Queen – Composé au paradis

Pas de nutrition aujourd’hui ! Voici un vieil article que j’ai écrit il y a déjà quelques années. Je tentais de réhabiliter un album mal aimé, Made In Heaven de Queen.

Tentative de réhabilitation d’un mal-aimé (produit au paradis)

Queen 1995

Voilà une semaine que cet album (au sens originel, c’est à dire une collection de chansons) tourne que cela soit chez moi ou au boulot. Donc voilà j’aime bien cet album. Vous allez me dire : « bah oui tu es fan de Queen, donc tu aimes forcément tout produit estampillé ». Pas forcément, non. D’autant que si Hot Space a déjà été réhabilité par les plus fans du groupe, il s’agit d’un débat plus sur le style de l’album et les prises de risques associées qu’aux réelles composition de la bande à Mercury. L’autre album mal-considéré est Flash, mais il ne s’agit pas vraiment d’un disque de rock, donc il est forcément à part, et le navet dont il est la bande-originale n’aide pas non plus à l’apprécier plus que ça.
Non là c’est Made In Heaven qui me semble problématique, jugez donc :

– un chanteur mort voici quelques années plus tôt, ce qui ne manque pas de faire naître des rumeurs sur la rapacité avide ou charognarde des survivants.

– au départ considéré comme l’album qui aurait du faire suite à Innuendo, on se rend compte qu’on a à faire à une sorte de brocante Queenesque : quelques chansons composées entre Innuendo et la mort de Freddie, certes, mais aussi des chansons déjà parues dans des albums solos des membres du groupe, et des « lost songs » à savoir des chutes de studio plus ou moins bien remaniées. Ainsi qu’une infinissable treizième piste atmosphérique ou planante au choix dont même Pink Floyd ou, King Crimson ou Archive ne voudrait pas pour des expérimentations.

Et pourtant, et pourtant…je m’y suis résigné.
Cet album a une âme, voici quelques mois je ne le pensais pas. Il ne s’agira jamais d’un album classique, ne serait-ce qu’à cause de son caractère posthume. Je vais paraître cinglé, mais s’il existe un endroit ou l’âme de Freddie a pu suivre les turpitudes de notre monde physique il aurait approuvé cet album. Oui je sais, mon affirmation ne repose sur aucun argument concret

Je n’ai donc aucune preuves à fournir, seulement des indices. J’ai pour ainsi dire, moi-même longtemps boudé cet espèce de bric-à-brac, de fourre-tout Queenesque. Mais j’ai trouvé la clé de l’album, le fil directeur qui me permet d’accepter cet album en tant que tel,de l’apprécier dans un second temps, puis dans un troisième temps, garder mon esprit critique, cet album est quand même loin de toucher la perfection comme ils l’ont fait par le passé.

Commençons donc par flinguer les critiques de tout poil qui ont un billet à la place du cerveau. Non Brian, Roger et John ne se sont pas réunis une dernière fois pour faire du fric, ils étaient déjà des multimillionnaires, s’ils avaient voulu uniquement faire de l’argent facile (comme le Greatest Hits III ahem), ils n’auraient pas réalisé, produit ce Made In Heaven. Et pourtant ils l’ont fait.

Nous pouvons donc aborder l’ « artistique » sereinement. Tout d’abord, cette pochette. Il me semble que l’album et donc la pochette précède de quelques mois l’emplacement de la statue de Freddie à Montreux (cérémonie officielle sous la pluie, sur le dvd Lover of life, singer of songs). Dans tout les cas, elle symbolise parfaitement l’image d’un Freddie immortel, avec les têtes des autres membres du groupes qui regardent la statue. L’étendue d’eau est bien évidemment le Lac Léman, tel qu’on peut le voir à Montreux. Le côté symbolique ne peut pas être mis de côté, on sait que Freddie y a vécu par intermittence avec sa maison de Londres, mais le lac, et l’eau de manière plus générale, désigne dans l’inconscient les premiers instant de la vie d’un être humain (le cocon maternel ?), je vous épargnerai les analyses psychologiques qu’on peut en tirer. Il ne s’agit pas d’un hasard si l’album tourne plus ou moins autour de la chanson Mother Love. Comme si la fin de la vie (de Freddie) était vu comme une renaissance.

