Perspectives historiques sur la publicité et le mème que l’hygiène bucco-dentaire personnelle prévient la carie dentaire

Cet article est initialement apparu sur la revue Gerodontology entre 2018 et 2019, disponible gratuitement en ligne ici.

Il est disponible sur le site ResearchGate (ici) avec la mention de la licence Creative Commons, ce qui m’autorise à le traduire en ces lieux et à le partager.

Si l’auteur (Philippe Hujoel), ou les dirigeants de la revue en question venaient à tomber dessus et à exprimer son ou leur désaccord, je retirerais cette traduction.

Perspectives historiques sur la publicité et le mème que l’hygiène bucco-dentaire personnelle prévient la carie dentaire

Résumé

En 1930, un groupe scientifique de premier plan a estimé par consensus que les produits d’hygiène bucco-dentaire ne pouvaient pas prévenir la carie dentaire. Selon eux, la prévention des caries dentaires nécessitait une minéralisation adéquate des dents et la vitamine D pouvait permettre d’atteindre cet objectif. Plus d’une centaine d’essais contrôlés ultérieurs, menés pendant sept décennies, ont largement confirmé que ce groupe scientifique avait pris les bonnes décisions. En 1930, en ce qui concerne la carie dentaire, ils avaient correctement validé les produits à base de vitamine D comme prophylactiques contre la carie dentaire et les produits d’hygiène bucco-dentaire comme cosmétiques. Et pourtant, malgré cette preuve scientifique constante depuis près d’un siècle, une sagesse conventionnelle opposée est apparue et prospère encore aujourd’hui : les habitudes d’hygiène bucco-dentaire (sans fluor) protègent les dents des caries dentaires, et la vitamine D ne joue aucun rôle dans la prévention des caries dentaires. Cette analyse historique explore la question de savoir si une publicité récurrente peut profondément enraciner des mèmes sur la prévention des caries dentaires qui sont en contradiction avec les résultats d’essais contrôlés. La question est posée de savoir si les organisations professionnelles, qui dépendent des recettes publicitaires, peuvent se rendre complices de l’amplification des allégations de santé annoncées qui ne sont pas conformes aux principes de la médecine fondée sur les preuves.

I Introduction

McCollum, un découvreur de trois vitamines, a rapporté en 1930 que presque tous les dentistes avaient souscrit à l’hypothèse selon laquelle la carie dentaire était une maladie de défauts dentaires.1 Cette hypothèse était soutenue par des recherches sur les animaux,2-4 des études épidémiologiques mondiales1 et des essais cliniques contrôlés.5-7 La vitamine D était considérée comme un remède efficace contre la carie dentaire car elle prévenait et traitait ces défauts dentaires. La preuve la plus visible du soutien scientifique à l’hypothèse des défauts dentaires est que des organisations gouvernementales telles que le ministère de la santé du Royaume-Uni8, des organismes scientifiques tels que l’Académie nationale des sciences9 et des organisations professionnelles telles que l’Association dentaire américaine (ADA)10 et l’Association médicale américaine (AMA)11 ont tous approuvé la prophylaxie des caries dentaires par la vitamine D au début du 20ème siècle. Certains de ces groupes scientifiques considéraient les produits d’hygiène bucco-dentaire comme des cosmétiques. Des dents saines (c’est-à-dire sans défaut) étaient considérées comme immunisées contre la carie dentaire, et des dents propres (c’est-à-dire brossées et passées au fil dentaire) étaient considérées comme susceptibles de se carier.

L’un des renversements les plus surprenants dans les croyances sur l’étiologie de la maladie a peut-être été le rejet progressif de l’hypothèse du défaut dentaire au profit de celle de la dent propre (c’est-à-dire que le brossage et le nettoyage interdentaire préviennent la carie dentaire). L’ADA a déclaré en 1945 que la vitamine D n’empêchait pas les caries dentaires.12 Cette annonce a implicitement rejeté l’hypothèse des défauts dentaires et, avec elle, le grand nombre de preuves d’essais cliniques contrôlés à l’appui de l’efficacité de la vitamine D.9, 13 Par défaut, l’hypothèse des dents propres a lentement remplacé l’hypothèse des défauts dentaires. Et dans un exemple possible de dissonance cognitive, plus l’hypothèse de la dent propre était réfutée dans les essais cliniques ultérieurs14, plus la croyance commune en sa véracité semblait s’approfondir.

La question qui se pose ici est de savoir comment l’hygiène bucco-dentaire (sans fluor) a été considérée comme une ligne de défense importante contre la carie dentaire. À cette fin, nous explorons les archives d’un groupe scientifique de premier plan chargé d’examiner et de réglementer les allégations thérapeutiques présentes dans la publicité pour l’hygiène bucco-dentaire.

II LA PUBLICITÉ ET LA NAISSANCE D’UN MÈME MONDIAL SUR L’HYGIÈNE BUCCALE ET LA PRÉVENTION DES CARIES DENTAIRES (1919-1930)

Il s’agit ici de l’une des plus grandes réussites de la publicité.15

Hopkins-Copywriter-1927.

La société Pepsodent Co. a commencé à faire la publicité des avantages d’un dentifrice vers 1919 selon les lignes suivantes :

Les dents sont recouvertes de plaques ou de films bactériens constitués de millions de germes. Vous devez retirer la pellicule, ne la laissez pas. L’élimination de la plaque dentaire permet de combattre la carie à la source, de contrôler la pyorrhée et de prévenir les maladies graves. La science est incontestable. Le Pepsodent est basé sur la pepsine, le digesteur de l’albumine, et le but du Pepsodent est de dissoudre ce film.16, 17 (Figure 1).

Figure 1
Les publicités Pepsodent® ont peut-être été les premières à lancer un mème mondial sur la pathogénicité de la plaque dentaire et la nécessité d’adopter des habitudes d’hygiène bucco-dentaire pour obtenir des avantages sanitaires d’une grande importance. Claude Hopkins a inclus des coupons pour des produits gratuits dans des publicités qui lui ont permis de faire des découvertes en matière de recherche marketing sur l’hygiène bucco-dentaire et la psychologie humaine [La figure en couleur peut être consultée sur wileyonlinelibrary.com].

Ces messages ont été rédigés par l’homme d’affaires Claude Hopkins. Il avait accepté de commercialiser le Pepsodent, et pour atteindre cet objectif, il avait lu livre après livre des autorités dentaires. Au milieu d’un livre, il a trouvé une référence aux plaques de mucine sur les dents, ce qui lui a donné l’idée d’axer son message marketing sur la plaque dentaire. M. Hopkins a expliqué comment sa recherche marketing a mis en évidence la nécessité de « professer » des avantages d’une grande importance lorsque cette plaque dentaire est enlevée15.

Le dentifrice Pepsodent® est devenu un succès fou. Le dentifrice Pepsodent® a connu un succès foudroyant. En 30 ans de carrière, M. Hopkins a participé à des centaines de campagnes publicitaires et il s’est rendu compte par la suite qu’il ne pouvait pas se souvenir d’un autre produit dont le marketing avait conduit à un tel succès mondial en si peu de temps. Une demande nationale pour le dentifrice Pepsodent® a été créée en un an et une demande mondiale en quatre ans. L’ère des produits pharmaceutiques d’hygiène bucco-dentaire à succès mondial avait commencé.

Hopkins n’était pas le seul à promouvoir l’hygiène bucco-dentaire au début du XXe siècle. La National Mouth Hygiene Association était une coalition politique de professionnels et de profanes dont l’objectif était de « diffuser la propagande de l’hygiène bucco-dentaire ».18 La création de cette coalition avait été annoncée dans une revue spécialisée appelée Oral Hygiene, qui était envoyée gratuitement à tous les dentistes américains.19

D’éminents dentistes avaient rapporté comment l’hygiène bucco-dentaire prévenait les infections buccales et offrait ainsi de vastes avantages systémiques et économiques. Le Dr Smith, le premier dentiste à promouvoir la prophylaxie orale, avait « abondamment prouvé que le diabète et de nombreux troubles gastro-intestinaux sont directement liés à l’infection buccale de la pyorrhée alvéolaire ».20 Le Dr Fones, qui a fondé la première école d’hygiène dentaire en 1913, a indiqué dans son manuel que les troubles de la vue étaient « couramment causés par les produits toxiques d’une infection buccale »21. « Le Dr Wright, qui a fini par diriger le Conseil de l’hygiène bucco-dentaire de l’Association dentaire américaine, a décrit l’importance de « l’évangile de l’hygiène bucco-dentaire », car il affecte « toute la structure économique de la nation ».22

L’hygiène buccale a également été liée à la prévention de la tuberculose, première cause de décès au début du XXe siècle. Un président de l’Académie américaine de prophylaxie orale et de parodontologie avait expliqué comment « une bouche propre aidait à prévenir la tuberculose » et avait obtenu l’aval de l’Association dentaire nationale23, Un fondateur du Mouvement pour l’hygiène bucco-dentaire avait affirmé qu' »au moins 95% de toutes les infections tuberculeuses se produisent dans des bouches malades ou mal entretenues ».25 Une publicité d’une société de dentifrice dans une revue spécialisée soulignait « l’importance de l’hygiène bucco-dentaire dans la lutte contre la tuberculose ».26 Le brossage minutieux des dents deux fois par jour est devenu une corvée reconnue dans la « Croisade moderne pour la santé » pour prévenir la tuberculose. Ce conseil de santé publique a entraîné une ruée sur les brosses à dents dans plusieurs États américains, une ville n’ayant plus une seule brosse à dents dans ses pharmacies27.

D’autres coalitions visant à promouvoir l’hygiène bucco-dentaire diffusent des messages similaires. La Dental Welfare Foundation a été créée par des fournisseurs de soins dentaires en 1921, et leur objectif était d’éduquer le public sur l’hygiène bucco-dentaire avec « un message à l’humanité » : « Elle a été décrite par ses partisans comme « le plan le plus altruiste qui ait jamais été conçu ».28

Le point soulevé ici est que la publicité directe aux consommateurs a créé des mèmes mondiaux sur les bienfaits thérapeutiques de l’hygiène bucco-dentaire bien avant l’existence d’une réglementation scientifique. Dans certains pays au moins, ces allégations commerciales d’efficacité thérapeutique ont été amplifiées par les commerçants dentaires, les associations professionnelles et les organisations de santé publique.

III PREMIÈRES actions de RÉGLEMENTATION ; LES PRODUITS D’HYGIÈNE BUCCO-DENTAIRE DEVIENNENT DES COSMÉTIQUES (1930)

…les auteurs ont joué sur le thème de la nécessité d’éliminer la « pellicule de mucine » (c’est-à-dire la plaque dentaire) jusqu’à ce que le public et même une partie de la profession soient amenés à croire qu’il y avait là des bactéries insidieuses qui génèrent des acides dissolvant les dents et entraînent des caries, des pyorrhées ou même des rhumatismes, et que l’ensemble de la dentisterie et de l’hygiène bucco-dentaire tournait autour de la chasse à ces micro-organismes pas entièrement reconnus.29

Gordon – Secrétaire du Conseil de l’ADA sur les thérapies dentaires – 1930

L’année 1930 a marqué les premiers efforts pour évaluer les preuves scientifiques des allégations thérapeutiques présentes dans la publicité dentaire. L’ADA avait été critiquée pour son indifférence à surveiller le marché des produits dentaires thérapeutiques nocifs.30 Le conseil d’administration de l’ADA a donc créé le Conseil sur les produits dentaires thérapeutiques, appelé par la suite ADA CDT, composé de 12 hommes,31 pour statuer sur les remèdes dentaires et les allégations thérapeutiques autorisées. L’ADA a reçu pour instruction de fonctionner selon un règlement scientifique qu’elle avait adopté de l’AMA. Il était du ressort de l’ADA CDT d’évaluer la publicité mondiale directe aux consommateurs pour les entreprises ayant des produits sur le marché américain.32

Les archives suggèrent que l’ADA CDT avait un problème « avec la situation nauséabonde de la publicité » pour « la promulgation du slogan selon lequel une dent propre ne se carie jamais ».29 Les documents internes de l’ADA CDT décrivaient les allégations selon lesquelles les dentifrices offraient des avantages thérapeutiques comme étant malodorantes,33 irresponsables,33 extravagantes,34 ridicules,29, 35 charlatanesques,35 de l’escroquerie scientifique, 29 de la tromperie, 36 à la mode36 et ainsi de suite. Leur proposition de décision sur la publicité autorisée était simple ; les dentifrices ne pouvaient pas faire de publicité ou déduire des allégations thérapeutiques (par exemple, la prévention des caries dentaires), chimiques (par exemple, la lutte contre l’acidité de la bouche) ou bactériologiques (par exemple, pour débarrasser les dents des germes destructeurs). Les allégations concernant les dentifrices devaient être strictement limitées aux propriétés de nettoyage mécanique, à l’efficacité en tant qu’aide à l’hygiène de la cavité buccale et à la sécurité.37 Les dentifrices étaient décrits comme des produits cosmétiques ; « ils étaient aux dents ce que le savon est aux mains ».38 « Les savons ordinaires avaient été vendus au détail en raison de leurs qualités thérapeutiques magiques »,39 et c’est l’ADA CDT qui a décidé que les dentifrices devaient être épargnés d’un sort similaire.

