Qu’est-ce que le Sud-Ouest ?

Avant d’aborder le paradoxe du Sud-Ouest français, je voulais m’attarder un peu sur la définition. A partir de quand, on est dans le sud-ouest, et à partir de quand on en sort. Il n’y a hélas pas de réponse unique valable en tout lieux et en tout temps. Je vais donc essayer d’en tirer la substantifique moëlle pour le prochain article. Exit les dom, les tom et les pom ou la Corse. Concentrons-nous sur la France métropolitaine.

En premier lieu, pourquoi ne pas penser à une définition géométrique ? Cela donnerait grosso modo, un axe vertical de Perpignan à Dunkerque et un 1 axe horizontal, probablement de la Rochelle à Lyon. A peu près, en prenant les villes connues. On a donc une France découpée en 4 :

Bon c’est pas mal, mais un peu…insuffisant. Comme la plupart des découpages à la hache (cf celui problématique de l’Afrique), il ne tient ni compte des régions, ni des cultures, ni de la géographie…c’est pas terrible en fait. Administrativement, on fait référence au Grand Sud-Ouest. C’est en général une réunion des régions Aquitaine, Midi-Pyrénées, et selon la démarche on y joint Poitou-Charentes, le Limousin ou le Languedoc-Roussillon.

On avance ! Je vais essayer de prendre quelques critères culturels pour tenter d’approximer cette notion de Sud-Ouest. Evidemment, toutes ces définitions ne se recoupent pas, il y a parfois des contradictions.

– le rugby : une ligne qui va grosso-modo de La Rochelle à Béziers. Je parle évidemment de la pratique culturelle du rugby, et l’implantation des clubs. Il y a des clubs en dehors du sud-ouest, certes, mais il y a une certaine continuité qui est brisée au-delà de cette ligne. Je trouve déjà le rugby bien moins populaire à Montpellier qu’à Béziers. Et en Provence, si ce n’était le club de Toulon…bon, avec le professionnalisme, on redistribue les cartes.

– Les bisous…tel qu’indiqué sur le site Combien de Bises.  Je suis à moitié sérieux, mais ça reste un critère culturel…Tout indique que quand on quitte l’Aude, on part sur 3 bisous par exemple. En fait très vite au nord de Béziers, la coutume locale est établie à 3 bises. Donc le Sud-Ouest est défini clairement par les départements où le nombre de bises est clairement fixé à 2. Les départements du Lot, de la Dordogne ont une majorité de bises à 2, mais avec des pourcentages plus faibles, les votes plus au sud se fixant aux alentours des 80%, voire plus. Probablement le signe qu’on change peu à peu, graduellement de « région ».

– une définition plus géographique : prenons l’Atlantique d’une part, la Garonne de l’autre, et enfin les Pyrénées. L’intersection de ces 3 éléments…c’est la Vasconie, l’ensemble formé par le Pays-Basque et la Gascogne. Plus au nord de la Garonne, la Guyenne, ses causses annoncent le massif central. A l’est on pourrait y adjoindre soit l’ensemble pyrénéen (cf ibérique voir plus bas), soit suivre le seuil de Naurouze dans le Lauragais, qui détermine le partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée. Evidemment, ça a un impact sur la météorologie (le climat n’est plus méditerranéen), et même l’agriculture : c’est pour cela qu’après Carcassonne, on abandonne très vite la vigne pour retrouver des champs de blé, de maïs ou de tournesol.

– les anciennes provinces Françaises : difficile d’y retrouver ses petits, mais intuitivement, j’y mettrais la Gascogne, le Béarn, la Guyenne, le Comté de Foix et le Haut-Languedoc (partie orientale du Languedoc, dépendant de Toulouse). Le Roussillon étant orienté vers la méditerrannée plutôt que l’Atlantique, la Catalogne, et donc l’Espagne me semble donc exclue.

–   « ethnique » et linguistique : friand des analyses des traits de visages par exemple sur le site d’Anthrofrance, ainsi que des anciennes langues que le français a supplantées, on peut en déduire pas mal de choses. La carte de France génétique se superpose très bien avec la carte des dialectes :

Intuitivement, on aboutit à la définition de la Gascogne (+ le Pays Basque, les gascons étant des basques ayant adopté le latin, et l’ayant parlé à leur façon), à laquelle on peut y joindre la partie ibérique du languedoc. Pourquoi la partie ibérique ? C’est simple, il semblerait qu’il y ait des liens ténus entre les anciens ibères (avant la romanisation) et les basques. La partie ibérique du Languedoc est l’addition de plusieurs « pays » qui vont du Toulousain, du Lauragais, du pays de Foix, et de la majeure partie de l’Aude. Et ça tombe bien, cela correspond au peuplement pré-celtique de ces régions-là. Et cela s’est retrouvé jusque dans les dialectes (je n’aime pas le vocable « patois ») parlés jusqu’au 20ème siècle.

– le point de vue culinaire : quoi de mieux pour définir le sud-ouest que l’ensemble du territoire français que…le confit ? D’oie ou de canard. Le découpage est différent du précédent. La culture du confit est bien sûr présente en Pays Basque, en Gascogne…mais également en Guyenne. Donc la majeure partie de Aquitaine et Midi-Pyrénées. On peut y adjoindre la partie orientale de l’Aude, où l’on y cuisine le cassoulet. Sur les marges nord, par exemple au Nord de la Guyenne, on passe vite d’une culture culinaire sud-ouest et confit à une culture plus véritablement limousine…à laquelle on y associe plus volontiers les ruminants. Evidemment, les changements d’une « région culinaire » à l’autre ne se fait pas d’un coup, mais graduellement. Donc : Gascogne+ Pays Basque + Guyenne + Lauragais Languedocien jusqu’à Carcassonne.

C’est sur cette définition que je vais m’appuyer pour parler du paradoxe nutritionnel du Sud-Ouest Français. Il fallait bien un article pour définir les contours !

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