Archives mensuelles : avril 2013

Les bons polars rapprochent les romanciers du firmament

Une fois l’an, je prends des risques. Par risques, j’entends, sortir de ma zone de confort ce qui peut se traduire par exemple par l’achat d’un disque en dehors de mes goûts habituels. Ca me réussit, parfois, pas tout le temps.

Cette fois-ci, c’est Amazon (vous savez la librairie du diable), qui m’a fait une suggestion originale, un polar. Pourquoi originale ? Hé bien, parce que je ne lis pas de polars, habituellement. Agatha Christie, j’ai tenté, j’ai pas accroché. Gaston Leroux ? Trop daté, y compris dans l’écriture. Simenon ? Pas aimé. Frédéric Dard ? Truculent, mais ça doit pas être ma génération. Et je n’ai rien tenté non plus auprès des américains comme Dashiell Hammett ou James Ellroy, parce qu’échaudé par ma brève expérience du genre. En quelque sorte, j’en étais parvenu à la conclusion triste que le polar, ou le roman noir et moi, ça fait deux.

La suggestion d’Amazon, c’était le premier roman d’un jeune prodige d’un trentenaire affirmé, Olivier Gay : Les Talons hauts rapprochent les filles du ciel

olivier gayBon…le prix n’est pas excessif, le roman a gagné le prix du premier roman du Festival de Beaune en 2012, je me dis que je ne dois pas prendre trop de risques, allez, zou, emballé c’est pesé, en une minute, le roman est déjà sur ma kindle.

Je l’ai lu en une soirée. Impossible d’en décrocher. Le style est léger, amusant, sautillant, bourré de références, et de dérision et d’auto-dérision. Si le pari était de séduire le lecteur, c’est gagné. On suit les aventures de John-Fitzgerald, dit Fitz, un trentenaire affirmé, un parisien fêtard et friand d’aventures sans lendemain, procrastinateur le jour, dealer la nuit – mais il a sa ligne de conduite, une vraie déontologie attention, pas plus d’un gramme ou deux par personne et par nuit ! – . On est donc projeté dans un milieu très particulier, celui des nuits parisiennes, avec ses codes, les stars du moment qui viennent s’y montrer ou venir chercher un peu de cocaïne, ses videurs, ses serveurs, ses habitués. Une vraie peinture sociale.

Notre héro, ou plutôt anti-héro est aussi un fervent geek, accro aux MMO (des jeux online, sur PC), ce qui le rendra peut-être plus proche du jeune lecteur lambda. Quand il nous donne la description de sa piaule ou des clubs, ça sent encore un mélange improbable de stupre, d’alcool, de parfums de filles. On se surprend même à apprécier son parisianisme exécrable (rien au-delà du périph à l’exception de Neuilly !), tout comme la décadence du monde de la nuit. Et surtout il a ses amis, Deborah et Moussah (ah !) une professeur des collèges et un videur black…tous deux accros à la poudre blanche et Fitz se fait un plaisir, que dis-je, un devoir de les ravitailler. Il y a aussi Jessica, son ex, devenue flic…elle ne garde plus que des sentiments de grande sœur envers lui.

C’est dans ce cadre, et des meurtres en série de nightclubbeuses, que Fitz va être amené, malgré-lui, malgré sa nonchalance, malgré son dilettantisme professionnel, à mener une enquête…et à se retrouver fatalement dans la merde. Ce qui du point de vue du lecteur est une aubaine, sans que la situation ne soit réellement burlesque, on ne se prend jamais à le plaindre, un peu comme s’il l’avait cherché…

mannequins filles modèlesLe second volume, Les mannequins ne sont pas des filles modèles, paru cette année est dans la même veine : on prend les mêmes et on recommence ? Il y a de ça, on étoffe les relations entre les personnages, Moussah notamment ; on reste dans une galerie de portraits hauts en couleur (le fameux Nathan chef de l’agence de mannequins, ou tout simplement les mannequins elles-mêmes pas avares en coups bas). Le style reste le même à savoir actuel, racé, pétillant et farci de clins d’œil divers. Avec peut-être un côté geek plus présent, grâce à un hacker que l’on aime détester. On s’attache à ces camés, à ces losers en puissance en quelque sorte.

