Que penser du lait…? (1)

…et des produits laitiers ?

Thierry Souccar se charge de répondre à cette question. En 2007, il sort ce brûlot, Lait, Mensonges et Propagande qui lui valut de la reconnaissance, mais aussi des ennuis de la communauté scientifique française. Le ton se veut ferme et hargneux sans pour être haineux. En effet, Souccar réunit un certain nombre d’études scientifiques qui mettent à mal l’idée du lait comme aliment santé par excellence.

laitsouccarUne prémisse de type paléolithique. Thierry Souccar semble assez en phase avec la paléodiète. Sa prémisse en est donc issue : le lait du sein de la femme est originellement l’aliment des enfants, ni plus, ni moins. Nous ne sommes pas faits pour boire ou manger des produits dont nous n’avons pas été en contacts durant des centaines de milliers d’années, voire des millions. En effet : la consommation régulière de lait de mammifères (vaches, chèvres, brebis…et autres) est récente dans l’histoire de l’humanité. On peut même la dater aux premiers temps du pastoralisme, soit…grosso modo en – 10 000 avant Jésus-Christ. Très grossièrement, peut-être que le pastoralisme précède de peu l’agriculture. Mais bon, en gros, ce sont les deux mamelles du néolithique, dont on convient son départ vers ces années-là (et c’est le paléolithique qui se fait la malle). Thierry Souccar embraie sur le même type d’analogie que l’on fait avec les céréales : on a fait sans pendant des millions d’années, notre corps doit en théorie fonctionner sans, et même fonctionner mieux. C’est la théorie du vieux patrimoine génétique que l’on se refile avec plus ou moins de succès depuis l’avènement de Cro-Magnon.

Partant de ce postulat, ce qui est au fond une intuition, Thierry Souccar va étayer sa thèse avec plusieurs études. Et de l’humour, car il en faut…à ce sujet, Thierry Souccar épingle avec bonheur cette brochure éditée par Lactalis, en 2006, à destination des enfants.

Ce livre est assez fascinant. On y apprend que la consommation de lait à grande échelle ne débute réellement qu’après la seconde guerre mondiale : c’est avec Pierre-Mendès France que les choses sérieuses commencent, et que le sujet devient politique. Vers cette période là on commença à distribuer du lait, gratuitement à chaque enfant, histoire d’inciter à la consommation. En fait, cette même consommation a explosé depuis. Et devinez-quoi ? Les problèmes sanitaires ont explosé depuis. Souccar s’attache ainsi à dénoncer l’excès de lait et produits laitiers, et leur liaison avec un certain nombre de problèmes de santé.

Une histoire de calcium pas toujours bien digérée. Le premier sujet clinquant, c’est forcément le calcium et les os. En fait, pour le dire crûment, Thierry Souccar démonte 2 idées liées :

  • Il faut beaucoup de calcium provenant des laitages pour se constituer une bonne densité osseuse qui ne peut que décroitre
  • C’est la densité osseuse qui prévient l’ostéoporose et les fractures

En clair, l’objectif visé (prévenir l’ostéoporose) est le bon, les moyens pour y parvenir sont inadaptés. Ce que Thierry Souccar nous apprend, c’est que les asiatiques se passent fort bien de lait et produits laitiers et semblent souffrir de manière moindre de l’ostéoporose. En fait, les statistiques montrent même l’inverse : l’ostéoporose et la consommation de produits laitiers sont positivement corrélés, de sorte que peut-être, plus vous consommez du lait, plus le risque de souffrir d’ostéoporose plus tard est élevé !

Pour expliquer ceci, Thierry Souccar en vient à vulgariser les mécanismes qui sous-tendent la formation du tissu osseux, et donc la formation de l’ostéoporose à cause des produits laitiers. En gros, tout se passe comme si l’abus de produits laitiers cause en premier lieu une surcroissance de la densité osseuse via une hormone elle-même surreprésentée dans le lait : l’IGF-1, l’Insulin-like Growth Factor. Si bien qu’au bout de quelques années de consommation effrénée, votre corps perds sa capacité à remodeler le tissu osseux au moment où il en aurait le plus besoin. Difficile d’expliquer le mécanisme mieux que l’auteur, sans le paraphraser, mais voici les quelques termes qu’il utilise : ostéoblastes, ostéoclastes, cellules souches, tissu osseux, densité osseuse…