Mother Love est avec Winter’s Tale, une des dernières chansons enregistrées par Freddie. Il est assez clair que Freddie n’ayant plus rien à démontrer sur ses capacités techniques, il a laissé parler son cœur. Cela donne une voix riche en émotions, assez grave, finalement très loin de son timbre suraigu des années 70. Une voix qui s’éteint aussi peut-être : la fin de Mother Love est interprétée par Brian, comme s’il n’avait pas eu la force de la finir. De même la fin de la chanson est marquée par des bruitages du célébrissime concert de Wembley en 1986. D’autres bruitages viendront s’intercaler à la fin de la reprise de It’s a beautiful day, quelques notes du premier succès de Queen, Seven Seas Of Rhye, notons le Seas qui fait référence à l’eau, la mer, aussi bien qu’au côté optimiste de Freddie, ce côté défricheur, bourlingueur des septs mers, tout comme ce fameux « beautiful day ».

Les autres thématiques de l’album vont pêcher (ben oui on est bien au bord du Lac Léman non ?)  sur les rives de la mort (made in heaven, heaven for everyone, too much love will kill you, de la vie (my life has been saved, I was born to love you, Let me live) de l’amour aussi (Mother love, Too much love will kill you, I was born to love). C’est un beau résumé de la vie en général, mais aussi celle de Freddie : “naissance, vie, amour, mort“. Ceci pourrait passer pour une banalité universelle…sauf qu’il faut voir cet album comme un album concept, qu’il n’est pourtant pas. Concernant le mot ‘heaven’, ces chansons datent de l’époque ou Freddie étaient en pleine possession de ses moyens, pour made in heaven la chanson, on fera plutôt le lien avec le bar Heaven à New York ou Freddie aimait à y passer ses soirées. Et Heaven for everyone est une chanson de Roger. Ces 2 chansons, en plus de donner une image de cohésion à l’intérieur du groupe, joue aussi avec le statut de Freddie mort, certes mais qui vit encore dans les cœurs de ceux qui l’apprécient. Alors pensez-vous un mort qui participe à un album, voilà qui ne manque pas de sel.

En effet, de 1991 à 1995, Brian, Roger et John, sont comme orphelins. La mort de Freddie, lui si vivant est venue trop tôt, pourtant ils doivent faire leur deuil. Le Tribute de 1992 était bienvenue mais cette expérience était bien trop brève pour boucler la boucle. Non il leur fallait sceller l’aventure Queen/Freddie Mercury en s’investissant à 100% dans un ultime projet de groupe. Il reste des bandes ou Freddie chante ? On va les mettre en valeur, on va rechanter certaines parties, réarranger d’autres, Brian tu parsèmes l’album  de solos comme tu l’as jamais fait, on va réadapter des morceaux des albums solos avec le son Queen, on va donner une couleur unique à cet album, on va agencer les morceaux de manière logique, et on va surtout rendre hommage à la personne avec qui nous avons fait de la musique pendant tant d’années en lui offrant ce cadeau.

Pourtant le processus de défrichage des bandes vocales, n’a pas du être facile pour les membres survivants. Le décès de Freddie est encore proche. On peut légitimement comparer cet effort à une thérapie de groupe. Ils ont passé l’épreuve avec succès, et si bon nombre de fans dénigrent cet album de par sa position posthume, et de biens d’autres défauts, il ne faut pas oublier que nous ne sommes que des êtres humains, ce que semble signifier les paroles des chansons. Et si nous ne sommes que des humains, alors rendre hommage à de belles chansons en leur redonnant vie ne peut pas être vu de travers.

Le travail de Brian, Roger et John, est assez époustouflant, je trouve. Ceci n’était pas mon point de vue il y a encore quelques temps. Mes réécoutes ont aperçu une production sans faille, peut-être manquant de chaleur, mais ça c’est normal on ne peut exiger de la spontanéité quand le chanteur vous livre ses parties de chant directement du paradis (n’oublions pas que c’est album est fait au paradis ! ). Mais jugeons donc dans le détail. Au hasard : You don’t fool me. Il ne s’agit certainement pas de la plus grande composition de Queen. Pourtant, cette chanson prend vie, grâce au travail titanesque de Brian May, je ne m’en étais pas rendu compte à la sorti de l’album, mais ses solos omniprésents donnent une atmosphère chaleureuse. Je n’y voyais alors qu’une bête chanson à danser.

