiences animales et les sentiences végétales : toutes les plantes ne sauraient être égales, si l’on reconnait instinctivement une certaine sagesse aux arbres – surtout les arbres centenaires – on méprise aussi un peu l’herbe commune que l’on foule. De même que la douleur de l’insecte n’atteint probablement pas celle du mammifère. Instinctivement, nous faisons tous ce type de classement, peut-être erroné d’ailleurs. Pour la même raison, on a sous-estimé le degré d’intelligence et de sentience des végétaux.

Pas vraiment d’argument qui cloue le bec instantanément (désolé amis carnivores) en prouvant de manière irrévocable que nos douleurs sont les mêmes. Il n’a pas été prouvé que les végétaux souffraient autant que nous. Ils sont néanmoins autant porteur de vie (et d’âmes, selon les chamanes, libre à vous d’être croyants ou pas :) ) que nous.

En revanche (désolé amis végétariens), le cri de la carotte n’est peut-être pas tant une idiotie que ça, même si le beauf qui l’a invoqué devant vous était bel et bien stupide, comme quoi il faut bien distinguer le message du messager. Il y a toutefois un faisceau d’indices très convergents qui indique que la vie chez les végétaux n’est pas un vain mot. Peut-être est-il bon d’arrêter de railler le concept, et plutôt sage de trouver les bons arguments : « ils sont pas pareils que nous » ne saurait être suffisant, en plus d’être un argument très glissant – le premier qui cite le mot continuum a perdu -…objectivement, la science de l’intelligence des plantes continue à avancer et est très surprenante, je ne mettrais pas ma main à couper là-dessus, des découvertes remettent en cause nos conceptions jour après jour, autant rester ouvert d’esprit.

Pour le reste…fay ce que vouldra, en tout âme et conscience bien entendu, c’est non négociable.idefix-arbresEn tout cas, Idéfix n’aime pas qu’on s’attaque aux arbres.

la nature, le sauvage et l’alimentation

Voilà quelques temps que je mène ma petite réflexion sur les végétaux de toute sorte. Pas de rapport avec le livre de Edgar Morin.

L’an passé, Allan Savory animait une présentation sur TedTalk, en résulta une vidéo qui a vite fait le tour de l’internet.

Très séduisant, l’ambition de reverdir les déserts par l’élevage, de maitriser les variations climatiques…mais la présentation d’Allan Savory pécherait par de nombreux biais…ou même de fausses affirmations.

Dans nos contrées, il serait plus intéressant d’écouter et de suivre la science d’un Claude Bourguignon, qui hélas se bat contre vents, marées et inondations…car je suis persuadé que les inondations récentes sur la côte du Languedoc-Roussillon sont dues à la mono-viticulture…

Aussi, je m’étonne qu’elle ait fait le tour de la planète paléo : on parle bien d’élevage, pas de de chasse, ni de cueillette ? Les pâturages, bien qu’écologiquement satisfaisants au premier abord, répondent à plusieurs objectifs, avant tout, celui de nourrir la population, mais certainement pas de recréer (ex nihilo !) la nature.

Je connais les origines et les raisons d’un régime paléo adapté. Sans faire l’apologie d’une vision humoristique des retours aux sources, façon PLIO Diet, on peut se poser la question suivante : ne devrions-nous pas accorder plus d’importances aux végétaux sauvages ?

la nature préhistorique

Francois Couplan est un ethnobotaniste soixante-huitard qui livre ici sous forme d’entretien, ses réflexions sur sa vie, les plantes, l’alimentation. Il n’est pas figé, son discours n’est point monolithique et son parcours est vraiment extraordinaire, car, même issu d’un milieu urbain il s’est extrait de celui-ci pour voyager, vivre ailleurs (tous les continents) et parfaire sa connaissance des plantes sauvages. Son argumentation fait mouche. Le lecteur paléo francophone sera sans doute interpellé par ses arguments, il suffit de lire le titre, pour comprendre que l’auteur n’a pas seulement une approche naturaliste de la végétation et de l’alimentation, mais une approche de la nature dans son versant sauvage, de ce que l’on nomme wilderness dans les pays anglophones.

