Maladies mentales…guérir avec le régime GAPS

Philippe Pinel, psychiatre français, 1807 : le siège de la folie se trouve communément au niveau de l’estomac et des intestins

Le régime GAPS, Gut And Psychology Syndrome, j’en avais présenté un petit bout, le sommet de l’iceberg, dans l’article qui concluait que la santé des enfants commencent par les intestins. Nutrition et Santé a déniché un très bon résumé du bouquin (que voici présentement), donc je vais essayer de ne pas faire de redite abusive.

syndrôme entéropsychologiqueDonc l’ouvrage de Natasha Campbell-Bride est enfin disponible depuis quelques mois en français, je remercierais jamais assez Denise Kruger et Christian Fantoli pour leur initiative, ainsi que pour leurs travaux au Centre de Nutrition Holistique. Tout au plus, je trouve le prix un peu excessif (vers les 30 euros, un peu plus avec les frais de port). Mais réellement, il les vaut, vu la masse d’informations pertinentes. Si le livre de Julia Ross sur les fringales était le bouquin de 2010, celui-là est celui de 2011, vainqueur par K.O.

Gut and Psychology Syndrome est habilement traduit par Syndrôme Entéropsychologique : non seulement ça claque bien en français, mais la formule est moins bancale qu’en anglais. Elle fait très bien la liaison, que dis-je, la fusion, entre le système nerveux, les maladies mentales qui en découlent, et les intestins, donc la nourriture. Sauf que…les intestins sont aussi considérés comme un second cerveau…cf système nerveux entérique.

Le régime GAPS, est recommandé aux patients souffrant, comme la couverture du bouquin l’indique : de dyspraxie, de déficit d’attention, de dépression, d’hyperactivité, d’autisme, de dyslexie et de schyzophrénie. Le genre de maladies,  même pas orphelines, qui , faute d’explications, ne laisse que la fatalité. Ou le destin. De quoi devenir pieux, pratiquant religieux quand cela vous tombe dessus – sur votre ou vos enfants, donc-, en vous en prenant à ce Dieu qui joue aux dés, et qui par un artifice statistique s’en est pris à votre progéniture.

Natasha Campbell-Bride, appelons-là directement Natasha ne tente pas de tout ramener à l’alimentation : c’est indiqué de manière explicite que l’alimentation joue un rôle, toutefois, faute d’études, on doit considérer que ces maladies mentales restent pluricausales. Le régime GAPS s’inspire fortement du régime du Docteur Haas (dit, des glucides spécifiques) qui a soigné plusieurs centaines de patients atteints de maladie coeliaque ou de la maladie de Crohn, les troubles digestifs en général.

C’est sur la base d’une constatation que Natasha a donc conçu le régime GAPS : les patients atteints de maladies mentales, ont des troubles du systèmes digestifs, quand ils ne sont pas pour la plupart carrément coeliaques. Sur cette base, les candidoses (du champignon Candida) prolifèrent, les glutéomorphines, les casomorphines (opiacés dérivés du gluten et de la caséine) sont tout autant de toxines qui perturbent le fonctionnement des intestins et in fine, celui du cerveau…le régime SGSC (Sans Gluten, Sans Caséine) est d’ailleurs aussi un précurseur du régime GAPS, destiné particulièrement aux autistes, mais le régime GAPS va plus loin, il ne fait pas qu’exclure certains aliments, mais en met d’autres à l’honneur (voir plus bas, similarités avec les régimes Paléo).

Natasha constate aussi que les patients atteints de ces maladies mentales sont pour la plupart, tous accro au sucre, sous forme de féculents ou de sucres simples, et ont une alimentation pauvre : c’est bien simple, les sucres nourrissent la flore bactérienne opportuniste…. ! Sur cette base, les aliments probiotiques sont d’ailleurs conseillés, dans un second temps du moins, surtout comme certains produits laitiers (kéfir !), afin de rétablir un équilibre entre flore bactérienne bénéfique et l’opportuniste/transitoire. Attention toutefois à l’effet de Herxeimer, les bactéries pathogènes en mourrant, lâchent des toxines, le patient peut s’en trouver affecté. Heureusement, il y a une parade, très bien expliquée.

