Moi et mon alimentation (III)

Je ne pensais pas donner une suite à deux vieux articles, et pourtant il en est ainsi…

Passé un certain moment à rédiger des articles, on devient plus connaisseur, en quelque sorte plus « savant » au fur et à mesure des recherches effectuées. Même si on devient dans le même temps, plus humble, par la force des choses au vu de la connaissance qui s’accumule, et étonne de jour en jour.

Et surtout, s’intéresser à la nutrition, écrire sur le sujet ne rend pas automatiquement plus vertueux au niveau du comportement alimentaire. Parfois, on peut souffrir d’auto-aveuglement. Sans même parler du fameux dicton : « Les cordonniers sont les plus mal chaussés« . Il y a sûrement un peu de vrai dans le dicton populaire.

Fin 2011/début 2012, j’allais très bien, puis mon état de forme est devenu plus aléatoire. Certains jours je me levais en étant fatigué bien qu’ayant dormi mes 8h30 théoriques habituellement suffisantes. Plus tard dans l’année, j’expérimentais le retard de selles. Pas de la constipation stricto sensu, un retard de un à deux jours. Puis le nez s’est mis à couler sans prévenir. De plus en plus…et ponctué de nombreux éternuements. Puis le cœur s’est mis à battre fort plus que de raison…sans raison. Apparente. Et plus mon cœur battait fort, plus j’étais fatigué le lendemain, sans récupération possible, et rebelote le lendemain. Un été passe, avec symptômes en recul, vive la montagne, vive la mer.

Les symptômes se réinstallent petit à petit lors de mon retour en ville, me remettant à mon rythme urbain habituel. Puis un jour, ce sont des symptômes urinaires peu communs qui font leur apparitions. Au final rien de grave, beaucoup de cogitation…il semble que certaines bactéries ont profité d’un intestin par trop perméable pour aller se nicher dans la vessie. Mais ça a été le symptôme de trop qui m’a fait réagir (ce que j’aurais du faire avant).

J’ai fait de multiples tests alimentaires auparavant, mais j’étais incapable de les interpréter, et je n’y trouvais guère de sens. Pollution ? Eau contaminée ? Gluten ? Ondes ? Toutes les hypothèses étaient bonnes à prendre. Mais je me doutais bien que l’alimentation y était pour quelque chose. Bien que j’y fasse attention, je ne cours pas après les fastfood, ni après les aliments transformés.  Comment après un régime low carb, puis un régime paléo, puis enfin un régime « ancestral » (lire français d’avant la seconde guerre mondiale, qui n’exclut pas les féculents, à propos : réintroduire les féculents m’a fait du bien, sans résoudre les autres symptômes : thyroïde à plat momentanément, ça au moins, ça a fini par remarcher.

ali proviaJ’ai donc, un peu désespéré fait marcher la piste du profilage made in Taty (Lauwers). Capable d’y dénicher une aiguille dans une botte de foin, c’est à dire une allergie alimentaire dans un terrain mortifère (j’exagère un tout petit peu, bien sûr). Ce n’est pas Taty qui m’aidera dans mon parcours, une de ses élèves, Gabriella Tamas, naturopathe, formée au profilage alimentaire, et qui tient le sympathique site AliProvia. Elle m’aura aidé le temps de pratiquer les évictions, et de nombreux échanges par mails, jusqu’à une subite prise de conscience. Elle m’a apporté une approche plus instinctive si on veut de l’alimentation (rien à voir avec les huluberlus de l’instinctothérapie).

Après un entretien par Skype, j’ai donné le maximum de renseignements par internet. Cela m’a pris beaucoup de temps pour répondre de manière juste et honnête. Dans ces moments-là, on est seul face à nos problèmes, pas de vanité possible. Evidemment les résultats ne se font pas attendre, et sont durs à lire : trop de fromage, trop d’aliments riches en salicylates. Attendez….saliquoi ? Salicylates. D’accord. Comme l’acide acétylsalicylique alors, la fameuse aspirine ? En quelque sorte. On va donc me considérer comme un Canari de la modernité.

Pour les fromages, c’est mon péché mignon, j’avoue sans réserve, on a parfois des faiblesses, qui nous relient sans doute à nos premières émotions. Je savais que j’en mangeais trop et je semblais aller mieux quand je n’en mangeais plus. Sauf que je n’allais pas bien pour autant. Et les salicylates ? Présents dans tout ce que j’aime, quasiment. Fruits, noix, une certaine frange de légumes comme les courgettes ou les aubergines, qui ont, comme par hasard, mes faveurs.