Le refus de l’ADA CDT d’accorder des allégations thérapeutiques aux produits d’hygiène bucco-dentaire était conforme aux règles scientifiques en vertu desquelles ils devaient fonctionner. Les règles de l’ADA CDT stipulaient que des essais comparatifs étaient « souvent nécessaires » pour les allégations thérapeutiques qui n’étaient « pas évidentes ».40 Trois essais comparatifs ont soutenu l’approbation par l’ADA de la vitamine D comme prophylactique de la carie dentaire.5-7 Un essai comparatif a soutenu le refus par l’ADA CDT d’une allégation de prévention de la carie dentaire pour un rinçage antimicrobien.41 Un appel à la recherche clinique comparative sur le rôle de l’hygiène bucco-dentaire dans la prévention des caries dentaires, même avec les tailles d’échantillons suggérées, a été lancé dès 192042 , et des résultats positifs auraient pu conduire à l’acceptation par l’ADA CDT d’une allégation de prévention des caries. Mais cet appel à des essais resterait longtemps sans réponse14.

Même la plausibilité biologique à l’appui des allégations thérapeutiques pour les produits d’hygiène buccale a été jugée douteuse. William Gies, l’un des fondateurs de l’enseignement dentaire moderne, a rapporté dans le Journal of the American Medical Association et le Journal of Dental Research que les allégations de commercialisation de Pepsodent® ont été « mises sur le marché dans l’ignorance totale des principes dentaires et biochimiques impliqués, ou avec l’intention de tromper la multitude ».43, 44 Willoughby Miller, un microbiologiste formé par le prix Nobel Robert Koch, a rapporté comment il est naturel de supposer que la plaque dentaire est le résultat d’un début de décalcification et non la cause des caries dentaires.9

L’hypothèse de la dent saine, en revanche, a été considérée comme fondée sur des preuves (et les produits à base de vitamine D ont donc été approuvés par l’ADA CDT). Les résultats de la recherche ont conduit à la conclusion que la susceptibilité à la carie était « largement » déterminée par la structure et la densité de la dent, et par l’intégrité de l’émail.9 Ce sont les conditions pathologiques de l’émail qui étaient « de la plus haute importance dans l’étiologie de la carie dentaire ».45 Les défauts dentaires donnaient « la possibilité d’agir sur les causes qui provoquent la carie »,46 et l’hygiène bucco-dentaire était inefficace pour éliminer les bactéries de ces défauts dentaires.47 L’objectif de la prévention des caries dentaires était d’élever une nouvelle génération d’enfants américains avec des dents sans défaut,47 et certains dentistes ont proposé d’éliminer les défauts dentaires chez les enfants affectés au moyen de joints ou d’odontotomie prophylactique.47 May Mellanby a fourni des preuves d’essais contrôlés sur la vitamine D comme traitement des défauts dentaires,5-7 et le président de l’ADA a remercié May Mellanby d’avoir mis la profession dentaire sur la bonne voie.48

Pour les raisons susmentionnées, les actions de l’ADA CDT étaient conformes à l’esprit du temps. La First District Dental Society of New York avait condamné deux ans plus tôt les « allégations fausses et trompeuses » des fabricants de dentifrices. Cette condamnation professionnelle du marketing non éthique a fait l’objet d’une publicité nationale49-51. Certaines sociétés d’hygiène bucco-dentaire ont adopté ce point de vue. Colgate faisait fréquemment de la publicité pour son dentifrice avec un avertissement : « Aucun dentifrice ne peut guérir la pyorrhée. Aucun dentifrice ne peut corriger l’acidité de la bouche pendant une période suffisamment longue pour prévenir la carie. Aucun dentifrice ne peut raffermir les gencives. Une autre publicité de Colgate a fait état d’une autre épidémie de « crédulité » sur les bienfaits thérapeutiques des produits d’hygiène bucco-dentaire, qui « se manifeste en faisant croire aux gens toutes les allégations médicinales idiotes pseudo-scientifiques qu’ils lisent dans la publicité ».53 Le New York Times, quelques années plus tard, a fait état d’un débat entre les partisans de l’hypothèse de la dent saine et de la dent propre et a fait sa une : « La vieille théorie de l’hygiène bucco-dentaire pour prévenir la carie dentaire est qualifiée d’inutile « 54.

Soit dit en passant, le sujet des allégations thérapeutiques autorisées pour les brosses à dents, un autre produit d’hygiène buccale, n’a pas été abordé à l’ADA CDT avant 1943.55 Il peut y avoir deux raisons à cela. Premièrement, le conseil d’administration de l’ADA avait créé l’ADA CDT pour contrôler les remèdes, et non les dispositifs.31 C’est, par exemple, le Conseil de physiothérapie de l’AMA qui a lancé une révision des allégations thérapeutiques dentaires autorisées pour les lampes UV.56 Deuxièmement, les brosses à dents n’ont pas fait l’objet d’une large publicité dans le journal de l’ADA dans les années 1930. C’est l’arrivée de la première brosse à dents en nylon qui a incité l’ADA, en 1943, à examiner quelles allégations thérapeutiques étaient autorisées pour les brosses à dents.55

En résumé, l’ADA CDT a rejeté au début des années 1930 toutes les allégations thérapeutiques concernant les produits d’hygiène buccale et a approuvé la prophylaxie de la carie dentaire par la vitamine D.

IV OPINIONS POPULAIRES SUR L’HYPOTHÈSE DE LA DENT PROPRE EN DEHORS DE L’ ADA CDT

La carie dentaire ne se produirait jamais si chacun se brossait les dents tous les jours et nettoyait les espaces interproximaux

Tiré d’un pamphlet éducatif largement diffusé et richement illustré vers 193057.

Comme indiqué dans l’introduction, cet examen se concentre sur les décisions de l’ADA CDT, un conseil spécifiquement créé pour adopter une approche fondée sur des preuves pour évaluer les allégations thérapeutiques. Toutefois, les perspectives de l’ADA CDT sur la prévention des maladies dentaires ne reflètent pas nécessairement les points de vue d’autres bureaux de l’ADA, en dehors de l’ADA, ou les points de vue exprimés dans les manuels dentaires américains ou européens.

L’hypothèse de la dent propre, tout comme l’hypothèse de la dent saine, a trouvé son origine dans la recherche histologique. En 1897, Williams avait présenté « une longue série de faits » et « des preuves (qui) sont tout simplement accablantes » que « les bactéries acidifiantes sont la seule cause active de la carie dentaire ».58, 59 Il a conclu que le pire émail ne se décomposera pas si on ne laisse pas les bactéries se fixer à la surface de l’émail. Un éditorial d’accompagnement rapportait qu’ « il est donc évident que l’élimination de ce film (bactérien)… par des dentifrices appropriés est une considération importante dans la prophylaxie des dents contre les caries ».60

L’argument de plausibilité biologique est devenu l’argument selon lequel les rinçages buccaux, les dentifrices et le brossage des dents antiseptiques empêchaient les caries dentaires.61, 62 La première brochure d’éducation dentaire distribuée par la National Dental Association, un précurseur de l’ADA, en 1909, indiquait que « l’essentiel pour prévenir les caries dentaires » était la propreté de la bouche.63 De nombreuses sociétés dentaires vers 1930 publient encore des documents selon lesquels « les dents doivent être brossées cinq fois par jour ».57

Les services autres que l’ADA CDT, qui n’ont pas fonctionné selon un ensemble de règles scientifiques, ont approuvé l’hypothèse de la dent propre comme une approche préventive viable. En 1930, le Bureau de l’éducation à la santé dentaire de l’ADA a publié des rapports « prêchant l’évangile de la prévention par l’utilisation de la brosse à dents « 64 et expliquant comment « la prophylaxie dentaire augmente la résistance des dents à la carie dentaire ».65 Ce rapport, qui est à nouveau mis en avant aujourd’hui, s’attache à évaluer comment un conseil scientifique (l’ADA CDT) d’une organisation professionnelle a considéré les allégations thérapeutiques des produits d’hygiène buccale et non la popularité des opinions sur la prévention de la carie dentaire en 1930.

V L’ADA ET LE SOUTIEN DES PRODUITS ; LE TREMBLEMENT DE TERRE DANS LA MAISON DENTAIRE66

Bien entendu, la question de la publicité s’est posée,… le grave danger de perdre les recettes dont le Journal dépendait si largement, c’est-à-dire les recettes publicitaires.

Johnson-Un membre du conseil lors de la première réunion de l’AMA-ADA CDT exprimant les préoccupations de l’AMA Journal concernant l’impact de la science sur la perte de revenus publicitaires – 193067

Les événements ultérieurs décrits maintenant suggèrent que les premiers efforts réglementaires visant à contrôler la publicité directe au consommateur des allégations thérapeutiques pour les produits d’hygiène buccale ont largement échoué.

En 1930, l’ADA CDT avait essentiellement déclaré que les dentifrices devaient rejoindre les savons dans les rayons cosmétiques du magasin. Les implications financières potentielles de ce verdict étaient peut-être ambiguës en 1930. D’une part, des industries telles que Pepsodent avaient construit des produits pharmaceutiques à succès en partie basés sur des allégations thérapeutiques telles que la prévention des caries dentaires. D’autre part, Colgate avait obtenu un succès international similaire basé sur un marketing éthique, c’est-à-dire sans allégations thérapeutiques.

L’ADA CDT s’est engagée dans cette lutte dans le but de contrôler les allégations publicitaires de toutes les marques de dentifrice et de créer pour la première fois une norme officielle de soins pour la pandémie mondiale de caries dentaires. L’ADA CDT était sur le point d’informer 35 000 membres américains de l’ADA68 des remèdes à prescrire. Les implications juridiques pour les dentistes de la prescription de produits qui n’étaient pas acceptés par l’ADA ont ensuite été clairement expliquées aux membres de l’ADA.69 Les événements ultérieurs indiquent que le fait que l’ADA CDT considérait les dentifrices comme des produits cosmétiques a créé des conflits au sein de la profession avec des conséquences durables sur le rôle de la science dans les organisations professionnelles dentaires et leurs messages de santé publique.

  • L’ADA a été poursuivie (probablement par un fabricant de produits d’hygiène bucco-dentaire) pour 500 000 dollars (7,5 millions de dollars ajustés en fonction de l’inflation aujourd’hui) parce qu’elle avait informé le public que les produits d’hygiène bucco-dentaire n’avaient aucun avantage thérapeutique prouvé70.
  • L’ADA a été critiquée pour son incapacité à réguler le marché. Le président de Colgate & Co s’est plaint en 1930 auprès de l’ADA CDT que l’ADA, l’AMA, la Federal Trade Commission, la Radio Commission et le Better Business Bureau n’avaient pas réussi à faire impression sur la fraude publique commise par d’autres sociétés d’hygiène bucco-dentaire.39 Les événements ultérieurs suggèrent que cette incapacité à réglementer le paysage publicitaire sur les allégations d’hygiène bucco-dentaire a conduit à une « course aux armements » malsaine entre les sociétés – une course à la concurrence entre elles basée sur des allégations thérapeutiques.
  • L’ADA a commencé à perdre des revenus publicitaires. En 1929, avant que l’ADA CDT ne soit en activité, il y avait plus de 100 publicités dans les pages du journal de l’ADA pour les dentifrices, les poudres et crèmes dentaires et les rince-bouche. En 1935, alors que l’ADA CDT fonctionnait depuis plus de 5 ans, il y avait moins de quelques dizaines de ces publicités. En 1945, moins de 10 % des quelque mille marques de dentifrice sur le marché (avant la guerre) étaient répertoriées comme des remèdes dentaires acceptés par l’ADA71 . L’industrie (et ses budgets publicitaires) avait donc largement abandonné la profession dentaire et s’était plutôt engagée dans la publicité directe aux consommateurs sans contrôle professionnel des allégations thérapeutiques autorisées.