Le talent est dans la plume et dans la capacité à vous projeter dans un milieu donné. C’est réussi. Toutefois ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine, ça n’est nullement le propos. On est dans le roman de gare de compétition. Le type de roman que vous lisez parce que vous allez prendre le train ou l’avion, il vous faut du prêt à consommer, et facile à lire. Et que vous dévorez, parce que vous n’avez pas le choix, il faut le lire jusqu’au bout, sinon vous seriez frustré.

C’est frais et prometteur, l’auteur a une belle marge de progression à mon sens. Olivier Gay officie aussi dans la fantasy (Le Boucher), mais je crains de ne pas y retrouver les mêmes qualités. Auteur à surveiller, d’autant que je suis assez difficile, pour ne pas dire snob. Je suis d’ores et déjà sur les starting-blocks pour le prochain volume des aventures de Fitz !

Mouvements et postures, quelques éléments salutaires (2)

La chaise (avec le fauteuil !) est la pire invention de l’humanité. Nos ancêtres ne disposaient pas de chaises. Tout au plus, ils s’asseyaient sur des rochers, des troncs d’arbres, que sais-je encore, et dans une posture différente. Certainement pas affalés. En squat sans doute. Aussi il faut tenir compte de notre anatomie pour optimiser sa posture au boulot. S’il n’est pas possible d’adopter une station de travail debout pour cause d’entreprise non conciliante, il est possible de minimiser les dégâts de la posture assise, en achetant des chaises-selles, par exemple. Pas pour limiter le manque de mouvement, mais tout au plus pour éviter d’abîmer la structure de votre corps. Je vous invite à lire cet article de Primal-Alpha. Le mal de dos, le mal du siècle comme on dit souvent. On va éviter de tomber dans l’erreur de la mono-causalité, mais il est indéniable que nos mauvaises habitudes contribuent à dérégler notre squelette.

Et après ? Comment adopter de bonnes postures, adopter une conduite de vie pour prendre soin de notre corps ? J’ai ouï dire que le yoga apportait un plus. Quelques exercices réguliers prescrits par un kiné peuvent aider, ponctuellement. Ces derniers temps et étant gênés, moi-même par quelques soucis lombaires (hé oui), j’ai ouvert et fini un livre rafraichissant en la matière, The new rules of posture, how to sit, stand and move  in this modern world, de Mary Bond.

mary bond rules postureVoici un extrait (disponible par ailleurs en pdf sur son site) qui parlera à nombre d’entre vous, les paléos surtout :

Parce que les chaises sont omniprésentes dans nos cultures occidentales, la plupart des gens affirment que s’asseoir est naturel. Nos premiers ancêtres, toutefois, étaient des nomades dont les vies étaient un débit constant d’activité physique : marcher, chasser, cueillir de la nourriture,  faire et défaire les camps. Pour les tâches domestiques, ils s’agenouillent ou sont en position de squat. Quand ils étaient fatigués ils s’étendaient et dormaient. Ils n’avaient pas de chaises, et plus vraisemblablement, pas de douleurs dorsales. Dans les études des sociétés actuelles qui « squattent » plutôt qu’être assis sur une chaise, les chercheurs rapportent des taux plus faibles de dégénérescence des disques intervertébraux, que dans nos cultures assises. En Amérique moderne, personne au-delà de 4 ans n’est en position de squat.

Nos hanches ne sont pas assez flexibles. Mais squatter en soi n’est pas la base d’une colonne vertébrale saine. Ce que les gens provenant de cultures de squat ont en plus sur les cultures assises est qu’ils bougent plus en général. Le mouvement approvisionne les disques en fluide, les gardant suffisamment hydratés et nourris pour soutenir l’usure de la vie quotidienne. L’histoire occidentale ne mentionne les chaises qu’à partir de la période où les gens commencèrent à s’installer dans un lieu donné plutôt que d’errer de lieu en lieu. Les plus vieilles chaises restantes des anciennes cultures ont été trouvées dans la tombe de Toutankhamon, un pharaon égyptien qui est mort aux alentours de 1352 avant Jésus-Christ, même si les représentations de dignitaires assis sur des chaises datent de 1500 ans plus tôt. Être assis sur des chaises n’était pas répandu parmi les gens ordinaires, uniquement à partir de la révolution industrielle au dix-neuvième siècle.

