Les actus digérées #13

Bonjour ! Encore une semaine à se demander si on aura du matériel pour les actus digérées du week-end… et au final on a ce qu’il faut. Entre interrogations sur la science, lait cru, vitamine D, néolithique et bains japonais, bonne lecture.

Ici cet article de Dean Burnett s’applique à démonter l’affirmation comme quoi tout scientifique serait un puits de science. Rien de plus faux, chaque scientifique étant sur son domaine de prédilection, il se spécialise. Il est ainsi toujours malaisé de croire un scientifique sur la base de ses titres.

D’un autre côté que penser d’un type comme Brian Peskin, pas un scientifique au sens universitaire du terme ? Sa meilleure description est donnée chez Julot des Dogmes de la Nutrition.

Brian Peskin est un original, mais il est à bien des égards emblématique de l’état de la science. Il pourrait même être un modèle pour son futur. Le « professeur », s’il a une bonne formation scientifique, n’est ni docteur, ni médecin, ni chercheur au sens habituel. Néanmoins, il a des théories et des recommandations qui sont basées sur la recherche scientifique la plus incontestable. Ce drôle de passeur épluche les revues scientifiques. Il élimine les articles dans lesquelles il discerne un biais ou un défaut de rigueur. Il se trouve qu’ils sont bien plus nombreux qu’on ne pourrait le croire : dans les revues médicales les plus prestigieuses, on trouve des procédures manquant de rigueur (par exemple on sélectionne soigneusement les sujets au préalable), un manque de maîtrise des outils statistiques (en particulier en ce qui concerne les résultats « significatifs »), et des résumés qui ne traduisent pas fidèlement le contenu de l’étude. Eh ouais.

Peskin n’est pas un spécialiste au sens disciplinaire. C’est un « honnête homme » d’aujourd’hui, appliquant son travail et son sens critique aux savoirs existants. Il en fait émerger ce qu’il appelle des « résultats de la vraie vie », donnant force à l’idée que nous savons en fait plus que nous ne croyions si nous pouvons faire des synthèses au sein de l’immensité de la recherche et de la science d’aujourd’hui.

Un twitt ici qui m’amuse assez. Je ne sais pas si Dominique Dupagne sous-estime la différence entre lait industriel et lait à l’ancienne. Pour ma part, je ne goûte que très peu à la modalité vivante (soit-disant) des aliments.

Pas emballé par cette histoire d’enzymes, vouées à être détruites… disons dénaturées dans l’estomac, merci à nos sucs gastriques. On fabrique nos propres enzymes.

Il existe certaines affirmations sur le net glanées à droite et à gauche qui expriment l’idée que certaines enzymes sont intactes au sortir de l’estomac. Je suis sceptique. Peut-être que Véronique Richez-Lerouge a quelques éléments en contradiction avec la sagesse conventionnelle ?

OK pour la flore du lait, des laitages crus qui finissent par rejoindre l’intestin. Il est probable que le lait cru contienne une population bactérienne qui se nourrit du lactose rendant donc ce lait plus digeste que le lait pasteurisé, pour une certaine catégorie de personnes : Le lait cru ne contient pas de lactase…

Pour ce qui est de la différence entre laitages à l’herbe et laitages aux céréales, la différence par contre est significative, j’en discutais ici, il n’y a pas si longtemps. L’homogénéisation des graisses est aussi problématique.

Ma position a donc légèrement évolué, depuis que j’ai écrit cette série d’articles, inspirée par la vague WAPF et le livre de Ron Schmid, The untold story of milk.
Que faut-il penser du lait I
Que faut-il penser du lait II

Que faut-il penser du lait III
Que faut-il penser du lait IV

En attendant d’acheter, lire et commenter le livre de Véronique Richez-Lerouge, La vache qui pleure, on pourra, en français également lire Le lait, la vache et le citadin de Pierre-Olivier Fanica qui raconte l’histoire du lait en France. On sera tenté de penser qu’il était préférable par le passé de boire du lait fermier plutôt que du lait des villes…il est probable que dans ce cas particulier la pasteurisation n’a apporté que des bienfaits, mais parle-t-on du même aliment ? Mmh…

lait_vache_citadin

Beurre ou margarine ? Les margarines étaient souvent avec des acides gras trans : à éviter. Avec des acides gras interestérifiés : à éviter. Celles avec des émulsifiants…à éviter sans doute aussi…

La vitamine D pendant la grossesse : il semblerait que cela soit bénéfique.

La vitamine D et le cancer de la prostate : ne le prévient pas mais semble atténuer son agressivité.