Il n’est pas suggéré ici que le CDT de l’ADA ait été le facteur déterminant de la chute substantielle des recettes publicitaires de l’ADA entre 1930 et 1945. Mais il ressort clairement des archives de l’ADA qu’une baisse des recettes publicitaires en 1930 a été suffisante pour que le directeur commercial de l’ADA blâme l’ADA CDT comme coupable.24 Des mesures immédiates ont été prises pour contrecarrer ces pertes. Les décisions prises par l’ADA CDT sur les allégations de santé autorisées ont été presque immédiatement ignorées ; des publicités ont été publiées dans les pages du journal de l’ADA que l’ADA CDT n’avait pas approuvées. Ce contournement de l’autorité de l’ADA CDT a conduit à des conflits au sein de la profession ; des accusations publiques de racket et de débordement ont fait surface parmi les dirigeants de l’ADA.19

La résolution de ces conflits a nécessité une réévaluation de la nécessité de la science au sein de l’ADA. Des discussions ont été entamées pour suspendre les activités de l’ADA CDT.24 Cela n’a pas eu lieu, mais, rapidement, l’autorité de l’ADA CDT sur la détermination des allégations thérapeutiques autorisées a été retirée. Le conseil d’administration de l’ADA a adopté une nouvelle résolution en février 1931 précisant que l’autorité sur les revenus publicitaires devait revenir au directeur commercial et au conseil d’administration de l’ADA, qui pouvaient consulter l’ADA CDT en cas de besoin.19, 24, 72 L’expérience de 1930 de l’ADA visant à laisser la science avoir le dernier mot sur les allégations publicitaires autorisées dans les pages du journal de l’ADA a donc duré moins d’un an.

La recherche en marketing de Hopkins est par ailleurs apparue correcte – présenter de vastes avantages thérapeutiques pour les produits d’hygiène bucco-dentaire a créé un avantage concurrentiel. Même Colgate & Co, le premier dentifrice à avoir reçu le sceau de l’ADA73 , le dentifrice qui avait largement évité les allégations thérapeutiques pendant trois décennies74 , a commencé peu après à faire de la publicité pour des allégations thérapeutiques71 : « En pratique, nous ne pouvons pas concurrencer, à notre niveau de procédures éthiques, les fabricants qui ne sont pas limités dans leurs allégations thérapeutiques…. « 39 Colgate a perdu son sceau ADA en 1934.71

VI L’INDUSTRIE DE L’HYGIÈNE BUCCO-DENTAIRE – CRÉER UN MÈME MONDIAL SUR LA PLAQUE DENTAIRE

Il est douteux que les fabricants (de produits d’hygiène buccale) soient disposés à abandonner le commerce lucratif qui découle de méthodes non éthiques pour le privilège douteux de devenir des martyrs de l’éducation à la santé dentaire.

Pearce-Président, Colgate & Co.-1930.39

Paradoxalement, la décision de l’ADA CDT de refuser toute allégation thérapeutique pour les produits d’hygiène buccale a pu se retourner contre elle. La publicité a commencé à dépeindre la plaque dentaire comme une cause de maladie tellement redoutable que des interventions d’hygiène bucco-dentaire personnelles et professionnelles étaient nécessaires pour prévenir la carie dentaire. L’ADA CDT estimait que les dentistes étaient devenus les complices des efforts de vente des fabricants de dentifrices.71 L’industrie de l’hygiène bucco-dentaire a fait la publicité du message « voyez votre dentiste deux fois par an » comme « palliatif à leurs allégations trompeuses ».75
Voici un exemple de ce type de publicité directe aux consommateurs :

Aucun dentifrice (c’est-à-dire pâte dentifrice) ne peut nettoyer efficacement les zones cachées des dents – les surfaces interproximales, les minuscules puits, les fissures et les parties situées sous les bords des gencives. Ce sont là les véritables points dangereux que la brosse à dents ne peut pas atteindre. Ce sont les endroits où le tartre s’accumule et où les germes sont susceptibles de provoquer des taches de carie. Si on les laisse sans surveillance, ces conditions conduisent souvent à un vaste cortège de maladies graves.

Ces surfaces nécessitent une inspection et un nettoyage fréquents et approfondis par un dentiste. Au moins une fois tous les trois mois, tout le monde devrait recevoir ce traitement appelé prophylaxie dentaire pour garder les dents vraiment propres, la bouche saine et le corps raisonnablement à l’abri des maladies émanant de la bouche.

… un bon dentifrice peut retarder le développement et l’activité des germes de carie…. Il peut retarder la formation de tartre – ce qui donne une certaine protection contre l’infection des gencives et la pyorrhée – mais il ne peut pas prévenir ou corriger complètement cette condition. Seul votre dentiste peut vous protéger contre ces graves dangers.

Publicité pour le dentifrice Iodent, (soulignement ajouté).76

L’inscription du mème que la prévention des caries dentaires nécessitait une hygiène buccale intensive (c’est-à-dire à la fois personnelle et professionnelle) n’a donc fait que s’approfondir. La radio, le cinéma et le Bureau de l’éducation en santé dentaire de l’ADA se sont joints aux publicités imprimées pour approfondir l’enracinement des mèmes mondiaux sur l’efficacité thérapeutique des produits d’hygiène bucco-dentaire. Le dentifrice Pepsodent a fait l’objet d’une promotion tous les soirs, 6 jours par semaine, auprès de vingt millions d’auditeurs de radio.77, 78 Le dentifrice Iodent a fait la promotion de la « précieuse leçon d’hygiène bucco-dentaire » auprès des trois quarts de la population américaine via le réseau NBC.79, 80 Le Bureau of Dental Health Education de l’ADA, avec l’aval des services de santé publique américains, a diffusé en masse des messages indiquant que le secret de « bonnes dents » était de garder les dents propres.81 L’ADA a distribué un film éducatif en 1944 dans lequel l’hygiène bucco-dentaire et les visites chez le dentiste étaient présentées comme deux des trois clés de la prévention des maladies dentaires et systémiques. Le film a été financé par un fabricant de brosses à dents (avec un script indiquant « d’utiliser la meilleure brosse à dents disponible ») et distribué aux départements de santé publique, aux conseils d’éducation et aux sociétés dentaires.82 Le film a été approuvé par le Conseil de la santé dentaire (une émanation du Bureau de l’éducation en santé dentaire), et non par l’ADA CDT.

Tant l’ADA CDT que certaines sociétés d’hygiène bucco-dentaire considéraient ces allégations thérapeutiques comme une menace pour le bien-être public. Le secrétaire de l’ADA CDT a expliqué que « le préjudice (des allégations thérapeutiques non fondées) se traduit par une fausse sécurité ».33 Un faux sentiment de sécurité quant à l’efficacité des produits d’hygiène bucco-dentaire conduit les consommateurs à ne pas tenir compte des effets nocifs du sucre et à renoncer à un diagnostic et à un traitement des causes dentaires ou médicales des caries dentaires. Colgate a fait la publicité suivante de ces préoccupations pour la santé publique : « Le mal est fait… parce que les gens croient à ces affirmations (publicitaires) et se fient au dentifrice pour guérir des affections qui devraient être traitées par le dentiste ou le médecin ».52 Les rapports de cas annoncés ont fourni des exemples de ces préjudices pour la santé publique.40 D’autres entreprises ont pu être temporairement sensibilisées à ces critiques. Une société de dentifrice, par exemple, a déclaré dans sa publicité que « son efficacité n’est pas exagérée » et « ne produit donc pas un faux sentiment de sécurité ».83

Mais l’ADA CDT avait perdu son pouvoir exécutif sur la publicité. Le secrétaire de l’ADA CDT a écrit en 1931 comment l’ADA CDT était devenu un « organe purement consultatif » dont le travail n’avait « aucune valeur permanente » parce qu’il n’y avait pas de loi pour en imposer la reconnaissance84. Quoi qu’il en soit, les sociétés d’hygiène bucco-dentaire dont les dentifrices étaient acceptés par l’ADA ont fait paraître des publicités dans l’ADA Journal qui perpétuaient la valeur de l’hygiène bucco-dentaire et de la prophylaxie dentaire dans la prévention des caries dentaires. Les sociétés d’hygiène bucco-dentaire qui vendaient des dentifrices non agréés par l’ADA, et qui étaient probablement engagées dans la publicité directe aux consommateurs, avaient une plus grande liberté pour faire appliquer explicitement les mèmes qui sont maintenant de notoriété publique, à savoir que le dentifrice (sans fluor) enlève la plaque dentaire et prévient ainsi les caries dentaires. De même, la Sugar Association a déduit que le sucre ne provoquait pas de caries dentaires tant que les dents étaient propres.85

VII Discussion

Ça pousse ici, là et partout. Des fournisseurs dentaires, des fabricants de matériel et d’équipements dentaires, des fabricants de dentifrices, de brosses à dents et de savons de toilette, en fait de toutes les branches du commerce et de l’industrie, nous entendons des chuchotements et des suggestions qui, avec très peu d’efforts de la part de la profession, pourraient permettre, sous certaines conditions, de réaliser un travail d’éducation en matière de santé bucco-dentaire. C’est peut-être un bon signe, mais soyons certains que nous ne négligeons aucune occasion d’examiner soigneusement les détails de toutes ces ouvertures …

Thomson-1930-Secrétaire de terrain, Conseil canadien d’hygiène dentaire.86

Des essais contrôlés randomisés ont maintenant largement confirmé que la l’ADA-CDT avait juste en 1930 ; les produits d’hygiène bucco-dentaire ne permettent pas de contrôler la carie dentaire.14 Les essais contrôlés suggèrent qu’une restriction modérée des sucres ajoutés peut prévenir plus de 70% des caries dentaires,87 la prophylaxie à la vitamine D et le dentifrice fluoré environ 50% et 30% des caries dentaires, respectivement,13, 88 et les produits d’hygiène bucco-dentaire (sans fluor) 0% des caries dentaires.14 On pourrait discuter de l’ampleur réelle de ces pourcentages, de la question de savoir si la vitamine D est réellement plus efficace que le dentifrice au fluor, du manque de puissance statistique des essais cliniques et du manque chronique d’essais « en or » concernant les problèmes de santé dentaire pertinents. Une conclusion semble toutefois se dégager clairement de ces données : l’hygiène bucco-dentaire sans fluor devrait être la dernière des priorités en matière de prévention des caries dentaires.

Un siècle de publicité a peut-être inversé ces priorités. Les publicités ont en effet le pouvoir de créer des mèmes sur les avantages thérapeutiques de l’hygiène bucco-dentaire qui sont incompatibles avec les preuves. La publicité directe au consommateur peut en effet transformer des médicaments inefficaces et potentiellement nocifs en superproductions, la publicité destinée aux professionnels de la santé peut en effet créer un retour sur investissement de 100 à 400 % pour l’annonceur, et les recettes publicitaires peuvent en effet amener les organisations professionnelles à adopter des politiques éditoriales et des normes de soins contradictoires.89-92

Ce rapport historique présente plusieurs faiblesses. Les experts dentaires pourraient soutenir que les décideurs de l’ADA ont commis des erreurs en 1930 en nommant 6 non dentistes au CDT de l’ADA et que ces non dentistes ont faussé le processus scientifique. Ce rapport ne discute pas le fait que l’ADA CDT avait ouvert des conflits sur le champ d’application de la pratique dentaire et que ces conflits ont pu contribuer indépendamment à la perte d’autorité de l’ADA CDT sur la publicité dans le Journal de l’ADA. Cette revue historique a également largement évité de discuter des forces sociales, économiques (la Grande Dépression), politiques (la Seconde Guerre mondiale) et professionnelles qui ont façonné le mouvement de l’hygiène sociale, et par conséquent le mouvement de l’hygiène bucco-dentaire, au début du XXe siècle. Enfin, cette revue a également largement omis la découverte des fluorures dans la prévention des caries dentaires et l’impact qu’elle a eu sur la confusion entre l’hygiène bucco-dentaire et l’administration de fluor.