Donc même si les classes les plus hautes se sont assises sur des chaises depuis 5 millénaires, les gens du peuple les ont utilisées seulement depuis 200 ans. Dans cette courte période, le travail des hommes et les modes de vie ont considérablement changé dans le sens de moins de mouvement corporel requis. La période électronique accélèrent cette évolution culture encore plus. De plus en plus de gens s’asseoient et deux fois plus longtemps qu’ils ne l’ont fait depuis la période précédent la seconde guerre mondiale. Les corps humains, toutefois n’ont pas eu de changements évolutifs correspondants : comme nos ancêtres, nos corps sont conçus pour bouger.

C’est clair, c’est limpide. Nous, autres urbains, travailleurs en bureaux, nous fourvoyons chaque jour.

Je regrette qu’il n’y ait pas de traduction de cet ouvrage. L’auteur a une base issue du rolfing. Ques’aquo le rolfing ? Le rolfing c’est l’Intégration Structurale (en françaisen anglais), théorisé par feu Ida Rolf. Bon, honnêtement, il se pourrait que (à l’instar de la méthode Mézières) les explications scientifiques de la méthode soient contestés et contestables : on y parle de l’influence de la gravité (la première force qui s’exerce sur nous), de la forme qu’est censée avoir la colonne vertébrale, du rôle essentiel des fascia (et du tissu conjonctif en général) dans la coordination musculo-squelettique, et évidemment donne des pistes, des mouvements à effectuer (si possible avec un thérapeute nommé rolfeur, en plusieurs séances) pour retrouver sa souplesse, guérir de maux divers, voire améliorer ses performances, de nombreux sportifs ou danseurs font appel à des rolfeurs dans ce but-là. Ainsi un français, un certain Hubert Godard, danseur de son état préface-t-il le livre de Mary Bond.

Le rolfing, un livre en français

J’ai été échaudé quant à la lecture de ceci ou encore de ceci. Sur l’ouvrage ci-dessus, je n’ai pas franchement ressenti le fruit d’un mouvement sectaire, quoique les explications puissent être de niveau naturopathique : cela fonctionne, mais pour des raisons plus complexes que celles qui sont usuellement données (pseudo-scientifiques).  Quoiqu’il en soit, le livre de Mary Bond m’a paru un poil plus sérieux, moins aventureux dans les explications.

En résumé, ce qu’elle dit, c’est que la conscience tient une importance centrale : de ce point de vue la pratique de la sophrologie ou du yoga doivent aider. Elle embraye d’ailleurs sur la puissance d’une bonne respiration : ni trop courte, ni trop longue (contreproductif visiblement pour cause d’hyperventilation), celle-ci doit-être profonde et ventrale, vous devez sentir tout l’air passer par votre nez. Vous devez sentir l’ensemble des mouvements qui s’y produisent, de l’ouverture de votre cage thoracique et du diaphragme à l’expansion des poumons. Même l’expansion optimale des côtes aurait des vertus. Et je ne serais pas étonné que la plupart des effets positifs dû à la méditation ne sont que ceux d’une respiration optimale, que nous aurions tendance à ne pas assez pratiquer dans nos vies…

Elle liste un certain nombre de mouvements à effectuer, afin de retrouver souplesse, agilité et que disparaissent maux musculaires divers. En précisant qu’il est important de les varier, avec une remarque digne de Arthur de Vany, ou de Nassim Taleb :

La recherche suggère qu’effectuer des mouvements inhabituels contribue à l’intelligence et la créativité (réf) et peut même se trouver à la base de la conscience qui nous distingue des autres créatures. Quand des chercheurs ont comparé les mouvements de divers primates, ils ont vu que les chimpanzés se balançaient à travers les arbres avec des mouvements biens plus complexes et non stéréotypés que ne le faisaient les autres plus petits singes. Les primates plus lourds, nos cousins ancestraux devaient avoir suffisamment de conscience du corps pour éviter de tomber en bougeant de manière stratégique. Les petits primates pouvaient s’en sortir en répétant les mêmes actions encore et encore (réf)

Maintenant, je quitte ma chaise et je mets en pratique tous ces bons conseils !

Mouvements et postures, quelques éléments salutaires (1)

J’ai longtemps hésité à poster cet article (en deux parties). Pour plusieurs raisons, c’était parce que cela entrait en résonance avec ma propre vie. Et aussi parce que je n’arrivais pas à trouver de fil directeur, bien qu’en possession des éléments pour l’écrire.

La nutrition compte. Beaucoup. Mais ce serait une erreur de limiter l’analyse de sa propre santé à la lumière de la nutrition seulement. Elle intervient, mais elle ne fait pas tout. Elle est une partie, certes importante, du mode de vie.

