Archives mensuelles : novembre 2011

Retour sur la vitamine C

J’avais relativisé la question de la vitamine C il y a quelques temps sur cet article. Je voulais nuancer un peu mon propos.

Martine de Nutrition et Santé a publié ce tableau indiquant les teneurs en micro-nutriments du foie de bœuf, de la viande rouge, des carottes, et des pommes.

foie de boeufLa teneur en vitamine C du foie de bœuf est assez exceptionnelle. Intuitivement (à confirmer) il serait normal de retrouver des concentrations voisines dans le foie des autres animaux, dont celui des poissons, par exemple.

Quelles sont les implications rationnelles de toutes ces informations ?

–          la vitamine C n’est pas l’apanage des seuls végétaux, le foie, cru, d’un animal en bonne santé  contient énormément plus de vitamine C que bon nombre de fruits ou légumes, par exemple (mais pas le chou-fleur par contre avec 44 mg pour 100g)

–          la concentration sanguine en vitamine C doit-être haute pour assurer une vie en parfaite santé

–          Elle dépend de plusieurs facteurs, dont la quantité ingérée au cours d’un repas (les entrées pour parler de manière comptable), mais aussi.

–          même avec peu de glucides dans l’alimentation, c’est le niveau du glucose sanguin qui est à surveiller, car il détermine les pertes de vitamine C (les sorties). Ainsi, un régime riche en glucides (sains), devra toujours comporter davantage de vitamine C pour compenser l’utilisation de la vitamine par le corps.

 –          Attention : un régime trop riche en protéines peut aussi augmenter le niveau du glucose sanguin. Etant donné qu’un régime riche en protéines régule l’appétit, cela indiquerait un appétit encore insuffisamment régulé pour d’autres raisons, comme par exemple des calories insuffisantes, sous forme de lipides par exemple. La filière néoglucogénèse serait excessivement utilisée.

Au final, un peuple de chasseurs-cueilleurs peut très bien avoir une concentration sanguine en vitamine C élevée, ne pas consommer beaucoup de vitamine C végétale, et ingérer régulièrement de la vitamine C dans les abats des animaux chassés – parce que quand même, il faut fournir la machine -. J’ignore toutefois la fréquence de consommation de ces abats (le foie est parmi le plus riche au niveau nutritionnel). Mais il serait logique que les besoins en vitamine C externe soient toutefois moindre que dans les sociétés qui consomment plus de glucides. Cela étant, la particularité des peuples consommant des glucides et étant en bonne santé est justement que la glycémie s’élève oui, mais relativement peu suite à un repas.

Oui la vitamine C est importante. Mais il faut savoir de quoi l’on parle : la concentration sanguine qui est sans doute corrélée à la santé d’un individu, la consommation journalière, ou l’utilisation par le corps de cette vitamine ? La concentration sanguine de vitamine C à un moment donné est un équilibre entre ces 2 paramètres, et ceux-ci varient selon les individus. Il est donc inutile, et peut-être néfaste de sortir du chapeau un AJR (Apport Journalier Recommandé) qui serait le même pour tout le monde.

Il n’y a ainsi aucune conclusion facile. Au niveau individuel, peut-être que l’utilisation d’un glucomètre pour connaître et suivre son taux de glucose sanguin avant et après les repas (et les types d’aliments) est peut-être un premier pas, tant pour connaître ses besoins en vitamine C, que pour connaître les aliments qui ont un effet néfaste sur votre glycémie. Sur ce sujet, sans même parler de biodisponibilité de la vitamine C des aliments -il va de soit que l’acide ascorbique synthétique ne passera pas dans le sang-, est-ce qu’un aliment comme le jus d’orange ne serait pas contreproductif, en apportant de la vitamine C, certes, mais en augmentant de manière trop brusque la glycémie, et donc une utilisation trop intense de vitamine C ? Je n’ai pas vraiment de réponse.

vitamine c orange

Oranges : préférez-les en fruit plutôt qu’en jus pour limiter l’effet sur la glycémie !

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 Bonus, toujours sur la vitamine C : extrait de Nutrition and Physical Degeneration, par Weston A. Price (oui, encore).

