Archives mensuelles : décembre 2010

Grossir : une autre explication

fat boy slim

Fatboy Slim : l’obésité déjà rampante dans les années 90

J’avais posté, il y a quelques mois de cela ces deux vidéos concernant la prise de poids. Seulement, il faut savoir nuancer, ce que ces vidéos ne font pas. Il n’y a probablement pas qu’une seule cause (l’insuline ici). En voici quelques autres :

– manque de sommeil et de soleil

– stress

– ratio oméga6/oméga3 trop important

– polluants/environnement artificiel

– génétique, tendance à l’épargne, au stock

– psychologie, boulimie (à voir toutefois si la psychologie individuelle n’est pas influencée dans une certaine mesure par la nature des aliments dont nous disposons)

– troubles de la thyroïde

– abondance d’aliments à bon marché

– etc.

Remarquons que ce sont tous des facteurs qui ont explosé avec le 20ème siècle. Dès lors, il est difficile de faire la part des choses, ou de pointer sur la cause principale du surpoids. Gary Taubes, dans son excellent ouvrage Good Calories, Bad Calories pointe vers les sucres raffinés (en particulier le fructose), et des niveaux chroniques d’insuline élevés en permanence. Mais il est possible de grossir sans sucres raffinés, notamment sous l’influence d’autres hormones (l’ASP, Acylation Stimulating Protein). C’est le cas d’un des plus célèbres low-carbers, Jimmy Moore, qui après avoir initialement perdu énormément grâce à son régime de type Atkins, a commencé à reprendre du poids. Tout en respectant son régime. Mais alors, pourquoi ?

L’insuline est indispensable pour stocker du gras. Les observations sur les diabétiques de type 1 sont formelles. Mais de faibles niveaux d’insuline suffisent à stocker, et contrairement à ce que dit Gary Taubes, il est possible de stocker avec des niveaux d’insuline peu élevés. L’ASP fonctionne très bien pour ça, et si vous dépensez moins d’énergie que vous en ingérez, hé bien vous stockez.

Bon très bien, c’est le retour de la fameuse balance énergétique. Inutile de violer les lois de la thermodynamique, c’est juste que cette équation ne nous dit rien sur pourquoi les gens mangent davantage. Gary Taubes pointe sur le raffinement des glucides, et donc l’insuline qui en résulte. Il a raison sur les glucides raffinés, mais moins sur la théorie insulinique. D’une part des études prouvent que l’insulino-résistance résulte de l’obésité, (ou qu’un troisième facteur est en cause), et non l’inverse (on peut toutefois percevoir un effet cumulatif de type cercle vicieux, pourquoi pas). L’insulino-résistance indique toutefois un point de non-retour et il faut sans doute réduire d’une certaine façon la quantité nette de glucides ingérés par jour, de manière à soulager le pancréas. Plusieurs stratégies sous le noms de régimes existent, il faut voir laquelle correspond le plus à son cas personnel.

Si l’on ajoute à ça que des diètes pauvres en glucides n’empêchent pas la prise de poids, que certains peuples listés par Weston Price se nourrissent majoritairement de glucides (patates douces, riz, etc.), certes non raffinés, on doit reformuler autrement la prise de poids. Cela tendrait à montrer, que peu importe le carburant (glucides ou lipides), le corps sait très bien fonctionner avec l’un ou l’autre.

Mais diantre pourquoi certains mangent plus et donc grossissent en conséquence ?

Parce que l’on ne saurait limiter l’alimentation à une simple histoire de protides/lipides/glucides. C’est aussi des minéraux, des vitamines, etc. Un corps en carence de certains oligo-éléments va réclamer plus de nourriture pour combler un manque. Et donc, cela se traduit par des fringales irrépressibles (cravings). C’est à partir du moment où le corps manque de quelque chose, et pas nécessairement d’énergie, qu’il se met en tête de vouloir manger plus, c’est un peu l’idée de Julia Ross développée dans les Dogmes de la Nutrition. Lesprit n’est qu’un jouet pour le corps disait Nietzsche.