Récemment, le nombre d’allégations de santé annoncées pour les produits d’hygiène bucco-dentaire augmente à nouveau, au-delà des allégations thérapeutiques dentaires. La National Healthy Mothers, Healthy Babies Coalition, financée par un fabricant de brosses à dents, a conseillé aux futures mères de « s’assurer de se brosser les dents deux fois par jour », car la parodontite contribue à des résultats de grossesse plus défavorables que l’alcool et le tabac combinés.93 Une autre société fabriquant des produits d’hygiène bucco-dentaire décrit sa mission comme étant d’améliorer la santé systémique globale.94 Et « l’entretien vigilant de l’hygiène bucco-dentaire » a été une fois de plus suggéré comme prévention des maladies chroniques de la civilisation telles que les maladies cardiovasculaires.95 Les arguments de plausibilité biologique à la base de ces allégations thérapeutiques, tout comme ceux pour la prévention des caries dentaires, sont en contradiction avec les résultats des essais pivots financés par les National Institutes of Health.

Une solution pour les organisations professionnelles afin de promouvoir une approche fondée sur des preuves pour les recommandations en matière de santé pourrait être d’adopter les lignes directrices 2011 de l’Institute of Medicine et d’exclure largement les experts des panels chargés de rédiger des lignes directrices cliniques fiables.96 Les organisations professionnelles souhaitant approuver des dispositifs, des produits ou des procédures pourraient donner l’autorité finale pour toutes les allégations à ces organisations indépendantes. L’ADA s’est rapprochée de cet idéal en 1930, mais l’expérience a été de courte durée. En repartant de zéro, il pourrait devenir possible d’évaluer dans quelle mesure des allégations thérapeutiques apparemment raisonnables pour les produits d’hygiène buccale, comme la prévention de la pneumonie par aspiration chez les personnes âgées97 ou la prévention de la mauvaise haleine97, sont fondées sur des preuves plutôt que sur la commercialisation. Une telle approche n’empêcherait pas nécessairement les industries de contourner les efforts réglementaires en matière de publicité, mais elle offrirait au moins un bon départ aux consommateurs qui se tournent vers les organisations professionnelles ou gouvernementales pour obtenir des conseils en matière de santé.

« Aucune source de financement externe actuelle pour cette étude ». Je n’ai aucun conflit d’intérêt scientifique, financier ou académique.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Andrea Matlak pour ses vastes connaissances sur les matériaux de source historique dentaire et ses efforts inlassables d’assistance. J’aimerais également remercier Stine Slot Grumsen pour ses recherches historiques sur les conflits entre la science et les affaires à l’American Dental Association.

SOURCES

  • 1McCollum EV, Simmonds N. The Diet in Relation to the Teeth. The Newer Knowledge of Nutrition; the Use of Foods for the Preservation of Vitality and Health. 4th ed. New York: The Macmillan Company; 1929: xii p., 594 p. Google Scholar
  • 2 Mellanby M. An experimental study on the influence of diet on teeth formation. Lancet. 1918; 192: 767– 770. Crossref Google Scholar
  • 3 Mellanby E. Experimental Rickets. London: H. M. Stationery off. printed by F. Hall, at the University Press; 1921. Google Scholar
  • 4 Mellanby E. A lecture on the relation of diet to health and disease. Br Med J. 1930; 1(3614): 677– 681. Crossref CAS PubMed Google Scholar
  • 5 Mellanby M, Pattison CL, Proud JW. The effect of diet on the development and extension of caries in the teeth of children. Br Med J. 1924; 2(3322): 354– 355. Crossref CAS PubMed Google Scholar
  • 6 Mellanby M, Pattison CL. Some factors of diet influencing the spread of caries in children. Br Dent J. 1926; XLVII(19): 1045– 1057. Google Scholar
  • 7 McKeag RH. Report on a practical test of the effects of « Ostelin » and parathyroid on the teeth of children. Br Dent J. 1930; 51: 281– 286. Google Scholar
  • 8 Nicolson M, Taylor GS. Scientific knowledge and clinical authority in dentistry: James Sim Wallace and dental caries. J R Coll Physicians Edinb. 2009; 39(1): 64– 72. CAS PubMed Google Scholar
  • 9 National Research Council (U.S.), Committee on Dental Health, Toverud G, National Academy of Sciences (U.S.). A Survey of the Literature of Dental Caries. Washington: National Academy of Sciences, National Research Council; 1952. Google Scholar
  • 10 Council on Dental Therapeutics (American Dental Association). Accepted Dental Remedies; Drugs Used in Dental Practice, Including a List of Brands Accepted by the Council on Dental Therapeutics of the American Dental Association. Chicago: American Dental Association; 1934: 32 v. Google Scholar
  • 11 Council on Pharmacy and Chemistry (AMA). New and Non‐official Remedies. Chicago: American Medical Association; 1946: 610. Google Scholar
  • 12 Council on Dental Therapeutics. The current status of vitamin D. J Am Dent Assoc. 1945; 32: 224. Web of Science®Google Scholar
  • 13 Hujoel PP. Vitamin D and dental caries in controlled clinical trials: systematic review and meta‐analysis. Nutr Rev. 2013; 71(2): 88– 97. Wiley Online Library PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 14 Hujoel PP, Hujoel M, Kotsakis GA. Personal oral hygiene and dental caries: a systematic review of randomised controlled trials. Gerodontology. 2018;in press. Wiley Online Library PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 15 Hopkins CC. My Life in Advertising and Scientific Advertising: Two Works. Chicago: NTC Business Books; 1998. Google Scholar
  • 16 Copywriter. The teeth problem is up to you. Outlook. 1919; 122: 78. Google Scholar
  • 17 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 117. Google Scholar
  • 18 Editor. New Oral Hygiene Association ‐ Constitution. Oral Hyg. 1911; 1: 659– 661,680–686. Google Scholar
  • 19 Grumsen SS. Casting for Good Will: Profession, Trade and Identity in American Dentistry, c. 1910–1950 [PhD Dissertation]. Aarhus: Department of Culture and. Society, Faculty of Arts, Aarhus University; 2012. Google Scholar
  • 20 Smith DD. Six years’ work in oral prophylaxis. Items of Interest ‐ a monthly magazine of Dental Art, Science and Literature. 1905; 27(1). Google Scholar
  • 21 Fones AC, Kirk EC. Mouth Hygiene, a Course of Instruction for Dental Hygienists; a Text‐Book Containing the Fundamentals for Prophylactic Operators. Philadelphia and New York: Lea & Febiger; 1916. Google Scholar
  • 22 Wright WR. The first international mouth hygiene conference. J Am Dent Assoc. 1923; 10(11): 1019– 1023. Google Scholar
  • 23 National Dental Association. Transactions of the National Dental Association at the twelfth annual meeting. Philadelphia. 1908; 10: 22. Google Scholar
  • 24 McCluggage RW. A History of the American Dental Association; a Century of Health Service. Chicago: American Dental Association; 1959. Google Scholar
  • 25 Ebersole WG. The human mouth its relation to the health, strength, and beauty of a nation. Oral Hyg. 1911; 1(487–493): 511– 526. Google Scholar
  • 26 Copywriter. In a recent issue of The Dental Cosmos Dr. Herman Brody sets forth very forcibly the « Importance of mouth hygiene in tuberculosis ». Dental. Cosmos. 1923; 65: 1– 90. Google Scholar
  • 27 Editor. Modern health crusaders. Outlook. 1919; 122: 276– 278. Google Scholar
  • 28 The Editorial Department. The Dental Welfare Foundation. J Natl Dental Assoc. 1921; 8(11): 950– 952. Crossref Google Scholar
  • 29 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 486– 490. Google Scholar
  • 30 Wynbrandt J. The Excruciating History of Dentistry/Toothsome Tales & Oral Oddities from Babylon to Braces, 1st edn. New York: St. Martin’s Press; 1998. Google Scholar
  • 31 Johnson CN. Editorials: The new council on dental therapeutics. J Am Dent Assoc. 1930; 17: 337– 339. Google Scholar
  • 32 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 54. Google Scholar
  • 33 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 114. Google Scholar
  • 34 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 270. Google Scholar
  • 35 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 343. Google Scholar
  • 36 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics ‐ an editorial from the. Michigan State Dental Society Bulletin. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 493. Google Scholar
  • 37 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 115. Google Scholar
  • 38 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 344. Google Scholar
  • 39 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 460– 466. Google Scholar
  • 40 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 56. Google Scholar
  • 41 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 138. Google Scholar
  • 42Kells CE. The question of dentifrices. J Am Dent Assoc. 1920; 16: 609– 620. Google Scholar
  • 43 Gies WJ. Pepsodent‐ Ancient history that commercial dental journals continue to ignore. J Am Med Assoc. 1917; LXVIII(17): 1278. Crossref Google Scholar
  • 44 Gies WJ. Pepsodent ‐Ancient history that commercial dental journals continue to ignore. J Dent Res. 1919; 1(4): 507– 508. Crossref Google Scholar
  • 45 Abbott F. Studies of the pathology of enamel of human teeth with special reference to the etiology of dental caries. Dental Cosmos. 1885; XXVII(11): 641– 653. Google Scholar
  • 46 Black GV. Physical characters of the human teeth. Dental Cosmos. 1895; XXXVII: 416. Google Scholar
  • 47Hyatt TP. Prophylactic odontotomy: the cutting into the tooth for the prevention of disease. Dental Cosmos. 1923; 65(3): 234– 241. Google Scholar
  • 48 Renner M. Conservative Nutrition: The Industrial Food Supply and Its Critics, 1915–1985. California: History, University of California Santa Cruz; 2012. Google Scholar
  • 49 Copywriter. Special reprint ‐ National Business Review ‐ Kolynos manufacturers avoid use of misleading advertisements. J Am Dent Assoc. 1929; 16: A‐1. Google Scholar
  • 50 Copywriter. Debunking dentifrice advertising. J Am Dent Assoc. 1929; 16(6): A‐2. Google Scholar
  • 51 Copywriter. Have you ever had a similar case? J Am Dent Assoc. 1929; 16(7): A‐2. Google Scholar
  • 52 Copywriter. What every Dentist KNOWS! … and what we sincerely wish he would tell every patient who enters his office. J Am Dent Assoc. 1929; 16(5): A‐2. Google Scholar
  • 53 Copywriter. You say « Keep teeth Clean »… we day DITTO! J Am Dent Assoc. 1930; 17(10): A‐2. Google Scholar
  • 54 Reporter. Scientists clash over dental ills: old theory of mouth hygiene to prevent tooth decay is called useless. Vitamin diet stressed experts in public debate present divergent views before crowd of 1,500 here. New York Times. Mar 28, 1934: 8. Google Scholar
  • 55 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1944: 147. Google Scholar
  • 56 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics. 1933; 317. Google Scholar
  • 57 Davis WR. The great need for dental health education. J Am Dent Assoc. 1930; 17: 1947– 1952. Google Scholar
  • 58 Williams JL. A contribution to the study of pathology of enamel. Dental Cosmos. 1897; 39(5): 353– 374. Google Scholar
  • 59 Williams JL. A contribution to the study of pathology of enamel. Dental Cosmos. 1897; XXXIX(3): 169– 196. Google Scholar
  • 60 Editorial. Dr. Williams’s study of enamel. Dental Cosmos. 1897; XXXIX(2): 158– 161. Google Scholar
  • 61Johnson CN. A Text‐Book of Operative Dentistry, edited by C.N. Johnson. Philadelphia: Blakiston; 1908. Google Scholar
  • 62 Barrett WC, Samuel Stockton White Dental Manufacturing Company. Oral Pathology and Practice: a Text‐Book for the Use of Students in Dental Colleges and a Hand‐Book for Dental Practitioners. Second edition, Revised, Enlarged and Illustrated. Philadelphia: S.S. White Dental Mfg. Co.; 1911. Google Scholar
  • 63 National Dental Association. The mouth and the teeth. In: Association TND, 1909: 1– 5. Google Scholar
  • 64 McDowell AR. Dentistry’s place in our public schools. J Am Dent Assoc. 1930; 17(9): 1753– 1762. Google Scholar
  • 65 Bödecker CF. A further justification of oral prophylaxis. J Am Dent Assoc. 1930; 17(10): 1952– 1956. Google Scholar
  • 66 Hagland M. Perspectives. The AMA after Sunbeam: tremor in the house of medicine. Med Health. 1998; 52(4): Suppl. 1– 4. Google Scholar
  • 67 Council on Dental Therapeutics American Dental Association. Proceedings. Chicago, Illinois January 3–4, 1930. 1930. Google Scholar
  • 68 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 507. Google Scholar
  • 69 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1944: 455. Google Scholar
  • 70 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 77. Google Scholar
  • 71 Council on Dental Therapeutics. Reports of Councils and Committees ‐ the Status of Dentifrices. J Am Dent Assoc. 1945; 32: 746. Google Scholar
  • 72Grumsen S. Zeal of acceptance: balancing image and business in early twentieth‐century American dentistry. Med Stud. 2012; 3(4): 197– 214. Crossref Google Scholar
  • 73 Copywriter. Colgate’s Ribbon dental cream. J Am Dent Assoc. 1930; 17(11): A‐2. Google Scholar
  • 74 Copywriter. Colgate announces the acceptance of Colgate’s Ribbon dental cream by the Council on Dental Therapeutics of the American Dental Association. J Am Dent Assoc. 1930; 17(12): A‐2. Google Scholar
  • 75 American Dental Association, Council on Dental Therapeutics. Bulletin of the Council on Dental Therapeutics. Chicago, IL: Council on Dental Therapeutics; 1930: 488. Google Scholar
  • 76 Copywriter. The truth about toothpaste. J Am Dent Assoc. 1935; 22(3): A‐16, A‐17. Google Scholar
  • 77 Copywriter. The purpose of the Amos ‘n’ Andy Broadcast is to benefit…. J Am Dent Assoc. 1931; 18(2): A‐23. Google Scholar
  • 78 Copywriter. To benefit the dental profession. J Am Dent Assoc. 1931; 18(4): A‐23. Google Scholar
  • 79 Copywriter. Iodent is creating new interest in oral hygiene. J Am Dent Assoc. 1931; 18(1): A‐40. Google Scholar
  • 80 Copywriter. Iodent broadcasting to millions. J Am Dent Assoc. 1931; 18(2): A‐36. Google Scholar
  • 81 Copywriter. Fourth grade dental education booklet ‐ Happy Days with Jack and Jill. J Am Dent Assoc. 1935; 22(1): A‐4. Google Scholar
  • 82 The American Dental Association. The Student Flyer. Production Company: Atlas Educational Film Company; 1944. Google Scholar
  • 83 Copywriter. Evidence by A.G. Pilch, M.D. J Am Dent Assoc. 1930; 17(9): A‐24. Google Scholar
  • 84 Gordon SM. The work of the A.D.A. Bureau of Chemistry and the Council on Dental Therapeutics. J Am Dent Assoc. 1931; 18: 652– 662. Google Scholar
  • 85 Copywriter. Sugar and the teeth of children. J Am Dent Assoc. 1929; 16(12): A‐42. Google Scholar
  • 86 Thomson HS. National oral hygiene through a voluntary lay organization. J Am Dent Assoc. 1930; 17: 162– 168. Google Scholar
  • 87 Bunting RW, Hadley FP, Jay P, Hard DG. The problem of dental caries. Am J Diseases Children. 1930; 40: 536. Google Scholar
  • 88 Marinho VC, Higgins JP, Sheiham A, Logan S. Fluoride toothpastes for preventing dental caries in children and adolescents. Cochrane Database Syst Rev. 2003; 1: CD002278. PubMed Google Scholar
  • 89 Busnelli A, Somigliana E, Vercellini P. ‘Forever Young’‐Testosterone replacement therapy: a blockbuster drug despite flabby evidence and broken promises. Hum Reprod. 2017; 32(4): 719– 724. PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 90 Orentlicher D, Hehir MK. Advertising policies of medical journals: conflicts of interest for journal editors and professional societies. J Law Med Ethics. 1999; 27(2): 113– 121. Wiley Online Library CAS PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 91 Jelinek GA, Brown AF. A stand against drug company advertising. Emerg Med Australas. 2011; 23(1): 4– 6. Wiley Online Library PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 92 Fatovich DM. A stand against drug company advertising. Emerg Med Australas. 2011; 23(3): 381. Wiley Online Library PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 93 Healthy Mothers HBC. How can gum disease affect my baby? Healthy Mothers HBC. ed. 2005. Google Scholar
  • 94 Copywriter. Sunstar G.U.M. Healthy gums, health life® 2018; https://www.gumbrand.com/. Accessed April 1st, 2018. Google Scholar
  • 95 Janket SJ, Baird AE, Chuang SK, Jones JA. Meta‐analysis of periodontal disease and risk of coronary heart disease and stroke. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod. 2003; 95(5): 559– 569. Crossref PubMed Web of Science®Google Scholar
  • 96 Institute of Medicine. Clinical practice guidelines we can trust. Washington, DC2011. Google Scholar
  • 97 MacEntee MI, Müller F, Wyatt C, Wiley Online Library (Online service). Oral Healthcare and the Frail Elder a Clinical Perspective. Ames, Iowa: Wiley‐Blackwell; 2011. https://onlinelibrary.wiley.com/book/10.1002/9781118786789 Google Scholar

