la nature, le sauvage et l’alimentation

Voilà quelques temps que je mène ma petite réflexion sur les végétaux de toute sorte. Pas de rapport avec le livre de Edgar Morin.

L’an passé, Allan Savory animait une présentation sur TedTalk, en résulta une vidéo qui a vite fait le tour de l’internet.

Très séduisant, l’ambition de reverdir les déserts par l’élevage, de maitriser les variations climatiques…mais la présentation d’Allan Savory pécherait par de nombreux biais…ou même de fausses affirmations.

Dans nos contrées, il serait plus intéressant d’écouter et de suivre la science d’un Claude Bourguignon, qui hélas se bat contre vents, marées et inondations…car je suis persuadé que les inondations récentes sur la côte du Languedoc-Roussillon sont dues à la mono-viticulture…

Aussi, je m’étonne qu’elle ait fait le tour de la planète paléo : on parle bien d’élevage, pas de de chasse, ni de cueillette ? Les pâturages, bien qu’écologiquement satisfaisants au premier abord, répondent à plusieurs objectifs, avant tout, celui de nourrir la population, mais certainement pas de recréer (ex nihilo !) la nature.

Je connais les origines et les raisons d’un régime paléo adapté. Sans faire l’apologie d’une vision humoristique des retours aux sources, façon PLIO Diet, on peut se poser la question suivante : ne devrions-nous pas accorder plus d’importances aux végétaux sauvages ?

la nature préhistorique

Francois Couplan est un ethnobotaniste soixante-huitard qui livre ici sous forme d’entretien, ses réflexions sur sa vie, les plantes, l’alimentation. Il n’est pas figé, son discours n’est point monolithique et son parcours est vraiment extraordinaire, car, même issu d’un milieu urbain il s’est extrait de celui-ci pour voyager, vivre ailleurs (tous les continents) et parfaire sa connaissance des plantes sauvages. Son argumentation fait mouche. Le lecteur paléo francophone sera sans doute interpellé par ses arguments, il suffit de lire le titre, pour comprendre que l’auteur n’a pas seulement une approche naturaliste de la végétation et de l’alimentation, mais une approche de la nature dans son versant sauvage, de ce que l’on nomme wilderness dans les pays anglophones.

Pour moi la nature n’est pas une verte prairie où paît un troupeau de vaches proprettes, agrémentée d’une maisonnette pimpante avec une cheminée qui fume. Il s’agit là de la campagne.

A travers ces quelques mots l’on comprend où il veut en venir : la vraie nature, celle qui n’est pas domptée par l’homme n’existe quasiment plus en Europe. Le lien avec Allan Savory ? En reverdissant les déserts on y implante au mieux la vie, mais pas exactement la nature.

Concernant l’alimentation, à moins d’être aligné de manière étroite sur une version partisane et systématiquement pauvre en glucides, ce régime devrait faire la part belle au monde sauvage, gibier, pourquoi pas, mais également plantes sauvages. On peut faire le parallèle avec les insectes, l’entomophagie : la cueillette – sauvage – est un maillon faible du régime, ça existe, on en parle un peu, mais on insiste pas vraiment dessus. On se surprend à penser que les Crétois avec leur traditionnelle récolte de plantes très variées, et dieu sait qu’ils sont gâtés et ce malgré le pain et fromage de brebis, sont peut-être plus paléo dans l’esprit…d’un certain de vue.. que le premier adepte urbain de Loren Cordain se contentant des vivres, légumes et fruits parfaitement domestiqués, et « artificiels » à mille lieux de leurs équivalents anciens de son magasin bio Whole Foods Market. Je ne dis pas que c’est mal, attention, juste qu’une pratique ancestrale qui occulte ou minimise la pratique de la cueillette, en caressant le lecteur dans le sens du poil (« ce n’est pas grave ») passe à côté d’un pan essentiel de la diète de nos ancêtres.

Précisons que l’extraordinaire diversité surpasse de très loin celle des végétaux cultivés, même en y intégrant les légumes d’antan, passés de mode. Si je suis M. Couplan, cette diversité est rejointe par la diversité gustative, il donne même quelques exemples comme les cormes blettes qui « seraient sucrées, crémeuses et qui évoqueraient un mystérieux fruit tropical ». Plus loin, on y apprend que la densité nutritionnelle n’est pas en reste comme les cynorrhodons qui contiendraient vingt fois plus de vitamine C que les agrumes. On nous invite à aller voir le Guide Nutritionnel des Plantes Sauvages et Cultivées. Peut-être commencer par les champignons ou les asperges quand vient la saison ? Puis enchaîner par les orties, oui celles qui piquent quand on les touche dans un certain sens… Pour le reste il est vrai qu’il est plus facile d’être initié.

C’est un peu pour ça que j’ai laissé tomber le portail paléo : je trouve le régime paléo adapté peut-être un peu trop complaisant avec ses lecteurs, et au final fait trop de compromis par rapport à la réalité du terrain des authentiques chasseurs-cueilleurs. Donc, je me contente de manger pas trop mal, de vrais aliments, certes « artificiels », ou en tout cas différents de leurs équivalents sauvages car savamment et minutieusement sélectionnés par l’homme, j’en suis conscient.* Et je ne suis pas prêt à remanger paléo, rien qu’à cause des légumineuses ou du fromage.

Bien que conquis par cette lecture, je dois avouer ne pas être prêt à acheter un ouvrage de M. Couplan (au hasard, Les plantes sauvages et comestibles, plutôt récent). Plutôt que de continuer une certaine hypocrisie vis à vis d’un mode de vie que je juge sain, mais pas compatible avec mes habitudes mais franchement accessible : en adaptant un peu trop un régime, ne le dénature-t-on pas, sans jeu de mots ? Le principe d’éviction est compréhensible et inévitable (céréales, lait, légumineuses, produits transformés), mais peu à peu, je me rends compte que peut-être c’est insuffisant, qu’il faut réintroduire du sauvage. A moins que je ne me fasse une trop haute idée de tout ça, et que l’idéal de pureté est déjà bien entamé de toute façon, et que ce n’est pas si grave…possible aussi🙂.

A titre personnel, je me contente de trouver une alimentation qui fonctionne, loin de tout idéal, si ce n’est celui de ma santé. If it works, don’t fix it dit l’adage (si ça marche, ne le répare pas). Cela ne m’empêche pas de continuer à être fasciné par les alimentations traditionnelles, chasseurs-cueilleurs ou non, et même de s’en inspirer un peu – pas de fumée sans feu s’ils ont une forme éclatante -, et de petit à petit changer mon alimentation, pas de révolution tout les 36 du mois en tout cas.

* Je me demandais, après coup, et juste avant de publier l’article, si nos chiens, bien domestiqués, avec ces centaines (milliers ?) de races, de tailles, de formes étaient « artificiels », mmh…on va dire que c’est très délicat, moins pour les plantes d’ailleurs, ce qui m’amène en partie au sujet du prochain article.

2 réflexions au sujet de « la nature, le sauvage et l’alimentation »

  1. Ping : une recette de cuisine, la daube 1.0 | Clair et Lipide

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