Tranches de lard, de livres et de vie (3)

Pour débuter, voici un tweet qui me parle, et qui rejoint l’état d’esprit dans lequel j’écris les weekends.

WordPress m’impose son nouvel éditeur. Je ne peux plus justifier le texte, l’aligner sur la colonne principale, j’ai l’impression d’avoir perdu des options. Peut-être va-t-il falloir aller trifouillant le code html…en tout cas la balise de justification ne fonctionne pas. Un éditeur de texte est censé me faciliter la vie, celui-ci est censé être une amélioration du précédent, alors il est pas si mal, mais ils doivent encore l’améliorer…

Je baisse les bras pour cet article, en espérant une mise à jour.

Cette semaine je me suis remis dans la lecture (et la compréhension !) du processus de méthylation. Le meilleur article en français étant celui de Nutriting :

On y retrouve l’importance d’un équilibre entre divers types d’acides aminés pour que ce processus ne soit pas défaillant. Trop de méthionine, c’est trop d’homocystéine – excès reconnu comme mauvais pour la santé, notamment cardiovasculaire, et vraisemblablement neuropsychiatrique -. On peut réguler en amont cet excès d’homocystéine par l’ajout de glycine dans l’alimentation.

Heureusement en aval, on peut recycler l’homocystéine. Par trois voies :

  • la voie des folates (qui impliquera le « très connu » gène MTHFR). Cette voie permet d’obtenir entre autres d’obtenir une forme active de la vitamine B12. Consommez du foie, des légumes verts, des légumineuses…
  • la choline (mangez des œufs donc !), permettant de recycler l’homocystéine en méthionine à nouveau. Une sorte de retour en arrière dans le cycle.
  • le glutathion, puissant oxydant est obtenu, très grosso modo, avec homocystéine et glycine – pour les détails, c’est dans l’article ! Consommez donc du bouillon d’os. Ou des viandes à mijoter.

L’article conclue sur la version mutée du gène MTHFR : elle empêche le recyclage de l’homocystéine, à moins d’apporter activement la forme de vitamine B9 : du méthylfolate de calcium. Tous les folates ne se valent donc pas en cas de version déficiente du gène MTHFR…avec des conséquences assez dramatiques pour les femmes enceintes. Des tests génétiques existent pour connaitre ses propres déficiences.

Pour creuser sur MTHFR, cet article de SuppVersity est franchement pas mal. J’apprends qu’il est possible de réguler à la baisse l’hypertension par de la riboflavine (vitamine B2) dans certains cas. N’oubliez pas DeepL pour les récalcitrants à l’anglais.

J’ai paraphrasé/résumé l’article comme un sagouin mais le fait est que, à nouveau, on ne pourra pas faire l’impasse d’une individualisation de l’alimentation, et si « écouter votre corps » semblera une injonction new age pour les personnes sceptiques, il leur sera possible de prendre leur santé en main s’ils suspectent une génétique différente qui ne leur permet pas de fonctionner normalement. Éloignez-vous toujours plus des réductionnistes de l’alimentation : la faute aux glucides, la fautes aux protéines animales, la faute aux graisses, la faute à l’acidité…je sais bien que le cerveau aime les solutions simples, mais quand même…

Mon père a été hospitalisé à nouveau. Occlusion intestinale. Effet secondaire de la morphine qu’ils disent. J’ai pu le voir. Cela me fait de la peine de le voir aussi faible. J’arrive à faire l’aller-retour pour le voir (300 bornes dans la journée). Il ne quittera sans doute pas sa chambre d’hôpital.

Dès fois il m’arrive de m’en vouloir ne pas avoir pu avoir d’enfants. La culpabilité de ne pas continuer notre branche familiale, être heureux de partager ça avec eux, tandis que partout chez les oncles et tantes il y a eu des petits-enfants. Ni mon frère ni moi n’avons pu avoir d’enfants, chez lui c’est voulu, chez moi c’est subi. Il me reste du temps oui. Mais mon père lui, plus trop.

Rupture définitive enfin avec ma petite amie. Il était temps. Une lâche qui ne savait pas rompre proprement, j’ai du prendre le taureau par les cornes. Tant pis pour elle, mais cela m’affaiblit quand même, ce n’était sans doute pas la bonne période pour me prendre un déni d’amour en pleine face. La relation vécue sur ces 5 mois était donc un mensonge en continu. On ne choisit pas les mauvais moments à la carte…

Pas de livre aujourd’hui. Je considère l’article de Nutriting comme aussi important qu’un livre. Suffisamment riche en informations, et surtout d’informations très peu disponibles en francophonie, c’est une chance d’avoir un article comme ça, bien écrit, bien mis en forme, avec des infographies qui permettent de faire le point sur une partie des réactions biochimiques qui régulent notre organisme à partir de nutriments qui proviennent de l’alimentation.