Le mode de vie, c’est l’ensemble des bonnes pratiques à adopter et qui font de vous que vous êtes en bonne santé, ou au contraire, que vous avez des problèmes récurrents. Je crois que la nutrition fait partie du mode de vie : avoir une nutrition riche en micronutriments, un équilibre calorique, pas trop d’alcool, peut-être jeûner. Il existe plusieurs modèles de bonnes nutritions, inutile de s’appesantir là-dessus. Aussi il faut reconnaitre que dormir suffisamment, est un passage obligé pour être en pleine forme : non seulement il fait manger davantage, ce qui aggrave potentiellement la partie nutrition du mode de vie, mais intervient aussi dans les maladies cardio-vasculaires, vous rend moins efficace au travail, provoque des blessures chez les sportifs en plus de bouleverser votre équilibre hormonal en diminuant votre taux de testostérone. Et encore ça n’est que la face émergée.

La gestion du stress compte aussi, d’ailleurs c’est pour cela qu’il est recommandé d’effectuer de la méditation.  Le stress (et les pensées négatives) accentue ou provoque des insomnies stress via le système nerveux sympathique. On notera donc que les problèmes sont interconnectés entre eux, et que pour cette raison, après avoir vu un praticien, on se voit obligé de combattre les maux sur plusieurs fronts.

Autres éléments qui peuvent jouer sur votre santé : l’isolement social, la sexualité, le manque de soleil et…une posture inadaptée.

Être assis peut aider à réfléchir...mais attention !

Être assis peut aider à réfléchir…mais attention !

Voilà qui est difficile à expliquer. La posture inadaptée par excellence est la posture assise. Je me souviens d’un article de Jean-Lou de Green-Escape que je n’avais pas trop pris au sérieux à l’époque. J’étais dans une posture (c’est le cas de le dire) de défiance vis à vis des études sur la station assise : après tout, il s’agit d’un mode de vie urbain, donc ça doit-être confondu avec pleins de choses, comme manger plus de junk food, faire moins de sport, etc. Et puis il y a eu cette étude parue il y a quelques mois qui m’a fait réfléchir :

L’activité physique à intensité minimale (rester debout et marcher) sur une longue durée améliore l’action de l’insuline et les lipides sanguins plus que de courtes périodes d’exercices de modérés à vigoureux (vélo) chez des sujets sédentaires à dépense énergétique comparable ; conclusions : une heure d’exercice physique quotidien ne peut compenser les effets négatifs de l’inactivité sur le niveau de l’insuline et les lipides plasmatiques si le restant de la journée est passé en étant assis.

Réduire l’inactivité en augmentant le temps passé à marcher ou en restant debout est plus efficace qu’une heure d’exercice physique quand la dépense énergétique est constante. Le premier mot qui m’est venu à l’esprit est…déprimant. Cela me renvoie à ma propre vie de sédentaire, qui travaille dans un bureau toute la journée. Et je dois dire que cette étude rejoint mon propre vécu : la période où j’étais le plus en forme était celle où j’étais en mission pendant 2 mois il y a quelques années, et donc très peu souvent assis. Et en ayant la même alimentation. Peut-être est-il possible de se demander quels auraient été les résultats en contrôlant la nourriture, la différence avec la station couchée (lire ?), les périodes de jeûne, mais le constat est sans appel : être assis tue. Dit autrement, faire un peu d’exercice ne fait du bien que dans le sens où cela éloigne du vrai mal, le manque de mouvement sur une période prolongée.

D’ailleurs il n’est pas obligatoire de courir pour en recueillir des effets positifs : selon cette étude la marche est aussi bonne que la course à pied, à dépense énergétique équivalente.

Et c’est loin d’être la seule étude allant dans ce sens. Le constat est partagé chez Dan’s Plan (en anglais) ou encore chez Alexis de Nouvel Homme qui s’est fendu d’un excellent article sur le sujet. Je réfléchis ainsi à adopter un bureau haut pour chez moi. Au boulot, cela risque d’être plus difficile. Je me lève toutes les heures pour effectuer quelques mouvements (des squats surtout). Mais suis-je certain que cela suffise ? Mystère et boule de gomme, peut-être est-il encore temps de changer de travail. Il n’est peut-être pas exagéré de penser que si vos parents retraités font de la randonnée tous les jours, du bricolage, ou quelconque activité physique basique même peu exigeante, ils soient en meilleure forme que vous, travailleurs urbains sur ordinateur !