Archives mensuelles : février 2013

Les insectes dans notre assiette

Soyons clairs : la consommation d’insectes est le parent pauvre de l’alimentation paléo, le maillon faible, la cinquième roue du carrosse. Il est plus facile de parler du dernier gâteau au miel cru et à la farine de noix de coco, ou d’une carbonara primale à base de courge spaghetti (à la place des pâtes au blé). Et je comprends très bien, la simple évocation de manger des insectes évoque en nous quelque chose de répugnant. Pourtant il semble prouvé que les insectes faisaient parti de notre alimentation par le passé. C’est d’ailleurs la première remarque narquoise des sceptiques du régime paléo, vous mangez des insectes ? , un peu fier d’avoir trouvé la faille de nos paléo-urbains.

Et puis quelles espèces manger ? Et comment les cuisiner ? Non décidément, pas question de s’improviser mangeur d’insectes, le mieux étant sans doute de le faire dans les parties du globe où ils font partie des mets quotidiens. Et ce d’autant que les insectes de nos latitudes peuvent bien être chargés en pesticides. Il y a peut-être un parallèle à faire avec les champignons, toutes les espèces n’étant visiblement pas comestibles.

Appétissant le criquet, non ?

Appétissant le criquet, non ?

Les mammifères, les poissons ou les fruits de mer rencontrent bien plus de succès. Jean-Lou de Green-Escape a d’ailleurs écrit un très bon article sur le sujet, il y a près d’un an, où l’on comprend les avantages de l’entomophagie – ça claque plus qu’insectivorisme, non ? -, aussi bien nutritionnels qu’écologiques (le rendement est phénoménal). Il y a comme un certain air prophétique dans sa conclusion, tout en regrettant la faiblesse de l’offre actuelle, principalement constituée  de friandises aux insectes  :

Néanmoins, je suis persuadé que l’entomophagie, c’est à dire la consommation d’insectes par l’être humain va se développer. Attendez vous à voir les insectes envahir vos assiettes au cours des prochaines années sous une forme visible ou invisible dans la liste des d’ingrédients.

Pas plus tard que le mois dernier, j’ai eu une agréable surprise, en apprenant que très près de chez moi, à Saint-Orens de Gameville (Sainto’ pour les intimes) une startup a vu le jour, elle cultive des insectes comestibles, de manière bio (grillons et vers de farine, pour le moment). Elle se nomme Micronutris, et vous pouvez retrouver des vidéos de la télévision sur son site web.

Mais si on veut commander, ça sera sur le site Mangeons-des-insectes.com.

mangeons insectesLe site est sympathique, plutôt pédagogique (lire la FAQ !), un blog à rajouter à vos flux RSS, des recettes et les habituels réseaux sociaux. Il est déjà dans mes favoris.

Leur offre de base se limite seulement aux inévitables chocolats comme le regrettait Jean-Loup, mais des insectes déhydratés sont également disponibles sous forme de sachets (grillons et vers de farines). Mais gageons que leur offre devrait s’étoffer au fur et à mesure du succès rencontré, ainsi que les prix. Je tique un peu sur l’argument « pauvre en graisses » mais ça c’était prévisible. Je réfléchis déjà à une recette avec de l’huile de noix de coco…ils n’en sont qu’à leurs débuts, mais je suis très enthousiaste, c’est un euphémisme.

Des articles et photos sur la presse régionale (non exhaustif)

ToulécoLa Depeche du MidiL’IndépendantMidi-Libre

micronutris

Cholestérol : mais que se trame-t-il ?

Je ne sais pas exactement ce qui se passe, ils se sont tous donnés le mot.

On m’a informé d’un article sur le Huffington Post, à propos du cholestérol.

Quelques jours plus tard, c’est au tour du Nouvel Observateur d’aborder le sujet.

Michel de Lorgeril est passé sur France3 hier soir (aller vers 18.50).