Pour moi la nature n’est pas une verte prairie où paît un troupeau de vaches proprettes, agrémentée d’une maisonnette pimpante avec une cheminée qui fume. Il s’agit là de la campagne.

A travers ces quelques mots l’on comprend où il veut en venir : la vraie nature, celle qui n’est pas domptée par l’homme n’existe quasiment plus en Europe. Le lien avec Allan Savory ? En reverdissant les déserts on y implante au mieux la vie, mais pas exactement la nature.

Concernant l’alimentation, à moins d’être aligné de manière étroite sur une version partisane et systématiquement pauvre en glucides, ce régime devrait faire la part belle au monde sauvage, gibier, pourquoi pas, mais également plantes sauvages. On peut faire le parallèle avec les insectes, l’entomophagie : la cueillette – sauvage – est un maillon faible du régime, ça existe, on en parle un peu, mais on insiste pas vraiment dessus. On se surprend à penser que les Crétois avec leur traditionnelle récolte de plantes très variées, et dieu sait qu’ils sont gâtés et ce malgré le pain et fromage de brebis, sont peut-être plus paléo dans l’esprit…d’un certain de vue.. que le premier adepte urbain de Loren Cordain se contentant des vivres, légumes et fruits parfaitement domestiqués, et « artificiels » à mille lieux de leurs équivalents anciens de son magasin bio Whole Foods Market. Je ne dis pas que c’est mal, attention, juste qu’une pratique ancestrale qui occulte ou minimise la pratique de la cueillette, en caressant le lecteur dans le sens du poil (« ce n’est pas grave ») passe à côté d’un pan essentiel de la diète de nos ancêtres.

Précisons que l’extraordinaire diversité surpasse de très loin celle des végétaux cultivés, même en y intégrant les légumes d’antan, passés de mode. Si je suis M. Couplan, cette diversité est rejointe par la diversité gustative, il donne même quelques exemples comme les cormes blettes qui « seraient sucrées, crémeuses et qui évoqueraient un mystérieux fruit tropical ». Plus loin, on y apprend que la densité nutritionnelle n’est pas en reste comme les cynorrhodons qui contiendraient vingt fois plus de vitamine C que les agrumes. On nous invite à aller voir le Guide Nutritionnel des Plantes Sauvages et Cultivées. Peut-être commencer par les champignons ou les asperges quand vient la saison ? Puis enchaîner par les orties, oui celles qui piquent quand on les touche dans un certain sens… Pour le reste il est vrai qu’il est plus facile d’être initié.

C’est un peu pour ça que j’ai laissé tomber le portail paléo : je trouve le régime paléo adapté peut-être un peu trop complaisant avec ses lecteurs, et au final fait trop de compromis par rapport à la réalité du terrain des authentiques chasseurs-cueilleurs. Donc, je me contente de manger pas trop mal, de vrais aliments, certes « artificiels », ou en tout cas différents de leurs équivalents sauvages car savamment et minutieusement sélectionnés par l’homme, j’en suis conscient.* Et je ne suis pas prêt à remanger paléo, rien qu’à cause des légumineuses ou du fromage.

Bien que conquis par cette lecture, je dois avouer ne pas être prêt à acheter un ouvrage de M. Couplan (au hasard, Les plantes sauvages et comestibles, plutôt récent). Plutôt que de continuer une certaine hypocrisie vis à vis d’un mode de vie que je juge sain, mais pas compatible avec mes habitudes mais franchement accessible : en adaptant un peu trop un régime, ne le dénature-t-on pas, sans jeu de mots ? Le principe d’éviction est compréhensible et inévitable (céréales, lait, légumineuses, produits transformés), mais peu à peu, je me rends compte que peut-être c’est insuffisant, qu’il faut réintroduire du sauvage. A moins que je ne me fasse une trop haute idée de tout ça, et que l’idéal de pureté est déjà bien entamé de toute façon, et que ce n’est pas si grave…possible aussi :).