Tranches de lard, de livres et de vie (2)

Le livre de l’année dernière en matière de sciences de la nutrition c’était incontestablement l’ouvrage de Stephan Guyenet, The Hungry Brain :

Pour les adorateurs de la langue de Umberto Ecco :

Très peu relayé en francophonie, bien que mon pote Guillaume en parle un peu sur son blog, c’est là un livre de la première importance. En effet, pour la première fois on a un vrai corpus de connaissances vulgarisé – même si j’avoue il faut s’accrocher un petit peu – qui explique de manière logique la prise de poids via le fonctionnement du cerveau. Nous n’avons pas ce petit côté romantique qui est souvent le lot des vulgarisateurs (Ce que l’on appelle le « story telling », je suppose).

C’est donc parfois aride. Il faut se taper des centaines de pages sur les parties du cerveau impliquées, sur les circuits de la faim et de la satiété, sur ce fameux lipostat (rien à voir avec la statine du même nom) qui gère le montant de graisse corporelle à un certain pourcentage du poids du corps.

lipostat
Figure 33 : Le lipostat. Le cerveau (en haut) mesure l’adiposité à l’aide de la leptine et d’autres signaux (à gauche), et régule l’adiposité en conséquence en utilisant une variété de stratégies physiologiques et comportementales qui influencent l’apport alimentaire et la dépense énergétique (à droite). Chez l’homme, l’apport alimentaire est le principal moyen par lequel le cerveau régule l’adiposité.

Donc les calories comptent. Sauf que les mécanismes physiologiques impliqués en arrière-plan sont complexes, et on peut comprendre que le modèle calorique seul pour expliquer l’obésité ne suffisent pas à une partie des gens.

Fort heureusement, le surpoids n’est pas une fatalité malgré un environnement obésogène nous poussant à outre-manger (le système de récompense !), et le docteur Guyenet nous donne une liste de recommandations pour mincir dont celle de prendre soin de son sommeil…le livre de Matthew Walker sera donc utile dans cette voie.

La nouvelle est tombée, tel un couperet. Mon père a bel et bien un cancer. Et un des plus agressifs qui soit. On s’y attendait. On n’était pas dupes. On se doutait que c’était grave. Je suppose que cela requiert plus de présence de ma part. Là exit les préoccupations 2.0 et les remèdes que l’on lit çà et là.

Comment vivre ça ? Je ne sais pas. Au jour le jour sans doute.

Entre peine, impuissance, besoin d’être avec mes parents et envie d’être plus fort, de vivre aussi pour moi à fond, la turbulence des sentiments contradictoires fait rage.

La vie continue, il est vrai…prendre conscience que dans un futur proche mon père ne sera plus, c’est vertigineux. C’est un peu de moi qui s’en va. Rien n’est figé dans le marbre. Je serais un peu différent après cette épreuve.

Soyons forts.

Alors pourquoi je vis un abandon des plus cruels ? Il s’agit d’une prise de distance volontaire de ma petite amie, qui date d’il y a trois semaines. L’annonce de la maladie de mon père ne la fait pas revenir pour autant. Pourquoi cette froideur…c’est dur à supporter, si elle souhaitait qu’on se sépare, autant se séparer. C’est dans ces moments-là qu’on a besoin de soutien, et que la personne avec qui on partage de l’amour et de la tendresse devrait davantage se manifester. Hé bien non…

abandon

La trouvaille culturelle et alimentaire de la semaine :

Les premiers Mongols mangeaient des produits laitiers, mais n’avaient pas le gène pour les digérer.

On peut ainsi affirmer que l’alimentation des humains n’est pas figée dans le marbre…et que l’être humain contourne sa génétique avec maestria pour continuer à se nourrir en dépit d’obstacles a priori infranchissables.

Bon dimanche à tous !

Tranches de lard, de livres et de vie (1)

A ce jour, j’ai repris en main mes activités blogguesques – au sens large – mais mon mode de vie actuel ne me permet pas comme auparavant de creuser certains sujets. Malgré tout le besoin d’écrire se fait ressentir. Je propose donc de débuter une série d’articles plus légers dans la construction, où je parle de sujets qui me préoccupent, sans certitude absolue d’être pertinent.