Sur Books.fr, et certainement de mèche avec le Huffington Post, même rengaine, un dossier sur le sujet :

Obélix...meilleur ami d'Idéfix...

Obélix…meilleur ami d’Idéfix…

On pourra même y trouver, entre autres une interview de ce cher Uffe Ravnskov, avec une bibliographie intéressante, j’y découvre même certaines références. Je suis sur le cul, ouais. Les langues commencent à se délier…enfin ?

La vraie question c’est pourquoi ? La simple consultation du blog de Michel de Lorgeril donne quelques infos, sous le titre évocateur « Attention, ça va bouger ».

Plusieurs revues de langue anglaise viennent de publier des articles, plutôt présentés comme des « opinions » ou des « personal views » dénonçant les pratiques de l’industrie, celle du médicament et celle de l’agroalimentaire !

C’est violent [on parle dans le British Medical Journal de « crimes mafieux » ou « corporate crime« ] et quand même assez inattendu juste maintenant.

C’est plutôt de bonnes nouvelles en perspectives : on sait déjà que la promotion, la diffusion de l’hypothèse lipidique était de nature politique. Là il semble enfin que la société civile ait réuni suffisamment de preuves pour désigner les coupables, depuis tant d’années. Scientifiquement, elle avait déjà du plomb dans l’aile – bien que l’on en parle très peu en francophonie – il manquait encore le coup de grâce sur Big Pharma et les statines, les complices du monde industriel, médical et politique.

Je prépare le popcorn les amandes et le Porto. Ca va être passionnant.

Soigner la parole, soigner l’esprit

Feu Paul Watzlawick (1921-2007)  était un homme fascinant, terriblement cultivé, qui a souvent pris la plume pour vulgariser ses travaux ainsi que ceux de ses collègues, Bateson par exemple.

C’est le fer de lance de l’école de Palo Alto, son meilleur ambassadeur pour être plus précis. C’est une école de psychologie à but thérapeutique, un peu méconnue, se démarquant de l’ancêtre Freud sur plusieurs points : les interactions entre individus sont plus analysées que le psychisme profond d’iceux. De même parmi les enseignements de cette école, les thérapies cognitives courtes sont préférables à de longues séances de psychanalyse dédiées à trouver en vain l’ultrasolution et qui vous épuisent plus que le problème initial en soi et qui résoudrait en même temps tout les maux de l’humanité  : opération réussie, patient décédé sonne comme une blague mais démontre l’absurdité du jusqu’au-boutisme.

Le néophyte se dirigera vers des ouvrages de vulgarisation, justement écrits à destination du grand public comme Faites-vous même votre propre malheur, ou Comment réussir à échouer – trouver l’ultrasolution

palo alto

2 best sellers de l’école de Palo Alto

Ce sont des livres assez courts et qui introduisent le lecteur à la vision qu’a Paul Watzlawick de la psyché humaine, des relations, et peut-être même, de la vie. C’est une vision assez humoristique, plutôt absurde, les titres sont d’ailleurs assez évocateurs.

Toutefois, j’ai une préférence pour Le langage du changement, véritable bijou qui résume bien la pensée Palo Altienne et qui aborde la notion de double-contrainte, ainsi que celle de des injonctions paradoxales, impossibles à respecter et pouvant créer à terme certaines confusions mentales ou psychopathologies (cf. Vers une théorie de la schyzophrénie, Bateson, paru en 1956) :

  • Sois spontané ! – la plus célèbre.
  • Il est interdit d’interdire ! – tiré de mai 68, car Watzlawick était non seulement cultivé, mais également francophile !
Peut-être le meilleur ?

Peut-être le meilleur ?