Les signaux de satiété sont ainsi perturbés. Les hormones qui régulent la satiété (insuline, leptine, ghréline, etc.) ne fonctionnent plus normalement. A ce moment-là on mange plus pour combler des carences. Et le corps stocke en passant. Ainsi, il est logique que des carences s’expriment dans le cadre d’une alimentation non complète, ce qui est très souvent le cas avec des glucides raffinés. Ou une mauvaise alimentation pauvre en glucides, mais riches en aliments industriels…comme l’a fait Jimmy Moore (beaucoup de sodas non sucrés, des barres énergétiques,  ça reste de la junk food…). D’une certaine façon ce sont les glucides raffinés qui sont responsables de l’obésité actuelle, mais c’est le mécanisme insulinique qui est insuffisant à lui seul pour expliquer la prise de poids.

On paie le raffinement et l’industrie agro-alimentaire ! L’expression « calories vides » prend dès lors tout son sens. Il est donc urgent de se nourrir avec des aliments denses nutritivement parlant et naturels. Et équilibrés d’une certaine manière. Les peuples de chasseurs-cueilleurs, que l’on appelle primitifs, à tort, se sont adaptés sur le très long terme à leur environnement, de sorte qu’ils ne souffrent que rarement de carences. Mais ça, c’est l’objet d’un autre article à venir…

SISQA : une excellente initiative

Alors que se finit aujourd’hui le salon SISQA sur la qualité alimentaire à Toulouse, je repère un article de bon aloi (ou de bon à l’oie ?) :

http://www.midipyrenees.fr/Manger-bon-Manger-bien-en-Midi-Pyrenees

Le taux d’infarctus est bien moins élevé dans notre région que dans le reste de la France et il y est même quatre fois moins élevé qu’aux États-Unis. Et ce, alors que les Midi-Pyrénéens ont la réputation -non usurpée- d’être des amateurs de bonne chère, foie gras, confits, vin…
C’est le fameux “French paradox”, un concept inventé il y a plus de trente ans pour résumer en une formule ce qui passe toujours pour une anomalie. D’autres études menées par l’Organisation Mondiale de la Santé sont depuis venues confirmer ces résultats.

Les hypothèses le plus souvent avancées par les chercheurs mettent en avant les vertus cachées de la « bonne » graisse d’oie ou de canard, ou l’action des polyphénols présents dans les vins rouges du Sud-Ouest et qui permettraient d’empêcher la formation de caillots dans les artères. Le débat se poursuit.

Je ne peux m’empêcher à cet article de Juillet : j’ai effectivement eu quelques visites sur mon blog à base de mots comme « french paradox » ou même « sud-ouest » tapés sur un moteur de recherche. Peut-être que l’auteur de l’article est passé sur mon blog ? Ou pas, mais cela me ferait plaisir ! D’ailleurs à ce sujet, une étude conclue que le lien entre graisses saturées et maladies cardiovasculaires n’est pas significatif ! Et même mieux, les fameux japonais centenaires, d’Okinawa auraient une diète riche en graisses animales ! Et ceci, c’est de la science, pas du marketing !

N’ayant pu me rendre à ce salon, je me suis tout de même informé, et un produit retient mon attention : le porc noir de Bigorre. C’est une race qui a failli disparaître, mais des éleveurs se sont battus pour la maintenir, au point qu’il est en augmentation depuis quelques années. Son élevage est plutôt artisanal, on a donc un produit respectueux de l’animal, et donc tout à fait excellent pour la consommation humaine. Après, c’est plus cher que les produits à base de porc standard, mais à un moment donné, il faut peut-être savoir ce que l’on veut, manger de la merde et être content d’avoir économisé trois francs six sous, mais le regretter à long terme avec des répercussions sur la santé, ou respecter l’adage « prévenir c’est guérir » et donc manger des produits de qualité. Moi, j’ai choisi.

Moi et mon alimentation (II)

Suite de cet article

Le temps des certitudes…

Ecumer les sites, blogs, dévorer l’abondante lecture en nutrition. Voilà de moi un passionné de la nutrition ! Oh certes, je ne suis pas diététicien, pas nutritionniste non plus. Juste un passionné, purement autodidacte, un curieux. J’en tire même une bibliographie précieuse, histoire de faire le point sur mes connaissances. Je prêche un peu trop mon succès toutefois. Je suis donc bardé de certitudes. Quelles sont-elles ?