La première recommandation de Gabriella était donc de diminuer très sévèrement les laitages (enfin dans mon cas, les fromages surtout), à la rigueur le beurre ou le ghee pouvait être conservé. Donc comme je disais : c’était positif, mais franchement, mes nuits étaient difficiles à cause de cette tachycardie inexpliquée. Nous étions en été 2013, dans un gîte à Dauphin, et l’heure n’était pas encore à se passer de fruits ou de ratatouille. Dans les Alpes de Haute-Provence, l’été, c’était comme s’il n’y avait que ça de disponible ! Je suspectais notamment les pêches et les pastèques de me faire bondir le cœur plus que d’autres aliments.

Et puis, l’automne arriva : j’ai eu instinctivement besoin de chercher de la nourriture avec peu de salycilates, et zéro laitages. Du jour au lendemain : zéro tachycardie, corps qui commence à s’apaiser…bingo, et victoire ! L’éviction de ces aliments m’a laissé en paix. Depuis, passé quelques mois, je remange sans problèmes des salicylates, alors que les laitages, même à petite dose semblent être devenus problématiques, ce qui n’était pas le cas jusqu’à mes 30 ans environ. Ca arrive…et je n’ai pas encore tout guéri de cette paire d’années qui m’a en quelque sorte « amoindri ».

La conclusion sera multiple, comme les enseignements que j’en ai tiré à titre personnel. Même au sein des aliments sains, tous les aliments ne sont pas recommandables. Nous avons une génétique différente, des origines différentes, une histoire différente, des goûts différents, c’est à chacun de tâtonner, d’expérimenter, mais aussi d’écouter son corps – ce que j’ai fini par faire à la fin, quand je n’arrivais plus à intellectualiser ou rationaliser ce qui m’arrivait, tellement il n’y avait plus de sens -. Tout peut potentiellement causer un souci, y compris les sacro-sacrés aliments sains : légumes, cru, cuit, viande, fruits, céréales, légumineuses, oléagineux, absolument tout. « Ca dépend »… »faut voir le contexte » « le terrain du sujet compte »…tout n’est que du cas par cas. Aussi j’ai profiter de cette période d’éviction pour enfin intégrer le bouillon de poule, utile pour se ressourcer 😉

yin yang

source wikimedia

Votre alimentation vous équilibre ou vous déséquilibre. Même dans le meilleur des aliments, végétal, animal, il y a des composés qui peuvent vous déséquilibrer votre santé à terme, si vous en abusez. Et comme je l’ai souvent dit, même dans les aliments les plus diabolisés, surtout en cuisine animale, ils n’ont pas que des points négatifs, et même positifs consommés avec parcimonie. Le dessin du traditionnel Yin Yang semble être un peu clichesque, mais il s’applique parfaitement à l’équilibre que chacun doit trouver.

Même avec un regard d’anthropologue-nutritionniste, les peuples de chasseurs-cueilleurs jusqu’aux peuples agricoles et sédentaires traditionnels, l’équilibre est toujours respecté, par une sorte d’empirisme et de savoir judicieusement transmis. L’exode rural a brisé cette transmission, il ne tient qu’à nous de redécouvrir notre propre équilibre, et d’être attentifs aux suggestions de notre corps, parfois si subtiles qu’on ne les remarque plus : au delà des querelles d’écoles de pensées nutritionnelles, si vous ne savez pas pourquoi vous devez éviter ou favoriser tel aliment, lui, il sait.

Post-Scriptum : les médecins étaient dépassés, pas vraiment d’oreille attentive, seule une approche holistique pouvait marcher, j’admets avoir un peu trop attendu, « j’aurais » du réagir bien avant, mais ça…errare humanum est ! Je n’ai pas persévéré. Et la piste des salicylates est drôlement originale – voire inexistante – en francophonie, j’admets que je n’y connaissais rien, hormis le nom et la référence à l’aspirine. Je dois admettre que j’étais sceptique au départ. Dans le même genre, il y a les oxalates comme « ami pas beau ». Je n’en revenais pas quand je me suis rendu compte que « ça marchait », et que le plus dur était fait.

