Archives mensuelles : juin 2013

Le snobisme sans gluten (2)

Bon, je reprends les choses où je les avais laissées ici.

Pas de nouvelles de Apie, je suis presque déçu, a-t-il seulement reçu l’ouvrage en question (partiellement mea culpa, s’il ne lit pas l’anglais, j’aurais pu lui envoyer la version française, canadienne en fait), je pense que je ne le saurais jamais, il a du finir sur un bureau au mieux…

De toute façon, cet ouvrage est déjà dépassé, et cocorico, c’est un français, Julien Venesson, cette fois, qui reprend le flambeau, là où les docteurs Seignalet ou Davis s’était arrêtés, en publiant Gluten comment le blé moderne nous intoxique.

blé moderne intoxiqueJe l’ai lu très rapidement, en quelques heures la nuit, finissant par bien connaitre le sujet, à force. Je crois bien qu’il s’agit de l’ouvrage le plus juste et scientifique sur le sujet. Exit la théorie de l’encrassement de Seignalet, qui prête à sourire plutôt qu’autre chose. Exit le recyclage de la théorie insulinique reprise par le docteur Davis, qui était à mon sens le gros point faible de Wheat Belly*. On a là donc un livre très bien écrit (j’ai été très agréablement surpris), plein de science, et pédagogique : des schémas explicatifs étaient vraiment bienvenus pour certains mécanismes. Parmi les points forts, je citerais l’explication de la polyploïdie du blé (1), le mécanisme de la perméabilité intestinale via le relais d’une hormone clé  – la zonuline- (2), et aussi pourquoi on ne digère jamais la gliadine, le composé du gluten  – en fait une classe de molécules, on l’oublie souvent – le plus problématique (3).

(1) l’histoire du blé moderne est fait de multiples croisements – hybridations – avec de multiples céréales cousines (il y a de fait, plusieurs blés, plusieurs épeautres), nous nous retrouvons grosso modo avec l’ancêtre du blé moderne, le bien nommé triticum aestivum, qui lui, va être l’objet d’expérimentations génétiques plus ou moins douteuses grâce à un certain Norman Borlaug à qui l’on doit le monstre génétique actuel et qui est suspecté de biens des maux.

(2) Il se dit que l’intolérance au gluten est due à d’autres facteurs que le gluten en soit. C’est vrai. Mais on ne doit pas oublier que si la perméabilité intestinale est favorisé par l’activation de la zonuline, les jonctions intestinales se desserrent, laissant passer des protéines (et plus) indésirables dans le sang, et à partir de là, les maladies auto-immunes peuvent démarrer. C’est là que les ennuis commencent, et il semble bien que le gluten a cette capacité à activer la zonuline.

(3) C’est un point que je n’arrivais pas à comprendre jusque là : je n’ai pas l’impression que tout les gens qui mangent du pain souffrent, même en silence. La gliadine n’est certes pas digérée par notre arsenal enzymatique et est expulsée via les selles dans le meilleur des cas, mais certaines personnes ont soit des intestins solides (non poreux), soit des habitudes alimentaires saines (même si non paléo, je vous vois venir petits canailloux) qui minimisent largement l’impact du blé, au point d’en devenir pratiquement bénin : les populations méditerranéennes, par exemple ?

Gluten Comment le blé moderne nous intoxique passe en revue les pathologies liées au blé (et au gluten), comme la maladie de Crohn, la spondylarthrite ankylosante (à vos souhaits), le colon irritable, articulations douloureuses, le vieillissement, ou même l’autisme : à ce sujet lire cet article de lanutrition.fr, qui fait largement écho à mon article fait de bric et de broc sur le régime GAPS.

Cet ouvrage est largement expurgé des tendances pseudo-scientifiques qui entourent les écrits de Seignalet ou de Davis. L’épilogue (Conclusion : ce livre n’est pas scientifique) est éloquent, je soupçonne Julien Venesson d’avoir compris la relégation des régimes sans gluten à un trip new age de bonnes femmes en manque de sophismes naturalistes (bon ça m’arrive aussi, j’en ai conscience, mais je ne suis qu’un modeste blogueur qui s’interroge 😉 ).