Un article passionnant de la BBC. Il confirme que les chasseurs-cueilleurs ont des taux de caries, certes non nuls contrairement à la légende urbaine, mais toujours inférieurs aux tribus d’agriculteurs qui les ont suivis.

En fait, les dents pourries sont devenues un problème que très récemment – il y a à peu près 10 000 ans – à l’aube de la période néolithique, quand nos ancêtres ont commencé à cultiver. Une pratique dentaire assez sophistiquée est apparue peu après.

néolithique

Toutefois : attention à ne pas sauter sur une quelconque conclusion trop tôt !

Un sympathique dessin. Pour ceux qui veulent creuser le sujet, je conseille les films ou manga Thermae Romae. Pour ma part je suis assez friand de bains thermoludiques, je file assez souvent aux pieds des Pyrénées pour alterner le chaud (caldarium, hammam, sauna) et le froid (frigidarium). Je ressors toujours revigoré après deux heures de bains. Surtout si je finis par le frigidarium, un bain à 15°C.

Bonne semaine à tous, préparez-vous à affronter le lundi, il est de retour dès demain !

return of monday

Les actus digérées #12

La crise des éleveurs français, sur fond de salon de l’agriculture, c’est de l’actualité chaude, bouillante, même ! Les premières actus digérées concernent donc ce sujet.

Assurément l’article de la semaine. J’en tombe des nues, littéralement.

Voici un florilège des passages de l’article, qui ne nécessitent pas vraiment de commentaires : ils parlent pour eux :

« Ici, les ruminantes passent l’essentiel de leur temps en intérieur, dans les stabulations des fermes, nourries à l’ensilage de maïs cultivé à la ferme et aux compléments de ration achetés à l’extérieur. C’est de ce modèle intensif que la famille Lethuillier est revenue, constatant qu’il était l’un des poids pesant sur sa comptabilité déficitaire. Et sur son moral. »

« Il y a deux ans, tout ça c’était du maïs », sourit-il face aux terres devenues prairies. »

« A la sortie de l’hiver, fini le maïs et les compléments »

« Tous ont en mémoire ceux qui, à leur installation, les ont détournés de leur intuition, et intention, de « faire de l’herbe ». « A l’école d’agriculture, on vous apprend qu’on fait du lait avec du maïs, pas avec de l’herbe »

Les_bras_m__en_tombent_m

Les bras m’en tombent aussi.

« Pourquoi personne ne nous a dit que l’on pouvait faire autrement ? », interroge Marie-Yvonne la main sur la croix qu’elle porte en pendentif, ne décolérant pas contre tous ceux qui les ont orientés vers ces mauvais choix.

« « Le problème, c’est qu’on est une profession où on est trop conseillés », »

« Outre son apaisement d’éleveur, Claude Marchais assure avoir vu une différence sur ses animaux qui sont « plus calmes », lorsqu’ils vont au champ. Une amélioration du bien-être du bétail qu’il lit aussi dans ses comptes : « J’ai diminué ma facture de vétérinaire de 30 %. » »

 J’ai comme l’impression qu’il y a eu une perte de savoir à un moment donné, une transmission non faite dans le monde rural et paysan…euphémisme. A mon sens, c’est une mutation sans doute obligée : les agriculteurs d’aujourd’hui ne sont pas les paysans d’hier. L’article suivant, qui a déjà quelques mois, confirme que la profession doit s’adapter.

« Tout est parti de l’élevage laitier », poursuit-il. L’étable est vide, la ferme est calme, les vaches sont sorties. En face, sous la grange, le foin s’amoncelle en prévision de l’hiver. La production de la ferme suffit à nourrir les animaux, pas question d’importer. Le lait bio a un double avantage : il ne coûte pas cher à produire – les vaches se nourrissent sur les prairies, qui demandent peu d’entretien – et son prix se maintient, contrairement à celui du lait conventionnel.

On finit par se demander quels sont les avantages du modèle intensif, est-il réellement plus intéressant dès lors que l’on dispose de beaucoup de surface agricole ? Je ne suis pas spécialiste de la question, mais cela donne à réfléchir, quand on sait que ce modèle, mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale peine à donner une vie et un revenu satisfaisants aux agriculteurs. Serait-il temps de redevenir de vrais entrepreneurs au sens noble du terme, et de ne plus compter sur la dépendance aux subventions et aux injonctions de Bruxelles, et de satisfaire le seul vrai patron…le client ? Tout le monde ne sera pas d’accord avec ma conclusion, mais au vu de la crise qui frappe le monde agricole français (et pas que le monde agricole) il y a des leçons à tirer de la politique agricole menée depuis 70 ans.

Chiffres à vérifier, mais la qualité n’est pas si industrielle que ça selon cette infographie. Je doute un peu…à voir.