A titre personnel, je me contente de trouver une alimentation qui fonctionne, loin de tout idéal, si ce n’est celui de ma santé. If it works, don’t fix it dit l’adage (si ça marche, ne le répare pas). Cela ne m’empêche pas de continuer à être fasciné par les alimentations traditionnelles, chasseurs-cueilleurs ou non, et même de s’en inspirer un peu – pas de fumée sans feu s’ils ont une forme éclatante -, et de petit à petit changer mon alimentation, pas de révolution tout les 36 du mois en tout cas.

* Je me demandais, après coup, et juste avant de publier l’article, si nos chiens, bien domestiqués, avec ces centaines (milliers ?) de races, de tailles, de formes étaient « artificiels », mmh…on va dire que c’est très délicat, moins pour les plantes d’ailleurs, ce qui m’amène en partie au sujet du prochain article.

Moi et mon alimentation (III)

Je ne pensais pas donner une suite à deux vieux articles, et pourtant il en est ainsi…

Passé un certain moment à rédiger des articles, on devient plus connaisseur, en quelque sorte plus « savant » au fur et à mesure des recherches effectuées. Même si on devient dans le même temps, plus humble, par la force des choses au vu de la connaissance qui s’accumule, et étonne de jour en jour.

Et surtout, s’intéresser à la nutrition, écrire sur le sujet ne rend pas automatiquement plus vertueux au niveau du comportement alimentaire. Parfois, on peut souffrir d’auto-aveuglement. Sans même parler du fameux dicton : « Les cordonniers sont les plus mal chaussés« . Il y a sûrement un peu de vrai dans le dicton populaire.

Fin 2011/début 2012, j’allais très bien, puis mon état de forme est devenu plus aléatoire. Certains jours je me levais en étant fatigué bien qu’ayant dormi mes 8h30 théoriques habituellement suffisantes. Plus tard dans l’année, j’expérimentais le retard de selles. Pas de la constipation stricto sensu, un retard de un à deux jours. Puis le nez s’est mis à couler sans prévenir. De plus en plus…et ponctué de nombreux éternuements. Puis le cœur s’est mis à battre fort plus que de raison…sans raison. Apparente. Et plus mon cœur battait fort, plus j’étais fatigué le lendemain, sans récupération possible, et rebelote le lendemain. Un été passe, avec symptômes en recul, vive la montagne, vive la mer.

Les symptômes se réinstallent petit à petit lors de mon retour en ville, me remettant à mon rythme urbain habituel. Puis un jour, ce sont des symptômes urinaires peu communs qui font leur apparitions. Au final rien de grave, beaucoup de cogitation…il semble que certaines bactéries ont profité d’un intestin par trop perméable pour aller se nicher dans la vessie. Mais ça a été le symptôme de trop qui m’a fait réagir (ce que j’aurais du faire avant).

J’ai fait de multiples tests alimentaires auparavant, mais j’étais incapable de les interpréter, et je n’y trouvais guère de sens. Pollution ? Eau contaminée ? Gluten ? Ondes ? Toutes les hypothèses étaient bonnes à prendre. Mais je me doutais bien que l’alimentation y était pour quelque chose. Bien que j’y fasse attention, je ne cours pas après les fastfood, ni après les aliments transformés.  Comment après un régime low carb, puis un régime paléo, puis enfin un régime « ancestral » (lire français d’avant la seconde guerre mondiale, qui n’exclut pas les féculents, à propos : réintroduire les féculents m’a fait du bien, sans résoudre les autres symptômes : thyroïde à plat momentanément, ça au moins, ça a fini par remarcher.

ali proviaJ’ai donc, un peu désespéré fait marcher la piste du profilage made in Taty (Lauwers). Capable d’y dénicher une aiguille dans une botte de foin, c’est à dire une allergie alimentaire dans un terrain mortifère (j’exagère un tout petit peu, bien sûr). Ce n’est pas Taty qui m’aidera dans mon parcours, une de ses élèves, Gabriella Tamas, naturopathe, formée au profilage alimentaire, et qui tient le sympathique site AliProvia. Elle m’aura aidé le temps de pratiquer les évictions, et de nombreux échanges par mails, jusqu’à une subite prise de conscience. Elle m’a apporté une approche plus instinctive si on veut de l’alimentation (rien à voir avec les huluberlus de l’instinctothérapie).