Le fait que les Indiens avaient un certain savoir concernant l’usage des différents abats et morceaux des animaux pour fournir une défense contre certaines affections du corps, que je nomme maladies dégénératives, était surprenant. Quand j’ai demandé à un vieil Indien, via un interprète, pourquoi les Indiens n’avaient pas le scorbut, il répondit sur-le-champ que c’était une maladie de l’homme blanc. Je lui ai demandé s’il était possible que les Indiens aient le scorbut. Il répondit que cela l’était, mais que les Indiens savaient comment le prévenir, mais pas l’homme blanc. Quand je lui ai demandé pourquoi il ne disait pas à l’homme blanc comment il pourrait se prémunir contre le scorbut, sa réponse était que l’homme blanc en savait trop pour demander quelque chose aux Indiens. Je lui ai alors demandé de m’expliquer. Il disait qu’il le ferait si le chef lui autorisait. Il est allé voir le chef, et est revenu au bout d’un heure environ, en disant que le chef l’autorisait parce que j’étais un ami de la tribu, et que je leur ai dit de ne pas manger la nourriture du marché des blancs. Il me prit par la main, et m’emmena sur un rondin où nous nous assîmes  tout les deux. Il m’a alors décrit comment il tuait un élan, l’ouvrait, et à l’arrière, juste au dessus des reins il y avait ce qu’il décrivait comme deux petites boules dans la graisse. Celles-ci, disait-il, les Indiens, les prennent et les partagent en autant de petits morceaux qu’il n’y a de petits et grands Indiens dans la famille et chacun mange son morceau. Ils mangent aussi la paroi du second estomac. En mangeant ces parties de l’animal, les Indiens se tiennent à l’écart du scorbut, qui est dû au manque de vitamine C. Les Indiens obtenaient la vitamine C des glandes surrénales et des abats. La science moderne a récemment découvert que les glandes surrénales étaient la source la plus riche en vitamine C, aliments animaux et végétaux confondus.

Noyade d’artistes ?

Bon, je ne vais pas me spécialiser sur mon groupe chouchou du moment, mais je tenais à signaler cette chronique prévisible des inrocks :

Je recopie ceci de mon précédent article (je l’enlève du coup) :

Note sur certaines critiques de Ceremonials, inappropriées, lues sur le net

« Les esprits chagrins, vous savez, ceux de la presse pop/rock intello, emploient les mots suivants : boursouflé, kitsch, grandiloquent, hymne de stade, pompier, pompeux, maniéré, emphatique…et l’appliquent à des tas de grands groupe de rock : Genesis, Queen, Muse, et maintenant, Florence and the machine. Ne vous laissez pas impressionner : c’est avec ce genre d’arguments que la quasi-intégralité de la musique symphonique est à jeter aux orties. Ok, le rock est un art mineur, et ne saurait être comparé artistiquement aux génies de la musique classique, mais il n’y a pas de mal à élever son propos, à utiliser les codes d’autres musiques pour proposer un rock un tantinet plus évolué, moins basique. Seuls les esprits terroristes , les gardiens du temple du rock voient comme une hérésie de sortir de la formule rock de base. Tant pis pour eux, les autres sauront évaluer la musique selon sa qualité, et non selon les respects des sacro-saints codes. Moi ça ne m’empêche pas d’aimer simultanément les Sex Pistols et Meat Loaf : chacun apporte quelque chose de différent, et il serait bête de rester fermé musicalement… »

C’est exactement ce que je redoutais : le snobisme à l’état pur. Et ouais, Florence fait chier (scusez du terme) les fans de la première heure, les ayatollahs indie, les talibans du rock garage. Elle s’affirme comme une artiste et emmerde (scusez bis) les règles, les codes. Ouais, elle a décidé d’élever un peu son propos. Ca ne fait pas plaisir. C’est bête pour moi qui apprécie autant sa grandiloquence que son esprit plus intimiste…bon bref. Vive les artistes qui n’en font qu’à leur tête et se passe des avis des fans bornés. D’autant qu’en réécoutant l’album, il est vraiment riche, et ça n’est pas que des effets de production.

david bowie caméléon

David Bowie, un artiste qui s’est brûlé les ailes après Space Oddity, dommage quel potentiel en 1969 !

David Bowie aurait-il du faire du glam rock à vie ?
Queen, ont-ils fait l’erreur de tenter les synthés et la funk music ?
Qui regrette les premières chansons niaises des Beatles quand ils ont commencé à être plus pro en studio, notamment avec George Martin ?
Il y a encore des gens pour regretter l’approche moins progressive et plus pop de Genesis au détour des années 80…?
Beyoncé s’est écarté du pur r’n’b, et propose une pop électro black de qualité, c’est un scandale ?
Metallica se met à dos les fans de la première heure en s’écartant du thrash…ils auraient du continuer à servir la même tambouille faisandée des années 80 pendant les années 90 ?
Massive Attack ont-il eu raison de s’inspirer du rock très heavy sur Mezzanine ?
Paradise Lost qui abandonne son metal gothique pour une pop électro proche de Depeche Mode, c’est parce qu’ils sont commerciaux ?
Dead Can Dance, pourquoi arrêter leur musique gothique et faire quelque chose de médiéval ou tribal africain ?
Loreena McKennitt qui cesse un moment de puiser dans la musique celtique pour regarder vers le moyen orient, est-ce une traitresse à la cause (celtique) ?
U2 qui sort des albums teintés d’électro et tourne le dos à son big rock d’antan, est-ce mal ?

