Les bons polars rapprochent les romanciers du firmament

Une fois l’an, je prends des risques. Par risques, j’entends, sortir de ma zone de confort ce qui peut se traduire par exemple par l’achat d’un disque en dehors de mes goûts habituels. Ca me réussit, parfois, pas tout le temps.

Cette fois-ci, c’est Amazon (vous savez la librairie du diable), qui m’a fait une suggestion originale, un polar. Pourquoi originale ? Hé bien, parce que je ne lis pas de polars, habituellement. Agatha Christie, j’ai tenté, j’ai pas accroché. Gaston Leroux ? Trop daté, y compris dans l’écriture. Simenon ? Pas aimé. Frédéric Dard ? Truculent, mais ça doit pas être ma génération. Et je n’ai rien tenté non plus auprès des américains comme Dashiell Hammett ou James Ellroy, parce qu’échaudé par ma brève expérience du genre. En quelque sorte, j’en étais parvenu à la conclusion triste que le polar, ou le roman noir et moi, ça fait deux.

La suggestion d’Amazon, c’était le premier roman d’un jeune prodige d’un trentenaire affirmé, Olivier Gay : Les Talons hauts rapprochent les filles du ciel

olivier gayBon…le prix n’est pas excessif, le roman a gagné le prix du premier roman du Festival de Beaune en 2012, je me dis que je ne dois pas prendre trop de risques, allez, zou, emballé c’est pesé, en une minute, le roman est déjà sur ma kindle.

Je l’ai lu en une soirée. Impossible d’en décrocher. Le style est léger, amusant, sautillant, bourré de références, et de dérision et d’auto-dérision. Si le pari était de séduire le lecteur, c’est gagné. On suit les aventures de John-Fitzgerald, dit Fitz, un trentenaire affirmé, un parisien fêtard et friand d’aventures sans lendemain, procrastinateur le jour, dealer la nuit – mais il a sa ligne de conduite, une vraie déontologie attention, pas plus d’un gramme ou deux par personne et par nuit ! – . On est donc projeté dans un milieu très particulier, celui des nuits parisiennes, avec ses codes, les stars du moment qui viennent s’y montrer ou venir chercher un peu de cocaïne, ses videurs, ses serveurs, ses habitués. Une vraie peinture sociale.

Notre héro, ou plutôt anti-héro est aussi un fervent geek, accro aux MMO (des jeux online, sur PC), ce qui le rendra peut-être plus proche du jeune lecteur lambda. Quand il nous donne la description de sa piaule ou des clubs, ça sent encore un mélange improbable de stupre, d’alcool, de parfums de filles. On se surprend même à apprécier son parisianisme exécrable (rien au-delà du périph à l’exception de Neuilly !), tout comme la décadence du monde de la nuit. Et surtout il a ses amis, Deborah et Moussah (ah !) une professeur des collèges et un videur black…tous deux accros à la poudre blanche et Fitz se fait un plaisir, que dis-je, un devoir de les ravitailler. Il y a aussi Jessica, son ex, devenue flic…elle ne garde plus que des sentiments de grande sœur envers lui.

C’est dans ce cadre, et des meurtres en série de nightclubbeuses, que Fitz va être amené, malgré-lui, malgré sa nonchalance, malgré son dilettantisme professionnel, à mener une enquête…et à se retrouver fatalement dans la merde. Ce qui du point de vue du lecteur est une aubaine, sans que la situation ne soit réellement burlesque, on ne se prend jamais à le plaindre, un peu comme s’il l’avait cherché…

mannequins filles modèlesLe second volume, Les mannequins ne sont pas des filles modèles, paru cette année est dans la même veine : on prend les mêmes et on recommence ? Il y a de ça, on étoffe les relations entre les personnages, Moussah notamment ; on reste dans une galerie de portraits hauts en couleur (le fameux Nathan chef de l’agence de mannequins, ou tout simplement les mannequins elles-mêmes pas avares en coups bas). Le style reste le même à savoir actuel, racé, pétillant et farci de clins d’œil divers. Avec peut-être un côté geek plus présent, grâce à un hacker que l’on aime détester. On s’attache à ces camés, à ces losers en puissance en quelque sorte.

Le talent est dans la plume et dans la capacité à vous projeter dans un milieu donné. C’est réussi. Toutefois ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine, ça n’est nullement le propos. On est dans le roman de gare de compétition. Le type de roman que vous lisez parce que vous allez prendre le train ou l’avion, il vous faut du prêt à consommer, et facile à lire. Et que vous dévorez, parce que vous n’avez pas le choix, il faut le lire jusqu’au bout, sinon vous seriez frustré.

C’est frais et prometteur, l’auteur a une belle marge de progression à mon sens. Olivier Gay officie aussi dans la fantasy (Le Boucher), mais je crains de ne pas y retrouver les mêmes qualités. Auteur à surveiller, d’autant que je suis assez difficile, pour ne pas dire snob. Je suis d’ores et déjà sur les starting-blocks pour le prochain volume des aventures de Fitz !

5 réflexions au sujet de « Les bons polars rapprochent les romanciers du firmament »

    1. Sylvain Auteur de l’article

      Merci pour ton commentaire.

      En fait j’ai bien Le Boucher…dans ma kindle, je l’ai acheté sans réfléchir. Il faut juste que je fasse un effort, je ne suis pas du tout dans l’esprit fantasy en ce moment (j’en ai lu par le passé tout de même). Un petit effort d’adaptation à l’univers, et ça devrait aller. Je vais lire ta chronique derechef.

      Répondre

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