Trinquer est…ancestral !

Ainsi l’alcool, les boissons alcoolisées ne sont pas, dans un certain contexte, bues dans les règles de l’art, ne sont pas aussi délétères que ce que la plupart des gens pourraient penser. Dans le domaine de l’anecdotique, tenez, ce brave homme de 104 ans qui court chichement son cent mètres, et qui explique son exploit par l’absence de visites chez le médecin mais aussi :

Autres conseils : « Il ne faut pas trop manger le matin, ça rend malade. Il faut dormir beaucoup, manger ce qu’on veut et prendre un ou deux verres de vodka ». A bon entendeur !

Ah. Voilà qui est cocasse. Je crois que la vodka est réputée être un alcool fort, et de surcroit pauvre nutritionnellement parlant, idem en molécules protectrices.

Je me demandais donc, et si finalement, c’était l’éthanol en soi qui serait bon pour nous ? Hypothèse qui ne manque pas de charme, même par des voies détournées (cf conclusion du précédent article), mais il faut avouer que ça fait tâche : ce n’est malgré tout pas un blanc-seing pour se souler !

Si l’on doit chercher des arguments en faveur de cette hypothèse, ça serait du côté d’un scientifique de l’Université de Pennsylvanie, Patrick McGovern, passionné par les boissons alcoolisées, vins en tête, mais surtout cet ouvrage paru il y a déjà 3 ans.

uncorking

Une bonne idée, ça, que de décapsuler le passé !

Extraits tirés du chapitre Homo Imbibens – je bois donc je suis

Les astronomes qui sondent notre galaxie avec de puissantes ondes radio ont découvert que l’alcool n’existe pas seulement sur Terre. De massifs nuages de méthanol, éthanol, et éthénol (alcool vinylique), mesurant des milliards de kilomètres, ont été localisés dans l’espace interstellaire et dans les environs des nouveaux systèmes stellaires

[…]

L’hypothèse du singe ivre :

Le biologiste Robert Dudley suggéra que l’alcoolisme parmi les hommes prend sa racine dans l’histoire et l’évolution des primates. Cette réflexion, en fait une hypothèse contrariante, surnommée l’hypothèse du singe ivre, se base sur des données archéologiques fragmentées et sujettes au débat, et ce que l’on sait sur les alimentations des primates modernes. Si nous accordons le fait que les premiers hominidés étaient initialement des frugivores, au moins jusqu’à 1 ou 2 millions d’années, quand ils commençaient à consommer plus de tubercules et des protéines et graisses animales, alors peut-être que nos ancêtres gagnèrent un avantage à s’imbiber de quantités modérées d’alcool, dont les bénéfices ont été démontrés par des recherches médicales récentes, et se sont biologiquement adaptés pour ça. En moyenne, les abstinents et les adeptes des cuites ont une espérance de vie plus courte, cette même vie étant plus dure. Le foie humain est spécialement équipé pour métabolise l’alcool, avec près de 10 pour cent de son matériel enzymatique, incluant l’alcool déshydrogénase, ayant pour mission de générer de l’énergie à partir de l’alcool. Nos organes de l’odorat peuvent détecter des arômes alcooliques qui flottent, et nos autres sens détectent les innombrables composés qui imprègnent les fruits mûrs.

Parmi les humains actuels et les autres primates, la soif pour l’alcool excède de loin tout bénéfice nutritionnel évident. Sur la lointaine île tropicale de Barro Colorado au Panama, Dudley rapporte, que les singes hurleurs (Alouates) ne pouvaient en obtenir suffisamment des fruits mûrs d’un palmier (Astrocaryum standleyanum). Vous pourriez penser que les singes auraient mieux à faire que de se souler, de la même manière qu’ils évitent les plantes dangereuses, parfois toxiques dans leur monde naturel, mais ces singes se gorgent eux-mêmes de fruits oranges vifs, ingérant l’équivalent de dix verres normaux, ou deux bouteilles de vin à 12°, en vingt minutes. Evidemment, c’est très vite problématique en termes de santé et de retour à la vie, si un singe est trop bourré, il manque un saut d’une branche à l’autre, et tombe ou est empalé par un palmier à épine acérée.