De la dent saine à la dent propre

Après tant d’années sans réellement écrire, c’est l’occasion de faire un mea culpa : sur cet article, je présentais Edward Mellanby comme le découvreur de la vitamine D. Le mérite en revient en pratique plutôt à Elmer McCollum, parce que Mellanby voyait le principe anti-rachitique de l’huile de foie de morue dans la vitamine A, tandis que Elmer McCollum a isolé une quatrième vitamine qui traite le rachitisme, appelée la vitamine D en conséquence. Parfois c’est Windaus qui est plutôt cité, car ayant eu le prix Nobel. Avec le recul on peut penser que c’est plutôt l’ensemble des chercheurs qui à force de tâtonnements et d’études ont fini par découvrir cette fameuse vitamine.

Actuellement, la vitamine D a le vent en poupe. Elle est une piste envisagée pour le traitement/prévention du covid. FranceTelevision a donc profité de l’occasion pour une courte vidéo présentant la « longue » histoire d’une potion magique.

Petite vidéo digne des périples en archéo-nutrition…

Si j’approuve le choix de garder le nom de Elmer Collum (qui est finalement logique vu son empreinte dans la biochimie de cette époque), ne pas parler de la santé dentaire en lien avec la vitamine D me semblait surprenant. Comme j’en discutais, juste après les os (rachitisme donc), la vitamine D a été étudiée par Mrs Mellanby pour son effet sur les dents, en terme de prévention mais aussi en termes de traitement, avec à l’appui des essais cliniques, sur les chiens notamment.

Cette approche a été poursuivie de manière plus anthropologique par Weston Price, reprenant les études de Mellanby et en y adjoignant ses découvertes (dont très probablement la découverte de la vitamine K2 en soutien aux vitamines A et D).

Il semblerait qu’à cette époque, le principe, le paradigme d’une dent saine, robuste, comme étant immune à la carie prédominait. Et puis, par la suite une forme de semi-amnésie s’est installée, reléguant la vitamine D (la densité nutritionnelle en général) comme au mieux une carence qui affecte la dent, mais sans qu’elle ne soit activement utilisée en traitement. Je comprends que Weston Price soit tombé dans l’oubli : il a manifestement un côté sombre, doit-on séparer l’homme de science…de l’homme tout court ? Toutefois Lady Mellanby a été respectée et ses études relayées partout à l’époque. Et ses études n’ont pas été réfutées proprement, tout se passe comme si la pratique dentaire s’est détournée peu à peu, sans vraiment de raison valable, de ses résultats.

Le symbole, en 2021, est le positionnement alimentaire de l’American Dental Association :

Le fossé entre Mellanby/Price et la position actuelle de l’ADA jette à mon sens un malaise. Nous sommes passés d’un monde qui encourage les bonnes graisses, à un monde qui cherche à les réduire, y compris le collagène pourtant essentiel.

Bon ceci c’est aux USA, la situation peut-être différente ailleurs, on peut lire la thèse de Lola Dallimonti pour s’en convaincre. Cette personne est consciente de l’impact de la nutrition, mais est-ce vraiment le rôle du dentiste que de promouvoir une autre alimentation ? Est-ce le rôle de l’hygiène dentaire que de pourvoir à des carences nutritionnelles ? Traiter le symptôme plutôt que la cause au final ? On pourra compléter sa thèse par cet article peut-être plus complet, et évoque au passage les problématiques de méthylation (gène MTHFR impliqué) dans les becs de lièvre.

Au niveau institutionnel français, le paradigme anti-gras y est aussi moins prédominant en France. Si dans le texte les auteurs placent l’importance d’une bonne alimentation, l’accent y est…toutefois mis sur l’hygiène dentaire sur la dernière page, celle des recommandations. L’ADA exerce aussi une influence sur les institutions dentaires des autres pays.

De manière patente, l’histoire dentaire n’a pas retenu la piste alimentaire comme possible choix de thérapie, alors que c’était en bonne voie d’être un consensus dans les années 20 et 30. Certaines choses se sont passées entre temps, évidemment.

Est-ce que May Mellanby n’aurait pas été victime de l’effet Matilda ?

La minimisation, quand il ne s’agit pas de déni, de la contribution des femmes scientifiques à la recherche n’est pas un phénomène nouveau : l’historienne des sciences Margaret Rossiter l’a théorisé sous le nom d’effet Matilda.

France Info, qui finit l’article par l’exemple évident de Trotula de Salerne

Je m’interrogeais déjà du fait que Edward son mari, s’était attribué ses recherches (dans Nutrition and Disease, 1934), mais n’aurait-elle pas été trahie, aussi par Elmer McCollum ? Sa page wikipedia en français est assez bien fournie, à ma grande surprise, on y découvre que :

Son article « L’effet des additions de fluor au régime alimentaire du rat sur la qualité des dents » (1925) décrit comment un excès de fluor affecterait négativement la santé dentaire chez les rats. Néanmoins, McCollum deviendrait plus tard un partisan de la fluoration de l’eau, car le débat évolua. En 1938, le US Public Health Service a rapporté que l’ajout de fluorure à l’eau potable entraînait une diminution des caries dentaires.

Pas de soucis pour le fluor – dans les bonnes quantités ! -, il est unanimement reconnu comme un adjuvant venant ajouter de la robustesse à la dent. Il s’agit peut-être de la seule survivance de l’hypothèse de la dent saine à notre époque, en tout cas utilisé de manière thérapeutique.

McCollum a été le modérateur de « La cause et la prévention des caries dentaires », parrainé par le Good Teeth Council for Children, Inc., ce même mois. Son article de 1941 «Diet in Relation to Dental Caries» [49] affirmait que la mastication vigoureuse exerce les dents pour conserver une santé optimale, que la mastication des aliments a un effet détergent et que «l’action protectrice d’un excès de graisse dans l’alimentation peut être due au graissage de la surface de la dent et la surface de la cavité bucale « .

Fichtre ! Il se positionne en faveur de l’hypothèse de la dent propre. Un grand ponte comme lui, reconnait les travaux de May Mellanby, sur la vitamine qu’il a lui-même découvert, tout en incitant également à regarder ailleurs…On pourra lire cet article, Diet in Relation to Dental Caries, sur le site de la Weston A Price Foundation. Il essaie de faire une synthèse entre les travaux de May Mellanby et les soucis bactériens, sans vraiment y arriver. Mais, mine de rien le changement est déjà en cours : la recherche va focaliser dorénavant sur les bactéries (découverte de streptococcus mutans) et par voie de conséquence les sucres cariogéniques, et le brossage, le brossage encore, ou le fil dentaire.

Toutefois, un homme, fut-il grand ponte, ne fait pas le printemps…l’hypothèse de la dent saine, a été défendue par le passé, par les institutions-mêmes aux USA (American Dental Association A Council on Dental Therapeutics, l’ADA CDT). Les raisons en sont expliquées dans cet article disponible ici : Historical perspectives on advertising and the meme that personal oral hygiene prevents dental caries.

La traduction française arrive sous peu. Merci à DeepL de simplifier grandement les traductions, il y a un monde entre 2011 et 2021. Google Translate n’était pas au point à l’époque.

Il n’est pas question de minimiser la question de l’hygiène dentaire, de l’utilité du brossage, mais de se demander comment concilier dent saine et dent propre. Alors que la seconde hypothèse a durablement marqué les esprits, au point d’en être incontournable, la première est tombée dans l’oubli, et mériterait d’être soit réhabilitée, soit réfutée.

Je viens à ce sujet de finaliser un fil Twitter qui résume très brièvement le document de Philippe Hujoel et l’article ci-présent.