Si l’ouvrage n’était pas singulièrement destiné aux personnes souffrant de ces maladies, on pourrait penser à un autre livre de paléodiète, tant les conclusions rejoignent fidèlement celles-ci, où celles de la galaxie Weston Price. En gros, ben, les céréales sont globalement à éviter, en particulier le blé et le maïs, peut-être un exception pour le riz blanc. Les huiles végétales sont à proscrire absolument, alors que les huiles animales,d’olive, de coco, sont conseillées. Le lait et produits laitiers sont proscrits sous leur forme pasteurisée. Les légumes verts sont parfaits, mais ni le soja ni les légumineuses. Un peu de lait cru, pourra être réintroduit dans la phase de guérison – à cause de la caséine, évitée au début -. Les vitamines liposolubles sont mises à l’honneur. La plupart des sucres sont à éviter dans les premières phases du régime, et pourront être augmentés graduellement (mais pas tous…cf céréales) au fur et à mesure des progrès, ce qui fait penser aux régimes cétogéniques (dont Atkins qui est évoqué), et dont leur utilité pour maîtriser l’épilepsie a été maintes fois démontrées. Et les sucres remis dans l’alimentation ne seront jamais des produits transformés, les pommes de terre, le riz, le quinoa, etc., sont ok, mais pas le sucre de table ou le pain blanc ou complet (au blé ou dérivés). Je suis frappé de voir à quel point la démarche est similaire à la démarche paléo. Pour des raisons évidentes d’image, Natasha ne s’en réclame pas ouvertement, ne fait pas référence à nos ancêtres, ni à l’étude de squelettes…mais ses objectifs prennent le même chemin : pas de coïncidence, que de la cohérence !

Le livre est ainsi riche en explications et pédagogie, impossible d’en aborder toutes ses facettes : si le sujet vous intéresse, inutile de se limiter à des compte-rendus sur internet, Natasha, en bonne scientifique est très pédagogue, prend le temps d’expliquer causes et conséquences, ainsi que la finalité de cette alimentation. Alors ça n’est pas le remède miracle : la maladie ne disparaît pas, il faudra être vigilant toute une vie, mais les symptômes peuvent être grandement atténués, et surtout maîtrisés. C’est un vrai livre d’intérêt public, qui montre que les solutions ne se limitent pas à des médicaments pour shouter un patient, et un grand débarras dans un centre hospitalier quelconque. Encore faut-il que la profession admette dans sa globalité cet aspect-là, plutôt que de le reléguer à un rang de médecine  alternative, aux côtés de l’astrologie…

Pourtant, ce livre est issu d’une longue expérience accumulée, de longues années en tant que praticienne ont achevé de faire Natasha Campbell-Bride une spécialiste : son savoir empirique, ses expérimentations, ses relations avec les patients, et bien sûr sa qualité de scientifique l’ont poussé à ses conclusions, qui se sont consolidées avec les années. Maintenant, il ne manque plus que l’information se propage afin d’aider toutes les familles qui souffrent sans pouvoir réagir proprement.

édition du 18 mars : une étude française de l’AFSSA condamne sans appel les régimes sans gluten sans caséine. Voir ma réaction suite à ce rapport…qui ne parvient pas à démonter l’utilité du régime GAPS.


Post-Scriptum : l’ensemble des maladies s’arrêtent à celles évoquées, celles qui apparaissent dans l’enfance. L’alimentation joue un rôle essentiel dans d’autres maladies, celles de sénilité, qui apparaissent avec l’âge : Alzheimer (souvent nommé diabète de type 3, ou  même carrément diabète du cerveau), ou  Parkinson. Elles ne sont pas le sujet du livre. Pour autant, on peut se demander si les recommandations ne seraient pas les mêmes…

24 réflexions au sujet de « Maladies mentales…guérir avec le régime GAPS »

  1. texmex

    Bon je ne sais pas forcement ou poster ma question, alors j’y vais. Je me pose la question du soja et en particulier du tofu. Mc Dougall semble en mettre partout (ou beaucoup) et ca ne me plait pas. Je mange du tofu 1x par mois, mais n’y trouve aucun interet.

    Vegetarienne mal maitrisee pendant 3 ou 4 années j’ai foutu en l’air mes dents en forcant la dose sucres…. Je réintègre la viande blanche et du foie de volaille mais j’ai du mal avec toute autre viande. Principalement parce que je n’y connais rien en viande, et que j’entends que la viande necessite une certaine qualité (grass fed) pour avoir un quelconque benefice. Le jambon de qualité d’accord mais tout doucement. Le bacon sacrilége! Je m’interesse au regime paléo mais j’ai en tête un raccourci ‘proteines animales = toxic waste dans le corps’. (Voir The China Study) J’intègre des légumineuses mais je vois que ce n’est pas recommandé en régime paleo (à moins de tremper, ce que je fais). Alors ou trouver les calories denses nécessaires? Les fruits et légumes d’accord, mais ca ne suffit pas. Et comme j’ai coupé les sucres raffinés…. je n’arrive pas à restreindre (arreter non!) le pain (même si au levain). Les oeufs j’adore mais bon, à tous les repas, ca passe pas 🙂

