Archives mensuelles : janvier 2016

Les actus digérées #8

Le rendez-vous du weekend :

Un article qui met les pieds dans le plat et soulève quelques problématiques propres à notre époque : des gens s’intéressent à la science et servent de seconde main, de relais entre les publications des experts (les vrais ©), mais en les interprétant un peu trop. Que penser d’un expert comme Walter Willett, assurément une première main, mais peut-être n’a-t-il pas raison…sur la viande par exemple ?

Méfions-nous de tout le monde, et croyons tout le monde, dans le même temps :). Une synthèse est possible, à mon humble avis. J’ai tendance à ne pas vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, une attitude à la limite du raisonnement fallacieux, mais j’assume. Cela me promet de nombreuses heures de lolz sur le sujet des caries ou du caractère porcin de l’homme. Deux thèmes sous-estimés, que j’espère voir sortir de la zone grise scientifique. Parce qu’ils me tiennent à cœur, je n’hésiterais pas à les abandonner le jour où ils seront clairement débunkés réfutés.

Graphique expérimental...sujet à tous les quolibets

Graphique expérimental…sujet à tous les quolibets

Je reprendrais ce schéma dans un article ultérieur.

En attendant :

J'aime bien mon gribouillage, un peu naïf.

J’aime bien mon gribouillage, un tantinet naïf.

  • TOUT le monde peut (et même doit) se tromper. Personne n’est dieu. Ni les blogueurs (évidemment) mais même pas les experts en réunion ou pas, même sous couvert d’autorité universitaire et en analyse a priori prudente. De nombreux gens éclairés, y compris tout en collégialité, en  peuvent se tromper. C’est humain, et l’esprit critique concerne tout le monde, personne ne saurait y échapper. Les débats doivent continuer, et la liberté d’expression continuer à s’exercer. Y compris pour ceux qui pensent mal.
  • Ou alors, si votre alimentation vous convient, et que le sujet ne vous passionne pas plus que ça, désabonnez-vous des sources d’informations et faites du tennis, des jeux de société, du bricolage, allez voir vos amis et votre famille, du chant dans des chorales, etc. passez à autre chose, c’est tout à fait possible. L’infobésité, source de stress moderne, existe !

Ah. Stephan Guyenet, un des meilleurs blogueurs nutrition outre-atlantique. A la fois seconde et première main (c’est un vrai chercheur, il ne l’était pas tout à fait au commencement). Citant à la fois des ouvrages de nutrition paléolithique, et faisant des études sur les circuits de la récompense, soupçonnés d’être un des facteurs d’obésité, quand on fait des plats à la fois trop salés, sucrés, et gras qui en appellent d’autres et nous éloignent d’une alimentation saine.

Cette fois-ci il taille le docteur Ludwig (Harvard), de se baser sur l’hypothèse insulinique, qu’il a déjà démontée proprement par le passé. Même les diplômés entre eux ne sont pas d’accord, quelle salade ! J’ai exprimé plus d’une fois mon scepticisme face à la théorie insulinique. Les études ne confirment pas cette théorie. C’est même l’inverse. Ceux qui se sentent bien dans une alimentation pauvre en glucides n’ont pas besoin d’une théorie erronée pour mener leur vie et leur cuisine.

Le mot est lâché, nous avons besoin d’aller au-delà du sucre pour comprendre les tenants et aboutissants de l’obésité.

Cette étude suggère qu’encore une fois, nos besoins sont différents, un peu comme la vitamine A. Certaines personnes, les porteurs du gêne APOE E4 brûlent ce type d’oméga-3 à chaîne longue (le DHA) plus vite que d’autres. Il faut voir les autres études citées par Bill Barendse pour comprendre où il veut en venir. Je ne sais pas si l’interprétation que j’en fais est bonne (individualisation des besoins), mais bon.

Sur cet article je présentais des pistes prometteuses dans le traitement des pathologies ou troubles neurologiques du développement. Il y a, hélas, loin de la coupe aux lèvres. Que les scientifiques continuent de travailler, et ne nous emballons pas outre-mesure.

Un article trèèèès sympathique de Paleophil. Rejoint un peu le sujet du livre du docteur Lee Goldman abordé la semaine dernière, Too much of a good thing.

L’équilibre nutritionnel en mouvement : il n’y a pas de réelle alimentation optimale, il faut penser dynamique plutôt qu’en statique. Tout bouge et nous nous adaptons. Rien de nouveau sous le soleil, j’aime beaucoup ce gif casse-tête.

Ce gif animé, c’est plutôt pour illustrer les alimentations qui ne fonctionnent pas (à partir d’une blague sur les tests unitaires en langage d’informaticien), à cause de fondements contradictoires.

Les actus digérées #7

Les actus digérées du weekend paraissent un dimanche cette fois-ci !

Les 4 règles que vous ne trouverez pas dans dans le Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments (In Defense of Food), et deux que vous trouverez aussi :

  • Règle 1 : Vous n’avez pas besoin de cuisiner à partir de 0 pour cuisiner sainement.

Pourquoi se priver d’aliments comme le thon en boîte par exemple ?

  • Règle 2 : OUI, les nutriments comptent.

Michael Pollan critique, avec raison, le nutritionnisme ambiant. Mais il est intéressant de connaitre les principes généraux pour suivre une alimentation qui nourrisse.

  • Règle 3 : Ne mangez pas toute la junk food que vous voulez…oui même si vous la cuisinez vous-même.

De toute façon vous aurez à l’éliminer.

  • Règle 4 : Adoptez les améliorations faites depuis que que votre arrière-grand-mère cuisinait.

Un principe qui est devenu populaire avec Pollan à travers les années : ne pas manger ce que votre grand-mère n’aurait pas reconnu comme un aliment. Cette perspective intervient à tout niveau de transformation alimentaire (y compris la fortification), et le temps que Pollan a passé avec une communauté Hadza en Tanzanie.

Sont cités par exemple la pasteurisation du lait, la fortification du sel en iode (risque pour la thyroïde), la déficience en niacine avant la fortification de la levure, et la fortification en acide folique des céréales reconnu comme ayant réduit d’un tiers les anomalies du tube neural.