– faire du sport n’aide pas à la prise de poids

– les calories ne comptent pas

– la supplémentation (oméga3, vitamines), c’est bien

– un régime en graisses et pauvre en glucides ne fait pas grossir

Le temps des doutes…

Je suis venu à la nutrition par curiosité donc, et par envie d’en découdre avec les dogmes en vigueur. Mais je me suis demandé…ne suis-je pas devenu dogmatique à ma manière, y compris en tenant un discours a priori plus juste que l’officiel ? Evidemment c’est le cas. Mais en tant que passionné, je ne suis pas un scientifique et je ne peux éplucher toutes les études qui sortent pour me faire un avis fiable, c’est le rôle des journalistes scientifiques, ou des scientifiques eux-mêmes qui pondent des bouquins. Ainsi :

– le sport aide bien sûr à perdre du poids…uniquement si l’alimentation suit. C’est double bénéf, mais si on mange vraiment mal, on peut continuer à grossir. Moins vite toutefois. Le sport joue un rôle dans la sensibilité à l’insuline visiblement et aide une personne à stabiliser son poids.

– Coincé dans ma perte de poids, il me reste environ 5kgs à perdre, je ne pouvais pas jouer sur le seul niveau des glucides. Les calories prennent le relais, si on veut que les cellules tapent dans les graisses corporelles plutôt que dans l’apport alimentaire…il faut réduire ce dernier. Mais pas nécessairement tout le temps (le soir est idéal pour manger léger).

– Doutes plus récents : étant donné le niveau de biodisponibilité, et si la supplémentation était inutile ? Peut-être qu’au fond, les vitamines utiles ne sont disponibles que dans de vrais aliments. L’acide ascorbique (vitamine C) de synthèse serait bien moins absorbé par le corps par exemple. La vitamine D, liposoluble en diable, a-t-elle besoin d’être dans l’aliment dont elle est issue, où peut-on la prendre à part et il suffirait alors de manger gras pendant le repas ? Jean-Marie Bourre pense que les oméga3 en gélules sont estérifiés, et donc sous cette forme-là ils n’auraient pas du tout le même effet. Et donc mieux vaut privilégier les poissons (gras et petits pour éviter le problème du mercure !). J’ai du mal à trancher.

– L’exemple de tribus comme les Kitavans en Papouasie, montre qu’on peut adopter un régime riche en glucides et être exempt malgré tout des maladies de civilisation. Mais ils mangent quand même des aliments sains, peu transformés. Peu de glucides industriels, donc. De même, une étude de ce type par Keith N. Frayn exclue l’insuline comme déclencheur de la prise de poids, et que toute calorie supplémentaire est donc vouée à être stockée. En tout état de cause, le débat est loin d’être clos (rôle de la flore bactérienne par exemple ?), et qu’il faut se garder tout simplisme en biologie comme en nutrition.

J’ai choisi mon alimentation, en connaissance de cause, et régulièrement je me teste pour connaitre la réaction de mon corps face à tel ou tel aliment. Nous avons des métabolismes différents et donc c’est à chacun de suivre sa voie. Telle personne pourra manger plus de glucides, surtout si elle est sportive par exemple. Il y a des schémas généraux, mais chacun doit malgré tout se tester et changer l’alimentation, si des symptômes persistent : poids, acné, problèmes de sommeil, diabète, etc. Personnellement, je sais que je dois limiter les céréales, farineux, et sucre de table. Parce que quand je les réintroduis, paf, les symptômes reviennent. Et surtout, je me mets à manger davantage. Si d’autres arrivent à manger ainsi, sans problème notable, tant mieux pour eux !

Perte de poids et perte de soi ne vont pas obligatoirement de pair

Voilà j’ai emprunté un bouquin intéressant à la médiathèque. Etant aussi bien branché psychologie que nutrition, je trouvais intéressant que des auteurs prennent le temps (et la peine !) de se pencher sur les deux sujets conjointement.