Les sources qui m’ont aidé à écrire cet article :

  • la page Wikipedia de Elmer McCollum
  • Nutrition and Caries par B.C. Jansen (1961) – Amazon imbattable ! –
  • La myriade de pdf de vieux journaux décrépis (dont Diet In Relation To Dental Caries, que la WAPF a mis à disposition sur son site), que parfois sci-hub arrive à récupérer, parfois pas…
  • Good Oral Health and Diet par Scardina et Messina
  • La thèse de Lola Dallimonti « Impact de la nutrition sur la santé bucco dentaire »
  • La thèse de Morgane Deboom « Régimes Végétariens : influences orales et prise en charge au cabinet dentaire »
  • Streptococcus mutans et les streptocoques buccaux dans la plaque dentaire par Guillaume G. Nicolas et Marc C. Lavoie
  • Historical perspectives on advertising and the meme that personal oral hygiene prevents dental caries par Philippe Hujoel

Tranches de lard, de livres et de vie (3)

Pour débuter, voici un tweet qui me parle, et qui rejoint l’état d’esprit dans lequel j’écris les weekends.

WordPress m’impose son nouvel éditeur. Je ne peux plus justifier le texte, l’aligner sur la colonne principale, j’ai l’impression d’avoir perdu des options. Peut-être va-t-il falloir aller trifouiller le code html…en tout cas la balise de justification n’est pas disponible. Un éditeur de texte est censé me faciliter la vie, celui-ci est censé être une amélioration du précédent, alors il est pas si mal, mais ils doivent encore l’améliorer…

Je baisse les bras pour cet article, en espérant une mise à jour.

Cette semaine je me suis remis dans la lecture (et la compréhension !) du processus de méthylation. Le meilleur article en français étant celui de Nutriting :

On y retrouve l’importance d’un équilibre entre divers types d’acides aminés pour que ce processus ne soit pas défaillant. Trop de méthionine, c’est trop d’homocystéine – excès reconnu comme mauvais pour la santé, notamment cardiovasculaire, et vraisemblablement neuropsychiatrique -. On peut réguler en amont cet excès d’homocystéine par l’ajout de glycine dans l’alimentation.

Heureusement en aval, on peut recycler l’homocystéine. Par trois voies :

  • la voie des folates (qui impliquera le « très connu » gène MTHFR). Cette voie permet d’obtenir entre autres d’obtenir une forme active de la vitamine B12. Consommez du foie, des légumes verts, des légumineuses…
  • la choline (mangez des œufs donc !), permettant de recycler l’homocystéine en méthionine à nouveau. Une sorte de retour en arrière dans le cycle.
  • le glutathion, puissant oxydant est obtenu, très grosso modo, avec homocystéine et glycine – pour les détails, c’est dans l’article ! Consommez donc du bouillon d’os. Ou des viandes à mijoter.

L’article conclue sur la version mutée du gène MTHFR : elle empêche le recyclage de l’homocystéine, à moins d’apporter activement la forme de vitamine B9 : du méthylfolate de calcium. Tous les folates ne se valent donc pas en cas de version déficiente du gène MTHFR…avec des conséquences assez dramatiques pour les femmes enceintes. Des tests génétiques existent pour connaitre ses propres déficiences.

Pour creuser sur MTHFR, cet article de SuppVersity est franchement pas mal. J’apprends qu’il est possible de réguler à la baisse l’hypertension par de la riboflavine (vitamine B2) dans certains cas. N’oubliez pas DeepL pour les récalcitrants à l’anglais.

J’ai paraphrasé/résumé l’article comme un sagouin mais le fait est que, à nouveau, on ne pourra pas faire l’impasse d’une individualisation de l’alimentation, et si « écouter votre corps » semblera une injonction new age pour les personnes sceptiques, il leur sera possible de prendre leur santé en main s’ils suspectent une génétique différente qui ne leur permet pas de fonctionner normalement. Éloignez-vous toujours plus des réductionnistes de l’alimentation : la faute aux glucides, la fautes aux protéines animales, la faute aux graisses, la faute à l’acidité…je sais bien que le cerveau aime les solutions simples, mais quand même…

Mon père a été hospitalisé à nouveau. Occlusion intestinale. Effet secondaire de la morphine qu’ils disent. J’ai pu le voir. Cela me fait de la peine de le voir aussi faible. J’arrive à faire l’aller-retour pour le voir (300 bornes dans la journée). Il ne quittera sans doute pas sa chambre d’hôpital.

Dès fois il m’arrive de m’en vouloir ne pas avoir pu avoir d’enfants. La culpabilité de ne pas continuer notre branche familiale, être heureux de partager ça avec eux, tandis que partout chez les oncles et tantes il y a eu des petits-enfants. Ni mon frère ni moi n’avons pu avoir d’enfants, chez lui c’est voulu, chez moi c’est subi. Il me reste du temps oui. Mais mon père lui, plus trop.

Rupture définitive enfin avec ma petite amie. Il était temps. Une lâche qui ne savait pas rompre proprement, j’ai du prendre le taureau par les cornes. Tant pis pour elle, mais cela m’affaiblit quand même, ce n’était sans doute pas la bonne période pour me prendre un déni d’amour en pleine face. La relation vécue sur ces 5 mois était donc un mensonge en continu. On ne choisit pas les mauvais moments à la carte…

Pas de livre aujourd’hui. Je considère l’article de Nutriting comme aussi important qu’un livre. Suffisamment riche en informations, et surtout d’informations très peu disponibles en francophonie, c’est une chance d’avoir un article comme ça, bien écrit, bien mis en forme, avec des infographies qui permettent de faire le point sur une partie des réactions biochimiques qui régulent notre organisme à partir de nutriments qui proviennent de l’alimentation.

Tranches de lard, de livres et de vie (2)

Le livre de l’année dernière en matière de sciences de la nutrition c’était incontestablement l’ouvrage de Stephan Guyenet, The Hungry Brain :

Pour les adorateurs de la langue de Umberto Ecco :

Très peu relayé en francophonie, bien que mon pote Guillaume en parle un peu sur son blog, c’est là un livre de la première importance. En effet, pour la première fois on a un vrai corpus de connaissances vulgarisé – même si j’avoue il faut s’accrocher un petit peu – qui explique de manière logique la prise de poids via le fonctionnement du cerveau. Nous n’avons pas ce petit côté romantique qui est souvent le lot des vulgarisateurs (Ce que l’on appelle le « story telling », je suppose).

C’est donc parfois aride. Il faut se taper des centaines de pages sur les parties du cerveau impliquées, sur les circuits de la faim et de la satiété, sur ce fameux lipostat (rien à voir avec la statine du même nom) qui gère le montant de graisse corporelle à un certain pourcentage du poids du corps.

lipostat
Figure 33 : Le lipostat. Le cerveau (en haut) mesure l’adiposité à l’aide de la leptine et d’autres signaux (à gauche), et régule l’adiposité en conséquence en utilisant une variété de stratégies physiologiques et comportementales qui influencent l’apport alimentaire et la dépense énergétique (à droite). Chez l’homme, l’apport alimentaire est le principal moyen par lequel le cerveau régule l’adiposité.

Donc les calories comptent. Sauf que les mécanismes physiologiques impliqués en arrière-plan sont complexes, et on peut comprendre que le modèle calorique seul pour expliquer l’obésité ne suffisent pas à une partie des gens.

Fort heureusement, le surpoids n’est pas une fatalité malgré un environnement obésogène nous poussant à outre-manger (le système de récompense !), et le docteur Guyenet nous donne une liste de recommandations pour mincir dont celle de prendre soin de son sommeil…le livre de Matthew Walker sera donc utile dans cette voie.

La nouvelle est tombée, tel un couperet. Mon père a bel et bien un cancer. Et un des plus agressifs qui soit. On s’y attendait. On n’était pas dupes. On se doutait que c’était grave. Je suppose que cela requiert plus de présence de ma part. Là exit les préoccupations 2.0 et les remèdes que l’on lit çà et là.

Comment vivre ça ? Je ne sais pas. Au jour le jour sans doute.

Entre peine, impuissance, besoin d’être avec mes parents et envie d’être plus fort, de vivre aussi pour moi à fond, la turbulence des sentiments contradictoires fait rage.

La vie continue, il est vrai…prendre conscience que dans un futur proche mon père ne sera plus, c’est vertigineux. C’est un peu de moi qui s’en va. Rien n’est figé dans le marbre. Je serais un peu différent après cette épreuve.

Soyons forts.

Alors pourquoi je vis un abandon des plus cruels ? Il s’agit d’une prise de distance volontaire de ma petite amie, qui date d’il y a trois semaines. L’annonce de la maladie de mon père ne la fait pas revenir pour autant. Pourquoi cette froideur…c’est dur à supporter, si elle souhaitait qu’on se sépare, autant se séparer. C’est dans ces moments-là qu’on a besoin de soutien, et que la personne avec qui on partage de l’amour et de la tendresse devrait davantage se manifester. Hé bien non…

abandon

La trouvaille culturelle et alimentaire de la semaine :

Les premiers Mongols mangeaient des produits laitiers, mais n’avaient pas le gène pour les digérer.

On peut ainsi affirmer que l’alimentation des humains n’est pas figée dans le marbre…et que l’être humain contourne sa génétique avec maestria pour continuer à se nourrir en dépit d’obstacles a priori infranchissables.

Bon dimanche à tous !

Tranches de lard, de livres et de vie (1)

A ce jour, j’ai repris en main mes activités blogguesques – au sens large – mais mon mode de vie actuel ne me permet pas comme auparavant de creuser certains sujets. Malgré tout le besoin d’écrire se fait ressentir. Je propose donc de débuter une série d’articles plus légers dans la construction, où je parle de sujets qui me préoccupent, sans certitude absolue d’être pertinent.

Cette semaine, je suis retourné voir des amis, et ma famille. Sur la côte méditerranéenne, à Narbonne plus précisément.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

WordPress a bien mûri en 1 an, je teste cette fonction diaporama. J’aime beaucoup, vraiment. Ici ce sont quelques photos prises à Gruissan dont la Tour Barberousse…qui n’est plus qu’une ruine et la plage des chalets (37,2° le matin)

J’avais besoin de prendre ces photos. Pour une raison simple, ce lieu c’est aussi mon enfance. Et je sais que mon père aborde la fin de vie, sans rentrer dans les détails. Ça remue forcément beaucoup de choses. On n’est pas préparé pour ce genre de moments. On peut le concevoir, de manière lointaine. Ça vous tombe dessus, sans prévenir de toute façon. Alors on gère avec plus ou moins de sérénité.

Ma photo préférée, absente du diaporama :

20181102_131258238_iOS

Je suis particulièrement étonné avec le temps qui passe des réactions des gens sur les réseaux sociaux, ou au moins de certaines personnes en ce qui concerne les pages Facebook. La page du Mythe Végétarien convainc près de 2500 personnes, elle est historiquement la première en francophonie dans la réticence face au(x) végétarisme(s). Il y a toujours des gens qui agissent en consommateurs. Qui donnent des conseils inappropriés, du type comment elle devrait tenir sa page. Quel culot ! Elle ne tient pas sa page pour faire du pognon en étant subventionnée par le lobby de la carne mais pour mettre en garde des possibles dangers du végétarisme. Que cela ne plaise pas, ou que certaines publications fassent tiquer – certaines étant scientifiquement moins robustes, en effet -, il est, à mon avis, de bon ton, de passer son chemin…tout simplement. Les suggestions s’apparentant plutôt à des ordres dans les faits, je pressens que la page fait polémique, et n’est tout simplement pas comprise très souvent, parce que moins monolithique que les autres pages/groupes antivégans, pour résumer. Si quelque chose ne vous plait pas sur les réseaux sociaux, il ne sert à rien de vouloir influencer l’influenceur qui a ses propres motifs et sa propre quête j’ai envie de dire. On prend ce qu’il y a à prendre, et on évite d’être désobligeant. Ce n’est pas un supermarché. On peut même « Ne plus aimer », incroyable !

ne plus aimer

L’an dernier j’ai lu ce bouquin.

matt-us

Cliquer pour acheter !

En d’autres temps je me serais fait un petit plaisir de fin gourmet d’en faire une synthèse en relevant les points cruciaux à mon sens. Et me faire plaisir parce que c’est un bouquin en anglais et qu’y a toujours une petite exclusivité temporaire tant que personne en francophonie ne l’a commenté.

Et puis il est…sorti en français pas plus tard qu’il y a deux mois environ.

matt-fr

Cliquer pour acheter également !