Aux USA, de nouvelles recommandations contre l’usage trop répandu des antibiotiques, c’est un espoir.

Ici, Thiloup aborde le point de vue des végans ? Ont-ils raison, c’est son avis, bien développé, néanmoins remis en cause dans les commentaires par Dali Milovanovic.

Un article de plus à mettre au crédit sur le lien Intestins/Cerveau et la possibilité de guérir certains troubles comportementaux. A noter cette étude qui m’a échappé lors de mon dernier article sur le sujet. (c’était ici, pour rappel)

Faire des jus, mais oui, c’est la solution !! Sauf que non. Je n’ai jamais été emballé par cette mode. Non pas que ça ne puisse pas être utile, en cure très courte, tout comme certaines mono-diètes de fruits. Mais euh, bof, bof, les légumes contiennent des fibres, et à moins d’avoir un intestin fragile, mieux vaut manger l’aliment complet. Les fibres sont bonnes pour la santé, ce n’est même pas la peine de revenir dessus.

Une infographie qui démontre les bienfaits de la perte de poids.

Une vidéo qui montre comment on récupère proprement les olives, en secouant les oliviers. Bluffant.

Les actus digérées #11

Profitons de ce beau soleil en ce dimanche à Toulouse : commençons par une bonne nouvelle pour le sud-ouest, pour la France en général.

Pour les gens qui ne connaissent pas cette race, notons tout de même qu’elle est élevée comme il se doit, sur pâtures, car l’élevage sur pâturages sont supérieurs, c’est bien connu.

Le « Porc noir de Bigorre » est élevé 1 an au minimum, dont les 6 derniers mois au moins, sur parcours herbeux. Il est de race gasconne, parfaitement adaptée au type d’élevage pratiqué, par son aptitude à marcher et à supporter les alternances de phases humides et sèches qui caractérisent le climat de la Bigorre. Pendant la période de finition, environ la moitié de son alimentation est composée de ce qu’il trouve sur son parcours. Ce circuit permet et oblige les porcs à pratiquer une activité physique régulière, entraînant une évolution musculaire qui produit une viande plus rouge et plus persillée.

Ce mode d’élevage combiné à une alimentation à base de ressources végétales naturelles, fournit la matière première – riche en antioxydants – du « Jambon noir de Bigorre ».

Et si vous doutiez encore :

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Bon cela étant, ça tergiverse sur le bio :

Le bio n’est pas l’équivalent de l’élevage sur pâturage, à l’ancienne. J’en veux pour preuve cet échantillon lors de mes course à Biocoop vendredi soir :

bio3 bio2 bio1

Voilà. Mais j’ai envie de crier à chaque fois : « mais j’en ai rien à foutre que les bêtes soient nourries au céréales de la région, ce sont justement les céréales le problème ! ». Laissez-les manger ce qu’elles trouvent. A moins que vous ne disposiez pas de terrain, ou que les prairies soient pauvres. Ok ok, mais qu’on arrête d’enjoliver « les céréales bio de la région », parce que c’est à peine moins pire que des céréales pas bio d’ailleurs. Dans la nature, ces bêtes ne se nourrissent pas comme ça, même en bio. Allez, on ne connait pas le % de céréales pour la viande de bœuf, gageons que c’est pour l’hiver, ou finir la bête avant abattage (quel gâchis !), mais pourquoi foutre en l’air les efforts faits sur l’herbe, le foin, la luzerne…les fourrages d’avant la généralisation des céréales auraient suffi.

Ah ok, pour gagner en rentabilité…extrêmement commode, mais on rogne forcément sur la qualité. Et peut-être que les consommateurs avertis, omnivores responsables et éthiques, désireraient du bœuf 100 % à l’herbe…je ne reviens pas de ma dernière dégustation de viande de bœuf argentine : c’est à milles lieux de la qualité de 95% des producteurs français.

Cela étant, je pense que même le porc noir de Bigorre doit aussi recevoir une fraction minime de céréales (sans doute le maïs local). Il s’agit néanmoins d’une méthode d’élevage qui plane au-dessus de toutes les autres, y compris le bio, label rouge, etc.

Changeons de sujet !

Ceci me rappelle qu’on – une partie des dentistes – ergotait encore sur le fait que les caries puissent, dans un certain contexte, être réversibles. Ici, il s’agit de la repousse des dents, un vrai fantasme, à l’heure actuelle.

Il s’agit de la même information, bien sûr, mais avec une image animée amusante:) Pour l’étude on ira la lire ici.