Parmi les critiques que j’exprimerais, c’est le peu de place accordée à l’agglutinine de germe de blé. Cette lectine ne semble pas inoffensive, et j’aimerais en savoir plus. Je ne m’attendais pas non plus aux références liées aux régimes paléo (edit : en fait plutôt au régime des chasseurs-cueilleurs, pour être plus précis), il est possible de condamner le blé moderne en réhabilitant les anciennes espèces de blé. Pas un point négatif, mais je ne crois pas qu’il était nécessaire de surfer sur la vague. Encore que citer S. Boyd Eaton ou Staffan Lindeberg, on a vu pire.

Ah, et je tiens à justifier mon avatar : certaines contradictions aux ouvrages cités, histoire d’ajouter quelque dissonance désagréable  ne fait pas de mal, et suscite la réflexion, j’ai relayé sur twitter ces quelques liens.

Le plus dérangeant : Pourquoi Davis est dans le champ (de blé) : les tritiques critiques de ce chercheur canadien me semblent valables et me mettent mal à l’aise. Je crois que Venesson fait la même interprétation de certaines études citées par Davis (celles concernant la naloxone ? Je ne retrouve pas la page, parfois l’application kindle pour retrouver les mots-clés sur les ebooks est utile), ce qui serait problématique. Certains arguments me dérangeaient dans Wheat Belly, et ils sont bien démontés. A quoi bon revaloriser le petit épeautre si c’est pour se raccrocher à la vieille antienne des céréales coupables de l’état de santé défaillant des premiers agriculteurs, c’est un peu se tirer une balle dans le pied.

L’étude qui pourrait tout remettre en question ? L’auteur ne semble pas lier augmentation de la maladie céliaque à l’augmentation du contenu en gluten. Bizarre, et complètement en contradiction avec ce que j’ai pu lire par ailleurs, à creuser.

La piste enzymatique : tout un courant de praticiens, surtout dans les pays anglo-saxons recommandent l’élimination temporaire des glucides complexes qui seraient mal digérés dans l’intestin grêle, et fermenteraient plus que de raison dans le sigmoïde. Glucides Spécifiques (Elaine Gottschall dans Breaking the vicious cycle), le régime GAPS (en fait une variation du précédent), les régimes pauvres en FODMAPS en général. Une étude récente signale que les régimes sans gluten chez les personnes qui y sont sensibles -mais non céliaques- ne présentent pas plus d’effets bénéfiques s’ils sont déjà sur un régime pauvre en FODMAPS. Intéressant ! Cela ne concerne toutefois que les symptômes gastro-intestinaux comme l’intestin irritable, la constipation, etc. Toujours un doute pour les maladies auto-immunes ?

* l’existence des exorphines, glutéomorphines mentionnées par Julien Venesson, suffit par exemple à comprendre comment on peut être drogué au blé, le tout faisant exploser le compteur calorique. L’explication par les circuits du plaisir et de la récompense fonctionne aussi (y compris la bière). Les aliments qui font manger plus font mal aux théories « psychologisantes » sur la nature du surpoids ; non il ne suffit pas, pas tout le temps, d’aller mieux dans sa tête pour mincir : certains aliments, comme le blé, sont peut-être à éviter pour ne pas enclencher un cycle de fringales auto-alimentées. Sans compter la piste inverse, plus que défendable : consommation de « mauvais » aliments => mauvaise santé mentale plutôt que mauvaise santé mentale => consommation de « mauvais » aliments. Cela mériterait l’objet d’un article à part.