Cette semaine, je suis retourné voir des amis, et ma famille. Sur la côte méditerranéenne, à Narbonne plus précisément.

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WordPress a bien mûri en 1 an, je teste cette fonction diaporama. J’aime beaucoup, vraiment. Ici ce sont quelques photos prises à Gruissan dont la Tour Barberousse…qui n’est plus qu’une ruine et la plage des chalets (37,2° le matin)

J’avais besoin de prendre ces photos. Pour une raison simple, ce lieu c’est aussi mon enfance. Et je sais que mon père aborde la fin de vie, sans rentrer dans les détails. Ça remue forcément beaucoup de choses. On n’est pas préparé pour ce genre de moments. On peut le concevoir, de manière lointaine. Ça vous tombe dessus, sans prévenir de toute façon. Alors on gère avec plus ou moins de sérénité.

Ma photo préférée, absente du diaporama :

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Je suis particulièrement étonné avec le temps qui passe des réactions des gens sur les réseaux sociaux, ou au moins de certaines personnes en ce qui concerne les pages Facebook. La page du Mythe Végétarien convainc près de 2500 personnes, elle est historiquement la première en francophonie dans la réticence face au(x) végétarisme(s). Il y a toujours des gens qui agissent en consommateurs. Qui donnent des conseils inappropriés, du type comment elle devrait tenir sa page. Quel culot ! Elle ne tient pas sa page pour faire du pognon en étant subventionnée par le lobby de la carne mais pour mettre en garde des possibles dangers du végétarisme. Que cela ne plaise pas, ou que certaines publications fassent tiquer – certaines étant scientifiquement moins robustes, en effet -, il est, à mon avis, de bon ton, de passer son chemin…tout simplement. Les suggestions s’apparentant plutôt à des ordres dans les faits, je pressens que la page fait polémique, et n’est tout simplement pas comprise très souvent, parce que moins monolithique que les autres pages/groupes antivégans, pour résumer. Si quelque chose ne vous plait pas sur les réseaux sociaux, il ne sert à rien de vouloir influencer l’influenceur qui a ses propres motifs et sa propre quête j’ai envie de dire. On prend ce qu’il y a à prendre, et on évite d’être désobligeant. Ce n’est pas un supermarché. On peut même « Ne plus aimer », incroyable !

ne plus aimer

L’an dernier j’ai lu ce bouquin.

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En d’autres temps je me serais fait un petit plaisir de fin gourmet d’en faire une synthèse en relevant les points cruciaux à mon sens. Et me faire plaisir parce que c’est un bouquin en anglais et qu’y a toujours une petite exclusivité temporaire tant que personne en francophonie ne l’a commenté.

Et puis il est…sorti en français pas plus tard qu’il y a deux mois environ.

matt-fr

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Comme je n’ai plus l’envie urgente de le disséquer, d’annoter et d’en faire un long article…bon ben je donne quand même mon avis, et sans rouvrir la moindre page…

    • Le sommeil est vital, sa carence implique des tas de maladies – dont Alzheimer en favorisant les plaques amyloïdes –
    • Le sommeil trouve sa place au sein des rythmes circadiens qui rythme nos vies, et celui de tous les animaux, avec des différences entre espèces. Les rythmes circadiens bien alignés exercent une pression de sommeil aux bonnes heures, comme une horloge interne. Ce qui rend le sommeil facile et qui va de soi…normalement.
    • La lumière a un effet sur le sommeil. Il est recommandé de s’aligner sur les cycles solaires et prendre le soleil tôt le matin. Et éviter les lumières artificielles le soir*.
    • Évitez les excitants, café et alcool en ligne de mire – même si ça parait trop évident de le rappeler –
    • Attention aux écrans, et notamment à la lumière bleue.
    • Pour les accidents de la route, il faut considérer la carence en sommeil qui semble être pire que conduire alcoolisé
    • Prendre de la mélatonine (qui est une hormone qui donne uniquement un signal) n’est pas une solution viable sur le long terme.
  • La chambre ne doit pas être chauffée…et une douche chaude (au moins les extrémités) aide à l’endormissement ce qui n’est pas intuitif.

Je regrette peut-être un peu le manque de biochimie : on y cause un tout petit peu la gestion du stress via cortisol, noradrénaline et adrénaline, certes. Ou même une approche plus nutri-centrée : pourquoi ne pas parler de GABA ou de l’effet de certains acides aminés, comme la glycine sur la qualité du sommeil ? Bon c’est chipoter, ce livre est tout de même très bon, et il ne fallait pas en faire une encyclopédie du sommeil mais une approche somme toute assez synthétique et qui ne rebute pas le grand public. C’est gagné de ce point de vue.