Le bon point du livre, c’est qu’il est dangereux d’appliquer sans réflexion un régime à un patient. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, et ça vaut aussi pour le meilleur régime du monde. D’ailleurs, l’AFSSA en France, a enfin conclu, les régimes sont dangereux. Donc plutôt que de régimes, il faudrait d’abord parler de rééquilibrage alimentaire, l’idée d’adopter momentanément un régime pour perdre du poids et reprendre une alimentation habituelle par la suite. En fait, et sur ce point je suis d’accord avec cet ouvrage, il faut réapprendre à manger correctement. Quant à la perte de poids, elle doit se faire avec le patient, et non contre. Tel patient obèse le sera devenu pour des raisons psychologiques, et une perte de poids entraîne par la même occasion, une perte de repères. Soit parce qu’il s’était constitué une sorte de carapace, ou que dans une entreprise il avait un rôle social du fait de son embonpoint. En ça, une perte de poids peut s’avérer nocive, et le patient, déprimé, se réfugiant dans la nourriture, retombant dans ses travers, reprend le poids, et enclenche un nouveau cycle de yoyo. Les auteurs proposent ainsi une co-thérapie, où par exemple le patient suivra une thérapie conjointe, entre un psychiatre et un nutritionniste. Ou entre un psychomotricien et un diététicien. Chacun de ces thérapeutes aura un point de vue différent sur le problème à résoudre : si le psychiatre s’attachera à aider le patient à mettre des mots sur ses soucis (nombre d’entre eux sont atteints d’alexithymie, soit d’incapacité à exprimer ses émotions), à faire ressurgir les traumatismes de l’enfance et à faire prendre conscience au patient son lien avec la nourriture. Le nutritionniste ou diététicien va plutôt tenter de rééduquer l’alimentation du patient en lui fournissant un nouveau mode d’alimentation (les « régimes » ne manquent pas !), et en suivant pas à pas les progrès effectués, jusqu’à la perte de poids obtenu, ou au moins à l’autonomie alimentaire. Seule une co-thérapie de ce genre permet d’obtenir des résultats de long terme auprès de patients obèses, ayant un rapport délicat avec la nourriture, et d’éviter l’écueil des yoyo.

Là où je suis moins d’accord, c’est que les auteurs n’abordent implicitement que ce type de population difficile. On peut aussi être en surpoids, pas obèse non plus, heureux dans la vie,  bon vivant, mais ne pas aimer malgré tout ce gras, en surplus et s’en vouloir débarasser. Donc, dès lors, s’il a pu tenter quelques régimes et failli à tous, il est inutile à mon sens de dramatiser la situation, il lui faut trouver le bon rééquilibrage alimentaire -j’ai déjà mon idée sur la question-. Mais aussi il y a toute une population de gens en surpoids qui ne va pas fondamentalement mal non plus, sans aller bien, vit mal ce surpoids. Et là je dis « stop ». On ne devient pas forcément gros parce qu’on a un problème psychologique, mais parce que l’on a de mauvaises habitudes alimentaires. Et ensuite les problèmes psychologiques peuvent se déclarer. Je veux dire par là, que oui, une mauvaise alimentation peut se déclarer aliénante pour l’individu. Comme je le disais dans mon article consacré à Weston Price et Sugar Blues, la mauvaise alimentation, l’alimentation raffinée, prend la forme de poudre blanche, comme la drogue : sucre blanc, farine blanche…

Cocaïne, sucre en poudre, farine blanche, on est dans le domaine des substances, de la chimie, tout ce que vous voulez, mais pas de la vraie nourriture !

Bingo, les américains parlent exactement de junkfood. Junk pour drogue ou came, junkie pour drogué. Ce type d’alimentation, rend vite esclave de la nourriture. Autant il est difficile de se gaver de viande et légumes autant les aliments raffinés enclenchent souvent de profondes modifications métaboliques, et par là-même une prise de poids. Même chez les gens bien sous tout rapport  et qui ne cherchent pas forcément un refuge dans l’hyperphagie. Non. C’est peut-être tout simplement une population qui souffre comme moi auparavant de résistance à l’insuline, ou d’intolérance au  glucose et il convient donc de diminuer les glucides. Là, la perte de poids pourra s’enclencher, et pas de traumatisme d’enfance à aller déterrer ou de reconstruction profonde de l’identité, non, simplement un sujet qui sera heureux de comprendre pourquoi il a grossi ces dernières années et qui a la connaissance de l’impact des aliments sur son corps. Ni plus, ni moins.