De même difficile d’en parler sur le blog, les mots n’arrivent pas aisément…à tous les coups. Aussi je n’ai pas l’habitude de livrer mon expérience personnelle, surtout si ça a été une épreuve. Pas forcément par pudeur (quoique) mais trouver les mots justes sans raconter une anecdote personnelle pour…raconter une anecdote. Il me fallait aussi lui trouver un sens. Quasiment un an plus tard. La reconstruction n’est pas terminée, mais elle avance.

11 réflexions au sujet de « Moi et mon alimentation (III) »

    1. Sylvain Auteur de l’article

      Je n’ai pas épluché le dossier en détail à l’époque. Même l’approche est contestée dans le monde anglosaxon. (enfin, de toute façon TOUT est contesté, et c’est très bien ainsi)

      Mais quand j’ai abandonné ce groupe d’aliments (si on peut appeler ça ainsi), mon cœur m’a laissé tranquille. Et depuis tout roule. C’est tout ce que je peux dire, je n’en revenais pas quand au bout d’une semaine je me suis remis à faire mes nuits comme un bébé (lol). Maintenant le problème ne se pose plus, j’en remange.

      On a eu pas mal de débats avec Gabriella, et pour tout dire, ça me semblait venir d’une autre planète l’éviction des salimachins. Autant être sensible aux produits laitiers, je concevais, mais alors les sali…

      A la limite peu importe : je me trimballais un drôle de pack de symptômes, avec aggravation au fil du temps, que je n’ai su résoudre tout seul et aujourd’hui ça va, je fais du sport, pas de problèmes pour m’endormir, je suis plus vif. (attention aux fromages malgré tout)

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  1. christiane desmet

    salut, Sylvain! Tu as magnifiquement compris ma devise: « c’est selon! »… difficile à entendre quand on a mal et qu’on cherche depuis longtemps, je l’accorde (et très malaisée dans la patrie de Descartes). Gabriella fait très bien ce travail de pousser l’autre à s’écouter, tu étais de toute évidence à la bonne adresse. Pour info, les salicylates fonctionnaient chez toi très probablement comme des freins du métabolisme (notion inconnue des médecins, mais connue depuis peu des chercheurs, voir Medline & Cie); le fait des les ôter un à six mois (c’est selon!) permet de relancer le métabolisme et d’y voir plus clair. Après on reprend en douceur et le paysage reste, théoriquement, doux. Les « vraies » intolérances sont plus alors plus claires à cibler. ciao Taty Lauwers
    keep up the good work!
    PS. Au fait mille merci pour The Fat of the Land; pour avoir joué avec les epubs je sais quel travail de titan ça peut être. J’ai relayé l’info sur mon blog (chapitre « pour qui sonne le gras », bien sûr).

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  2. Mathieu

    Salut,
    Peux-tu décrire plus en détail les troubes urinaires et digestifs dont tu souffrais?
    Tu peux me répondre par mail si tu ne veux pas forcément l’exposer ici. J’ai l’impression de me retrouver dans le meme cas…
    Merci!

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  3. pyrrhonicseacrusing

    Comment sait-on qu’il s’agit simplement d’une affaire de salicylates ?

    Les aliments issus des plantes en général contiennent naturellement une foule de substances chimiques de défense contre les prédateurs, pas simplement des salicylates. C’est le principal moyen de défense dont l’évolution les a dotés au contraire des animaux qui peuvent fuir, lutter, se cacher etc et n’ont pas eu besoin d’empoisonner leurs tissus pour ne pas être systématiquement mangés.

    http://www.pnas.org/content/87/19/7777.full.pdf

    http://www.pnas.org/content/87/19/7782.full.pdf

    Nous devons donc neutraliser et métaboliser ces substances potentiellement toxiques quand nous en mangeons. Ce n’est pas parce que le paradigme à la mode déclare que les fruits et les légumes sont des aliments de santé que chacun peut ou doit en manger le plus possible.

    Cela dépend de l’état de santé du foie, seule la dose (non métabolisable) fait le poison et telle quantité de telle plante qui est bénéfique à l’une peut être toxique pour l’autre.

    Manger une nourriture hypotoxique peut logiquement contribuer au bout d’un certain temps à rétablir un foie défaillant.

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  4. Ping : Les actus digérées #6 | Clair et Lipide

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