(Note de moi-même : c’est la règle la plus sujette à discussion)

  • Règle 5 (Une règle sur laquelle on est d’accord) : Il ne s’agit pas d’être pauvre en graisses ou de chasser un « mauvais » nutriment.

Dans un certain sens, être obsédé par un nutriment seul, au lieu de regarder l’alimentation entière dans le contexte de votre alimentation est contreproductif.

  • Règle 6 (Une règle sur laquelle on est d’accord) : Il n’y a pas un seul aliment dont la consommation ou l’évitement répondra à vos prières alimentaires.

Un simple nutriment ou nourriture n’est pas un remède magique. C’est la combinaison des aliments qui est l’élément déterminant le plus important de la santé », un des points forts du Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments par le docteur Joan Sabaté.

Cette fois-ci un article en français, très complémentaire au précédent : il met (entre autres) des mots sur ce que j’ai du mal à exprimer contre la sur-transformation des aliments et des industriels qui jouent aux chimistes dans cet article nommé Tristes Protides. Tout peut paraitre anodin de la consommation de whey au Soylent Green, j’ai déjà vu des gens rationnels (voire rationalistes) s’intéresser à ça. Triste je disais. Décomposer et recomposer n’est pas égal à retrouver nos aliments. Et le goût, bordel, la tradition (avec la voix de Jean-Pierre Coffe).

Ok accepter les transformations, mais des travailleurs dans l’alimentaire continuent de souffrir tout de même.

Un très bon billet de Pierre Barthélémy sur son blog Passeur de Sciences. Une étude de plus qui confirme les bienfaits thérapeutiques du froid. Ou tout simplement les bienfaits de tout ce qui peut nous sortir de notre confort quotidien.

C’est en partie la « thèse » du docteur Lee Goldman : trop de confort ne serait pas bon, du point de vue évolutionniste.

Cliquer pour acheter

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(et un livre de plus dans la pile pour les lecteurs en anglais, je ne l’ai pas encore lu)

Le sucre pire que les graisses saturées ? On relance la machine avec une nouvelle étude. Pas pour ceux qui ont décidé d’éviter le nutritionnisme, d’un autre côté, des gens, dans le monde continuent de parler des graisses saturées comme le diable.

A l’heure ou les funestes propagandistes à peine cachés de DataGueule (je fournis pas de lien, débrouillez-vous) pérorent sur la consommation de viande à coup de design 2.0 et d’affirmations simplistes, des gens s’interrogent sur l’impact de la consommation de viande, et c’est loin d’être aussi simple. De Simon Fairlie à Joel Salatin, aussi bien que Allan Savory ou encore les décriés scientifiques de l’Inra (OGM je crie ton nom…), la quasi-intégralité des permaculteurs à l’exception de ceux qui envisagent des écosystèmes sans animaux pour préserver la pureté végétale de leurs aliments.

Un article publié en milieu de semaine sur la vitamine A. On parle de la B12 et du fer, mais la vitamine A, on n’y pense jamais ! Injustice corrigée !

L’image amusante de la semaine 🙂 je vais essayer d’en intégrer une tant que possible.

Une vitamine A sous-estimée par les végans

Ma réflexion est partie de cette discussion (déjà abordée ici) :

mytheS’ensuit donc un galimatias  entre Ségolène et moi sur la vitamine A. Rétinol (vitamine A animale) ou bêta-carotène (vitamine A végétale) ?

Mon point de vue étant que les deux micronutriments ont leurs avantages et leurs inconvénients. A priori l’idéal étant d’avoir un apport des deux, pas uniquement l’un ou l’autre.

Le Rétinol : on le trouve dans certains produits animaux, notamment le foie (de morue par exemple !), ou encore les œufs, ou le beurre.

+ Il est prêt à l’emploi, pratiquement rien à faire (sauf pour produire de l’acide rétinoïque, une autre forme de la vitamine A, mais conversion aisée). On dit que c’est de la vitamine A préformée.

La toxicité est reconnue et très vite atteinte en cas de surconsommation, surtout en cas de statut de vitamine D faible. Attention aux mangeurs de foie. Évitez de manger du foie d’ours polaire, même si c’est tendance dans certains milieux carni.

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Ansgar Walk, CC 2.5 via wikimedia

Le Bêta-Carotène : il s’agit avant tout d’un antioxydant de la famille des caroténoïdes, il donne sa couleur orange typique aux aliments qui en contiennent. Pas de hasard, la carotte en contient, tout comme la patate douce à chair rouge, ou bien encore, la courge (par exemple la butternut). On la trouve même dans certains légumes verts. Elle peut être converti en vitamine A par le foie, on dit que c’est une provitamine A. Il a ses effets sympathiques propres à la famille des antioxydants que ne possède pas la vitamine A.

+ On en trouve facilement dans les végétaux, la toxicité est difficile à atteindre – voir plus bas-, mais existe réellement. Il semblerait que la toxicité concerne surtout les compléments alimentaires ce qui ravira les végans qui peuvent manger raisonnablement des carottes, et même profiter d’une hypercaroténose.

Il doit être converti en vraie vitamine A…on a des études qui laissent à penser que ce travail n’est pas fait systématiquement, chez tout le monde, ou pas de manière efficiente de façon à couvrir ses besoins en vitamine A.

La différence entre rétinol et bêta-carotène ressemble à la différence entre fer héminique, celui de la viande rouge par exemple, et le fer non héminique, plus commun dans les végétaux. Rétinol et fer héminique accomplissent plus vite leurs fonctions : les statuts en fer et vitamine A atteignent rapidement leur optimum. De fait la toxicité est plus vite atteinte, ce qui incite à la prudence, on ne mangera pas du foie d’animal tous les jours.

De l’autre, les aliments végétaux laissent plus de souplesse, on peut abuser un peu plus de ces micronutriments que dans leurs « versions animales ». Mais la carence est plus longue à corriger, et potentiellement arrive plus facilement dès qu’on n’y prend pas gaffe, la faute à un régime d’exclusion qui rajoute des obstacles là où il n’y en a d’ordinaire pas. Prétendre que la version animale, ou végétale est supérieure à son opposée est une erreur d’analyse : tout micronutriment a ses avantages et inconvénients, et seuls des contextes très particuliers, comme une anémie peuvent amener à privilégier l’un à l’autre, selon les résultats que l’on espère.