La musaraigne malaisienne, qui appartient à une famille datant de plus de 55 millions d’années et dont l’on pense qu’elle est l’ancêtre de tout les primates vivants, a un penchant similaire pour le nectar palmier fermenté…

 […]

Des oiseaux sont aussi connus pour s’alimenter eux-mêmes en fruits ayant fermenté.

Et la suite est disponible en langue anglaise sur le premier chapitre du bouquin, premier chapitre entièrement téléchargeable sur le site de l’éditeur.

Les autres chapitres s’attardent moins sur l’aspect évolutionniste ou biologique de l’alcool, il s’agit avant tout de l’œuvre d’un archéologue, et donc à la recherches de preuves et d’indices concrets du passé. Les preuves archéologiques débutent…à partir du moment où l’homme façonne des ustensiles, des contenants en céramique, élabore la forme de ces contenants pour distiller efficacement l’alcool, utilise un certain champignon pour saccharifier les sucres complexes des céréales et ainsi créer la bière (saccharomyces cerevisiae), et cela débute principalement après le néolithique, aussi bien en Asie, Afrique qu’en Europe. Les preuves de l’époque paléolithique sont pauvres, inexistantes en fait, mais l’hypothèse du singe soiffard chère à Robert Dudley apporte un faisceau d’indices concordants. Les autres aspects sont fascinants, liant alcool, festivités – danse -, sexualité…nous n’avons rien inventé, et l’alcool fait partie intégrante de notre culture.

Cela ne doit pas faire oublier que si l’on est une femme enceinte, jeune enfant (hé oui), ou issu d’une ascendance asiatique, l’alcool n’est pas fait pour vous – dans le cas asiatique une épine dans le pied de l’hypothèse évolutionniste de l’alcool, il faut admettre. De même, étant en surpoids vous êtes plus à même de développer une cirrhose. Aussi si vous ne savez pas gérer votre consommation due à une addiction, l’abstinence n’est pas nécessairement un mauvais choix. Le contexte joue encore et encore, même les femmes non enceintes doivent boire moins…trouvez-vous même votre quantité acceptable d’alcool, et sachez vous y tenir. Ne le prohibez pas par principe – idiot -, surtout si vous appréciez au goût certains alcools renommés…comme les espagnols disent : « Quien sabe beber, sabe vivir. » (Qui sait boire, sait vivre).

8 réflexions au sujet de « Trinquer est…ancestral ! »

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  2. Didi Lerouge

    Y a un truc dont personne ne parle : l’éthanol est un antibacterien dont l’efficacité n’a pas beaucoup diminué depuis que la nature l’a inventé …. Mais le remède est dangereux : en quantités importantes il est clairement toxique…. Pourquoi ces levures se sont-elles mises à fabriquer de l’éthanol ? Pour nous permettre de nous saouler ? Ce serait plus juste de penser que ces levures se sont mises à secréter ces substances pour survivre aux bactéries qui les attaquent ! De même, les premiers protozoaires de l’aire secondaire se sont mises à secréter de la metenkephaline pour détruire les bactéries (sic). Bizarre que ces substances aient un effet addictogene commun. Ils interviennent dans la neurobiologie de notre système de renforcement / récompense. D’où leur potentiel à procurer du plaisir … Nous partageons beaucoup de gènes avec tous les êtres vivants sur terre, il faut toujours le garder en mémoire. Ce qui dans un groupe d’êtres vivants primitifs avait un rôle particulier a été repris par les êtres vivants plus complexes dans des fonctions similaires mais supérieures. Il en va ainsi de l’éthanol : antibacterien pour les levures, outil de renforcement chez l’homme.

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