Après un entretien par Skype, j’ai donné le maximum de renseignements par internet. Cela m’a pris beaucoup de temps pour répondre de manière juste et honnête. Dans ces moments-là, on est seul face à nos problèmes, pas de vanité possible. Evidemment les résultats ne se font pas attendre, et sont durs à lire : trop de fromage, trop d’aliments riches en salicylates. Attendez….saliquoi ? Salicylates. D’accord. Comme l’acide acétylsalicylique alors, la fameuse aspirine ? En quelque sorte. On va donc me considérer comme un Canari de la modernité.

Pour les fromages, c’est mon péché mignon, j’avoue sans réserve, on a parfois des faiblesses, qui nous relient sans doute à nos premières émotions. Je savais que j’en mangeais trop et je semblais aller mieux quand je n’en mangeais plus. Sauf que je n’allais pas bien pour autant. Et les salicylates ? Présents dans tout ce que j’aime, quasiment. Fruits, noix, une certaine frange de légumes comme les courgettes ou les aubergines, qui ont, comme par hasard, mes faveurs.

La première recommandation de Gabriella était donc de diminuer très sévèrement les laitages (enfin dans mon cas, les fromages surtout), à la rigueur le beurre ou le ghee pouvait être conservé. Donc comme je disais : c’était positif, mais franchement, mes nuits étaient difficiles à cause de cette tachycardie inexpliquée. Nous étions en été 2013, dans un gîte à Dauphin, et l’heure n’était pas encore à se passer de fruits ou de ratatouille. Dans les Alpes de Haute-Provence, l’été, c’était comme s’il n’y avait que ça de disponible ! Je suspectais notamment les pêches et les pastèques de me faire bondir le cœur plus que d’autres aliments.

Et puis, l’automne arriva : j’ai eu instinctivement besoin de chercher de la nourriture avec peu de salycilates, et zéro laitages. Du jour au lendemain : zéro tachycardie, corps qui commence à s’apaiser…bingo, et victoire ! L’éviction de ces aliments m’a laissé en paix. Depuis, passé quelques mois, je remange sans problèmes des salicylates, alors que les laitages, même à petite dose semblent être devenus problématiques, ce qui n’était pas le cas jusqu’à mes 30 ans environ. Ca arrive…et je n’ai pas encore tout guéri de cette paire d’années qui m’a en quelque sorte « amoindri ».

La conclusion sera multiple, comme les enseignements que j’en ai tiré à titre personnel. Même au sein des aliments sains, tous les aliments ne sont pas recommandables. Nous avons une génétique différente, des origines différentes, une histoire différente, des goûts différents, c’est à chacun de tâtonner, d’expérimenter, mais aussi d’écouter son corps – ce que j’ai fini par faire à la fin, quand je n’arrivais plus à intellectualiser ou rationaliser ce qui m’arrivait, tellement il n’y avait plus de sens -. Tout peut potentiellement causer un souci, y compris les sacro-sacrés aliments sains : légumes, cru, cuit, viande, fruits, céréales, légumineuses, oléagineux, absolument tout. « Ca dépend »… »faut voir le contexte » « le terrain du sujet compte »…tout n’est que du cas par cas. Aussi j’ai profiter de cette période d’éviction pour enfin intégrer le bouillon de poule, utile pour se ressourcer ;)

yin yang

source wikimedia

Votre alimentation vous équilibre ou vous déséquilibre. Même dans le meilleur des aliments, végétal, animal, il y a des composés qui peuvent vous déséquilibrer votre santé à terme, si vous en abusez. Et comme je l’ai souvent dit, même dans les aliments les plus diabolisés, surtout en cuisine animale, ils n’ont pas que des points négatifs, et même positifs consommés avec parcimonie. Le dessin du traditionnel Yin Yang semble être un peu clichesque, mais il s’applique parfaitement à l’équilibre que chacun doit trouver.