*A ce sujet, la plus belle déconfiture littéraire sur le noir, l’absence de lumière, la nuit…enfin…comment dire, j’attendais beaucoup de ce bouquin, avec un titre alléchant, mais qui au final était très superficiel.

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Si vous voulez l’acheter malgré tout…

De l’art de faire comme il faut quand on est végan.

Il est loin d’être évident de s’épanouir dans un régime végan. Voici la traduction d’un article de Denise Minger paru il y a déjà quelques années. On y récolte quelques conseils frappés au coin du bon sens autour de nutriments « sous-estimés ». J’y ai un peu collaboré à cette traduction, mais c’est bien la miss du « Mythe Végétarien » (pas Lierre Keith bien sûr) qui s’y est attelée pour la majeure partie du travail.

Bonne lecture !

Le mythe végétarien

Ne vous fiez pas à la coloration humoristique et ironique du titre, essayez de mettre d’éventuels préjugés de côté et de l’appréhender comme une tentative de passerelle entre nos deux mondes. (j’agite mon tit drapeau blanc ❤ )

Il s’agit de la traduction d’un article de Denise Minger, intitulé For Vegans.

Article original disponible ici

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Pour vous les végans

Je vous promets que cet article n’est ni angoissant ni mesquin ! 

Malgré les rumeurs qui prétendraient le contraire, je ne suis pas engagée dans une mission de dévégétarianisation des foules, enragée, écume à la bouche. Mon propre régime alimentaire est principalement basé sur les plantes, et je ne touche aucun profit en aucune façon – financièrement ou autre – quand vous décidez de mettre un œuf dans votre bouche au lieu d’une masse de protéines végétales texturées. Mon seul but en tenant ce blog est de balayer la mauvaise…

Voir l’article original 4 488 mots de plus

Périple en archéo-nutrition : une question de cétose et d’épilepsie

Le régime cétogène a le vent en poupe. Inutile de le présenter, il y a suffisamment de sources sur internet, y compris en francophonie depuis quelques années. Il s’agit d’un régime alimentaire qui vise à atteindre l’état de cétose, en agissant par le biais de trois approches :

  • par la restriction sévère des glucides, via notamment par la maitrise de la glycémie et de la production d’insuline
  • ou tout simplement en jeûnant
  • à titre secondaire, par l’ajout d’aliments qui vise à la production de corps cétonés (comme l’huile de noix de coco par exemple)

Pour aller plus loin, avec des connaissances qui détonnent un peu dans le milieu, voire même s’inscrivent en faux par rapport à ce qui se dit, je suggère ainsi ces deux vidéos de Chris Masterjohn :

Pourquoi les inuits n’ont jamais été en cétose, malgré leur régime riche en graisses

Les régimes cétogènes ont peu à voir avec les glucides et l’insuline

On sait depuis un siècle que la cétose a peu à voir avec l’acidocétose des diabétiques qui elle est à éviter : sur le Journal des débats politiques et littéraires en 1923, ceci est très bien expliqué, quoique de manière technique :

cétose1

Pourquoi donc le régime cétogène au cours des années 2000 est-il revenu sur le devant de la scène ? Sans doute grâce à son succès vieux comme le monde sur la prise en charge de l’épilepsie. Et ceci…depuis presque un siècle, comme on peut le lire sur Pédiatrie : organe de la réunion lyonnaise de pédiatrie publié en août 1928.

(cliquer pour voir les images en plus grand !)

(A noter les pubs pour les compléments alimentaires et surtout l’huile de foie de morue !)

Un article très intéressant, avec les mots d’hier pour décrire ce qu’on redécouvre aujourd’hui. Je note dans la conclusion quelque chose qui fait écho à une découverte récente :

Le mécanisme de l’action du régime cétogène sur l’organisme des épileptiques n’est pas entièrement élucidé. Wilder invoque l’action anesthésiante qu’exercerait sur le système nerveux l’acide diacétique. Helmholz a l’impression qu’il s’agit de phénomènes encore mal connus du métabolisme des graisses. L’opinion la plus répandue est celle de Bigwood, pour qui, dans l’épilepsie essentielle, les crises se produisent toutes les fois qu’il y a dans le plasma sanguin tendance plus ou moins marquée vers l’alcalose. Cette alcalose agirait en favorisant l’action d’un produit qui serait la cause même de la crise, produit toxique encore mal connu.