Heureusement que les artistes cherchent à s’exprimer ce qu’ils ressentent, plutôt que de se conformer à un public frileux (ici indie, ou snob rock façon inrocks, ou rock crade – ramones ?- façon rock’n’folk). Les gens qui jugent la musique selon ses qualités intrinsèques, et non son style ou son orientation, sont les grands gagnants. Les perdants sont les râleurs, les gens incapables de comprendre les orientations musicales des artistes (quitte à nier ce que l’on a dit par le passé, quand on se rend compte que l’avis était intenable). Un artiste, normalement, ça n’aime pas rester dans un cadre étriqué (dicté par les fans intégristes), sinon ils étouffent et perdent de leur éclat. Après, c’est sûr, ils prennent des risques, et ça ne plait pas à tout le monde, les fans de la première heure, ceux de l’underground musical tirent la tronche. Tant pis pour eux.

Florence and the Machine, la consécration ?

Il est là, le nouveau cru de Florence Welch, accompagné de son backing-band, il s’appelle Ceremonials, et cela fait un peu plus d’une semaine qu’il tourne en boucle chez moi.

Je suis le groupe depuis la sortie de Lungs, le premier album qui m’a tant marqué. Florence chante dans une sorte de pop féérique, baroque, non loin de Kate Bush dont elle s’inspire ouvertement. La harpe y est un instrument majeur, ce qui est plutôt original, dans le rock tout au moins. Bat For Lashes avait repris ce créneau deux ans auparavant, mais je dois avouer que je trouve le groupe de Natasha Khan un degré moins talenteux que celui de Florence : ce sont les morceaux qui font la différence, le sens de la mélodie imparable, là où Bat For Lashes séduit, certes, mais il manque la petite étincelle.

lungs florence + the machine

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Lungs était frais, comme la première récolte d’un jeune arbre. On reprochait souvent à Florence de crier, mais en vain, cela faisait partie de son style. Les tubes étaient là : Dog Days Are Over, Rabbit Heart, Cosmic Love, Drumming Song, ou encore la reprise de Candi Stanton, You’ve got the love. Ainsi qu’une perle assez inclassable, du nom de Blinding. C’est un album assez touche à tout, on y retrouve de la pop, du rock pêchu, de la soul, du blues, de la folk, des chœurs quasi-religieux…dans le domaine de la pop indie, elle se faisait une place conséquente, d’autant que la demoiselle se faisait convaincante en concert.

Ces derniers temps je pressentais qu’elle gagnait du galon dans la profession : première partie de Mika, une chanson inédite, Heavy in your arms pour la bande originale du 3ème volet de Twilight, Think d’Aretha Franklin reprise avec d’autres chanteuses soul aux Grammy Awards 2011 – et elle tire évidemment son épingle du jeu -, et là dernièrement, elle devient l’égérie de Karl Lagerfeld, elle a même chanté lors d’un défilé de mannequins à Paris il y a quelques semaines de cela, et vêtue comme il se doit par le maître de la mode. Même la France se dote d’un site web francophone dédié à elle, son groupe et son œuvre.

A l’aube de la sortie de Ceremonials, les dés sont lancés : elle va peut-être passer d’outsider de luxe à leader d’une scène  pop glamour, celle d’une pop féérique, genre qui se limitait autrefois à Kate Bush, et qui depuis 2009 semble foisonner curieusement.

What the water gave me, sorti pendant l’été, désarçonnait un peu : très bon titre, ce n’est pas le tube attendu non plus. Shake it out, sorti un peu plus tard rassurait : le clip est de toute beauté et la chanson est digne des grands moments de Lungs. Il fallait encore patienter. Puis Ceremonials est sorti.

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Je dois dire…que j’ai été déçu lors de mes premières écoutes. Je m’attendais forcément à un Lungs II, ce n’est pas le choix artistique de Florence. Donc exit certaines des qualités qui m’ont fait plus qu’apprécier Lungs : un côté artisanal, presque garage (probablement, le côté indie), les montagnes russes (couplet très sages et intimistes suivi par des refrains endiablés), et la grande diversité des chansons. Lungs était un peu le Post* de Florence and the machine.