Même avec un regard d’anthropologue-nutritionniste, les peuples de chasseurs-cueilleurs jusqu’aux peuples agricoles et sédentaires traditionnels, l’équilibre est toujours respecté, par une sorte d’empirisme et de savoir judicieusement transmis. L’exode rural a brisé cette transmission, il ne tient qu’à nous de redécouvrir notre propre équilibre, et d’être attentifs aux suggestions de notre corps, parfois si subtiles qu’on ne les remarque plus : au delà des querelles d’écoles de pensées nutritionnelles, si vous ne savez pas pourquoi vous devez éviter ou favoriser tel aliment, lui, il sait.

Post-Scriptum : les médecins étaient dépassés, pas vraiment d’oreille attentive, seule une approche holistique pouvait marcher, j’admets avoir un peu trop attendu, « j’aurais » du réagir bien avant, mais ça…errare humanum est ! Je n’ai pas persévéré. Et la piste des salicylates est drôlement originale – voire inexistante – en francophonie, j’admets que je n’y connaissais rien, hormis le nom et la référence à l’aspirine. Je dois admettre que j’étais sceptique au départ. Dans le même genre, il y a les oxalates comme « ami pas beau ». Je n’en revenais pas quand je me suis rendu compte que « ça marchait », et que le plus dur était fait.

De même difficile d’en parler sur le blog, les mots n’arrivent pas aisément…à tous les coups. Aussi je n’ai pas l’habitude de livrer mon expérience personnelle, surtout si ça a été une épreuve. Pas forcément par pudeur (quoique) mais trouver les mots justes sans raconter une anecdote personnelle pour…raconter une anecdote. Il me fallait aussi lui trouver un sens. Quasiment un an plus tard. La reconstruction n’est pas terminée, mais elle avance.

A propos d’une diète extrêmement carnée

Je viens de recevoir le dernier cru de Julien Venesson : Paléo Nutrition. Je n’ai eu le temps que de le feuilleter, ma foi, il m’a l’air pas trop mal, bien écrit, didactique, et abordant certaines problématiques familières aux lecteurs de Clair et Lipide, et d’autres qui sortent de mon champ de compétences, notamment les questions de prise de muscle et de performances.

Paléo et parquet flottant font bon ménage.

Paléo et parquet flottant font bon ménage.

Enfin, quoiqu’il en soit, gageons qu’il coupera un peu le pied aux apprentis évolutionnistes qui ont l’esprit un peu trop perché sur les arbres fruitiers, voyez ce que je veux dire…

Revenons au sujet de l’article.

L’édition de cette version ebook de The Fat Of the Land est le bon moment pour faire le point sur ce type de régime extrême. Honnêtement, ce ne sont pas des régimes que je conseillerais de prime. Plus un régime est extrême, plus la probabilité de s’y épanouir est faible. Des facteurs génétiques probables en passant par les détails (le diable y est sans doute niché) à ne pas négliger, on peut se demander comment ces tribus nordiques ont pu faire mieux que survivre : à vue de nez, pas de dégénerescence physique, pas de taux de cancer à l’occidentale, une vie assez rude néanmoins.

Je n’ai pas l’intention de faire un rapport complet, juste donner quelques éléments, comme grain à moudre pour pousser la réflexion assez loin, sans faire dogmatique, et en tenant compte de quelques éléments venant compliquer les conclusions. Pour les lecteurs habitués : y a pas franchement du neuf, mais c’est un peu le moment de faire le point.

