Archives mensuelles : septembre 2012

Soja, crocs en carton, épées en papier

Tel un masochiste, je parcours parfois les sites alternatifs, à base de requêtes google qui vont me donner des résultats assez amusants. En ce moment, je m’intéresse au soja, cette légumineuse controversée venue d’Asie.

Nous avons donc, comme pour chaque aliment donnant lieu à une polémique, grossièrement (binairement ?) deux camps. Les pro-soja, rejoints évidemment par les végétariens (le soja est un pourvoyeur de protéines non-animales) et les pourfendeurs du soja, plutôt repérés dans la Weston A. Price Foundation. Evidemment, ils sont irréconciliables.

Voyons ces derniers puisque je suis plutôt familiarisé avec le monde WAPF. J’avais écrit un article succinct il y a déjà…2 ans. Parmi d’autres liens, on peut aussi voir à la source les dangers présupposés et résumés du soja (merci Taty). Carol Vachon exprime son avis dans la même lignée sur mangersantebio.org, en insistant sur les délices du soja fermenté. Et si cela ne devait pas suffire, une seule référence, The Whole Soy Story par Kaayla T. Daniel (PhD…cela a son importance dans un monde où l’on fait des appels à l’autorité scientifique). Evidemment, c’est très bien documenté (The Book of Miso, par William Shurtleff et Akiko Aoyagi est abondamment cité), sourcé, même si l’on est au final pas d’accord avec les conclusions, c’est un livre de premier choix sur le sujet. Sont mis à l’index l’huile de soja, la lécithine, les formules pour bébé, les antinutriments habituels que sont les inhibiteurs de protéases – trypsine -, les phytates, les lectines, les saponines, les métaux lourds (manganese, fluor, aluminium), les allergènes, les phytoestrogènes/isoflavones, et le lien avec le cancer.

soja polémique

Acheter cet ouvrage de viandards vendus à l’industrie carnassière sur amazon

Et puis, fatalement, on ne peut pas surfer sur le net, sans tomber sur des choses qui font grincer les dents. Hervé Berbille est un spécialiste du soja (peut-être végétarien, je n’en ai pas la certitude), qui s’exprime de manière régulière sur le sujet, par exemple sur ce blog Un Monde Plus Bio. Jusque là, rien de choquant. Puis, je suis tombé sur cet article, cinglant serait un mot trop faible pour le définir : Réponse à la propagande anti-soja.

Ouille, quelle agressivité. Il mâche peut-être sa salade, mais pas ses mots. On apprend que Weston Price serait un charlatan notoire, ce qui amusera les rares lecteurs francophones de Nutrition and Physical Degeneration. Passons sur les accusations de vendus/de complot (roh lala, ils vendent du matériel aux éleveurs laitiers, c’est maaaaaaal, ils ont des intérêts, ils ne sont pas neutres !), et autres quasi ad-hominem qui n’aident pas à la réflexion et  semblent être le fruit d’un certain négativisme, ou une haine par réflexe pro-végétarien. Bon, Mercola, je n’aime pas ce gars, ni son site, même s’il m’arrive souvent d’être en accord avec lui. Toujours cette impression qu’il veut me vendre quelque chose, c’est désagréable. Citons aussi ce savoureux passage, scientifique et très convaincant :

La Weston A. Price Foundation prend-elle ses lecteurs pour des idiots ? Compte tenu du nombre de jobards qui prennent cette grossière propagande pour argent comptant, sans vérifier ou recouper quoi que ce soit, on peut légitimement penser que cette officine de propagande, par ailleurs proche des néo-conservateurs étasuniens, aurait tort de s’en priver.

Une pause kawaii n’est pas de trop après tant de venin, merci à sxc.hu d’héberger ce mignon poussin qui fait de la corde à sauter

Sur le fond, maintenant. Il est possible que la WAPF idéalise le nattô fermenté, apparemment, si j’en crois l’adorable et très kawaii (^_^) monsieur Berbille, il y a davantages de phyto-œstrogènes dans les versions fermentées du soja. Cela n’en ferait donc pas un aliment recommandable à haute dose. Mais comme je disais y a quelques temps, ces plats sont riches en vitamine K2, probablement la raison essentielle pour laquelle la WAPF valorise ces produits en lieu et place du soja normal. Elle serait coupable de mensonge par omission concernant ces hormones, mais d’un autre côté elle n’encourage pas vraiment la surconsommation de ces aliments, tant elle considère le soja comme un condiment plutôt qu’un aliment. Page 298 de Whole Soy Story, le tempeh est bien crédité de deux fois plus d’isoflavones que le tofu à dose équivalente.