La cétose semble fonctionner mais on admettait ne pas savoir pourquoi. Et pas plus tard que la semaine dernière, je retwitte ce lien fort intéressant, invoquant la piste du microbiote. La flore bactérienne était déjà connue, mais fort mésestimée, il est fascinant qu’il faille plus d’un siècle pour cibler les mécanismes en question. Le lien direct vers l’article. Comme il s’agit d’une étude sur les souris, patience encore pour la validité du mécanisme à l’œuvre chez l’humain, mais nul doute que cela sera la prochaine étape testée.

 

 

Périple en archéo-nutrition : Weston Price et les caries perdues

Ah, Weston Price. Je crois que j’ai déjà assez radoté sur ce dentiste aventurier du siècle dernier (et même du 19ème).

weston-price

Voilà, une photo bien austère pour calmer.

En fait, voici ce que j’ai écrit à son sujet :

Et un peu partout sur le blog en fait…dès que ça touche aux caries, aux peuples isolés, aux vitamines liposolubles, et autres sujets récurrents.

Autant dire qu’il s’agit du marronnier du blog. Pas vu grand chose sur Gallica, donc l’exercice possible avec les Mellanby ne sera pas dupliqué.

D’autres articles sont disponibles en français, sur la toile, je vous invite à utiliser google pour ce faire.

Donc cet article n’en est pas un, il s’agit juste de promouvoir, pour la seconde fois la thèse de Francis MacKay. Non pas parce qu’elle mérite d’être diffusée (un simple partage sur Facebook suffit), mais tout simplement parce qu’elle est là. Je veux dire : disponible en html, au propre, en version à la fois épurée des oripeaux académiques (jury, sources…), et enrichie de quelques observations et liens utiles. Ce travail d’enrichissement à base de liens et d’illustrations sera fait en continu, au fur et à mesure des mois et des années qui passent.

Pas d’articles de références, difficile de faire mieux à défaut d’une traduction définitive du bouquin, j’enrichirais donc cette thèse à la méthode 2.0.

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En voilà déjà une mouture satisfaisante.

Ce fut un travail un peu fastidieux, même si le travail OCR a été utile, je pense avoir retapé manuellement la moitié de la thèse tellement le copier-coller a donné des horreurs impubliables !

Critique de la critique : en relisant cette thèse j’ai été réenchanté de lire un matériel écrit à une époque antédiluvienne bien que largement postérieure à celle de Price.

Le document n’est pas exempt de critiques : mise en page parfois loufoque, écriture de petits signes en marge du document, fautes d’orthographe, fautes grammaticales. J’ai peine à penser qu’il s’agisse de la thèse finale parfois. A moins que sa nationalité écossaise l’ait fait bénéficier d’une clémence du jury…je ne sais pas, si un lecteur peut aller consulter le document disponible à la faculté de médecine de Paris plutôt que celle dont j’ai la copie (de la Bibliothèque Nationale de France), je lui en serai très reconnaissant D’ailleurs tout un passage, pas très long a été perdu, comme blanchi…

Pour le contenu en lui-même, c’est un régal. A défaut de l’ouvrage massif de Price, on saura se contenter de cette thèse. Elle met le doigt sur les forces et les faiblesses de l’œuvre de Price, ce qui est très bien, n’ayant pas su les formuler moi-même – et de manière plus honnête que chez Quackwatch ou autre sceptique qui ne tient pas compte des forces de l’approche de Price –  je n’avais pas pour but de devenir une groupie du monsieur…!

A noter de particulièrement rafraichissant :