  • Graisses :

Le mal du Caribou (Rabbit Starvation) y est clairement évoqué comme écueil. A priori en régime carné, et dans un climat ou les tubercules et céréales y sont rares il faut se tourner vers les graisses animales. Si possible en se concentrant sur les abats et la moelle des os, on laisse parfois la viande de type musculaire aux chiens, celle-ci étant moins riche nutritionnellement parlant. Donc beaucoup de graisses, même si la viande basique est maigre. Pas tant que ça de graisses saturées, un peu plus chez les amérindiens amateurs de mammifères terrestres. Beaucoup d’oméga3 à longue chaîne chez les inuits, a priori les plus utiles. Au point que les inuits souffrent de fréquentes hémorragies internes, sans doute une conséquence d’un sang par trop fluide.

  • Protéines :

Toutes les parties de l’animal sont mangées sont mangées, des abats en passant par les os (et oui, pas que la moelle), les tissus conjonctifs (avec le fameux collagène), les abats, et un peu de viande classique bien entendu. Au final une bonne répartition dans les divers types d’acides aminés. Beaucoup de méthionine et de cystéine dans l’absolu, peut-être équilibrées par la glycine, la serine et la proline. Sur le sujet Pensez à lire cet article de Denise Minger, et le commentaire de Darryl vers la fin. Les inuits récupèrent aussi du collagène via le lard de baleine. Le premier qui me parle de manger le poulet sans la peau est à fusiller illico. C’est contre toutes les pratiques ancestrales qui ont du sens, sans même aborder le bouillon d’os.

  • Les vitamines :

je ne vais pas être exhaustif, me limiter à quelques vitamines emblématiques. Pas possible de faire la chasse à toutes les micronutriments existants, même si j’ai quelques interrogation sur la vitamine E qui me semble très peu présente dans les viandes animales, sauf peut-être marginalement.

Normalement, nous avons perdu la capacité à synthétiser la vitamine C, ce qui suggère que nous ne sommes pas carnivores et que notre évolution suggère un environnement riche en vitamine C, via les fruits et végétaux divers (légumes verts à feuille). Donc on pourrait penser que vivre dans le grand nord, c’est s’exposer au scorbut ? Pas vraiment le cas, au prix d’une adaptation intelligente en pleine conscience : les amérindiens en se concentrant sur des organes comme le foie ou les glandes surrénales sous forme crue s’assurent de ne pas manquer de cette précieuse vitamine. C’est une forme de sagesse ancestrale…un empirisme scientifique typiquement humain. Les inuits récupèrent la vitamine C via le muktuk, la peau des baleines, des mammifères marins étant riche en vitamine C (article de qualité, allez-y).  La vitamine C est importante, et…ils n’en manquent pas, mais il faut choisir les bonnes proies et les bonnes parties des proies…

La vitamine A  n’est peut-être pas le plus problématique. Le rétinol est la version pré-formée de la vitamine A, bien supérieure à tous les bêta-caroténoïdes du monde (que normalement on convertit en vitamine A…si le foie est disponible pour ça). A tel point qu’il faut faire attention à bien équilibrer avec la vitamine D. Merci à Suppversity de relayer cette étude qui suggère qu’au moins chez les rats, le bêta-carotène n’est pas l’équivalent du rétinol…et qu’il vaut mieux absorber de ce dernier pour s’assurer de bons chiffres sanguins.

La vitamine D vient à manquer…peu de soleil dans le grand nord. On en retrouve dans les graisses animales, surtout dans le foie comme dans la vitamine A. Pour l’apport endogène via le soleil, il est pas aisé, certes. On notera éventuellement les visages tout ronds des inuits comme pour maximiser la moindre surface en cm² au contact du très peu présent soleil. Honnêtement, c’est un argument à la volée, je n’y accorde pas grand crédit dans l’absolu.

C'est vraiment pour illustrer l'article et éviter un mur de texte un peu trop aride.

