Archives mensuelles : décembre 2013

Sous la cavité et la carie, le scepticisme

Les caries c’est toujours un succès, aucun scrupule donc, à écrire un nouvel article sur ce sujet. Allons-y gaiement.

La science évolue, comme vous le savez, c’est fait de chercheurs bossant en laboratoires (surtout), et de journalistes qui tiennent à apporter leur grain de sel histoire d’apporter leur pierre vulgarisatrice quand c’est possible. Parfois en déformant les résultats de la recherche, ce qui donne lieu régulièrement à des articles de mauvaise qualité, avec un titre bien racoleur – « Une noix par jour pour devenir centenaire » –

Depuis il y a eu l’avènement internet, les blogs, les forums, c’est le grand public plus ou moins averti qui a pu s’approprier le(s) sujet(s), en y apportant un éclairage sympathique. Ou pas, car en donnant la parole à tout le monde, on a certes plus de vifs débats, mais également une quantité phénoménale de déchets, à base d’expérience personnelle qui sert de thèse pour toute l’humanité, ainsi un certain Alain (cf Dur à Avaler) peut-il écrire en toute bonne foi pour étayer ses dires :

Je suis affirmatif parce que j’ai modifié progressivement (pendant quelques années) mon mode alimentaire et j’ai été surpris des résultats mesurables que j’ai obtenu…

Ben voyons : « j’ai trouvé mon mode alimentaire optimal et qui me convienne au mieux » = voici ce que tout le monde devrait faire, car c’est sûr ça va marcher ? Allons, allons, un peu plus de pudeur et un peu moins de certitude absolue…

A l’inverse, nous avons une partie du public, visible surtout dans la sphère anglosaxonne : les sceptiques. A priori, je serais tenté d’être dans leur côté, démonter la mauvaise science (debunking bad science), est un exercice sain, qui permet de faire la part des choses entre la science et la pseudoscience. Mais il ne faut pas abuser de toute chose, trop de scepticisme c’est également un poison. La science avance aussi parce que les chercheurs ont une forme de foi. Devenir 100% sceptique c’est ne plus croire en rien, or les chercheurs et la plupart des gens ont besoin de croire en certaines pistes (par exemple : le rôle de tel minéral dans la santé) afin de les rejeter ou de trouver…autre chose en chemin. Le scepticisme c’est l’inertie, on doute de tout, on ne fait plus rien, et on se contente de sniper les gens qui tentent de trouver des solutions. Comme dans un jeu vidéo, activité purement passive.

Le sniper de wikipedia

Le sniper de wikipedia

Ainsi, le scepticisme sur internet, est devenu le passe-temps favori de certains adolescents (ou pas mais c’est tout comme dans la mentalité) qui ont une forte culture scientifique, et qui vont donc se faire plaisir à écrire des articles pour se faire mousser auprès des potes, ou se trouver une nouvelle virilité en étant irrespectueux et détestable à souhait, après tout internet permet de dire ce qu’on ne se permettrait pas en face à face.

Par exemple, la bombe pigmatique de Eugene McCarthy trouve écho par exemple chez Skeptophilia. Chacun se fera son avis entre l’article patient, raisonné, et savamment construit, étayé, sourcé et argumenté du très courtois généticien américain, et l’avis lapidaire, agressif du blogueur skeptophilique. Et puis si le rasoir d’Occam (instrument favori des sceptiques, tiens tiens) ne devait pas s’appliquer, les faits relevés par Macroevolution sont vérifiables et écrasant de par leur nombre…et c’est autant de questions nouvelles qui resteraient en suspens. Pour un peu je dirais que les sceptiques manquent d’amour. Mais le fait de dire ça est le meilleur moyen de passer sous leurs fourches caudines…

Bon, revenons au sujet, les caries. Sur Facebook, via Stephen Guyenet, j’ai suivi l’activité d’un groupe  « I fucking hate pseudoscience » qui donne le ton : on va détruire toute la pseudoscience. Et tant pis s’il y a un peu d’authentique science qu’on aurait sous-estimé dans le lot : Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens. Dit différemment, c’est comme jeter le bébé avec l’eau du bain. Si vous parcourez le groupe, on peut même y trouver un article sensé détruire le régime GAPS. Le régime et ses résultats peuvent être contestés mais à l’heure où on redécouvre l’importance de la flore bactérienne dans la santé et l’humeur…mais c’est tellement plus urgent et défoulant de tirer à boulets rouges en faisant fi des articles scientifiques qui ne vont pas dans son sens. Un vrai besoin impérieux. Et puis sur les caries on trouvera ceci ou encore cet article paru dans un blog de dentiste.