  • le rapprochement des travaux de Price, avec d’autres auteurs qui confirment les découvertes de Price assez précisément : les Mellanby évidemment, mais aussi Robert McCarrison, un contemporain de Price, qui visite l’Inde et décrit le peuple des Hunzas, à tendance végétarienne (j’ai bien dit tendance), et dont le caractère isolé est à rapprocher des peuples visités par Price, et présentent les mêmes signes de vitalité.
  • Le passage sur le beurre spécial de Price : on devine qu’il est produit à partir de lait de vaches ayant brouté de l’herbe de printemps au moment de la repousse, et riche en vitamine K1. Elle est convertie par la vache en K2. La K2 serait donc le fameux facteur X détecté par Price.
  • Je le répète ce n’est pas un auteur « paléo ». Les laitages et les produits céréaliers ont plus que leur place sous des formes de haute qualité : le blé frais et entier – et sans doute fermenté au levain pour réduire l’acide phytique – fait partie des protocoles de Price, qui contrairement aux Mellanby outrepasse leur soi-disant caractère anti-minéralisant.
  • Les peuples vivant près des côtes semblent plus robustes que les autres aux yeux de Price : faut-il y voir un effet de l’iode ? Ou des produits de la mer (plus gélatineux ?) ? Les oméga3 des poissons ? A prendre avec des pincettes, mais cela titille ma curiosité, et pourrait rejoindre les observations et études sur le(s) régime(s) méditerranéen(s) qu’il s’agisse des anciens crétois comme des anciens sardes des zones bleues.
  • Tout le laïus sur les régimes spéciaux pour enfanter à destination de la future mère et même du père. Les remarques sur la gestation et l’accouchement facilités qui rejoignent l’approche de Michel Odent sur le sujet.
  • L’approche dentaire reste la plus solide et étayée, davantage que les autres observations sur la santé et la robustesse des populations – même si ce n’est pas dénué d’intérêt, loin de là -.

Aussi, il faut prendre du recul par rapport à des choses datées et qui peuvent nous faire bondir : l’approche « raciale » (on parle même de « stock humain »), la dichotomie entre civilisés et primitifs que l’on peut interpréter de manière péjorative. On pourrait même y voir une ode au bon sauvage. La méthode de Price est critiquable, son vocabulaire parfois daté (son christianisme ressort de manière inattendue aussi bien pour l’athée actuel que les chrétiens). Pas de quoi y voir une ode au colonialisme, mais pas de quoi s’offusquer, se replacer dans le contexte d’époque…même le mot ivoire (à la place de dentine) est utilisé…O tempora o mores.

Périple en archéo-nutrition : le couple Mellanby

Il m’est revenu l’envie d’écrire, donc…me revoilà après un peu plus d’un an d’absence (réelle). Pour combien de temps…je ne sais pas !

Je désigne par archéo-nutrition les débuts timides de cette science où tout restait à découvrir, où les moyens étaient rudimentaires, mais la soif d’apprendre faisait des hommes et femmes scientifiques des aventuriers, au sens figuré comme au sens propre (surtout au regard de l’approche de Weston Price).

Évidemment, nous avons changé d’époque, la pratique de la science s’est mutée peu à peu en même temps que les nouvelles technologies, normalisant ce petit monde. Entre relecture par les pairs, circuit de publication, le rôle de la presse et des réseaux sociaux, les scientifiques semblent avoir perdu un peu de leur mystère, de leur aura.

Aujourd’hui je voulais en savoir plus sur les Mellanby. Edward, né en 1884, May Tweedy en 1882, tous deux sujets de la couronne britannique. Ils se sont mariés en 1914 au début d’une guerre mondiale. On attribue au premier la découverte de la vitamine D, notamment en travaillant sur des chiens en cage nourris pauvrement – du porridge – et à qui il administre de l’huile de foie de morue. Sa femme travaillera plus directement sur la nutrition et les caries.

 

C’est pas les Curie, mais c’est la classe quand même !

J’ai voulu voir ce qu’on disait d’eux à l’époque. Pas un point de vue encyclopédique daté du 21ème siècle, mais voir, tâter l’esprit de cette époque. Et comme je n’ai pas eu le courage d’affronter le web anglophone, j’ai voulu voir sur Gallica, des extraits de la presse francophone de ces années-là.

I. Edward Mellanby : entre huile de foie de morue et héliothérapie, scientifique défricheur, à la découverte en plusieurs temps de la vitamine D.

Un extrait de La Pédiatrie pratique : journal de clinique et de thérapeutique infantiles du 15 juillet 1923

 

Cliquer sur les images pour lire

J’apprécie ce tâtonnement, l’huile de morue semble faire effet donc, mais on doute que ça soit la vitamine A. On suspecte également que le soleil joue un rôle contre le rachitisme. Au bout du compte, on un corps actif, distinct de la vitamine A, qui semble avoir un rôle calcifiant. L’avitaminose A se nomme hikan au Japon, xéropthalmie ou kératomalacie en Europe et on parle plutôt de troubles oculaires graves, mais la vitamine A ne semble pas être ce principe antirachitique. On prescrit donc naturellement de l’héliothérapie, ainsi que de l’huile de foie de morue contenant ce fameux principe antirachitique qui ne porte pas encore de nom.