C’est vraiment pour illustrer l’article et éviter un mur de texte un peu trop aride. Source : indigenoustattooing.com/

La vitamine K2 : le « célèbre » activateur X doit sa présence à la fermentation des végétaux (par exemple dans le nattō à partir de soja). Mais aussi dans les produits animaux, comme les fromages. Et très sans doute dans la fermentation animale. Sans trop me mouiller, les amérindiens doivent en trouver dans le pemmican qu’ils laissent sécher (et donc fermenter), et les inuits…dans la viande qu’ils laissent littéralement pourrir, et qu’ils mangent ainsi, entre deux poissons crus frais.

  • Les fibres :

Un petit peu chez les amérindiens, qui malgré un régime à dominante carnée ont plus de chances que les inuits qui doivent désespérément faire avec peu de végétaux. Chez les inuits, la fermentation des viandes (et peut-être la consommation de minéraux alcalins comme le calcium dans les os) doit pallier en théorie l’absence de fibres. Les viandes pourries doivent être riches en acide butyrique (entre autres acides gras à chaînes courtes) bon pour les tissus des intestins – entérocytes-, et en bactéries assurant la santé intestinale. Dans l’absolu, n’oublions pas que la diète très carnée a déjà été testé dans The Influence of an Exclusive Meat Diet on the Flora of the Human Colon. Gontran de Poncins ne souffre pas de constipation dans Kablouna, a priori, aucun explorateur n’en parle, à ma connaissance !

  • Les minéraux :

Je dois avouer que je n’ai pas étudié la question. De la même manière qu’on a un équilibre en acide aminé, je suppose qu’il doit y avoir un équilibre minéral en mangeant la bête entière. Rien ne se perd, tout se récupère, et si un animal en bonne santé est mangé, a priori, il n’y a pas de raison que le profil minéral ne convienne pas à l’humain, surtout dans le cas des mammifères marins, ou non. Je n’ai pas les moyen de vérifier. Un équilibre minéral clé, par exemple est celui de l’équilibre acido-basique, et a priori les minéraux alcalins des os doivent équilibrer avec l’effet acidifiant des protéines.

Jusqu’à un certain point néanmoins, Staffan Lindeberg montre que ça n’est pas le cas et que les eskimos souffraient d’ostéoporose. Objectivement le manque de vitamine D est problématique même si les minéraux sont là. Maintenant, les squelettes montrant l’ostéoporose, désignent-ils les paléo-eskimos ou les Inuits contemporains (ou récents) ? Une étude ADN démontre que les paléo-eskimos dont les squelettes ont pu être étudiés ne sont pas les ancêtres des inuits, qui eux, descendent du peuple de Thulé. Mais, malgré ces doutes, je doute que l’équilibre soit tout le temps à l’œuvre. Les végétaux n’ont pas leur pareille pour l’équilibre acido-basique du corps. Et les peuples de chasseurs-cueilleurs mangeant globalement plus de végétaux ne montrent pas d’ostéoporose comme par hasard. Mais aussi ils profitent du soleil plus fréquemment.

A moins de nier le caractère alcalin ou acidifiant des aliments, façon le corps tamponne toujours à 100% avec efficacité, et ce malgré une consommation hyper élevée de protéines comme l’a fait PaléoQuébec. (Coucou !!!) Honnêtement, je veux bien qu’à court terme le corps tamponne, excrète y compris par la respiration quand on est jeune, ou plus insidieusement dans les tissus conjonctifs qui finissent par s’encrasser à mesure qu’on avance dans l’âge et que les mécanismes centripètes fonctionnent moins. En fait, l’acidose chronique sur plusieurs décennies qui est problématique, tamponnée tant qu’on est jeune, et plus le temps passe moins ça passe…c’est après la soixantaine et après plusieurs dizaines d’années qu’on finit par voir les personnes concernées par l’ostéoporose et les vieillards qui font de vieux os. Chris Kresser a tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain : l’équilibre basique est vital, mais le corps est intelligent pour tamponner – le sang lui-même ne varie de ph que dans une petite fourchette -, dans une certaine mesure. Sans aborder les différences métaboliques individuelles qui foutent le boxon dans les stats générales. Je suis au courant de cette méta-analyse, mais comme l’équilibre acide base du corps est vital (c’est une notion chimique), il faudrait établir un tableau général des systèmes tampons, endogènes, exogènes, et tutti quanti. Pour comprendre l’enjeu de la différence entre court et très long terme…le débat doit continuer à mon avis, j’ai du mal avec les mythes déconstruits qui laissent trop de questions en suspens…c’est le côté « circulez y a rien à voir » qui me laisse sur ma faim.

