Notre poisson quotidien

Titre modifié, voici l’ancien : Tous à la pêche dimanche !

La pêche est ancestrale, il ne fait aucun doute, c’est peut-être l’activité la mieux partagée sur cette terre, par la quasi-totalité des peuples, du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Peut-être est-ce même un art à l’instar de la chasse ? J’ai dans mon entourage, une personne qui pratique la pêche comme un sport : on attrape la victime, on la prend en photo…et on la remet dans son milieu. José Ortega y Gasset n’aurait certainement pas approuvé, car il considère qu’à la fin, la proie doit être consommée, par respect pour elle, et pour l’esprit de la chasse, mais peu importe.

Le poisson est quasi unanimement reconnu comme un aliment santé, alors que la viande, rouge ou non, est vite diabolisée, avec raison ou non. La polémique sur la viande rouge fait fureur, et j’admets que sur la dernière étude épidémiologique conduite par Walter Willett est troublante, du fait que quelques variables ont été contrôlées (dont la cigarette, et l’activité sportive). Seulement, malgré cela, et le fait que l’échantillon soit assez énorme, il est assez illusoire de penser qu’une étude épidémiologique constitue au final une…preuve. La même équipe pointe également le sucre raffiné, mais là les journalistes ne se bousculent pas pour en faire simplement mention. Il y a des dizaines et des dizaines de facteurs à contrôler en même temps, et c’est mission impossible, statistiquement parlant. Et de surcroit, cela ne serait jamais une preuve…clinique. Pour moi, j’en reste à ma conclusion : les gens qui font attention à leur santé évitent la viande rouge, et ce, depuis quelques dizaines d’années. Et les gens qui en mangent plus, sont plus laxistes, il se laissent aller. Le seul point négatif de la viande rouge, c’est son contenu en fer : l’excès de fer dans le sang aurait un rôle dans les maladies cardio-vasculaires. La viande blanche, plus maigre, et plus pauvre en fer est aussi privilégiée par les gens qui font attention à leur santé.

Dès lors des décennies de comportements alimentaires (complexes) dictés par des recommandations habituelles influent sur les résultats des études épidémiologiques. Difficile d’y démêler le vrai du faux, et de tenter d’en distinguer une juste causalité.

Mais le poisson est en odeur de sainteté ! Il est reconnu comme une alternative saine face à la viande, si j’en veux la pratique séculaire du vendredi dévolu au poisson dans notre pays. Il existe même le pescétarisme, une sorte de semi-végétarianisme, de flexitarianisme, où le poisson est accepté* : un vrai pêché de chair ! La qualité nutritionnelle des poissons, varie quelque peu par rapport aux viandes. On citera par exemple l’iode, dont les poissons de mer sont très bien pourvus. L’iode est reconnue contre les affections de la thyroïde, mais on sait cela peut ne pas suffire. Les poissons gras, eux sont reconnus pour être une excellente source d’oméga-3, et surtout des oméga-3 à longue chaîne, les super stars que sont les EPA et DHA, qui auraient des effets plus intéressants que le seul acide linolénique. En effet, les poissons de mer ont accès à tout un tas d’aliments de la faune et la flore marine (algues, corail, d’autres…poissons plus petits, etc.). On retrouve donc tout ça dans le gras de certains poissons, et en quantité bien plus appréciable que dans les produits de terre.

Une consommation modérée, mais significative de poissons de mer, est donc bonne pour la santé, car vous fournissant des acides gras peu présents naturellement dans une alimentation standard ! Le revers de la médaille étant les métaux lourds (plomb, cadmium et mercure principalement). Ils s’accumulent dans les gros poissons. Aussi, on nous demande de privilégier les petits poissons. Pour ma part, et sans s’opposer à cet argument valable, je vois aussi une autre raison : les gros poissons comme le thon ou le saumon, sont soit pauvre en oméga-3 (à la notable exception du thon germon), soit sont quasiment introuvables sur leur forme sauvage, à l’instar du saumon. Je n’en ai jamais vu. Et le profil lipidique du poisson d’élevage tend à le rapprocher d’une viande d’élevage, avec un rapport oméga-6/oméga-3 plus élevé, donc, on perd les qualités qui font sa renommée. A l’inverse, j’aime bien opter pour des sardines conservées dans l’huile d’olive : les conserves ne sont pas paléo compatibles, admettons, mais les arêtes sont inoffensives car devenues molles, cela assure en plus de la relative absence de métaux lourds, des oméga-3 bénéfiques, une source de calcium saine (à l’inverse du lait frelaté habituel). J’apprécie également, de par mes origines catalanes, les anchois.