Dans la sphère naturopathe, des énergéticiens des dents, et autre dentisterie holistique, ils n’ont jamais assez de mots durs pour qualifier le fluor, en prétendant que le fluor est néfaste. Pourtant il semblerait qu’il soit protecteur contre les caries. Entendons-nous bien, je ne crois pas que l’origine des caries soit exactement un manque de fluor, mais le fluor a bien une action protectrice, dans un contexte défaillant. « Normalement », on ne devrait pas en avoir besoin, mais vu nos modes de vie…

En archéologie, les études sur les dents de nos ancêtres en peuvent nous en dire beaucoup sur leur santé et leur régime alimentaire. Très bon schéma.

Un article de plus, qui s’intéresse à la réalité du régime paléolithique…le vrai.

Une étude sur les rats a testé le régime paléolithique, et c’est pas brillant pour le régime paléo. Néanmoins, pas le temps de faire « Haha ! » que cette étude est déjà critiquée.

Je dois toujours expliquer pourquoi je ne crois pas à la théorie insulinique. Celle-ci a été maintes fois démontée, en long, large et travers et Gary Taubes est un menteur. Un menteur avec beaucoup de recherches et de documentation, mais une facilité à sélectionner les études, et à les interpréter de manière erronée. On se reportera à cet article, pour lecteurs avertis. Ou encore plus récemment, ou bien encore contre le professeur Ludwig.

Pour entamer un régime pauvres en glucides, vous n’avez pas besoin de vous justifier par un mensonge. Il y a suffisamment de preuves qu’un tel régime bien mené est bon pour la santé, sans qu’on ne doive torturer les fondamentaux de la biologie.

Ici Stephan Guyenet met à l’honneur tout le courant de recherche qui s’intéresse à ce cerveau qui nous pousse à manger plus, en activant de manière prononcée les circuits de la récompense face à des aliments riches, sucrés, amidonnés, salés, gras, le tout en même temps. Si on y ajoute le goût umami en plus, caractérisés par l’adjonction de glutamate monosodique, alors vous comprendrez pourquoi on finit le paquet d’apéritifs salés, même si on était parti pour en manger une poignée : les vannes de l’appétit sont ouverts en grand. Merci le cerveau.

Notons que le verbe pig out signifie s’empiffrer, sous-entendu comme un cochon (=pig). Peut-être parce qu’on partage comme lui des circonvolutions dans le cerveau ?:)

Bogowie – Les dieux

Bogowie, « les dieux » dans la langue de Fryderyk Franciszek Chopin, est un film polonais paru en 2014, et présentant le point culminant de la carrière du jeune docteur polonais Zbigniew Religa, ancien interne aux USA  : celui-ci s’apprête en 1985 à pratiquer la transplantation cardiaque connue en occident depuis quelques années maintenant. Pour cela il bravera l’autorité des grands pontes de la médecine polonaise, bien élevés à l’immobilisme soviétique et reliques d’un monde qui n’a plus que quelques années à vivre. Il fera également face au peu de moyens qu’on lui donne pour exercer son métier, en réhabilitant par exemple un bâtiment désaffecté qu’il faut transformer en hôpital fissa fissa. Heureusement, ses employés ont à cœur de l’aider dans cette tâche, ne se laissent pas abattre par les gravats environnants et se transforment en ouvriers du bâtiment pendant un temps.

Le titre est trompeur, il ne doit pas cacher l’extraordinaire humanité d’un homme qui fume en permanence – y compris dans l’hôpital – et sera sur le fil du rasoir, jusqu’à montrer des facettes sombres de sa personnalité. Mais au bout du compte, il y a la transplantation cardiaque. Allonger la vie d’un homme grâce au cœur un autre. Devenir un dieu.

Le docteur Religa est à juste titre comparé une sorte de Dr House polonais – mais zéro diagnostic par contre -, dans un rôle de poil à gratter, de preneur de risque face à une administration frileuse, mais aussi représenté dans un personnage accro à la cigarette (en lieu et place de codéine), ou à l’alcool, à la limite du bipolaire parfois…

BogowieLe film dépeint particulièrement bien l’ambiance de démocratie populaire de la Pologne d’avant la chute de l’URSS : le côté glauque ressort bien, tout comme l’austérité permanente dans les décors. On sent presque le rance qui suinte à travers les murs. Sans oublier la grisaille du quotidien. Ça ne riait pas trop pendant ces années-là…on n’est pas surpris de voir régulièrement des femmes avec un fichu typique des pays de l’est, et ce y compris lorsque le docteur s’aventure avec sa lada vert sexy dans la campagne polonaise. A ce sujet, comme on me l’a fait remarquer (alerte sexisme !), les polonaises les plus basiques semblent toujours jolies et pétillantes, de vraies poupées, alors que les hommes sont objectivement pas terribles, quand ils ne sont pas moches. Bon. Cette remarque déplacée n’altère pas mon jugement sur le film, mais c’est vrai que c’est troublant.