Quant à citer des sources scientifiques, on me signale que les effets féminisants du soja, sont un hoax. Pas mal d’articles, compilés sur ce compte flicker (que j’ai sauvegardé par précaution sur ce document pdf) appartenant vraisemblablement à un végan (lui aussi avec les crocs bien affûtés, une envie d’en découdre peut-être). Apparemment, ce serait au contraire la viande qui au contraire aurait ces effets…

Et la thyroïde alors ? Si j’en suis ces articles scientifiques (que je n’ai pas hélas le temps de lire pour en apprécier la méthodologie, ouais, my fault), la thyroïde ne serait pas touchée par la consommation de soja. Voyons ce qu’en dit madame Kaayla Daniel, page 314 sur le chapitre consacré à la thyroïde et aux effets goitrogènes :

Malgré des études cliniques et épidémiologiques tout à fait crédibles, liant le soja aux maladies de la thyroïde, les partisans du soja se moquent du fait que le soja cause des problèmes à la thyroïde, parce que, disent-ils, le goitre n’est pas un problème en Asie. En fait, le New York Times a rapporté une épidémie de crétinisme dans les régions rurales très pauvres d’Asie où la déficience en iode est répandue, la pauvreté forçant les gens à manger plus de soja que les petites quantités usuelles (voir chapitre « Est-ce que le soja est un plat de base ? »). Au Japon, où la consommation de soja est plus forte que dans n’importe quel pays en Asie, les maladies de la thyroïde sont répandues. Après tout, la thyroïdite de Hashimoto, la forme auto-immune de l’hypothyroïdisme a été détectée la première fois au Japon, et la prévalence dans ce pays de cette maladie a motivé les chercheurs japonais* à entreprendre d’importantes études prouvant les effets indésirables du soja sur la glande thyroïde.

perdu

Un peu confus, perdu ? Normal, y a de quoi.

On retombe à nouveau sur le schéma classique opposant deux camps se battant chacun d’entre eux à coups d’arsenal d’études s’opposant frontalement (souvenez-vous, le combat des titans Bourre VS Souccar), chacun citant l’autre camp comme pseudoscientifique et vendu à la solde de XYZ le lecteur curieux et ouvert (à la vérité) voudra se faire une idée, il n’aura pas d’autre choix que de prendre du temps, lire The Whole Soy Story, et les arguments de monsieur Berbille. Evidemment, je survole le sujet, et je vous épargne les détails, notamment liés à la biochimie, aux molécules, et au métabolisme humain ; mais je vous avoue, j’ai du mal à trancher, ou même avoir un avis pondéré tenant compte des arguments forts et des études à la méthodologie sans faille des deux partis, même si vous devinez vers qui j’ai ma préférence. Et aussi parce que je vois où le côté zen, la force tranquille (© M. Segala) se situe…le plus calme des contradicteurs a ma préférence. Cela, évidemment, ne constitue pas une preuve de raison, juste un indice.

Pour ma part, j’ai la sensation que le soja est devenu une méga industrie comme les autres (agro-industrie pour être précis), surtout aux USA. Sa culture cause par exemple des soucis, au Brésil. De surcroit, la probabilité de tomber sur du soja OGM est assez forte, sans que vous puissiez vous fier à 100% aux étiquettes. Ou tout simplement du soja qui a sans doute muté et qui n’a rien à voir avec son ancêtre local d’Asie, de la même manière que le maïs n’a rien à voir avec la théosinthe, ou le blé avec le petit épeautre. Il y a donc peut-être des problèmes liés à une sélection toujours plus intensive de variétés de plantes pour rendre sa production plus rentable, et avec des corollaires sur la consommation et notre santé, qu’il n’y a pas ou moins avec les variétés bio, moins « trafiquées », plus « naturelles ». Ajouté au fait que mes ancêtres n’en mangeaient pas, que ce n’est pas vraiment un aliment appétissant (à mon goût, bien sûr), que mes besoins en protéines sont déjà pourvus ailleurs**, je m’en passe allègrement.