Le point de départ est que les thérapeutes doivent avoir un langage : la parole peut-être thérapeutique, salvatrice pour le patient, encore faut-il le savoir, et comment l’utiliser à bon escient. On y apprend quelques rudiments sur les différences entre les deux hémisphères du cerveau, selon lui, ce n’est pas avec le cerveau gauche dit « rationaliste » que l’on peut se débarrasser d’un problème ou vivre sereinement avec mais avec le cerveau droit, plus branché en mode « artistique »* : trop de logique tue la logique, et une solution logique ne saurait être la bonne. En revanche « Prêcher le faux pour obtenir le vrai » pourrait être un proverbe qui résume son approche. Un peu à la manière de l’homéopathie, il suggère de prescrire le symptôme, de combattre le mal…par le mal en quelque sorte. Il donne un exemple lumineux, celui de John Hunter, auteur d’un Traité des Maladies Vénériennes au 18ème siècle, disponible sur Google Books :

Un gentilhomme me confia avoir perdu ses pouvoirs sexuels (…). Après plus d’une heure de consultation, je tirais de son cas les constatations suivantes : d’une part, il avait à des moments inopportuns de fortes érections, ce qui prouvait qu’il était bel et bien en possession de ses pouvoirs naturels, que ces érections étaient accompagnées de désir, ce qui à son tour, est ce que nature requiert, mais que malgré cela, il demeurait une certaine insuffisance que je supposai provenir de son état d’esprit. Je lui demandai alors s’il réagissait de la même manière avec toutes les femmes. Sa réponse fut négative : avec certaines femmes il parvenait à jouir normalement. Cette remarque me permit de circonscrire la source du mal plus étroitement. Il s’avérait donc qu’une seule femme était responsable de faire naitre cette incapacité, et qu’à son tour l’incapacité était due au désir trop vif du monsieur de mener son entreprise à bien. Comme cette situation provenait exclusivement de son attitude mentale résultant d’une circonstance particulière, il fallait faire appel au cerveau pour réussir la cure. Je lui dis, par conséquent, qu’il guérirait s’il lui était possible de se fier entièrement à sa propre volonté de continence. Après que je lui eus expliqué ce que j’entendais par cela, il m’assura de se sentir parfaitement capable de contrôler ses actes et ses décisions. Je lui dis donc que, s’il avait vraiment confiance en lui-même, il devait s’allonger auprès de cette femme tout en se promettant de s’abstenir de tout rapport avec elle six nuits durant, quels que fussent sa puissance ou ses désirs, et de m’informer du résultat obtenu, ce qu’il convint de faire. Une quinzaine de jours plus tard, il vint me dire que la nouvelle démarche avait produit une telle transformation en lui que non seulement la puissance était revenue, mais que lorsqu’il se couchait tout les soirs, l’angoisse n’était plus celle de son impuissance, mais au contraire celle de se trouver possédé d’un désir si violent qu’il risquait de s’en trouver fortement incommodé, ce qui en fait s’était produit, et qu’à présent il était prêt à réduire la durée de temps convenue au préalable. Le « maléfice » une fois rompu, esprit et virilité marchaient de pair, l’esprit ne revenant plus jamais à son état premier.

On comprend dès lors son amour pour l’humour absurde développé par exemple dans Faites vous-même votre propre malheur. Sans tomber dans les affres de l’humour-thérapie, les thérapies courtes inspirées de Palo Alto désarçonnent le patient pour son bien, à l’aide d’outils qui ont fait leurs preuves. Par exemple quand le patient est atteint de panique, le thérapeute prend le contrepied, en posant des questions absurdes hors-propos du type « Quand avez-vous passé le bac ? » ou « Qu’avez-vous mangé ce matin » en étant sérieux et pressant, histoire de détourner l’attention.

Aussi il est intéressant de noter qu’il explique de manière scientifique les pouvoirs de certains gourous, chamans : nulle trace de magie nulle part, juste des outils, ces éléments de langage dont certains sont connus depuis très longtemps ont bel et bien des propriétés thérapeutiques, curatives. Et ça n’est pas ésotérique que de l’affirmer, c’est comme ça qu’il semble que l’on fonctionne.

* c’est une vision bien entendu réductrice, j’admets, pour aller plus vite.