Ah oui j’oubliais : il s’agit d’une histoire vraie, relatant des faits qui se sont réellement produits, le docteur Religa n’est pas un personnage de fiction.

Pour la petite histoire : les circonstances dans lesquelles j’ai été amené à regarder ce film, sont simples, il s’agit simplement d’une diffusion par un cinéma d’art et d’essai sur Toulouse (l’ABC), à l’occasion d’un festival du film polonais (Kinopolska). Rien de bien folichon, bien qu’inhabituel, les films des pays de l’Est étant souvent cantonnés dans le spectre nébuleux de l’art et essai, quand ce n’est pas celui du film indépendant. Ce qui peut nous rebuter et nous empêcher de découvrir quelques perles comme ce film. A condition d’accepter tout de même le rythme du film, qui n’est pas celui d’un blockbuster, cela va de soi.

Les actus digérées #10

Faut-il payer pour la science ? Ce n’est pas l’avis d’une chercheuse russe qui a (illégalement) créé un site Sci-hub.io permettant d’accéder à des publications, de manière gratuite…Habituellement il fallait payer, ou se contenter du résumé. Profitez-en, je sens que ce site sera obligé de fermer. Cela marche surtout avec les numéros DOI, je viens d’essayer avec un article de Michel de Lorgeril et Patricia Salen sur l’alimentation d’Okinawa.

Notre comportement est-il tout le temps maitrisable ? On peut se poser la question avec le microbiote, on a la réponse avec ce protozoaire nommé Toxoplasma Gondii, et c’est non. Un article qui résume bien la découverte, c’est grâce au Passeur de Sciences. Les chercheurs ont prouvé  qu’il s’agit d’une manipulation parasitaire qui pousse les parasités à ne plus avoir de répulsion envers les urines de prédateurs, et donc augmenter leur chance d’être chassé par ceux-là. Ce qui avantage bien Toxoplasma Gondii.

Les gras interestérifiés, ques aquò ? Bernard Lavallée AKA Le nutritionniste urbain explique rapidement l’émergence de cette nouvelle espèce d’acides gras censés remplacer les acides gras trans dans les produits industriels. Grosse incertitude sur le caractère sain…en mangeant des aliments bruts, on risque peu d’avoir à faire à eux.

Un long article assez passionnant. Mangez plutôt comme vos ancêtres proches, les 12 000 ans du néolithique étant passés par là. Quelques mots intéressants sur le déclin des Zones Bleues (Crète et Okinawa) qui ont perdu de leur superbe en mangeant de plus en plus à l’occidentale.

Pour les bibliophiles avertis, un livre de Stephan Le semble s’insérer dans la liste déjà nombreuse de l’approche évolutionniste : 100 Millions years of Food – What our ancestors and why it matters today.

food-stephan-le

Le tout-microbiome pourra-t-il lasser un jour ? Ici les bactéries contrôlent la santé de nos os. Je suis moyennement convaincu, pour une fois. Enfin, à voir.

L’indice de masse corporelle, un indicateur à abandonner ? A moins que l’on ait rien trouvé de mieux que de mesure la masse grasse avec une pince à pli cutané.

Mon dernier article !

La supériorité sans appel de l’élevage sur pâturage

Cet article est une version améliorée et corrigée déjà parue sur la page de la Fédération des Omnivores Responsables. Je me concentre sur les aspects nutritionnels de l’élevage, plutôt que les aspects écologiques et environnementaux pour lesquels je suis moins à l’aise.

Cliquer pour lire la première version de l'article !

Cliquer pour lire la première version de l’article !

L’élevage sur pâturages l’emporte sur de nombreux points vis-à-vis des méthodes d’élevage concentrationnaires, que l’on nomme outre-atlantique les CAFO (Concentrated Animal Feeding Operation). Ils sont plus écologiques pour l’environnement, pour cela on regardera la vidéo TED de Allan Savory (1), ou lire le blog de Sheldon Frith (2).

Le bien-être animal n’est pas non plus oublié, avec une nourriture adaptée, les besoins en médicaments et antibiotiques se font moins sentir : non seulement les animaux paissent et passent du temps dehors, mais ils se nourrissent de la manière qui est la plus adaptée à leur corps : en meilleure forme, ils tombent tout simplement moins malades.