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Vertu de l’empirisme ou de la « sagesse nutritionnelle » qui précède la science. A noter la coquille hydrosoluble ou lieu de liposoluble. Source Gallica, perdue…je peux retrouver au besoin

Concernant la vitamine D, on a davantage de détail dans la Revue générale des sciences pures et appliquées de 1926 (pages 262 à 270,  Les points de vue récents sur les problèmes des vitamines). Étrangement le bêta-carotène est encore indistinct de la vitamine A (puisque produite par les végétaux), mais la vitamine D a bien été identifiée entre temps, soit trois ans après le précédent document. La vitamine E est également invoquée, étant synthétisée par les végétaux. Edward Mellanby d’ailleurs n’était pas convaincu que la vitamine A fut antirachitique. Ce document présente pas à pas ce tâtonnement de la découverte de la vitamine D, depuis les travaux de ses prédécesseurs McCollum, Osborne et Mendel qui liaient déjà matières grasses et croissance des animaux.

De manière désuète (mais charmante !), on y lie la vitamine D et le cholestérol, ce qui est largement reconnu depuis, cholestérol nommé cholestérine (et le phytostérol, est nommé phytostérine). Le document est un peu plus technique que celui de la Pédiatrie Pratique, je trouve ces deux fascinants. Les termes y sont parfois datés, mais la science (la biologie, la physiologie et la science du métabolisme) progresse à pas de géant en quelques années. On parle bien des célèbres années folles (Roaring Twenties) qui s’achèveront par le désastre financier de 1929.

Pour finir, une note aventurière – en tout cas géographique ! – qui fera le lien avec sa femme, dans la Revue Médicale Française de Juillet 1920 :

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Deux remarques me viennent instantanément :

  • L’Île Lewis sera par la suite visitée par Weston Price, qui connaissant bien les travaux des Mellanby, et ayant sans doute pour intuition qu’un mode de vie – dont la nutrition, bien sûr – qui protège du rachitisme, protège également des caries : on parle bien de tissus fortement consommateurs de calcium.
  • L’allaitement, encore aujourd’hui source de confusion : tantôt tenue coupable des caries chez le nourrisson, tantôt célébrée, semble ici être tenue protectrice du rachitisme. A-t-on seulement procédé à une étude comparative de la qualité du lait des femmes allaitantes pour lier par exemple carences – en vitamines A, D, K2, calcium, phosphore – et survenue des caries chez le nourrisson. Il va de soi que la femme ne peut pas donner plus que ce qu’elle a, et Weston Price a déjà noté dans les tribus traditionnelles immunisées à la carie dentaire les régimes alimentaires spéciaux que recevait la femme avant, pendant et après la procréation. Sur cette étude de 2014, l’allaitement n’est par exemple pas tenu responsable des caries.

Pour le lait de la vache, on sait qu’il dépend de plusieurs facteurs dont la nutrition des ruminants, avant tout. Pourquoi cela ne serait-il pas le cas chez l’être humain ? A ce propos j’ai trouvé ce petit document Études / publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus (Note de Sylvain : une époque plus religieuse sans doute…), de janvier 1925 tout de même. On pourrait creuser davantage, retrouver l’étude en question, mais il est révélateur du fait que parfois on semble réinventer le fil à couper le beurre…et c’est en ça que l’archéo-nutrition m’amuse. On sait déjà que l’alimentation industrielle ne date pas du 20ème siècle – souvenez-vous, la margarine -, mais même l’alimentation en provenance des animaux était déjà altérée.

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En 1925 on avait, en quelque sorte déjà tout compris…

II. May Mellanby, soigneur des dents par la nutrition, approfondit les découvertes de son mari

May Mellanby, fière femme de science est déjà plus dans l’application directe des découvertes. Son mari découvre les vertus pratiques de l’huile de foie de morue ? Elle voudra aller plus loin dans le sujet et couvrir le champ de la nutrition et des caries plutôt que celui de la biochimie pure par une carrière dédiée aux expérimentations cliniques.

Malheureusement, son approche qui m’intéresse logiquement plus que celle d’Edward m’est difficilement accessible. Tout n’est pas disponible sous le manteau par internet. Pour les parisiens, disposant d’une carte de bibliothèque il doit être possible de consulter ces trésors. Même Amazon ne dispose que de Diet and the teeth : an experimental study sans avoir la certitude qu’il s’agisse des deux parties.

On peut, toutefois, trouver un pdf de Nutrition and Disease (1934), écrit par Sir Edward Mellanby (anobli donc ?), certes, mais valorisant les travaux de sa femme avant tout.