Faisons un focus sur les bêta-carotènes :

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DocteurCosmos, CC depuis Wikimedia

  • Sur la conversion en rétinol/Acide rétinoïque :

Sur la conversion du bêta-carotène en vraie vitamine A, celle-ci n’a rien d’automatique, elle est très variable et peut-être même faible.

Aussi, il est instructif de suivre l’histoire de Jack Norris, un des végans américains les plus honnêtes que je connaisse et qui ressentait les symptômes d’un manque de vitamine A. Il a du admettre qu’il était un faible convertisseur, et donc a du mettre les bouchées double en aliments contenant du bêta-carotène, comme les patates douces.

Certaines variantes sur des gênes spécifiques sont incriminées et expliquent la variabilité individuelle dans la conversion.

La variabilité est aussi testée chez les femmes, et dépend des individus, ainsi que de son absorption.

Aussi, d’autres études suggèrent que le bêta-carotène sous forme alimentaire ne permet pas forcément d’atteindre des statuts optimaux en vitamine A. Une étude sur des mères indonésiennes allaitantes a montré que la consommation de légumes verts à feuille fournissant suffisamment de bêta-carotène et de graisses alimentaires pour atteindre, en théorie, trois fois la quantité recommandée de vitamine A (cf paragraphe suivant) a échoué à améliorer le statut en vitamine A et a à la place laissé les femmes en déficience de cette vitamine. La supplémentation en bêta-carotène « non alimentaire » semble fonctionner.

  • Sur l’absorption et la biodisponibilité :

Parce que même chez les gens en bonne santé, on sait que le taux d’absorption est plus bas que la croyance habituelle (étude sur l’absorption et la conversion)…dur dur.

Néanmoins, pour augmenter l’absorption des bêta-carotène, on mangera des repas complets, avec un peu de gras, et même on est incité à cuire un peu les aliments en contenant.

C’est problématique pour certains végans adeptes du crudivorisme, des monodiètes de fruits et de la réduction des graisses tout azimuth, même si la quantité requise pour mieux les absorber ne semble pas énorme. Les salades avec un peu d’huile d’olive, en vinaigrette sont toutes indiquées.

Si végan que vous êtes, surtout les femmes qui allaitent, vous faites courir ce risque à votre enfant, la mort. On ne connait pas son régime, seulement que Sergine Le Moaligou était véganne. Mangeait-elle suffisamment de bêta-carotène ou convertissait-elle suffisamment de bêta-carotène en vitamine A, nous ne le saurons jamais. Peut-être était-elle même accro à de la junk food végétalienne, ce n’est même pas à exclure.

Toutefois, avant de mourir, il y a de multiples stades de carence, donc, « ouf mon enfant n’est pas mort » ou « ouf mon enfant a des yeux normaux », n’est pas forcément gage de bonne santé.

En détail avec les précautions sur les études sur les animaux, même si les rats sont de bons sujets proche des humains : cette étude suggère que les rats allaitants via des mamans mangeant du bêta-carotène sont susceptibles de prendre du poids plus tard.

  • Sur la toxicité :

Attention aux nouvelles cultures génétiquement modifiées qui pourraient bien, elles être sources de toxicité…

betacarotèneDonc, dans les pays en voie de développement, de nouvelles pommes de terre génétiquement modifiées, ou du maïs…vont inonder le marché. Chouette, voilà qui va résoudre le problème des carences en vitamine A dans le tiers monde !

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Une étude récente nous apprend que chez des enfants africains mal nourris, l’utilisation de maïs fortifié en bêta-carotène n’augmente pas la concentration sanguine de « vraie vitamine A » et uniquement celle de bêta-carotène. Ce résultat est quand même inquiétant, peu médiatisé, toute la profession garde un grand espoir sur cette fortification, et celle-ci n’atteint même pas ses objectifs, ni de près, vaguement de loin, vu que l’on augmente les apports en bêta-carotène.

Toutefois que penser du bêta-carotène passé une certaine dose ? Dans cet article on se demande si tout ça ne va pas trop vite. Certains dérivés de bêta-carotène, agissent curieusement comme des anti-vitamine A. Les chercheurs s’interrogent sur l’innocuité de ces nouvelles techniques, ils ne recommandent pas d’éviter les aliments riches en bêta-carotène mais remarquent que ces composés sont présents dans les aliments, et dans des circonstances normales. Ils parlent de côté obscur des antioxydants. Les légumes eux aussi essaient de nous tuer… la carotte ne serait peut-être pas si inoffensive que cela.

Une  étude parue plus tard statue bien sur les effets anti-vitamine A du bêta-carotène, ou plutôt des sous-produits. Sacrément embêtant : en tant que végan il faut augmenter ses apports en bêta-carotène alimentaires pour le convertir en vitamine A parce qu’on en a besoin, mais d’un autre côté, trop de bêta-carotène semble avoir des effets antagonistes à la vitamine A…cruel dilemme !

Je prédis un échec magistral à la fortification.

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Toutefois, en dehors de ces nouvelles cultures OGM (il faudra garder un œil dessus dans le futur), il est peu probable d’atteindre une toxicité en bêta-carotène par les aliments bruts et non transformés, à moins de prendre des compléments alimentaires. Ou peut-être en cas de mono-alimentation en carottes…très rare. La carence en vitamine A est-elle plus probable, et avec des effets dramatiques sur les enfants en gestation, ou en phase d’allaitement, comme la petite Louise.

Plus prosaïquement, une alimentation omnivore basique avec des œufs de temps en temps, un peu de foie une fois par mois, quelques laitages, tout autant que de carottes ou autres fruits ou légumes contenant du bêta-carotène. On risque mal d’avoir une carence, le problème ne se pose pas en fait. Pas de problème, pas besoin de solution.