Les caries du wikipedia germain

Les caries du wikipedia germain

Donc, je peux comprendre tout le scepticisme autour de cette question des caries. De là à rejeter les travaux des Mellanby, Edward étant à l’origine de la découverte de la vitamine D ? Il aurait donc fait des études sur les caries en pure perte, et par amour charlatanesque de la pseudoscience ? Je ne voulais pas faire dans l’argument d’autorité, mais n’est-ce pas un peu prématuré de rejeter leurs travaux ? Quant à Weston Price (autrefois président de l’American Dental Association !), il n’a pas l’aura des Mellanby, quand bien même toute son œuvre est fascinante, surtout lorsque l’on connait l’histoire de l’activateur X devenue la vitamine K2 grâce au travail de Chris Masterjohn, histoire racontée avec brio par Kate Rhéaume-Bleue.

Voici quelques précisions supplémentaires :

– la supplémentation en vitamine D peut être inutile et ne pas donner de résultats tangibles si les niveaux de vitamine A et de vitamine K2 sont bas. C’est pour ça que l’article du dentiste tombe un peu à plat, il a l’air d’être satisfait d’avoir remis à leur place les apprentis-sorciers vaudou guérisseurs des caries, des écrouelles et redresseurs de sexes tordus, mais sous silence triumvirat des vitamines liposolubles qui constitue le cœur du débat. Il est commode d’en faire l’impasse. Mais notons que l’auteur reconnait que certaines micro-caries sont réversibles.

– effectivement on ne guérit pas des caries, le terme est sans doute mal choisi. Mea culpa si ça n’était pas évident, l’émail ne repousse jamais, par contre, quand on parle de reminéraliser une carie, c’est une couche de dentine secondaire qui peut combler la cavité. On peut ainsi parler de soigner plutôt que de guérir.

– je ne sais pas ce qui se passe si l’émail vient à manquer au point que la dent se fracture en deux, ou si la dentine primaire a entièrement disparu sous les assauts répétés des bactéries. Probable que la situation soit critique avant d’en arriver là…et les solutions « non-naturelles » des dentistes peuvent être obligatoires, hé oui.

– la prévention est importante…bien sûr. Pas la peine d’attendre que le mal soit fait pour correctement s’alimenter.

– le mécanisme acido-basique est en concurrence avec l’équilibre des vitamines A, D, K2. Je n’ai aucune idée concernant du mécanisme qui serait prédominant sur l’autre. Je ne m’aventurerais pas à avoir une alimentation acide et enrichie en vitamines liposolubles. Même pas pour le sport, même pas pour la science.

Pour résumer : le scepticisme c’est très bien, mais point trop n’en faut. Si je devais me référer à une métaphore footballistique, le sceptique est le gardien de but, il ne doit rien laisser passer. Il est essentiel pour ne pas perdre. D’un autre côté, pour gagner une équipe a besoin de marquer des buts et le sceptique est inutile dans cette perspective, il peut freiner l’enthousiasme de la recherche. La science (et l’humanité) a besoin de chercheurs et de résultats réellement positifs, pas seulement de résultats négatifs rejetés si je puis dire. Et ce d’autant plus dans le domaine thérapeutique, où l’on doit composer avec l’humain et la guérison/soin…je peux comprendre pourquoi le scepticisme a le vent en poupe tant on voit les conneries pseudoscientifiques new-age prendre de l’ampleur, mais une frange irréfléchie et peu curieuse de certains faits et études existantes semble prospérer. Malheureusement être sceptique par principe, goût ou personnalité n’est pas une condition suffisante pour avoir raison automatiquement sur tous les sujets…parfois on peut-être ignorant, malgré tout le vernis et la culture scientifiques issus des études ou de sa formation. Le reconnaitre est un grand pas vers les vraies qualités scientifiques, ce qui inclue d’observer et de se taire. Parfois. Et après on peut éventuellement reprendre les joutes…

1955, une curieuse thèse de médecine

Amazon : leur hégémonie commerciale et culturelle a du bon. Grâce à leurs pratiques absolument totalitaires et antisociales, je suis tombé par hasard sur cette fiche, un document d’un certain Francis Mackay, Alimentation et santé. Étude analytique et critique de l’oeuvre de Weston A. Price.

Devant l’indisponibilité du document sur amazon, ou son inexistence ailleurs, même sur google, j’ai donc laissé tomber l’affaire.

Quelques mois plus tard, j’ai eu l’idée de refaire cette requête google : un nouveau lien apparait, celui de la méta-bibliothèque WorldCat. Et le document est ainsi possédé en Suisse, Pays-Bas, Etats-Unis, et bien entendu en France à la Bibliothèque Nationale de France.

Ok, donc, recherche sur le site de la BNF. J’obtiens une notice me signalant sa présence ainsi que la possibilité de le consulter sur place. J’apprends ainsi que c’est une thèse de médecine présentée en 1955.

Je décide d’acheter une reproduction, ce que je fais dans la foulée, pour la modique somme de 30€ et des poussières.

Je reçois donc un total de 37 photocopies recto-verso. Je me débrouille pour trouver un imprimeur qui numérise les documents sur demande, et c’est parfait, j’obtiens un pdf qui profitera à tous, permettant d’accéder à l’essentiel de l’approche du stomatologiste canadien, des caries, en passant par les vitamines liposolubles, le pavé Nutrition And Physical Degeneration, la délinquance, etc. et surtout en français.

mackayCliquez sur l’image pour télécharger le pdf. Ou cliquez ici si cela ne devait pas fonctionner. Attention, le pdf pèse près de 16 mo.