Hélas, le commerce du poisson, et la pêche industrielle souffre des mêmes maux que l’agriculture intensive, ou l’élevage intensif des animaux. C’est Simon Fairlie dans son ouvrage « Meat, a benign extravagancy » qui en parle (voir une chronique de cet ouvrage, chez Nicollas), après avoir remis en cause la plupart des affirmations écologiques habituelles contre l’élevage, notamment du très respecté George Monbiot. On y apprend que la pêche industrielle intensive moderne emploie moins de personnes, plus de capital, est intensive mais occasionne énormément de pertes (poissons morts, mais non consommés, réclame d’avantage de carburant…), par rapport à la pêche au filet certes industrielle, mais plus traditionnelle. Cela nous cause déjà bien des soucis, car on nous demande de manger moins de poissons marins, dont le fameux thon rouge surexploité. voici le schéma présent dans le livre :

simon fairlieIl va de soit qu’il y a poissons et poissons, comme il y a lait et lait, viande et viande, oeufs et oeufs. Non seulement au niveau gustatif, nutritionnel, mais aussi dans les pratiques d’élevage, de chasse ou pêche. La rentabilité à tout prix, dont nous profitons dans un premier temps n’est pas soutenable à long terme, on épuise vite les réserves. C’est à nous, consommateurs, d’être vigilants et d’être « citoyens » (dieu sait que j’ai pourtant horreur de ce terme) dans nos actes d’achats, afin de favoriser le porte-monnaie d’un pêcheur « écologique » ou d’un producteur de viande bio. Bon, pas certain que cela suffise, vu les masses de gens obsédés uniquement par les prix bas, et avec la conscience écologique au niveau zéro, celui…de la mer !

Bon, tout ces élucubrations maritimes m’ont donné envie de pêcher à la ligne, une pêche traditionnelle, sans grande conséquence.

Tiens et si j’allais à la pêche, dimanche ?

5 réflexions au sujet de « Notre poisson quotidien »

  1. Sylvain - Experience-Paleo.fr

    Bonjour Sylvain,

    Le ratio (poissons « détruits ») / (poissons péchés) dans le cas de la pêche industrielle est hallucinant : cela veut dire que dans le pire des cas (16 millions) / ( 29 millions), un poisson pêché sur deux n’arrive pas dans nos assiettes ?! C’est choquant ! (ou alors j’ai mal compris le tableau ?)

    Sinon je te rejoins sur les sardines à l’huile d’olive: c’est bon marché, plein d’oméga-3 et facilement transportable… testé et approuvé pour les pique-niques paléo 🙂

    Les conserves n’existaient pas à l’époque, mais sur ce point il faut croire que la modernité a du bon.

    Merci pour cet article,
    Sylvain

    Répondre
    1. Sylvain Auteur de l’article

      J’ai compris la même chose que toi…au final on ramasse bien plus de poissons (et pas que pour la consommation humaine…!) mais ça m’a l’air un vrais gâchis.

      Pour les conserves, j’entends pas en abuser, je pense qu’il y a une contrepartie négative, mais c’est quasiment le seul aliment que je consomme sous cette forme (bon, quelques confits de canard, avant d’en avoir trouvé en pots de verre).

      Répondre
  2. Renaud

    Petite astuce nutritionnelle pour les sardines en boîte : privilégier les sardines à la tomate plutôt qu’à l’huile… à moins de consommer l’huile. D’une part, les huiles utilisées ne sont pas forcément de bonne qualité. Mais surtout, une partie notable des bons nutriments sont liposolubles : cela signifie qu’ils « migrent » dans l’huile que vous jetez ! C’est en particulier très regrettable pour la vitamine D.

    Répondre
  3. nbek

    On trouve encore du saumon pêché et non élevé au rayon surgelé. Ceci dit, c’est vrai qu’on en voit de plus en plus de poissons d’élevage. Et cela devient comme l’élevage de la viande une vraie catastrophe sanitaire comme avec le panga au Vitenam ou la perche du Nil qui a détruit les espèces du lac Victoria (voir le documentaire Le cauchemar de Darwin à ce propos). Et, en effet, trouvera-t-on encore de vrais saumons sauvages dans nos eaux d’ici quelques années? Rien n’est moins sûr avec les poissons d’élevage qui s’échappent dont on peut choisir la couleur à l’avance via un nuancier, comme pour de la peinture (vu dans un reportage sur le saumon fumé). Ah, les joies de la mondialisation…

    Ceci dit, je vais plutôt opter pour un tour de vélo d’une quarantaine de kilomètres (si le temps me le permet) plutôt que pour une partie de pêche. De toute façon, il ne se passe rien d’exceptionnel aujourd’hui à ce que je sache!

    Répondre

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