A propos du végétalisme : un tel régime d’exclusion n’est pas si anodin, et ils faut prendre toutes les précautions : si le cas de la B12 et du fer sont abondamment repris, à la nausée parfois, on parle moins de la vitamine A, et pour cause. On sera bien inspiré de demander le statut de cette vitamine en faisant un « check up vitaminique » après quelques mois de végétalisme, on ne sait jamais. Si même l’excellent et bien informé Jack Norris a touché de l’œil la carence en vitamine A, imaginez l’impact sur la majorité des végans qui ignore la problématique de la vitamine A.

Trop long, pas lu, le résumé : les végans doivent faire attention, ils risquent de peu absorber du bêta-carotène et en plus mal convertir ce dernier en vitamine A. Risque de décès pour les enfants allaités ou comme foetus, si la mère n’a pas pris ses précautions. Ou tout simplement carence en vitamine A avec les problèmes associés. (attention photos choquantes). Les besoins individuels varient parce que nous ne sommes pas égaux dans la conversion BC -> Vit. A

De nouvelles techniques OGM visent à augmenter le contenu en bêta-carotène de certains féculents habituellement dépourvus, et laissent potentiellement planer la menace d’une toxicité, que l’on rencontre peu, excepté en cas de prise de compléments alimentaires. Ces techniques ne semblent pas augmenter le taux de vitamine A dans le sang au contraire du bêta-carotène…mais trop de bêta-carotène dans le sang, cela agit comme antagoniste à la vitamine A. Il y a néanmoins une fenêtre de tir possible et assez large pour les adeptes du végétalisme, à condition de ne pas se nourrir que d’aliments riches en bêta-carotène en prévision de vitamine A. L’alimentation reste toujours un équilibre quoiqu’en disent certains qui ont des agenda, et une exclusion de tout un pan de l’alimentation ne sera jamais anodine.

L’ensemble des faits biochimiques du bêta-carotène qui dispose de ses propres attributs et fonctions suggère également que la conversion en rétinol/forme active de la vitamine A est à considérer comme un bonus éminemment sympathique plutôt que comme la fonction première de cet anti-oxydant.

Sources :

Let Them Eat Meat : pour être honnête j’ai abondamment pompé cet article et celui-là, comme base à mon article. Ainsi qu’un passage de l’ouvrage de Kate Rhéaume-Bleue sur la vitamine K2.

Je ne sais pas de quel journal provient la capture d’écran, elle provient de twitter, me demander par e-mail clairetlipide@gmail.com

Les actus digérées #6

Comme chaque semaine, je fais le point sur les infos qui m’ont marquées et qui m’ont paru porteuses de sens. J’en profite pour lire avant les articles que j’aurais trop vite partagés, une sélection devant bien s’appliquer devant le flot d’articles et d’informations dont nous abreuve les différents médias associés aux institutions de recherche scientifique et médicale !

mythe

Aparté : j’ai essayé d’intégrer une publication Facebook un peu comme on fait pour twitter je n’ai pas réussi sur le coup, on se contentera d’une bête image.

Voici un exemple de discussion toxique : malgré le « bonne année », le ton y est narquois, sarcastique, à l’image de la discussion qui s’ensuit. On peut ne pas être d’accord, comme disait ma petite amie « William il est méchant ». On se dit que les réseaux sociaux parfois, avec de tels types, ce n’est pas constructif du tout, il est venu asséner sa vérité (en citant le docteur Greger, comme si nous le connaissions pas) tout en nous prenant de haut. Infect. Heureusement tous les végétariens ne sont pas comme ça.

Je reviendrai un peu plus tard la semaine prochaine sur le bêta-carotène VS le rétinol.

Du coup, en ce qui concerne la mortalité des végétariens par rapport aux omnivores, elle n’est ni mieux ni pire au Royaume-Uni en tout cas (désolé William). Il y a sans doute des différences sur les causes. C’est une étude à visée épidémiologique, bien entendu.

Bon. Faut-il prendre des caisses de vitamine D, Tim Spector trouve en tout cas la supplémentation en vitamine D, très décevante. Il insiste sur les associations fallacieuses entre statuts en vitamine D (137 pathologies depuis les années 80), par exemple.

Je souhaiterai avoir plus de précisions sur les effets conjugués des vitamine A, D et K2, pour voir si l’histoire est la même. Juste comme ça, un manque des deux autres vitamines liposolubles peut expliquer pourquoi la vitamine D seule ne fonctionne pas. Ou pas. Enfin, j’aimerais en savoir plus, éclairer ces mystères du corps humain !

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© Flickr – Shrink54

Surtout que le calcium des artères coronaires semble impliqué dans le développement de certaines maladies cardiovasculaires :

La vitamine D (seule ?) semblait ne pas fonctionner selon Tim Spector, alors que plusieurs études d’intervention semblaient mettre en avant un rôle positif de la vitamine K2, vitamine qui aurait tendance à déloger – pour vulgariser – le calcium sanguin au plus vite, pour le remettre dans le droit chemin, les os, les dents…mais ce n’est pas la seule molécule impliquée, l’apeline semble aussi protéger contre la thrombose :

Affaire à suivre.

Ce n’est pas moi qui contredirait cette observation de l’Inserm…

Sur fond de vague polémique stérile avec Le Pharmachien, une réponse peut-être démesurée face à l’innocence de la phrase, mais il est constructif de faire le point, d’autant que mes précédents articles sur le sujet laissait toute confiance dans mes lectures (livres) plutôt qu’au cœur de la recherche.

L’axe Intestins-Cerveau marche dans les deux sens et c’est confirmé…

On peut, on pourrait donc contrôler son microbiote, au même titre que celui-ci nous contrôle, je vous épargne les détails à base de code microARN manquant et transplanté dans les intestins 🙂 Notons que bouquin The Diet Myth: Why the Secret to Health and Weight Loss Is Already in Your Gut est écrit par Tim Spector, le même auteur que l’article sur la vitamine D plus haut. Sans doute une bonne pioche.