De nombreux gastronomes vous affirmeront également que les viandes, laitages ou œufs issus de ces méthodes d’élevage procurent un plaisir gustatif plus prononcé : outre les conditions de maturation ou le persillage, la viande est tout simplement meilleure. Idem pour les laitages, qui n’a pas remarqué qu’un fromage fermier de Savoie, comme l’abondance, au lait cru exhalait des arômes plus profonds, jusqu’à transmettre un fumet d’herbe discret mais néanmoins présent ?

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Toutes les viandes ne se valent pas, loin de là ! Tous les laitages non plus. Il est reconnu que les qualités gustatives rejoignent les qualités nutritionnelles. Le cas des oméga3 est très bien documenté et connu : le rapport oméga3/oméga6 des aliments d’origine animale est bien plus élevé si les animaux ont été plus nourris à l’herbe et au foin sec, plutôt qu’aux céréales (3) ou au soja. Le profil en acide gras est ainsi plus sain, et permet de bénéficier des apports en oméga3 à longue chaîne (EPA et DHA) qui nourrissent le cerveau et protègent le cœur.

Les vitamines, liposolubles comme hydrosolubles sont à l’honneur : la viande de bovin de pâturage  a pour elle davantage de  (3) :

  • Vitamine E
  • Bêta-carotène – techniquement un antioxydant mais aussi pro-vitamine A),
  • Thiamine (vitamine B1)
  • Riboflavine (vitamine B2)

Concernant la la richesse en minéraux, l’écart est plutôt faible, mais significatif, tant pour les viandes que pour les laitages. Mais cet écart est systématiquement en faveur de l’alimentation traditionnelle. En ce qui concerne la viande de bovin , on notera qu’elle est plus riche en calcium, magnésium, et potassium que son homologue aux céréales (4).

Pour de la viande sur pâturage de qualité, on regardera auprès du Bœuf d’Herbe si vous avez un grand congélateur, sinon connaitre un éleveur à l’ancienne comme la GAEC Villemin. Autre astuce, les viandes du label Bleu Blanc Cœur. Autrement, à vous de vous débrouiller !

Si l’on s’intéresse à un produit consommé par les végétariens, les œufs, on sait aujourd’hui qu’un œuf provenant d’une poule gambadant librement en extérieur et consommant ce qu’elle trouve par elle-même est supérieur à un œuf de poule nourrie aux céréales, même si celles-ci proviennent de la ferme, y compris même si ces poules vivent aussi en extérieur. Il contient (5) :

  • 2 fois plus d’oméga3,
  • deux tiers de vitamine A (rétinol) en plus,
  • 3 fois fois plus de vitamine E,
  • 7 fois plus de bêta-carotène
  • 50% d’acide folique (vitamine B9) en plus,
  • 70% de vitamine B12 en plus,
  • 4 à 6 fois plus de vitamine D
Cliquer pour agrandir

Cliquer pour agrandir

Le résultat est direct et sans appel, le jaune, le plus nourrissant, est plus orangé, signe d’une plus grande densité nutritionnelle. Ces œufs sont largement plus intéressants à consommer que leurs équivalents de l’agriculture conventionnelle et intensive. Les œufs des poules de mamie plus intéressants que ceux du commerce ? Sans aucune hésitation, oui !

Aussi, je voudrais finir cet article sur une vitamine liposoluble sous-estimée : il s’agit de la vitamine K2 (6). D’abord apparentée à la vitamine K1, elles sont en fait similaires au niveau de la structure moléculaire, mais remplissent des fonctions tout à fait différentes*. La vitamine K1 se trouve dans les légumes verts, y compris l’herbe, et assure la coagulation (K pour Koagulation) du sang. La vitamine K2 se trouve dans certains aliments fermentés,ou certains produits animaux comme les laitages ou le foie en quantité variable, selon l’animal et son alimentation. Cette vitamine agit en synergie avec les vitamines A et D : si cette dernière fixe le calcium sur les os et les dents, la vitamine K2 chasse efficacement le calcium du sang vers les tissus où il sera déposé pour un meilleur usage. La vitamine K2 a ainsi une action protectrice contre les maladies cardiovasculaires en empêchant le calcium de se déposer sur les artères ce qui est confirmé par des études cliniques.