J’invoque donc Gallica à nouveau, pour savoir ce qui se disait en France sur ses travaux, ici dans L’Homme libre, journal quotidien du matin, du 29 avril 1931 :

 

On remarquera à quel point il est difficile de séparer de manière bien évidente l’apport de May et celui de Edward. Je pense qu’il faut vraiment les voir comme un couple, même si je suppose qu’à l’époque, il était plus facile pour Edward, en tant qu’homme de revoir les lauriers. On y note la présence d’une autre femme ayant travaillé avec May Tweedy Mellanby, C. Lee Pattison.

Avec May Mellanby, toutefois on quitte la simple question des os, pour se pencher sur celles des dents. Et en tant que tissu fortement calcifié, les dents sont aussi sensibles à l’apport en vitamine D. C’est dans ce cadre-là qu’elle peut conclure, chez les chiens dans un premier temps, puis chez les humains que la vitamine D protège de la carie dentaire. Et lutte…contre cette carie, non pas en produisant de l’émail, mais de la dentine secondaire qui vient s’ajouter à la dent.

Des éléments anticalcifiants sont détectés dans les céréales (à degrés divers selon le type de céréales). On ne lui donne pas encore de noms mais je suspecte très vite l’acide phytique, surtout que le germe de blé en contient plus que les autres parties du blé. L’acide phytique est reconnu comme se fixant aux minéraux et empêchant d’être digérés dans l’intestin. Mais la vitamine D administrée semble contrecarrer cet effet.

Le mot inhabituel pour qualifier ce principe déminéralisant…toxamine me pousse à aller chercher plus loin. Effectivement, il s’agit bien de l’acide phytique. – boulangerie.net un lien du lobby encore 😀 – Il semblerait que le pain complet contienne également de la phytase, une enzyme qui désactive l’acide phytique pour dire simplement les choses. Ce qui expliquerait pourquoi les pains davantage fermentés, au levain par exemple (pour que la phytase fasse effet dans le temps) sont préférables au pain à la levure, ou même à des tas de produits farineux (farine blanche ou complète d’ailleurs) du commerce sont déminéralisants comme cela avait été constaté par May Mellanby et dans les mêmes proportions que le contenu dans cette fameuse toxamine.

A l’heure actuelle, le rôle des farineux, ou plutôt des sucres en général dans la flore buccale est reconnu, avec en ligne de mire le Streptococcus Mutans qui vient causer la carie. Je suis surpris que l’on ne retienne du couple Mellanby que la simple découverte de la vitamine D et son rôle dans le rachitisme, leurs découvertes – déminéralisation par excès d’acide phytique ou carence de vitamine D –  dans le domaine des caries semble soit minorées, soit classées dans un classeur « vieille science démodée et isolée, NOUS ON SAIT que c’est surtout la bactérie qui est en cause ». Légèrement frustrant. D’autant que l’on comprend mieux le rôle calcifiant de la vitamine D en relation avec la vitamine A, et surtout la K2, découverte bien après et qui par bien des aspects affine et complète notre vision du métabolisme du calcium dans le sang puis dans les tissus qui en ont besoin – os, cartilages, dents -.

Sur le travail de Weston Price qui parachève celui des Mellanby évoqué plus haut, en découvrant un autre principe actif, voisin des vitamines liposolubles déjà découvertes (A et D), dont il semble presqu’établi qu’il s’agit de la vitamine K sous sa (ses) forme K2. Il sera longtemps surnommé activateur (ou facteur) X. Mais il s’agira d’un tout autre article, pas forcément sur ce modèle d’ailleurs. Mais petit bonus archéo-nutrition que j’ai eu du mal à intégrer dans la trame de l’article, toujours dans le document Études, publiées par la Compagnie des Pères de Jésus :

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Cette vitamine X, bien que le X me fasse penser à Price, ne serait-elle pas, tout simplement l’acide folique -vitamine B9 ? Toutefois, le document date de 1925, et il est admis que l’acide folique a été découvert pendant la seconde guerre mondiale soit plus de 10 ans plus tard. Les travaux précurseurs (merci Wikipédia) de Lucy Wills datent du début des années 30. Il est indiqué années 20 pour l’anémie macrocytaire. Et là, difficile d’en savoir plus sur le moment. La vitamine K2 a bien quelques vertus sur la fertilité, je ne m’avancerais pas non plus, cela ne doit pas être le seul micronutriment dans ce cas. Cela dit, comme l’ostéocalcine influe sur les taux de testostérone dont le métabolisme (décarboxylation), dépend de la K2…mais enfin tout ça est pure conjecture…et bien complexe aussi. Prudence.