Le régime paléo serait bien plus qu’un régime à la mode, et c’est Boyd Eaton lui-même qui le dit. Son avis, tout comme celui de Staffan Lindeberg pionniers du domaines, a sans doute plus de poids que le premier gourou lambda venu prêcher. Il se dit prendre ses distances avec son ami Loren Cordain (un entrepreneur, qu’il n’est pas) mais ne veut pas jeter à la poubelle le concept de régime d’évolution (c’est de moi cette expression). On ne lui en voudra pas de revenir sur le mythe du bon sauvage, ce jardin d’Eden avant la révolution agricole du néolithique et encore moins celle des révolutions agro-industrielles. Le point sur lequel je ne serais pas d’accord, est qu’il pense que les gènes ne sont pas si flexibles. Et l’épigénétique, et le microbiome ?

Un article polémique, du sang et des larmes. Entre ceux qui pensent que les gens s’inventent des hypersensibilités (ou intolérances), et ceux qui s’auto-diagnostiquent à tort, je n’ai aucune envie de prendre partie. Est-ce que la vérité est entre les deux, mmh. J’aimerais bien qu’on poursuive les causes de la porosité intestinale…Pour ma part, j’étais bien content de rencontrer une naturopathe pour déceler une improbable intolérance ponctuelle aux salicylates, disparue depuis, ainsi que les symptômes associés. Je n’étais pas du genre à me refuser des aliments en cette période, au contraire…mais un équilibre est toujours nécessaire.

Le pharmachien en flagrant délit…

…d’affirmation péremptoire ?

Je le pense.

Tout part de cet article où il fait un bilan sur les stupidités de l’année dans le domaine qui est le sien, la santé, accompagnées de prédictions pour 2016, celle-ci ne m’aura pas échappé :

3. Une fixation sur l’intestin

Tous les astres sont alignés pour que 2016 soit l’année des boyaux. L’omniprésence des probiotiques, le succès mondial du livre « Le charme discret de l’intestin » et l’apparition de tests d’analyse de flore intestinale pour le grand public sont des signes qui ne trompent pas.

MAIS…

… il faudra faire d’autant plus attention aux affirmations douteuses qui vont en découler.

Par exemple, ce n’est pas parce que des scientifiques disent que « l’intestin est notre deuxième cerveau » qu’il faut pour autant en déduire qu’on peut guérir l’autisme et la schizophrénie en changeant son alimentation. »

Il a raison, le succès de ce bouquin, est fulgurant, j’en ai moi-même fait la promotion, dès que j’ai vu Books s’emparer de Giulia Enders et de son bouquin, promis à une belle carrière et ce dès sa première conférence en 2012.

Pour la dernière affirmation, on restera suspicieux. Qu’entend-il par là ? Que la science ne s’intéresse pas aux origines intestinales des maladies mentales ? Que l’alimentation est en peine d’apporter une solution ? Sous-entendrait-il donc que l’alimentation ne soigne pas les maladies mentales, ou que c’est impossible à prouver à l’heure actuelle ? Ou que cela relève de la pseudo-science, son sujet favori ?

Pourtant, un nombre suffisants d’indices indiquent que cette piste est loin d’être incongrue. D’autant qu’il reconnait l’existence du système nerveux entérique. Mystère et boule de gomme. Si son avis est sans doute réfléchi, sa communication pèche par excès de confiance et de scepticisme compte tenu du foisonnement de la recherche actuelle dans le domaine. On est loin de la recette de grand-mère qui guérit tout et rend immortel comme dans le site sante-nutrition.org.

Quels sont ces indices ? Je vais d’abord partir de moi, puis ensuite relier les maladies mentales aux intestins et/ou au microbiote. Ce qui va me mener à des solutions alimentaires en vue de traiter les maladies mentales (le plus souvent, l’autisme), au nombre de 4 : le régime sans gluten et sans caséine, le régime des glucides spécifiques ou GAPS, le régime cétogène, et le lait de chamelle (!).

1. Mon expérience N=1 :

Je ne devrais pas parler de moi. De temps en temps, il est bon de laisser parler l’individu avec ses tripes. Et bien moi j’affirme que mon humeur dépend de mes boyaux. Quand j’accumule agapes sur agapes, que je mange trop de nourriture inappropriée, hé bien un bon matin, je ne me sens pas bien, j’ai envie de rester dans ma bulle, je suis irascible et également tourmenté par des maux intestinaux. Dès que cela va mieux dans mes entrailles, je redeviens le Sylvain guilleret qui embrasse la vie.

Ce n’est qu’un aspect du problème : on parle d’humeur, pas de maladies mentales, mais mon comportement est déjà modifié, ce qui est en soi déjà intéressant, et peut-être les prémisses sur les maladies mentales, en tout cas s’il y a continuité et régularité entre troubles du comportement et maladies mentales (les troubles bipolaires, peut-être ?). Sans creuser le sujet, voici un article de Emily Deans sur le sujet, intitulé Alimentation et troubles de l’humeur (en anglais). Pour une étude citée par Giulia Enders, on a par exemple ceci chez les gens qui digèrent mal le fructose.

Je ne m’appesantis pas, je donne juste connaissance d’un biais personnel : étant déjà concerné par des problèmes d’humeur liés aux problèmes intestinaux, je suis donc plus enclin à chercher des hypothèses qui vont rationaliser ce qui se passe. Et inversement, quand on est peu concerné par des problèmes intestinaux ou que leur occurrence ne semble pas coïncider avec des troubles du comportement, on peut exprimer son scepticisme.

Mais la science attend des études sur plusieurs individus, pas un original qui martèle son expérience.

2. Le lien entre les maladies mentales et les problèmes gastriques

Je vais limiter le mot maladie mentale à l’autisme. Ou Spectre des troubles autistiques pour être plus précis sans l’être trop. Tout simplement parce que c’est là que la recherche a l’air de se concentrer, mais les autres maladies ne sont pas abandonnées pour autant.

Quand on aborde les maladies mentales, on garde donc en tête quelque part que ce n’est pas simplement l’humeur, mais des pathologies. Gardons à l’esprit aussi que le ventre n’est pas toujours à l’origine des problèmes du cerveau et du comportement.