    Répondre
    1. Sylvain Auteur de l’article

      Bon courage 😉
      Les apports animaux peuvent varier du simple au triple selon l’alimentation « paléo », et on peut rester en bonne santé. Si vous intégrez de la qualité, et suffisamment régulièrement (disons 1J/2), que les aliments toxiques sont évités en majeure partie, que les légumes sont mis à l’honneur…bon ben ça fonctionne assez. Pensez aux féculents sains aussi, si vous n’avez pas trop de problèmes de poids (riz blanc, patates, quinoa,…)
      Pour le soja, c’est une controverse, j’en avais parlé il y a quelques temps. Je vois plutôt le soja comme un condiment que comme un aliment : d’où l’illusion d’optique que les asiatiques en mangent beaucoup…enfin régulièrement (mais ils ont leurs soucis aussi, ça n’est pas la terre promise). Sous forme fermenté, les soucis disparaissent (natto par exemple) mais le goût est particulier ! Chose qui me parait convaincante aussi : le soja est devenu un aliment trafiqué, produit par la grande industrie agroalimentaire comme le blé, probablement avec des OGM, difficile d’y voir la même légumineuse que son ancêtre asiatique du 18ème siècle…même avec du soja bio…hum hum.
      Personnellement, même si une anecdote n’est pas une étude scientifique : je confirme que le soja (steak de soja/lait de soja) m’a réduit la libido – bon il y a longtemps…-…j’ai pas l’impression que ça soit un mythe.

      Répondre
      1. texmex

        Oui le soja semble etre vraiment peu recommendable sous sa forme tofu. OK pour les produits soja fermenté comme les sauces condiments.

        Et maintenant une autre question sur les légumes fermentés: avez vous essayé et si oui sous quelle forme les preferez vous? GAPS semble les favoriser puisque ca donne une meilleure sané intestinale.

      2. Sylvain Auteur de l’article

        En légume fermenté je fais juste davantage de choucroute cette année. Pour les recettes, je conseille en anglais Nourishing Traditions de Sally Fallon, et en français les ouvrages de Claude Aubert (les aliments fermentés traditionnels, mais le prix pique un peu, ou alors son ouvrage plus récent)

      3. Laura

        Attention au soja fermenté: l’acide phytique et les inhibiteurs d’enzymes sont détruits, mais pas les substances goitrogènes (isoflavones), qui ont également une activité oestrogénique; au contraire, elles sont rendues plus absorbables: http://blog.cholesterol-and-health.com/2010/10/fermentation-does-not-neutrailize.html

        Pour ce qui est de la viande qui n’est pas nourrie à l’herbe, il me semble que la plupart des auteurs « paléo » sont d’accord pour dire que ça n’a rien de catastrophique, et qu’il vaut toujours mieux ça que rien. Pour trouver des sources de calories denses, à part la viande: il y a tous les tubercules, au premier rang desquels les patates; et mettez du beurre sur vos légumes!^^ Le fromage aussi est une bonne source de calories.

      4. Sylvain Auteur de l’article

        J’avoue que j’aimerais voir une étude sérieuse sur la consommation de soja fermenté chez les japonais. Si ça revient souvent, en abusent-t-il vraiment ?

  2. Laura

    Aucune idée. Leur alimentation très riche en iode permet sans doute d’annuler les effets goitrogènes des isoflavones; quant à l’effet sur leur libido, je ne sais pas…

    Répondre
  3. Sylvain Auteur de l’article

    Ci-joint le commentaire de TUR https://clairetlipide.wordpress.com/a-propos/#comment-304


    Témoignage inédit d’une thérapeute, à découvrir absolument sur :
    http://www.espoir-guerison.com (Maladies autoimmunes, fibromyalgie, candidose/dysbiose, intolérances alimentaires, TDAH/AUTISME….
    Ainsi que le livre du Dr N. CAMPBELL en français sur : espoirguerison.weezbe.com

    Merci d’en parler autour de vous ; Il peut véritablement contribuer à sauver des vies !