Les titres de Mercury en solo sont également revitalisés. Freddie disait lors d’une interview, qu’il compose sur le moment sans se dire « tiens je vais garder ce titre pour Queen ». A vrai dire d’excellentes chansons comme Made In Heaven ou I Was born to love You auraient pu figurer dans The Works ou A kind of Magic, elles se seraient intégrées sans problèmes. L’histoire a voulu que Freddie en était à sa période solo. En l’état on ne peut surprendre en flagrant délit Brian, Roger et John d’opportunistes. Ces chansons méritaient d’être connues du grand public, car ne l’oublions pas elles ont fait un bide. La production limite de Mack, laisse la place à une flamboyante production, où la batterie de Roger se fait aussi bien entendre que la guitare de Brian May.

Il y a aussi un titre de Roger en solo, Heaven for everyone. Certains pourraient remarquer que Roger compose mieux en solo que chez Queen, pourquoi pas, je trouve que Heaven for everyone sur Made In Heaven est un excellent titre, tout en mélodie, même le solo de Brian est bon. Il sonne moderne, subtil, raffiné et colérique à la fois, voilà un exemple de morceau (avec You don’t fool me aussi) auquel on aurait sans doute eu droit si le sort n’en avait pas été décidé aussi cruellement. Un exemple d’un groupe qui n’a plus rien à démontrer, mais qui sait donner une palette de couleurs infinie à ses chansons.

Parmi les inédites, on remarquera un certain Let Me Live, renouant avec le phrasé gospel cher à Somebody To Love, plus généralement à l’esprit seventies de Queen, chœurs, piano, solo, etc. J’ai de la tendresse pour ce titre, témoin d’un effort de groupe vocal, chacun y va de son couplet. Il paraît que ce titre aurait dû être une collaboration avec Rod Stewart. Je trouve que sur cet album, la symbolique n’en est que plus forte. Le groupe sait aussi jouer de la sobriété, Mother Love en est un exemple frappant, à l’extrême opposé de Let Me Live. La force du groupe est de jouer sur des répertoires différents et même un album posthume du groupe est conçu dans cet esprit, j’en reste baba.

Après avoir embelli l’album, je vais quand même notifier quelques points discutables. Je suis circonspect sur l’aspect musical de cette longue piste 13, atmosphérique, quasi-silencieuse. Le groupe semble pousser un peu trop loin le concept de la mort de Freddie, du repos en paix devant le Lac Léman, et même pas enterré, puisque chacun le sait ici, les cendres de Freddie ont été dispersées. Du coup, personnellement, je saute ce passage, qui heureusement n’est qu’à la fin de l’album et ne s’intercale pas donc entre 2 joyaux. Je suis peut-être un des rares à qui je trouve l’album assez peu rock finalement, il manque peut-être une compo plus pêchue, pour rendre hommage définitivement au côté varié de Queen. Un morceau trop hard rock aurait dénaturé l’album bien évidemment, mais quand même…Made in Heaven doit être l’album de Queen le plus susceptible de plaire à votre grand-mère tellement il est calme en regard des autres. De même, et je ne suis pas le seul, la chanson Too Much Love Will Kill You est mieux chantée techniquement par Freddie, mais c’est Brian (aussi bien dans Back To the light son effort solo, qu’au Tribute de 1992 à Wembley) qui l’interprète le mieux en y mettant du sien, avec ce fameux grain tremblotant…niais diront certains. J’aurais préféré (et ceci est personnel), un duo, Brian chantant le premier couplet et refrain, Freddie chantant le reste, par exemple. Ou une variation au choix.

Trop de paroles tuent la musique, donc au lieu de lire ce pavé, je vous recommande chaudement pour conclure de réécouter cet album tranquillement sur votre divan une ces soirées d’hiver où vous sentez poindre une pointe de nostalgie dans l’air. Votre esprit sera en paix…tout comme celui de Freddie.

la léman

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