Partant de là, les chercheurs, tout particulièrement ces dernières années ont  identifié l’axe intestin-cerveau, qui marcherait dans les deux sens, et parce qu’un joli dessin vaut mieux qu’une trop longue parlotte :

Axe Intestins-Cerveau microbiote intestinal

Influences gastro-intestinales sur les symptômes des troubles du spectre autistique (TSA)

Avant d’aborder l’autisme proprement dit, sur le simple comportement, la simple humeur modulés par le microbiote, on essaiera de creuser cette étude, si jamais vous avez envie de l’acheter. Je n’ai rien trouvé en cherchant un peu, ça doit se faire si on contacte les chercheurs eux-mêmes via leurs adresses mails. en fait Jérémy de Dur à Avaler m’a trouvé le pdf de l’étude que voici :

mind altering

Elaine Hsiao, que l’on peut admirer ici, chercheuse de son état produit ici une chouette étude qui ressemble à une méta-analyse. Elle cite quand même (on l’espère, de manière appropriée) 91 études qui soutiennent son point de vue. Pour le papier c’est ici : Troubles gastro-intestinaux dans le spectre autistique.

Voici la légende du dessin, et désolé pour la traduction approximative, sur certains termes biologiques :

Les anomalies gastro-intestinales, telles que la hausse de la perméabilité intestinale, la modification de la composition du microbiote intestinal, et la motilité et sécrétion gastro-intestinales déréglées, sont décrits dans les  sous-ensembles des individus avec des troubles du spectre autistique. De tels phénotypes peuvent affecter le développement d’autres phénotypes liés à ceux de l’autisme. Par exemple, les perturbations gastro-intestinales peuvent influencer la production de sérotonines des cellules entérochromaffines, les plus grandes productrices de sérotonine périphérique, menant à l’association moléculaire bien répliquée de l’hypersérotoninémie avec le TSA. Aussi, l’augmentation de la perméabilité intestinale peut mener à la fuite de métabolites par voie bactérienne ou modulés par les bactéries à travers l’épithélium intestinal et dans le sang, ce qui sous-tendrait des niveaux élevés de métabolites bactériens et des modifications dans les métabolomes urinaire et sérique chez les individus autistes. De plus, les problèmes gastro-intestinaux peuvent mener à un dérèglement immunitaire étendu, comme il est observé dans l’autisme humain. Au final, des changements dans le tractus gastro-intestinal peuvent influencer le comportement à un haut niveau, et les fonctions cérébrales via l’axe intestin-cerveau, pilotés par les liens directs de l’épithélium intestinal vers le tronc cérébral et les sites de projections secondaires via le nerf vague, et par des liens indirects des intestins vers le cerveau par le biais de modifications dans l’immunité et le métabolisme.

Elaine Hsiao semble pousser vers l’hypothèse d’une origine gastro-intestinale au TSA :

Un grand nombre de preuves suggèrent qu’un sous-ensemble significatif d’individus autistes développent des anomalies gastro-intestinales, et que ces problèmes peuvent contribuer à des manifestations de symptômes issus du TSA, incluant un comportement anormal, un dérèglement immunitaire et un dysfonctionnement métabolique.[…]
En outre, examiner comment les troubles gastro-intestinaux affectent le cerveau et le comportement dans les modèles animaux autistiques peuvent révéler des cibles prometteuses pour le développement de diagnostics biomoléculaires et de solutions thérapeutiques pour le TSA. Au final, compte-tenu de la généralisation des régimes d’exclusions, des probiotiques, et des traitements antibiotiques par des individus autistes, une meilleure compréhension du rôle du microbiote intestinal sur l’immunité, du métabolisme et du comportement est requise pour faciliter l’établissement de lignes directrices pour le traitement de l’autisme et pour promouvoir le développement de thérapies inédites et souples pour le TSA.

Oh mazette, une chercheuse qui se mouille ! Pour elle, au vu des études existantes, hé bien soigner l’autisme par l’alimentation n’est clairement pas une lubie. On notera l’usage des may dans ce type d’études (= »pourrait » ou « peut »), ce qui indique une prudence toute légitime, et scientifique. On peut la compter comme un professionnel de santé ou pas ?

-> Résumé très personnel : si on peut devenir autiste par le biais de l’alimentation qui touche ensuite les intestins, puis le cerveau, ne serait-il pas évident que l’on puisse revenir en arrière, c’est à dire traiter l’autisme par sa cause ? Malheureusement, cette maladie est très certainement polyfactorielle, sans trop prendre de risques.

3. Pistes thérapeutiques alimentaires

Je vais en aborder trois, peut-être pas indépendantes d’ailleurs : le régime d’exclusion du gluten et de la caséine, le régime des glucides spécifiques ou GAPS, et le régime cétogène.

  • L’abandon (relatif) du régime sans gluten et sans caséine

Ce régime fait parler de lui. A sa base, on a l’hypothèse que le gluten et la caséine sont digérés de manière partielle avec l’émission de glutéomorphines et de caséomorphines, sous-produits « fâcheux » de la dégradation de ces protéines.  J’en discutais, en 2012, où je trouvais un papier de l’AFSSA particulièrement faible et ridicule. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, mon avis a quelque peu évolué.

régime sans gluten, sans caséine autisme

Je suis sur twitter un « pionnier » anglais du régime Sans Gluten, Sans Caséine, Paul Whiteley. Il est l’auteur du blog Questioning Answers, centré sur l’autisme et ses possibles traitement. Au vu des nombreuses études qui sortent et dont il se fait le relais, de manière assez peu partiale au final, malgré son bouquin sur le régime en question, son blog reste une source d’intérêt au même niveau que celui d’Emily Deans.  Ces deux blogs m’ont inspiré pour l’écriture de l’article.

Donc il se trouve que Paul Whiteley est également chercheur. Concernant le régime d’exclusion qu’il défend, il est à l’origine de cette étude d’intervention publiée en 2010 : les résultats suggèrent que le régime semble (may) affecter de manière positive les enfants diagnostiqués du TSA. Mais il conclue sur la difficulté à mesurer les effets (placebo) de la prise en charge thérapeutique en dehors de l’aspect alimentaire.

Hors, depuis, je suis tombé sur cette autre étude, sur le lien entre l’autisme et le gluten : cette étude ne joue pas en faveur d’une diète de restriction, même si un sous-groupe d’autistes pourrait bénéficier d’une telle diète. Quelle prudence…en dehors des glutéomorphines, gardons à l’esprit que la gliadine (la protéine du gluten la plus problématique) augmente la perméabilité intestinale chez tout le monde. Du coup, cela pourrait tout à fait coller avec le point de vue de Elaine Hsiao sur les autistes qui souffrent de perméabilité intestinale.