Bonus : l’Observatoire du pain met en place des affiches dans les centres urbains, notamment sur les arrêts de bus, chacun jugera la pertinence ou non de ces affiches…Il y a même un blog officiel. Il m’arrive de temps en temps de manger du pain, notamment à l’extérieur, au restaurant, sans souffrir plus que ça des effets (n’étant pas céliaque, la faible dose ne semble pas agir), mais comment dire, on restera sceptique sur le but d’une agence destinée à promouvoir la consommation quotidienne de pain : c’est bien ce qui est visé derrière l’expression « Coucou ? Tu as pris le pain« . Chacun se fera son idée, son propre test (analyses médicales par exemple pour l’intolérance au gluten, mais parfois ça ne se voit pas dans le sang, seul le vécu par l’abandon total du blé peut statuer) sur la quantité de blé qu’il peut ingérer sans en souffrir.

Des affiches à peine orientées

Continuer à suivre vos flux RSS (sans Google Reader)

Voilà quelques années que je me sers des flux RSS, tant au niveau personnel que professionnel. Cela me permet (entre autres) d’avoir à ouvrir les sites sous surveillance, de me concentrer sur un sujet en particulier, de n’ouvrir que les articles qui m’intéressent en lisant leur titre. Ou encore de retrouver rapidement un article lu il y a quelques temps grâce à un mot-clé. Je gagne en productivité, c’est évident.

J’ai donc commencé par Netvibes au niveau perso, puis FeedReader au niveau pro, vu que la politique de mon employeur étant de refuser l’accès à Netvibes. Qui ne fait pas que les flux RSS, rien qu’avec les widgets, on pouvait se connecter sous Facebook en outrepassant le proxy, ahem…FeedReader est un logiciel, donc les flux RSS sont stockés sur le disque dur. Pas d’utilisation nomade, mais impeccable pour moi au travail. En revanche j’étais frustré, car je voulais quand même garder un accès partout à mes flux, de manière synchronisée. Et là j’ai adopté Google Reader, le leader.

J’y ai découvert un outil très puissant, bien plus que Netvibes. Largement meilleur même.  Eclipsant, à mon sens la totalité des lecteurs de flux RSS qu’ils soient en ligne ou non. Comme mobylette et frigo, Google Reader est devenu synonyme de lecteurs de flux RSS, bon peut-être pas, mais il ne laissait au final que des miettes aux concurrents. Et puis la nouvelle qui fit grincer tant de dents, tomba comme un couperet le 13 mars 2013 sur le blog officiel.

alternatives google reader

😥 Google Reader à jamais dans nos coeurs 😥

C’est simple, c’est comme si vous étiez chouchoutés par des parents en or, jusqu’à une tardive vingtaine, et puis sans raison, ils vous disent, que vous deviez gagner votre vie et qu’ils vous expulsent dans quelques mois. Une vraie douche froide.

Après plusieurs essais, étant conservateur dans mes usages, je vais me reporter sur InoReader ou Feedly. Pour devenir totalement indépendant des déboires ou autres décisions arbitraires des sociétés qui hébergent ces outils, TinyTinyRSS semble plus adapté : Feedly ou InoReader peuvent aussi se faire la malle, à ce sujet, sauvegardez une copie du fichier OPML, on se sait jamais.

deux outils très proches de Google Reader, bien qu’indubitablement moins complet, l’essentiel à mes yeux y est. Je n’ai pas tranché entre les deux, je me donne un temps de réflexion pour déterminer à la longue lequel est le plus user-friendly comme on dit. Un bon point pour InoReader, l’import des flux a fonctionné, mais pas sous Feedly. Pourtant je trouve Feedly plus réactif. Wait & See, on verra à l’usage.

Pour un comparatif léger des outils existants, je vous conseille cet article de l’Oeil au Carré.

Pour une analyse plus approfondie et une revue d’un très large échantillon des outils, il existe ce diaporama ultime de Serge Courrier (cliquer sur l’image :

Serge Courrier
edit : le slideshare faisait planter mon navigateur avec moult ralentissements, j’ai donc mis un lien vers le diaporama.