Il existe un lien entre les deux formes de vitamine K : les animaux comme les ruminants convertissent la K1 en K2 à partir de l’herbe fraiche des alpages au printemps et en été : à ce moment, les laitages sont au top nutritivement parlant, ils sont ce que l’animal consomme, des aliments frais, sains et qui lui sont destinés de par sa nature : de l’herbe grasse et fraiche pour les ruminants de par leur qualité d’herbivore par exemple. Parmi les laitages de qualité en France on se reportera à Bernard Gaborit, qui propose aussi bien du lait cru que du beurre ou du fromage, en faisant confiance à la race jersiaise qui donne en outre un meilleur lait que la très productive Holstein, même si certains parlent de croiser les deux, afin d’obtenir la qualité de la première avec le rendement de la seconde…

logo
Les fromages issus du lait tiré en été sont plus riches en tout, y compris en cette vitamine. Cette vitamine se stocke néanmoins très peu dans les corps des animaux néanmoins, à l’exception de certains foies (d’oie notamment) ou certaines glandes, salivaires par exemple, ou le cerveau. Les aliments fermentés, végétaux ou animaux, sont de meilleures sources de vitamine K2. Les fromages issus de laitages d’été bénéficient ainsi d’un double apport en vitamine K2 : la partie assurée par la vache ou la chèvre qui broute l’herbe, et la partie issue de la fermentation qui assure aussi au fromage ses qualités organoleptiques uniques.

A-t-on là une des caractéristiques protectrices de l’alimentation à la Française, malgré de nombreuses graisses saturées ? La K2, un cadeau ? Sans aucun doute ! Et c’est sans doute vrai pour une grande partie de la méditerranée ou les laitages, de chèvres ou brebis, qui, bien que consommés avec modération, apportent néanmoins leur part de densité nutritionnelle, par exemple en cette vitamine rare mais vitale. Entre autres, bien sûr, car on ne saurait résumer la santé à un seul nutriment, ni même à la seule alimentation. C’est tout le mode de vie qui compte.

*Dans les faits, la vitamine K1 se substitue un tout petit peu à la K2 et vice-versa.

Post-Scriptum :  la réalité entre animaux élevés sur pâtures et CAFO façon ferme des mille vaches, je suis conscient que ce sont deux extrêmes et que la réalité vacille entre ces deux types d’élevage, que les éleveurs nourrissant aux céréales peuvent aussi donner des compléments alimentaires à leurs animaux. Même si cela sonne dans ma tête comme donner des béquilles à vie à quelqu’un qui pourrait s’en sortir en faisant de la rééducation. Ce n’est jamais ni tout blanc ni tout noir. Il n’empêche, nos fermiers, du moins en France, sont contents d’écrire sur les  « Nourris aux céréales de la ferme ». Ouais mais justement, c’est ça le problème, ou une partie de celui-ci.

– –

Sources :

(1) http://www.ted.com/talks/allan_savory_how_to_green_the_world_s_deserts_and_reverse_climate_change?language=fr

(2) http://sheldonfrith.com/2016/02/06/holistic-management-comparison-pictures-infographic/

(3) Effects of winter stocker growth rate and finishing system on: III. Tissue proximate, fatty acid, vitamin, and cholesterol content.
Duckett SK1, Neel JP, Fontenot JP, Clapham WM. résumé et version pdf

(4) Effect of Production Systems on Performance, Body Composition and Lipid and Mineral Profiles of Soft Tissue in Cattle1,2
J. E. Williams3, D. G. Wagner, L. E. Walters, G. W. Horn, G. R. Waller4, P. L. Sims5 and J. J. Guenther, résumé, et pdf

(5) http://www.motherearthnews.com/real-food/free-range-eggs-zmaz07onzgoe.aspx et les résultats ici (La source est ce qu’elle est, mais les résultats sont cohérents par rapport à d’autres études, et n’ont rien de si surprenants, tout compte fait.)

(6) Affirmations basés sur plusieurs lectures, dont Chris Masterjohn, K2 The Missing Nutrient for Bone and Health, Vitamin K2 and the Calcium Paradox: How a Little-Known Vitamin Could Save Your Life, ou encore ceci en français, ou mon auto-source:)

Les actus digérées #9

Une semaine sans points marquants…dur dur…mais on a toujours de la matière !

saportaUne communication du lobby des bouchers et charcutiers de France. Si je les suis contre la l’administration tatillonne et déconnectée, amoureuse des normes et décrets qui tuent nos villes et nos campagnes (au sens figuré comme au sens propre), je suis très sceptique sur les méthodes françaises d’élevage, comme le relève Vincent Bénard sur cet article qui fait couler de l’encre.