Comme je n’ai plus l’envie urgente de le disséquer, d’annoter et d’en faire un long article…bon ben je donne quand même mon avis, et sans rouvrir la moindre page…

    • Le sommeil est vital, sa carence implique des tas de maladies – dont Alzheimer en favorisant les plaques amyloïdes –
    • Le sommeil trouve sa place au sein des rythmes circadiens qui rythme nos vies, et celui de tous les animaux, avec des différences entre espèces. Les rythmes circadiens bien alignés exercent une pression de sommeil aux bonnes heures, comme une horloge interne. Ce qui rend le sommeil facile et qui va de soi…normalement.
    • La lumière a un effet sur le sommeil. Il est recommandé de s’aligner sur les cycles solaires et prendre le soleil tôt le matin. Et éviter les lumières artificielles le soir*.
    • Évitez les excitants, café et alcool en ligne de mire – même si ça parait trop évident de le rappeler –
    • Attention aux écrans, et notamment à la lumière bleue.
    • Pour les accidents de la route, il faut considérer la carence en sommeil qui semble être pire que conduire alcoolisé
    • Prendre de la mélatonine (qui est une hormone qui donne uniquement un signal) n’est pas une solution viable sur le long terme.
  • La chambre ne doit pas être chauffée…et une douche chaude (au moins les extrémités) aide à l’endormissement ce qui n’est pas intuitif.

Je regrette peut-être un peu le manque de biochimie : on y cause un tout petit peu la gestion du stress via cortisol, noradrénaline et adrénaline, certes. Ou même une approche plus nutri-centrée : pourquoi ne pas parler de GABA ou de l’effet de certains acides aminés, comme la glycine sur la qualité du sommeil ? Bon c’est chipoter, ce livre est tout de même très bon, et il ne fallait pas en faire une encyclopédie du sommeil mais une approche somme toute assez synthétique et qui ne rebute pas le grand public. C’est gagné de ce point de vue.

*A ce sujet, la plus belle déconfiture littéraire sur le noir, l’absence de lumière, la nuit…enfin…comment dire, j’attendais beaucoup de ce bouquin, avec un titre alléchant, mais qui au final était très superficiel.

wakingup

Si vous voulez l’acheter malgré tout…

De l’art de faire comme il faut quand on est végan.

Il est loin d’être évident de s’épanouir dans un régime végan. Voici la traduction d’un article de Denise Minger paru il y a déjà quelques années. On y récolte quelques conseils frappés au coin du bon sens autour de nutriments « sous-estimés ». J’y ai un peu collaboré à cette traduction, mais c’est bien la miss du « Mythe Végétarien » (pas Lierre Keith bien sûr) qui s’y est attelée pour la majeure partie du travail.

Bonne lecture !

Le mythe végétarien

Ne vous fiez pas à la coloration humoristique et ironique du titre, essayez de mettre d’éventuels préjugés de côté et de l’appréhender comme une tentative de passerelle entre nos deux mondes. (j’agite mon tit drapeau blanc ❤ )

Il s’agit de la traduction d’un article de Denise Minger, intitulé For Vegans.

Article original disponible ici

2

Pour vous les végans

Je vous promets que cet article n’est ni angoissant ni mesquin ! 

Malgré les rumeurs qui prétendraient le contraire, je ne suis pas engagée dans une mission de dévégétarianisation des foules, enragée, écume à la bouche. Mon propre régime alimentaire est principalement basé sur les plantes, et je ne touche aucun profit en aucune façon – financièrement ou autre – quand vous décidez de mettre un œuf dans votre bouche au lieu d’une masse de protéines végétales texturées. Mon seul but en tenant ce blog est de balayer la mauvaise…

Voir l’article original 4 488 mots de plus

Périple en archéo-nutrition : une question de cétose et d’épilepsie

Le régime cétogène a le vent en poupe. Inutile de le présenter, il y a suffisamment de sources sur internet, y compris en francophonie depuis quelques années. Il s’agit d’un régime alimentaire qui vise à atteindre l’état de cétose, en agissant par le biais de trois approches :

  • par la restriction sévère des glucides, via notamment par la maitrise de la glycémie et de la production d’insuline
  • ou tout simplement en jeûnant
  • à titre secondaire, par l’ajout d’aliments qui vise à la production de corps cétonés (comme l’huile de noix de coco par exemple)

Pour aller plus loin, avec des connaissances qui détonnent un peu dans le milieu, voire même s’inscrivent en faux par rapport à ce qui se dit, je suggère ainsi ces deux vidéos de Chris Masterjohn :

Pourquoi les inuits n’ont jamais été en cétose, malgré leur régime riche en graisses

Les régimes cétogènes ont peu à voir avec les glucides et l’insuline

On sait depuis un siècle que la cétose a peu à voir avec l’acidocétose des diabétiques qui elle est à éviter : sur le Journal des débats politiques et littéraires en 1923, ceci est très bien expliqué, quoique de manière technique :

cétose1

Pourquoi donc le régime cétogène au cours des années 2000 est-il revenu sur le devant de la scène ? Sans doute grâce à son succès vieux comme le monde sur la prise en charge de l’épilepsie. Et ceci…depuis presque un siècle, comme on peut le lire sur Pédiatrie : organe de la réunion lyonnaise de pédiatrie publié en août 1928.

(cliquer pour voir les images en plus grand !)

(A noter les pubs pour les compléments alimentaires et surtout l’huile de foie de morue !)

Un article très intéressant, avec les mots d’hier pour décrire ce qu’on redécouvre aujourd’hui. Je note dans la conclusion quelque chose qui fait écho à une découverte récente :

Le mécanisme de l’action du régime cétogène sur l’organisme des épileptiques n’est pas entièrement élucidé. Wilder invoque l’action anesthésiante qu’exercerait sur le système nerveux l’acide diacétique. Helmholz a l’impression qu’il s’agit de phénomènes encore mal connus du métabolisme des graisses. L’opinion la plus répandue est celle de Bigwood, pour qui, dans l’épilepsie essentielle, les crises se produisent toutes les fois qu’il y a dans le plasma sanguin tendance plus ou moins marquée vers l’alcalose. Cette alcalose agirait en favorisant l’action d’un produit qui serait la cause même de la crise, produit toxique encore mal connu.

La cétose semble fonctionner mais on admettait ne pas savoir pourquoi. Et pas plus tard que la semaine dernière, je retwitte ce lien fort intéressant, invoquant la piste du microbiote. La flore bactérienne était déjà connue, mais fort mésestimée, il est fascinant qu’il faille plus d’un siècle pour cibler les mécanismes en question. Le lien direct vers l’article. Comme il s’agit d’une étude sur les souris, patience encore pour la validité du mécanisme à l’œuvre chez l’humain, mais nul doute que cela sera la prochaine étape testée.

 

 

Périple en archéo-nutrition : Weston Price et les caries perdues

Ah, Weston Price. Je crois que j’ai déjà assez radoté sur ce dentiste aventurier du siècle dernier (et même du 19ème).

weston-price

Voilà, une photo bien austère pour calmer.

En fait, voici ce que j’ai écrit à son sujet :

Et un peu partout sur le blog en fait…dès que ça touche aux caries, aux peuples isolés, aux vitamines liposolubles, et autres sujets récurrents.

Autant dire qu’il s’agit du marronnier du blog. Pas vu grand chose sur Gallica, donc l’exercice possible avec les Mellanby ne sera pas dupliqué.

D’autres articles sont disponibles en français, sur la toile, je vous invite à utiliser google pour ce faire.

Donc cet article n’en est pas un, il s’agit juste de promouvoir, pour la seconde fois la thèse de Francis MacKay. Non pas parce qu’elle mérite d’être diffusée (un simple partage sur Facebook suffit), mais tout simplement parce qu’elle est là. Je veux dire : disponible en html, au propre, en version à la fois épurée des oripeaux académiques (jury, sources…), et enrichie de quelques observations et liens utiles. Ce travail d’enrichissement à base de liens et d’illustrations sera fait en continu, au fur et à mesure des mois et des années qui passent.

Pas d’articles de références, difficile de faire mieux à défaut d’une traduction définitive du bouquin, j’enrichirais donc cette thèse à la méthode 2.0.

these-html

En voilà déjà une mouture satisfaisante.

Ce fut un travail un peu fastidieux, même si le travail OCR a été utile, je pense avoir retapé manuellement la moitié de la thèse tellement le copier-coller a donné des horreurs impubliables !

Critique de la critique : en relisant cette thèse j’ai été réenchanté de lire un matériel écrit à une époque antédiluvienne bien que largement postérieure à celle de Price.

Le document n’est pas exempt de critiques : mise en page parfois loufoque, écriture de petits signes en marge du document, fautes d’orthographe, fautes grammaticales. J’ai peine à penser qu’il s’agisse de la thèse finale parfois. A moins que sa nationalité écossaise l’ait fait bénéficier d’une clémence du jury…je ne sais pas, si un lecteur peut aller consulter le document disponible à la faculté de médecine de Paris plutôt que celle dont j’ai la copie (de la Bibliothèque Nationale de France), je lui en serai très reconnaissant D’ailleurs tout un passage, pas très long a été perdu, comme blanchi…

Pour le contenu en lui-même, c’est un régal. A défaut de l’ouvrage massif de Price, on saura se contenter de cette thèse. Elle met le doigt sur les forces et les faiblesses de l’œuvre de Price, ce qui est très bien, n’ayant pas su les formuler moi-même – et de manière plus honnête que chez Quackwatch ou autre sceptique qui ne tient pas compte des forces de l’approche de Price –  je n’avais pas pour but de devenir une groupie du monsieur…!

A noter de particulièrement rafraichissant :

  • le rapprochement des travaux de Price, avec d’autres auteurs qui confirment les découvertes de Price assez précisément : les Mellanby évidemment, mais aussi Robert McCarrison, un contemporain de Price, qui visite l’Inde et décrit le peuple des Hunzas, à tendance végétarienne (j’ai bien dit tendance), et dont le caractère isolé est à rapprocher des peuples visités par Price, et présentent les mêmes signes de vitalité.
  • Le passage sur le beurre spécial de Price : on devine qu’il est produit à partir de lait de vaches ayant brouté de l’herbe de printemps au moment de la repousse, et riche en vitamine K1. Elle est convertie par la vache en K2. La K2 serait donc le fameux facteur X détecté par Price.
  • Je le répète ce n’est pas un auteur « paléo ». Les laitages et les produits céréaliers ont plus que leur place sous des formes de haute qualité : le blé frais et entier – et sans doute fermenté au levain pour réduire l’acide phytique – fait partie des protocoles de Price, qui contrairement aux Mellanby outrepasse leur soi-disant caractère anti-minéralisant.
  • Les peuples vivant près des côtes semblent plus robustes que les autres aux yeux de Price : faut-il y voir un effet de l’iode ? Ou des produits de la mer (plus gélatineux ?) ? Les oméga3 des poissons ? A prendre avec des pincettes, mais cela titille ma curiosité, et pourrait rejoindre les observations et études sur le(s) régime(s) méditerranéen(s) qu’il s’agisse des anciens crétois comme des anciens sardes des zones bleues.
  • Tout le laïus sur les régimes spéciaux pour enfanter à destination de la future mère et même du père. Les remarques sur la gestation et l’accouchement facilités qui rejoignent l’approche de Michel Odent sur le sujet.
  • L’approche dentaire reste la plus solide et étayée, davantage que les autres observations sur la santé et la robustesse des populations – même si ce n’est pas dénué d’intérêt, loin de là -.

Aussi, il faut prendre du recul par rapport à des choses datées et qui peuvent nous faire bondir : l’approche « raciale » (on parle même de « stock humain »), la dichotomie entre civilisés et primitifs que l’on peut interpréter de manière péjorative. On pourrait même y voir une ode au bon sauvage. La méthode de Price est critiquable, son vocabulaire parfois daté (son christianisme ressort de manière inattendue aussi bien pour l’athée actuel que les chrétiens). Pas de quoi y voir une ode au colonialisme, mais pas de quoi s’offusquer, se replacer dans le contexte d’époque…même le mot ivoire (à la place de dentine) est utilisé…O tempora o mores.

Périple en archéo-nutrition : le couple Mellanby

Il m’est revenu l’envie d’écrire, donc…me revoilà après un peu plus d’un an d’absence (réelle). Pour combien de temps…je ne sais pas !

Je désigne par archéo-nutrition les débuts timides de cette science où tout restait à découvrir, où les moyens étaient rudimentaires, mais la soif d’apprendre faisait des hommes et femmes scientifiques des aventuriers, au sens figuré comme au sens propre (surtout au regard de l’approche de Weston Price).

Évidemment, nous avons changé d’époque, la pratique de la science s’est mutée peu à peu en même temps que les nouvelles technologies, normalisant ce petit monde. Entre relecture par les pairs, circuit de publication, le rôle de la presse et des réseaux sociaux, les scientifiques semblent avoir perdu un peu de leur mystère, de leur aura.