A noter que l’auteur, déjà en 1955, remarque le peu d’échos de l’œuvre de Weston Price en France. Et de surcroit il est écossais, né à Glasgow, donc plus perméable à la culture anglo-saxonne que la plupart des français de l’époque, il a fallu que ça soit un interne « étranger » qui fasse une thèse. Le propos y est clair, pas nécessairement daté, et c’est vraiment un bon résumé, mieux que tout les articles de blog. Et cela ne se limite pas à N&PD, mais aussi aux autres articles publiés par le dentiste, certains disponibles sur les éditions récentes de Nutrition and…ou même dans certaines bibliothèques universitaires, y compris en France.

J’ai hésité à publier ce document : il n’est pas, en théorie libre de droits. Après contact auprès des bibliothèques universitaires, et même de la BNF, le mieux est de contacter l’auteur. Né en 1913, il aurait juste 100 ans…avec un patronyme courant mais pas trop de chez nous, peut-être est-il mort, tout comme il serait peut-être retourné dans son Ecosse natale. Mission quasi-impossible. Donc, si les ayants-droits actuels tombent sur mon blog, qu’ils me pardonnent par avance : je suis prêt à retirer le document illico presto. Mais il faut avouer que ça serait bien dommage pour un document sans vocation commerciale, tombé dans l’oubli, ne devant son exhumation qu’au pur hasard des bases de données hyper bien renseignées. Quand bien même la loi est la loi…c’est typiquement un cas d’abandondoc (sur le modèle d’abandonware).

En attendant, bonne lecture !

PS : je remercie chaleureusement Paleofast pour m’avoir concocté une version OCRisée du pdf, à savoir que le texte est non seulement sélectionnable (selon la qualité de l’original bien sûr) et le fichier est également plus léger ! Téléchargez cette version ici.

En relatif sommeil

Il y a quelques jours le blog ci-présent était indisponible. Pas de panique, je suis en mode bricoleur 2.0, voici quelques explications, un peu techniques (pas de nutrition dedans !). Si vous ne goûtez guère à la cuisine internet/blog/outils allez directement à la fin de l’article.

J’ai tâté de la plateforme wordpress.com, acheté un nom de domaine (clairetlipide.net), et enfin tenté de migrer les quelques centaines d’articles. Le moins que je puisse dire est que cela ne correspondait pas à mes attentes. En janvier je vais opter pour une migration complète, afin de devenir propriétaire de mon blog : migration avec les outils wordpress.org couplée à un hébergement (OVH peut-être ?), différents de ceux de wordpress.com. La métaphore de la caravane est parlante : je peux migrer l’intégralité du blog quand je le désire, alors que je suis bien plus limité à ce niveau sous wordpress.com. Si OVH me déçoit je peux voir ailleurs : les fichiers sont conservés (cloud ou disque dur). Si wordpress.com ferme du jour au lendemain, je suis dans la panade.

Bientôt chez On Vous Héberge ?

Bientôt chez On Vous Héberge ?

Retour à la case départ, et entre temps entre deux procédures d’exportation/importation, le blog a retrouvé sa configuration originale, en perdant l’accès aux images. Les images ne s’affichent pas car la référence a été malencontreusement modifiée au gré des manipulations hasardeuses de wordpress. Ainsi toutes les images hébergées sous la forme xxx.jpg sont devenues mystérieusement xxx1.jpg, sauf que les références dans les articles restent désespérément xxx.jpg.

Et si l’absence des images dans les articles, ainsi que celles des fichiers pdf ou xls, également victimes du complot, serait trop pénible, il y a ce site miroir, clairandlipide. Parfaitement identique à l’actuel, mais a priori les images seraient affichées convenablement. Pour retrouver certains articles que vous auriez envie de relire, passez par le moteur de recherche interne à wordpress, et pas par google : en voulant migrer j’ai coché l’option ne pas permettre aux moteurs de recherche de visiter le site, pour faire de la place à la prochaine adresse. Bon…ça sera pour plus tard, et tant pis pour les visites depuis les moteurs de recherche, après tout le blog est un peu en maintenance quelque part : foutu problème d’images, et également de nouveau thème qui ne me plait pas, il faut payer pour avoir accès à une « version custom » paramétrable…!

Bref, je suis un peu à l’étroit ici, je crois avoir atteint les limites de cette plateforme de blog !

Soucis techniques futiles à part, tout baigne. Pas d’articles, parce qu’un certain projet me prend du temps, et que quand on a rien à dire, ben on ferait mieux de se taire. Je fais une exception parce que certains lecteurs se sont interrogés ces derniers temps, je ne pouvais pas faire comme si de rien n’était. Pour me faire pardonner, il y aura un article demain. Un petit cadeau de mon cru.