faim

Je déclare pour illustrer…

  • Glucides :

J’ai réservé ce paragraphe en toute fin : a priori, et selon le dogme de la paleo-keto-secte, les peuples nordiques mangeaient peu de glucides. En fait il est clair et lipide que les protéines et les graisses fournissaient l’essentiel  des calories. Richard Nikoley de Free The Animal s’était trouvé un combat : remettre les glucides au menu paléo, pas les glucides raffinés, mais les glucides naturels, y compris les féculents des tubercules, avec beaucoup d’amidon résistant, qui régulerait la glycémie en plus d’être bénéfique pour le microbiome. Beaucoup d’articles sur le sujet, voyez plutôt avec Monsieur Google. Où je veux en venir c’est qu’il s’est attaqué à un tabou : la part de glucides  – du glycogène en fait – dans la viande. Et elle aurait été sous-estimée. A l’aide d’un lecteur curieux, Duck Dodgers, iconoclaste et qui met le doigt où ça fait mal : vu le poids en viande, en animaux marins possédant beaucoup de glycogène – ce qui d’ailleurs va de pair avec la vitamine C présente dans ces animaux -, les inuits ingèrent trop de glycogène (parfois jusqu’à plusieurs kilos de viande par jour) pour se maintenir sur une cétose à long terme. Malgré la faible attaque de Mike Eades sur l’acide lactique issu de la fermentation du glycogène les inuits mangent beaucoup de viande crue…et le glycogène met du temps avant de se décomposer totalement. Un vrai pavé dans la mare :  ce n’est pas le seul article, voyez avec Monsieur Google sinon. S’il est confirmé, faute d’exemple de peuple le pratiquant, rangerait le régime cétogène dans la case biohacking, diète utile pour des opérations de court terme, peut-être pour faciliter la guérison d’un cancer, ou pour les épileptiques. Mais quand même avec de sérieuses réserves sur le long terme. A vos risques et périls : pensez à manger de la glande thyroïde en quantité messieurs les kéto-aventuriers, on ne sait jamais en l’absence de glucides…

Pour finir cet article, je voulais conclure sur cette étude parue cette année qui a fait grand bruit : les eskimos traditionnels qui ont gardé leur alimentation originelle, et malgré leur consommation d’oméga3 avaient une prévalence des maladies cardiovasculaires équivalente à celle des américains ou des européens. Dommage pour le romantisme et les mythes entourant les tribus de « chasseurs-chasseurs« . On pourra objecter quand même, qu’en mangeant autant de viande, ils s’en tirent pas si mal. A moins que…ça ne soit la faute à…la « cigarette » ? De quoi en perdre son latin…n’est-ce pas ? ;) Quoiqu’il en soit, pour les lecteurs qui auraient du mal avec la logique : ce n’était pas un plaidoyer pour une alimentation carnivore, mais quelques pistes sur les raisons de l’adaptation des peuples du grand nord à ce type d’alimentation, sans idée préconçue, et sans aborder la génétique, les explorateurs européens étaient particulièrement en forme lors de leurs voyages. Au final : ça ne s’improvise pas, je ne le recommande pas, ce n’est probablement pas optimal comme les diètes à forte dominante végétale des Zones bleues, et ce reportage un peu racoleur de Vice.com en est la preuve…