Aujourd’hui je voulais en savoir plus sur les Mellanby. Edward, né en 1884, May Tweedy en 1882, tous deux sujets de la couronne britannique. Ils se sont mariés en 1914 au début d’une guerre mondiale. On attribue au premier la découverte de la vitamine D, notamment en travaillant sur des chiens en cage nourris pauvrement – du porridge – et à qui il administre de l’huile de foie de morue. Sa femme travaillera plus directement sur la nutrition et les caries.

 

C’est pas les Curie, mais c’est la classe quand même !

J’ai voulu voir ce qu’on disait d’eux à l’époque. Pas un point de vue encyclopédique daté du 21ème siècle, mais voir, tâter l’esprit de cette époque. Et comme je n’ai pas eu le courage d’affronter le web anglophone, j’ai voulu voir sur Gallica, des extraits de la presse francophone de ces années-là.

I. Edward Mellanby : entre huile de foie de morue et héliothérapie, scientifique défricheur, à la découverte en plusieurs temps de la vitamine D.

Un extrait de La Pédiatrie pratique : journal de clinique et de thérapeutique infantiles du 15 juillet 1923

 

Cliquer sur les images pour lire

J’apprécie ce tâtonnement, l’huile de morue semble faire effet donc, mais on doute que ça soit la vitamine A. On suspecte également que le soleil joue un rôle contre le rachitisme. Au bout du compte, on un corps actif, distinct de la vitamine A, qui semble avoir un rôle calcifiant. L’avitaminose A se nomme hikan au Japon, xéropthalmie ou kératomalacie en Europe et on parle plutôt de troubles oculaires graves, mais la vitamine A ne semble pas être ce principe antirachitique. On prescrit donc naturellement de l’héliothérapie, ainsi que de l’huile de foie de morue contenant ce fameux principe antirachitique qui ne porte pas encore de nom.

mellanby-empirisme.jpg

Vertu de l’empirisme ou de la « sagesse nutritionnelle » qui précède la science. A noter la coquille hydrosoluble ou lieu de liposoluble. Source Gallica, perdue…je peux retrouver au besoin

Concernant la vitamine D, on a davantage de détail dans la Revue générale des sciences pures et appliquées de 1926 (pages 262 à 270,  Les points de vue récents sur les problèmes des vitamines). Étrangement le bêta-carotène est encore indistinct de la vitamine A (puisque produite par les végétaux), mais la vitamine D a bien été identifiée entre temps, soit trois ans après le précédent document. La vitamine E est également invoquée, étant synthétisée par les végétaux. Edward Mellanby d’ailleurs n’était pas convaincu que la vitamine A fut antirachitique. Ce document présente pas à pas ce tâtonnement de la découverte de la vitamine D, depuis les travaux de ses prédécesseurs McCollum, Osborne et Mendel qui liaient déjà matières grasses et croissance des animaux.

De manière désuète (mais charmante !), on y lie la vitamine D et le cholestérol, ce qui est largement reconnu depuis, cholestérol nommé cholestérine (et le phytostérol, est nommé phytostérine). Le document est un peu plus technique que celui de la Pédiatrie Pratique, je trouve ces deux fascinants. Les termes y sont parfois datés, mais la science (la biologie, la physiologie et la science du métabolisme) progresse à pas de géant en quelques années. On parle bien des célèbres années folles (Roaring Twenties) qui s’achèveront par le désastre financier de 1929.

Pour finir, une note aventurière – en tout cas géographique ! – qui fera le lien avec sa femme, dans la Revue Médicale Française de Juillet 1920 :

mellanby-hebrides

Deux remarques me viennent instantanément :

  • L’Île Lewis sera par la suite visitée par Weston Price, qui connaissant bien les travaux des Mellanby, et ayant sans doute pour intuition qu’un mode de vie – dont la nutrition, bien sûr – qui protège du rachitisme, protège également des caries : on parle bien de tissus fortement consommateurs de calcium.
  • L’allaitement, encore aujourd’hui source de confusion : tantôt tenue coupable des caries chez le nourrisson, tantôt célébrée, semble ici être tenue protectrice du rachitisme. A-t-on seulement procédé à une étude comparative de la qualité du lait des femmes allaitantes pour lier par exemple carences – en vitamines A, D, K2, calcium, phosphore – et survenue des caries chez le nourrisson. Il va de soi que la femme ne peut pas donner plus que ce qu’elle a, et Weston Price a déjà noté dans les tribus traditionnelles immunisées à la carie dentaire les régimes alimentaires spéciaux que recevait la femme avant, pendant et après la procréation. Sur cette étude de 2014, l’allaitement n’est par exemple pas tenu responsable des caries.

Pour le lait de la vache, on sait qu’il dépend de plusieurs facteurs dont la nutrition des ruminants, avant tout. Pourquoi cela ne serait-il pas le cas chez l’être humain ? A ce propos j’ai trouvé ce petit document Études / publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus (Note de Sylvain : une époque plus religieuse sans doute…), de janvier 1925 tout de même. On pourrait creuser davantage, retrouver l’étude en question, mais il est révélateur du fait que parfois on semble réinventer le fil à couper le beurre…et c’est en ça que l’archéo-nutrition m’amuse. On sait déjà que l’alimentation industrielle ne date pas du 20ème siècle – souvenez-vous, la margarine -, mais même l’alimentation en provenance des animaux était déjà altérée.

regime-vitamines

En 1925 on avait, en quelque sorte déjà tout compris…

II. May Mellanby, soigneur des dents par la nutrition, approfondit les découvertes de son mari

May Mellanby, fière femme de science est déjà plus dans l’application directe des découvertes. Son mari découvre les vertus pratiques de l’huile de foie de morue ? Elle voudra aller plus loin dans le sujet et couvrir le champ de la nutrition et des caries plutôt que celui de la biochimie pure par une carrière dédiée aux expérimentations cliniques.

Malheureusement, son approche qui m’intéresse logiquement plus que celle d’Edward m’est difficilement accessible. Tout n’est pas disponible sous le manteau par internet. Pour les parisiens, disposant d’une carte de bibliothèque il doit être possible de consulter ces trésors. Même Amazon ne dispose que de Diet and the teeth : an experimental study sans avoir la certitude qu’il s’agisse des deux parties.

On peut, toutefois, trouver un pdf de Nutrition and Disease (1934), écrit par Sir Edward Mellanby (anobli donc ?), certes, mais valorisant les travaux de sa femme avant tout.

J’invoque donc Gallica à nouveau, pour savoir ce qui se disait en France sur ses travaux, ici dans L’Homme libre, journal quotidien du matin, du 29 avril 1931 :

 

On remarquera à quel point il est difficile de séparer de manière bien évidente l’apport de May et celui de Edward. Je pense qu’il faut vraiment les voir comme un couple, même si je suppose qu’à l’époque, il était plus facile pour Edward, en tant qu’homme de revoir les lauriers. On y note la présence d’une autre femme ayant travaillé avec May Tweedy Mellanby, C. Lee Pattison.

Avec May Mellanby, toutefois on quitte la simple question des os, pour se pencher sur celles des dents. Et en tant que tissu fortement calcifié, les dents sont aussi sensibles à l’apport en vitamine D. C’est dans ce cadre-là qu’elle peut conclure, chez les chiens dans un premier temps, puis chez les humains que la vitamine D protège de la carie dentaire. Et lutte…contre cette carie, non pas en produisant de l’émail, mais de la dentine secondaire qui vient s’ajouter à la dent.

Des éléments anticalcifiants sont détectés dans les céréales (à degrés divers selon le type de céréales). On ne lui donne pas encore de noms mais je suspecte très vite l’acide phytique, surtout que le germe de blé en contient plus que les autres parties du blé. L’acide phytique est reconnu comme se fixant aux minéraux et empêchant d’être digérés dans l’intestin. Mais la vitamine D administrée semble contrecarrer cet effet.

Le mot inhabituel pour qualifier ce principe déminéralisant…toxamine me pousse à aller chercher plus loin. Effectivement, il s’agit bien de l’acide phytique. – boulangerie.net un lien du lobby encore 😀 – Il semblerait que le pain complet contienne également de la phytase, une enzyme qui désactive l’acide phytique pour dire simplement les choses. Ce qui expliquerait pourquoi les pains davantage fermentés, au levain par exemple (pour que la phytase fasse effet dans le temps) sont préférables au pain à la levure, ou même à des tas de produits farineux (farine blanche ou complète d’ailleurs) du commerce sont déminéralisants comme cela avait été constaté par May Mellanby et dans les mêmes proportions que le contenu dans cette fameuse toxamine.

A l’heure actuelle, le rôle des farineux, ou plutôt des sucres en général dans la flore buccale est reconnu, avec en ligne de mire le Streptococcus Mutans qui vient causer la carie. Je suis surpris que l’on ne retienne du couple Mellanby que la simple découverte de la vitamine D et son rôle dans le rachitisme, leurs découvertes – déminéralisation par excès d’acide phytique ou carence de vitamine D –  dans le domaine des caries semble soit minorées, soit classées dans un classeur « vieille science démodée et isolée, NOUS ON SAIT que c’est surtout la bactérie qui est en cause ». Légèrement frustrant. D’autant que l’on comprend mieux le rôle calcifiant de la vitamine D en relation avec la vitamine A, et surtout la K2, découverte bien après et qui par bien des aspects affine et complète notre vision du métabolisme du calcium dans le sang puis dans les tissus qui en ont besoin – os, cartilages, dents -.

Sur le travail de Weston Price qui parachève celui des Mellanby évoqué plus haut, en découvrant un autre principe actif, voisin des vitamines liposolubles déjà découvertes (A et D), dont il semble presqu’établi qu’il s’agit de la vitamine K sous sa (ses) forme K2. Il sera longtemps surnommé activateur (ou facteur) X. Mais il s’agira d’un tout autre article, pas forcément sur ce modèle d’ailleurs. Mais petit bonus archéo-nutrition que j’ai eu du mal à intégrer dans la trame de l’article, toujours dans le document Études, publiées par la Compagnie des Pères de Jésus :

DZ7ai8CW4AErQUm_002

Cette vitamine X, bien que le X me fasse penser à Price, ne serait-elle pas, tout simplement l’acide folique -vitamine B9 ? Toutefois, le document date de 1925, et il est admis que l’acide folique a été découvert pendant la seconde guerre mondiale soit plus de 10 ans plus tard. Les travaux précurseurs (merci Wikipédia) de Lucy Wills datent du début des années 30. Il est indiqué années 20 pour l’anémie macrocytaire. Et là, difficile d’en savoir plus sur le moment. La vitamine K2 a bien quelques vertus sur la fertilité, je ne m’avancerais pas non plus, cela ne doit pas être le seul micronutriment dans ce cas. Cela dit, comme l’ostéocalcine influe sur les taux de testostérone dont le métabolisme (décarboxylation), dépend de la K2…mais enfin tout ça est pure conjecture…et bien complexe aussi. Prudence.

7 ans (de réflexions)

Le mois dernier, WordPress m’a rappelé qu’il y a 7 ans exactement, je créais Clair et Lipide. L’âge de raison ?

Les années ont passé, le blog s’est copieusement rempli, puis enrichi d’un compte Twitter ainsi que d’une page Facebook.

En mars dernier j’ai quitté discrètement Facebook. Il n’y a plus de page, mon compte ayant été désactivé. Sans prévenir il est vrai.

Je n’ai plus publié d’articles depuis Janvier dernier.

Il se trouve que cet étrange silence correspond à une période de remises en questions plus ou moins profondes. Depuis deux ans, un divorce, deux séparations en un peu plus d’un an, ainsi que plus récemment, le sentiment de passer trop de temps sur les réseaux sociaux, de négliger le réel, le contact, m’a tenu éloigné du blog au sens large. Autant le dire, une lassitude, la sensation de tourner en rond autour des mêmes sujets.

Il y aurait des articles à écrire, d’autres à toiletter, des projets plus denses à mener de front, mais je n’en suis plus capable aujourd’hui. Il faut savoir le reconnaitre. Même s’il m’a fallu être mis devant le fait accompli.

fermeture

Je continue d’alimenter tranquillement le compte Twitter (activité passive, et peu chronophage), pour le reste, rien ne bouge, le contenu restera disponible, sauf que rien n’est prévu pour alimenter le blog.

Je prends l’air, tout simplement.

Carpe diem