Ici, on sabote un peu la variété, les chansons, sans être issues d’un même moule, sont dans le même esprit, une forte homogénéité se dégage, c’est une force, comme ça peut-être une faiblesse. C’est son Homogenic*. Aucun titre ne se dégage de manière aussi forte comme Dog Days Are Over le faisait ou Cosmic Love. On gagne en revanche en production, c’est tout bonnement énorme, Paul Epworth fait un boulot conséquent, l’album claque vraiment sur un matériel de qualité.

J’ai persévéré. Oh, pas comme sur un album de free-jazz technique absolument imbitable pour les oreilles des non connaisseurs. Non, non, je me suis dit que ça ne pouvait pas être mauvais. Mon avis n’a pas évolué au bout de la 26ème écoute, mais plutôt sur les 4ème et 5ème. Le charme commençait à faire effet, et je pouvais oublier les souvenirs  vivaces de Lungs. J’ai mon Blinding, ma petite perle de l’album…c’est Seven Devils, le titre le plus sombre. No Light, No Light est le 3ème single, petite bombe en perspective. J’adore également Breaking Down, avec son ambiance 19ème siècle et ses chœurs de fantômes  de château écossais. Et puis finalement, je les aime toutes. Pour faire une parabole œnologique, je dirais que cet album paraît moins gouleyant que Lungs, mais a peut-être un meilleur potentiel de garde. Cet album devrait bien vieillir, et ses charmes devraient vous envoûter au fur et à mesure que les saveurs se révèlent.

J’ai quelques regrets, toutefois. Les paroles sont absentes du livret (j’ai la version deluxe), je ne comprends pas vraiment. Espérons que le site officiel les propose…Aussi lors de l’encodage en mp3, j’ai les compositeurs de chaque titre qui apparaissent : aucun titre n’est signe Florence Welch (à l’inverse de Lungs…). Que se passe-t-il, elle n’est plus que l’interprète – certes, talentueuse – de son propre groupe ? Et Paul Epworth, qui n’est que producteur, compose encore plus que sur Lungs ? Je comprends mieux pourquoi on perdrait le côté intimiste, très personnel de Lungs au passage, à confirmer.

Un autre regret, qui n’est pas artistique (quoique), mais commercial, c’est de ne pas avoir inclus le tube en puissance qu’est Strangeness and Charm sur l’album. Il est disponible sur le second cd de la version deluxe, mais il est cruel de laisser un tel titre, aussi énergique pour les fans. Strangeness and Charm a les qualités pour être un single plus vendeur que les autres, très catchy, à l’image de Dog Days Are Over. Mais je comprends, ce titre aurait cassé l’unité du disque (il remue plus, et conserve un côté rock absent de Ceremonials !), et surtout sa composition est plus lointaine que les sessions de Ceremonials : il apparaissait dans une version live dans Between Two Lungs, une réédition de Lungs avec un second cd  blindé d’inédits. Mais quand même, personne dans la maison de disque ne sent son potentiel ?

Alors consécration en vue ou pas ? Hier, lundi 7 novembre, le journal gratuit métro (cf version pdf disponible) a salué cet effort musical par un article présentant la demoiselle et son groupe. En Angleterre où elle cartonne depuis un moment, Ceremonials est numéro 1 des ventes, délogeant les très vendeurs Coldplay. L’Angleterre est conquise, le reste du monde peut craquer. Sera-ce automatiquement le cas ? A voir. Pour prendre un exemple récent, Adele a explosé, grâce à Rolling in the Deep. Y a quelques années, feu Amy Winehouse chantant Rehab a pu vendre des cartons de disques. Dog Days Are Over a eu un certain succès d’estime. Shake it out marche honorablement, mais pas de consécration en vue. Il y a un bout de chemin à faire, si la maison de disque du groupe veut placer Florence and the machine tout en haut (ils n’en sont pas loin), il faudra un single qui marche davantage. Strangeness and charm aurait pu jouer ce rôle, tant ce titre est fantastique, il semble rester cantonné au rôle d’une obscure face B. No light no light, très bon titre en soit…je le vois mal martelé par les radios. Je pressens qu’il faudra un troisième album pour atteindre un autre pallier commercial. L’artistique, lui, semble être maitrisé, et bien.

*Post est le second album de Björk, très varié musicalement parlant, Homogenic, le suivant est…homogène…comme son nom l’indique, la plupart des chansons étant dans un style électro pop très personnel.