Un indice : la sensibilité au lactose. La perte de la fabrication de la lactase à l’âge adulte vient apporter du moulin à sa thèse. Après tout, si l’on ne produit plus cette enzyme qui aide à digérer le lait…c’est que…l’on a plus besoin de lait (ou de produits laitiers). La majeure partie des peuples perdent cette enzyme, en fait, les exceptions sont les basques, et les européens du Nord. La France est sans doute coupée en deux, voire en trois, avec la partie nord, et la partie grand sud, et la partie sud-ouest (basque et voisins proches). La normalité serait de perdre la capacité de production de cette enzyme. En effet, tout semble suggérer que ceux qui ont gardé cette capacité sont issus de peuples ayant domestiqué assez tôt les ruminants et bénéficié de leurs mamelles. C’est juste pour le peuple basque au fort passé pastoral, mais également les peuples du nord de l’Europe. Toutefois, des peuples qui s’y sont mis sur le tard, dégustent les produits laitiers sous une forme appauvrie en lactose : beurre, fromages, etc. Pauvres Grecs, que feraient-ils sans feta ?

Le lait provoque le cancer et promeut sa croissance via la caséine et l’IGF-1. Si le lien entre caséine et tumeur semble remis en question (Thierry Souccar cite les études de…T. Colin Campbell, à peu près déminées par D. Minger), le rôle de l’IGF-1 est en revanche troublant. Car il faut savoir que l’IGF-1 est le « bras armé » de l’hormone de croissance. Il cite une polémique mêlant Monsanto pour savoir si l’IGF-1 passait dans le sang de l’homme : cela semble bel et bien le cas. Le cancer le plus mis en évidence, est celui de la prostate.

Autres suspicions : diabète, sclérose en plaques et syndrome X : comme si le dossier du lait n’était pas assez chargé, Thierry Souccar en rajoute avec de possibles liens entre ces maladies.

Et au final, est-ce un ou des produits diabolisés ? Le message final se veut plus rassurant. En clair, Souccar met en garde contre les recommandations officielles, qui estiment de 3 à 4 laitages par jour les besoins pour chaque individu. 3 à 4  laitages semblent être surestimés. Il recommande, de ne pas dépasser 1 à 2 laitages par jour, en suggérant qu’il est possible de s’en passer définitivement. Son message est donc plus nuancé que lors de la lecture des différents chapitres qui composent le livre. Après tout, il ne condamne que l’excès de laitages, pas la consommation raisonnée. Mais bien évidemment une telle charge contre un groupe d’aliments ne pouvait pas rester sans réponse.

8 réflexions au sujet de « Que penser du lait…? (1) »

  1. serge

    Excellent livre en effet. Mais malheureusement Souccar ne fait pas la différence entre lait pasteurisé et cru. Toutes les études qui démontrent un effet néfaste du lait sont réalisés avec du lait pasteurisé. Dans le même sens, aucune étude portant sur le lait cru démontre un effet néfaste sur la santé. Et comment expliquer certaines tribus africaines qui vivent plus longtemps que nous et en meilleure santé tout en buvant des litres de lait cru par jour? Le fait est que le lait cru est un aliment entier qui contient tout ce que le corps possède. De plus, il y a des évidences que certains peuples consommaient du lait bien avant l’arrivée de l’ère agricole. Je comprends que la diète paléo est probablement la meilleure diète, mais il n’y a pas de raison a restreindre notre consommetion de lait cru. Un autre problème relié au lait est le type de vaches. Il y a les vaches de types A1 et les vaches de types A2. Le lait A1 même cru semble être problématique chez certaines personnes, ce qui est tout le contraire du type A2.

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    1. Sylvain Auteur de l’article

      Bonjour Serge…tu embraies un peu vite sur la suite…! Mais tu as entièrement raison, là je ne fais que poser le premier chapitre. C’est un point de départ si tu veux, d’ailleurs, je ne donne pas mon avis, uniquement celui de Thierry Souccar.

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      1. serge

        Désolé! Je croyais que tu étais d’accord avec ses propros, mais en rélisant j’ai bien vu que c’était son opinion a lui. J’ai bien hate de voir la suite!

      2. Sylvain Auteur de l’article

        Haha de rien, j’avance petitement, je n’abats pas toutes mes cartes d’un coup. Par contre, les types de vaches (A1 et A2), c’est bien la première fois que j’en entends parler. Enfin de cette manière-là, parce que je vais évidemment aborder la qualité du lait, et ça a évidemment un rapport avec l’animal.

  2. Elisabeth de la Fontaine

    Bienvenue à l’intervention de Sylvain, qui permet de clarifier le propos. Effectivement, quand nous prononçons le mot « lait », la première des choses est de préciser de quel produit nous parlons réellement. En fait, tout se passe comme si le lait, avait été totalement dévoyé au point que nous ne savons même plus ce qu’il est fondamentalement d’où, au final, des polémiques contre-productives.
    Merci donc pour cette précision… en attendant la suite !

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