    Répondre
  4. camilletarot

    Les bouillons, les bouillons… Et quid des os « al dente » 🙂
    je trouve pas d’infos sur internet, sauf pour l’alimentation canine…
    Enfant je mangeais tout ce qui était possible de l’os de poulet
    En tout cas ça fait sens dans une perspective paléo (et avec la peau, si la bête est bio)

    Répondre
  5. aurelie

    Je suis le regime de Natasha Campbell depuis environ 3 mois. Je n’ai plus de douleurs (je souffrais d’arthrite dans les hanches et les jambes) et plus de problemes de digestion (maladie de l’intestin inflamatoire) j’ai aussi pedu mon anxiete and mon sentiment de toujours etre « perdu » dans ma vie. Je suis vraiment bluffee!
    Par contre, je suis sure qu’aucun grain n’est autorise pendant plusieur mois au moins (meme le riz et le quinoa) A chaque fois que je mange du riz ou des pommes de terre tous mes symptomes reviennent 😦
    Merci pour cet article en francais!

    Répondre
    1. Sylvain Auteur de l’article

      Bonjour, voilà un message plein d’espoir !
      En effet, il faut éviter tout les féculents quelques temps.
      Personnellement, je n’ai pas de soucis avec le riz ou la pomme de terre, mais dès que je dépasse une certaine quantité de pain ou de farineux, aïe aïe !

      Répondre
  6. ramatuelle

    Bon, je voulais quand même dire que Dieu ne joue pas aux dés, ce n’est pas de lui que vient la maladie; Dieu est bon !!! Je pense que la cause est ailleurs; J’ai un fils qui vient d’être diagnostiqué intolérant au gluten, ce n’est pas pour cela que j’accuse Dieu; il m’a donné un fils merveilleux- Dieu n’est pas schizophrène….

    Répondre
  7. lili

    ci dessus, on parle de beurre de fromage de céréales, entre le paléo, le sans gluten ni laitage (poisons) de M kaplan etcla viande qui pour moi équivalait à « putréfaction » sans parler de l’éthique, comment s’y retrouver ?
    le Dr Donatini semble sérieux, (non pas que les autres ne le sont pas ci dessus) il y a 13 et 14 avril un congrès à aix en P sur le sujet….avis aux intéressés.

    Répondre
  8. Mel de www.caloriepholie.com

    Salut

    j’ai suivi cette diète il y a pas mal de temps, avant même qu’il soit connu en France. Elle est méga efficace, j’avais d’enormes soucis digestifs et gastro, que les plus grands spécialistes gastro français ne savaient pas résoudre « mais non, madame, ça doit etre dans votre tête, tout marche bien.. »…
    Bref. Mais il faut être fanatique, suivre à le lettre etc.. et être très motivé parce que c assez difficile et peu compatible avec vie sociale…

    Pour la dysbiose de putréfaction, que je connais de nouveau, selon Donatini, selon vient de trop de proteines… peut etre, pas convaincue. Mais par expéimentation, mon intestin se met en mode « gazs atroces » apres avoir mangé de la viande de grisons notamment. Je pense que pour ma part, je dois eviter les charcuteries fumées.. Apres, on est tous différent, alors il faut expérimenter et apprendre ce qui nous va le mieux!!

    Mel

    Répondre
  9. Max

    Souffrant d’un TDA/H qui m’empêchait de vivre, j’ai essayé ce régime, j’avais pas vraiment envie de me lancer dans des mois de restrictions sans savoir si ça allait marcher donc j’ai fait le test de prendre un repas avec seulement des carottes fermentées et du kefir, et miracle, dans les heures qui ont suivies mes symptômes ont fait marche arrière, c’était spectaculaire ! Comme si un brouillard se levait de mon cerveau, mes pensées n’avaient jamais été aussi claire. Malheureusement ça a été de courte durée (J’imagine que les bactérie pathogènes ont finalement remportée la bataille) Depuis je me suis lancé sérieusement dans le régime, les symptômes ont diminué et se sont stabilisés depuis quelques jours, je sent qu’il va me falloir être patient/persévérant/acharné pour m’en débarrasser complètement, mais bon c’est le prix a payer pour changer sa vie !

    Répondre
    1. brian

      Je suis dans le même cas que toi, j’ai commencé le regime pour les même raisons er avec les mêmes resultats… Mes symptomes ont casiments disparus après 6 mois de regime. Bon c’est pqs parfait, aujourd’hui j’ai très peu d’énergie, et la viande me donne des problemes digestif… bref encore du travail avant de pouvoir vivre une vie normale !

      Répondre
  10. Ping : Maladies mentales…guérir avec le ...

  11. Ping : Régime GAPS | Pearltrees

  12. Ping : Troubles de la personnalité | Pearltrees

  13. Ping : Liens étroits entre notre microbiote et notre cerveau affectant directement notre métabolisme | Nutrition Soins Santé

  14. Ping : Le pharmachien en flagrant délit… | Clair et Lipide

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s