Joe cow credits Tobias Akerboom via Flickr ((CC BY 2.0))

Joe cow credits Tobias Akerboom via Flickr ((CC BY 2.0))

La viande française ? Un produit banal, sans vraie valeur ajoutée

En effet, j’ai découvert à cette occasion, et non sans une certaine surprise, que du point de vue des clients, il y aurait beaucoup à redire. Je suis tombé des nues en découvrant que non, nos races « charolaises » ou autres, dont nous sommes si fiers, ne sont en fait pas des races idéales pour produire du bœuf de qualité, ou plutôt de la vache de qualité. Le boucher Y.-M. Le Bourdonnec expliquait l’an dernier pour Challenges que :

« Le modèle économique de la filière bovine repose sur une initiative des bouchers qui date du 19ème siècle. On élevait du bovin pour faire du lait et du fromage, pour travailler les champs et produire des veaux. À la fin de sa vie, on mangeait l’animal, donc la viande était un sous-produit d’autre chose qui se consommait essentiellement à la campagne. À la fin du 19ème siècle, le tracteur arrive et on a tout un tas d’animaux dont on n’a plus l’usage. Donc on décide de produire de la viande pour tout le monde et de faire entrer la viande rouge dans les villes. Les bouchers ont décidé que les races à viande seront la Limousine, la Charolaise et la Maine-Anjou, mais elles n’ont pas été choisies pour leurs qualités gustatives, mais pour leurs qualités de rendement. On s’aperçoit alors que le mâle est immangeable et on décide de supprimer totalement le bœuf en France dans les années 50. Après, au lieu de remettre en question notre modèle, le marché européen s’est organisé autour de notre problématique et la France captait une bonne partie des subventions européennes. Mais depuis une dizaine d’années, notre modèle s’est révélé idiot et la subvention qui corrigeait le tir la corrige de moins en moins. »

Ah la vache ! Et ce n’est pas fini. Au détour d’un autre article, nous apprenons que nos restaurateurs sont de plus en plus nombreux à dire que nos vaches charolaises ne soutiennent pas la comparaison, gustativement parlant, avec l’Angus écossaise ou du Kansas (oui, de cette ignoble Amérique de la malbouffe), ou la Simmental bavaroise, sans oublier le bœuf de la pampa argentine et la star des restaurants multi-étoilés, le Wagyu du Japon.

Eh oui, moi qui croyais manger de la bonne viande simplement en surveillant la mention « race à viande française» sur l’étiquette de mon emballage, j’en suis pour mes frais : notre barbaque, c’est du tout-venant.

Et même dans le bio, les meilleures productions nourries majoritairement à l’herbe, on achève les bêtes aux céréales pour les rendre plus grasses, ce qui pose souci sur certains nutriments qui ne se stockent pas éternellement. Ou comment gâcher sur la fin, un beau potentiel…Un futur article est prévu sur un certain micronutriment…

Le fait est que la viande de merde existe partout dans le monde et la France ne fait pas exception ! Je n’ai pas la recette pour inciter les éleveurs à maintenir l’herbe jusqu’au dernier jour de l’animal. Peut-être manger de la viande dans les bonnes saisons (printemps et été) quand l’herbe pousse. Et s’il faut en manger moins en automne et hiver (mais au foin sec, pas aux céréales, ni au soja !), ça peut se faire.

Je recommunique sur cette thèse consacrée à Weston Price. Beaucoup de personnes sont passées à travers, elle a le mérite de résumer plusieurs dizaines d’années de recherche du stomatologiste canadien, devenu Indiana Jones de la nutrition sur le tard.

On regarde trop les écrans, certes, mais si certains d’entre nous étaient déficients en cette vitamine ? A lier avec mon récent article sur le sujet.

Quand deux études sont contradictoires, on ne sait plus à quel saint se vouer. D’un côté les statines semblent provoquer le diabète, et ce n’est probablement pas le cas dans l’autre étude.

Je laisse les spécialistes départager les points.

Quand deux études sont contradictoires, on ne sait plus à quel saint se vouer. D’un côté la consommation de viande semble provoquer une mauvaise santé, et dans l’autre étude être végétarien est un marqueur fort d’une santé plus faible.

Je laisse les spécialistes départager les points.

C’est pas de la pub que je fais pour ce mouvement. Mais je trouve que les bolcho et les végans vont bien ensemble au final. Une révolte contre les faits, les prédateurs naturels, et même les défenseurs des animaux en sont pour leur grade, et faites gaffe, vous, ancien végan, la communauté ne pardonne pas cette auto-excommunication, les menaces de mort sont réelles.

Et hop, un ancien végan de plus retourné à la viande, Daniel Zeta, permaculteur, en quête de sens, d’éthique et de justice. Cela peut passer par un écosystème où les animaux ont leur place. Y compris pour être mangé, par les plantes, ou par les humains. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le cimetière des ex-végans ne désemplit pas.

Pas de commentaire, chacun se fera son avis:)

Une vidéo amusante, où l’on fait découvrir, sentir puis goûter du natto à des enfants. Si l’on excepte ce dernier, objectivement particulier (ça a le goût de l’odeur lâche un enfant), ils semblent s’amuser sur l’ensemble des vidéos.