On ne doit pas non plus, oublier que de nombreux animaux sont nourris improprement avec des tourteaux de soja …on pourrait penser que les aliments transformés à base de soja, disponibles dans le commerce, ne sont que la surproduction de soja qui n’a pas été accaparée par les animaux est recyclée de manière cocasse (ou triste) aux végétariens occidentaux. Dit autrement, c’est une industrie qu’on peut deviner puissante, qui empoisonne les animaux, c’est une industrie qui a peut-être des intérêts…sérieusement ? Les omnivores de base, peu regardant sur la qualité des produits animaux, mais aussi…les végétariens qui sont là une source de profits juteux. Je pose la question, je n’y réponds pas, malgré ce qu’en dit le proverbe bien connu. Je n’ai pas envie de tomber dans les travers que je n’aime pas, on accuse aussi la WAPF d’être à la solde de l’industrie viandarde et laitière – du sang blanc, bien sûr -. Savoureux, quand on connaît les combats de la WAPF (raw, unpasteurized, -possibly fermented- milk from grassfed or properly fed animals, pas vraiment le crédo de l’omnivore lambda). Mais si l’on manie l’épée, on doit s’attendre à périr par l’épée…

* sont aussi cités les docteurs Mieko Kimura de l’Université de Kyoto, et le docteur Ishizuki.

** Je n’ai pas parlé de la trypsine (inhibant le métabolisme protéique), un lecteur averti m’a fourni des éléments prouvant que les protéines de la viande étaient mieux métabolisées que celles des légumineuses (dont le soja), en dehors du fait que le profil protéique des légumineuses est incomplet en acides aminés. Renaud, si tu passes par-là, je serais bien content que tu postes un commentaire.

Ce qui se conçoit avec peine…

…ne s’énonce pas vraiment, et les mots pour le dire n’arrivent pas du tout ! C’est la conclusion du début de l’été, page blanche, un manque d’inspiration flagrant sur mes thèmes habituels, à force de presser le citron j’ai du mal à récupérer une goutte de jus.

Pour la peine, je fais une petite pause, j’en ai profité pour remettre à jour, de manière plus littéraire la section Biblio qui en avait grandement besoin.

HELP – SOS – recherche médecin nutritionniste

Mon père est en proie à de graves problèmes intestinaux. Il s’agit probablement d’un Crohn, ou d’un Intestin/Colon Irritable. Ou une autre affection similaire. Je recherche donc un médecin nutritionniste, voire un naturopathe sensible à la question, et connaissant le rôle du blé (gluten) et des produits laitiers dans le déclenchement et le développement de ces maladies.

Tout les médecins rencontrés jusqu’à présent, ont une approche moderniste : médicaments sur médicaments, et mauvais conseils nutritionnels.

Ce praticien devra travailler en Languedoc-Roussillon, ou à la rigueur sur Toulouse, le Tarn, ou l’est ariégeois.

Oui, s’intéresser vivement à la nutrition n’est parfois pas suffisant pour paraitre crédible aux yeux de ses proches. Mes conseils rentre par une oreille et ressortent par un autre.

Si vous connaissez une personne compétente et avec des diplômes…je vous serais reconnaissant de me donner son nom à clairetlipide@gmail.com

En attendant, je vais lui acheter ce livre qui a l’air pas mal :

crohn intestin irritable

Cliquer pour voir le livre sur Amazon

D’autres livres consacrés au sujet (ainsi que traitant de l’importance d’une bonne flore intestinale) sont disponibles en français, mais le paternel n’est pas un grand lecteur, et il est important qu’il soit suivi, car c’est un junkie du blé, et là méthodes et pédagogie sont essentiels pour guérir. La connaissance est importante, mais elle ne fait pas, hélas, tout. J’en suis le premier à le regretter !