Puis, pendant une semaine, un autre groupe de chercheurs a administré des aliments contenant du gluten et de la caséine : assez décevant, pas de symptômes accrus, gastro-intestinaux ou comportementaux. C’est court une semaine, mais du point de vue gastro-intestinal c’est suffisant. Ca ne les empêche pas de poursuivre leurs études tout de même, en se focalisant sur les dommages des entérocytes et le lien avec le TSA.

Autre étude, tout à fait négative aussi, malgré un échantillon assez mince, et bien le régime ne semble pas offrir de bienfait particulier.

Paul Whiteley admet lui-même que cette piste accuse de nombreux résultats négatifs, et que d’autres facteurs sont en cause.

-> Résumé : Le régime d’exclusion du gluten et de la caséine ne semble pas très bien fonctionner, même si un espoir reste sur une ou deux études pour sans doute une sous-catégorie d’autistes. La piste de la perméabilité intestinale causée par le gluten est peut-être plus en cause que les sous-produits peptidiques analogues à la morphine. Je peux comprendre que le pharmachien en se basant sur ces études, bah, il ne soit pas très convaincu. Mais c’est vraiment l’iceberg, le gluten et la caséine, pas le cœur des problèmes gastro-intestinaux, surtout qu’en dehors de la perméabilité intestinale, on reconnait que les FODMAPS du blé, petits sucres difficilement digestibles seraient plutôt à l’origine des troubles gastro-intestinaux lors de la consommation du blé, et non le gluten en soi. De manière analogue bien des maux de ventre lors de la consommation de lait sont plutôt à lier à l’intolérance au lactose plutôt qu’à la digestion de la caséine. Ce sont tous des sucres difficilement digestibles, qui peuvent alimenter une dysbiose…suivant les individus, cela nous mène à la partie suivante.

  • Le régime des glucides spécifiques ou GAPS (se ressemblent comme deux gouttes d’eau), et l’hypothèse bactérienne centrale

J’ai abordé, à l’époque ma naïve sympathie pour le régime GAPS propulsé par le docteur Natasha Campbell-McBride (elle compte pour une professionnelle de santé ?). Il s’avère que c’est une variation du régime des glucides spécifiques du docteur Haas (il compte aussi ?) qui officia à l’époque des films en noir et blanc, et popularisé plus près de nous par Elaine Gottschall (elle aussi ?).

glucides spécifiques

Pas de Dr. Haas mais le Dr. Mabuse.

Très schématiquement, le Docteur Haas soignait les tripards avec sa méthode qui consistait surtout à éviter la prolifération bactérienne, que l’on peut nommer dysbiose, dans les intestins en les privant de leur nourriture favorite : les glucides complexes, l’amidon, et même les glucides presque simples comme les disaccharides (le saccharose, notre sucre !), en privilégiant les sucres simples comme celui du miel ou les sucres des fruits, mais en quantité raisonnée pour se tourner vers les légumes et la viande. Sur ce principe on affame les bactéries, elles meurent, et on peut les remplacer par des bonnes d’origine alimentaire…et notamment des aliments fermentés ! Cela sera par exemple du kéfir, ou de la choucroute crue. Un soin particulier est donné au bouillon d’os, riche en gélatine, graisses et minéraux : cette mixture sans amidon, ni mêmes fibres aurait des vertus réparatrices sur les intestins. Selon les cas on peut être amené à une transplantation fécale ou de probiotiques pour repeupler une flore bactérienne amoindrie par des années d’antibiotiques par exemple. On pense surtout aux modèles à large spectre qui ont tendance à perquisitionner tout le monde y compris les maraichers bio tuer tout le monde sans pitié.

Maintenant, l’ennui, c’est que je ne peux pas écrire cette partie en accordant une confiance sur la sympathie que m’inspire ce régime. Ce serait abusé.

Allons donc à la pêche au papier scientifique. Le plus technique qui soit…Digestion et transport détériorés, dysbiose mucosale dans les intestins d’enfants avec autisme et troubles gastro-intestinaux. Lecture difficile hein ? On se limitera au résumé et aux résultats. Ou pour plus d’éclaircissements, un article de Paul Whiteley, ainsi que sa suite logique.

Difficile d’en extraire la substantifique moelle, vraiment.

Notons pour commencer l’aspect génétique des individus autistes avec problèmes gastro-intestinaux : leurs gènes de digestion sont différents, et de nature à favoriser la dysbiose par non-digestion des glucides. Sacrés feignasses ces enzymes pancréatiques. Elles ne sont même pas sur la liste d’appel.

Une enzyme qui en fout pas une, dysbiose intestinale

Une enzyme qui n’en fout pas une.

L’autisme, étant défini par la faible communication verbale et non-verbale, le manque d’interactions sociales, et des comportements stéréotypés et répétitifs, affecte approximativement 1% de la population. Beaucoup d’enfants autistes ont des problèmes gastro-intestinaux qui peuvent compliquer la prise en charge clinique et contribuer aux troubles comportementaux. Chez quelques enfants, les régimes spéciaux, et les antibiotiques ont été associés à des améliorations au niveau social, cognitif et des fonctions gastro-intestinales[…]
« Ces recherches sont cohérentes avec d’autres recherches suggérant que l’autisme soit un trouble systémique, et induisent l’idée selon laquelle des changements dans l’alimentation, ou l’usage d’antibiotiques puissent aider à atténuer les symptômes chez quelques-uns de ces enfants », ajoute Mady Hornig, MD, Directrice du Translational Research at the Center for Infection and Immunity

Évidemment, ce serait trop beau, on ne peut pas aller aussi vite en besogne, d’une part parce que le directeur de l’étude en question se défend des conclusions aussi rapides, mais aussi parce que l’échantillon des enfants autistes avec problèmes gastro-intestinaux est trop faible. Dont acte. Mais l’étude en soi est prometteuse et semble rejoindre le point de vue de Elaine Hsiao.

Je quitte le domaine des glucides spécifiques pour rejoindre l’axe intestin-cerveau : en ce qui concerne l’usage des probiotiques, des études ont prouvé que leur usage fonctionnait sur des animaux pour améliorer leur comportement, et bien que les auteurs s’interrogent sur les conclusions sur l’homme, ils ne se limitent pas au simple comportement et suggèrent que des études devraient être menées pour améliorer les pathologies mentales, dont l’autisme, bien évidemment. De même, on peut retrouver ce champs d’investigation chez des chercheurs chinois.

équilibre en alimentation prébiotiques probiotiques humeur autisme dépression anxiété stress

L’anxiété et l’autisme. La simple humeur et la pathologie…

Je n’ai pas accès aux publications…il faut payer, on se contentera du résumé, le fameux « abstract », comme bien souvent, vous m’en voyez navré.

Et si on testait un peu notre hypothèse ? Dommage, pas d’études testant un protocole alimentaire, mais seulement une étude suggérant la possibilité de prévenir la survenir de l’autisme…je ne remercierai jamais assez Emily Deans de nous faire parvenir un excellent article paru sur Psychology Today sur le lien entre autisme, troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et les intestins. Des chercheurs se sont rendus compte du lien entre microbiote à la naissance, et sans doute avant, et apparition de symptômes de type autistique ou du troubles de l’attention.

Des chercheurs en Finlande ont fait une admirable expérience sur le long terme, pour essayer de mettre en lumière le spectre autistique, les troubles du déficit de l’attention et le microbiote. Ils ont traité 77 bébés entre 0 et 6 mois avec un probiotique (Lactobacillus rhamnosus) ou un placebo, et ont suivi les enfants pendant 13 ans. De plus, ils ont pris des mesures du microbiote des enfants. Ces enfants ont été sélectionnés de manière aléatoire, donc 80% d’entre eux environ sont nés par voie vaginale.

Vers la fin de l’étude, 0% du groupe ayant eu les probiotiques ont eu un diagnostic de trouble de l’attention ou de troubles autistiques, tandis que 17 % des enfants du groupe placebo ont eu un tel diagnostic. Malgré la petite taille de l’étude, les chiffres sont statistiquement significatifs. Ils ont trouvé que les enfants avec le diagnostic du spectre autistique ou du trouble du déficit de l’attention avaient de plus faibles niveaux de certaines espèces de bifidobactéries quand ils étaient bébés plutôt qu’enfants, sans diagnostics. (Mes excuses aux experts en microbiotes pour cette grossière généralisation ici, mais les Lactobacilles et les Bifidobactéries semblent travailler de concert, donc se supplémenter avec certaines sortes d’espèces de lactobacilles semble augmenter les populations de bifidobactéries chez les gens)

Encourageant n’est-il pas ? Nous ne sommes pas au stade de l’étude présentant une solution alimentaire qui guérit l’autisme une fois déclaré, mais la perspective d’une alimentation riche en certains types de bactéries (ou via des probiotiques externes) pouvant guérir l’autisme gagne du terrain. Cela n’est pas une stupidité. Le régime des glucides spécifiques offre une solution, une approche thérapeutique qui a du sens. J’espère que d’ici les années à venir, nous aurons des études testant ce type de régime sur des enfants déjà diagnostiqués autistes. Je ne connais pas les résultats dans la clinique du docteur Campbell-McBride, il semblerait, pour avoir navigué à droite et à gauche que le régime fonctionne sur les gamins bien suivis, et d’autres semblent ne pas adhérer au régime, un signe que cette alimentation est peut-être trop grossière et nécessiterait des ajustements personnalisés en plus d’un suivi régulier par un médecin nutritionniste.

-> Résumé : la piste bactérienne semble solide, et si la preuve que l’alimentation (de type glucides spécifiques ou autres) guérit ou améliore l’autisme n’est pas encore découverte, le sujet est suffisamment pris au sérieux par la communauté scientifique. Il faut voir un microbiote sain, comme un microbiote que l’on peut réguler via des probiotiques, prébiotiques (fibres ou amidon résistant par exemple), que l’on peut trouver dans l’alimentation ou non. Il est utile, au stade de la conclusion de la partie, que des bactéries produisent des neurotransmetteurs, et quand on connait l’impact de ceux-ci sur le comportement, la faim, etc. on se dit que ça devient intéressant cette affaire.

  • Le vilain petit canard cétogène, la voie mTOR et les synapses

Le régime cétogène, c’est la chasse aux glucides. On lui reconnait, au moins sur le long terme, des vertus thérapeutiques contre l’épilepsie. Paul Whiteley reconnait d’ailleurs un lien entre épilepsie et autisme.

En fait il y a déjà une étude qui met en évidence un possible rôle thérapeutique de la diète cétogène contre l’autisme, et l’étude est disponible. L’article se concentre sur ce qui fait la spécificité du régime (un régime en glucides spécifiques avec très peu de glucides spécifiques justement…finit par ressembler à une variation cétogène), en n’abordant pas la question intestinale. Ce qui intéresse les chercheurs, ce sont les changements métaboliques, et il y en a quelques-uns quand on se passe de glucides.

L’article tombe assez vite dans la technique (on notera que le régime semble prometteur pour Alzheimer et Parkinson, tiens, tiens), je retiens un truc très intéressant : l’inhibition de la voie mTOR. Je ne suis pas très familier, mais il faut y aller.

mTOR c’est tout simplement mammalian Target Of Rapamycine

What quoi

La rapamycine est juste le nom d’un médicament (un immuno-suppresseur) qui semblait allonger la longévité des souris (avec des effets secondaires lourds, malheureusement, ce n’est pas si simple). La rapamycine inhiberait un certain circuit métabolique, qui fait que bah, c’est bien (voyez ce n’est pas mon domaine, j’en suis réduit à être très imprécis). Il a été démontré que sans prendre de la Rapamycine, le régime cétogène inhiberait aussi cette voie métabolique, ce qui en fait un des arguments les plus puissants pour défendre ce régime.

Et donc…ce qui est intéressant et qui n’est pas relevé dans l’article (et pour cause, au niveau des dates…) c’est que l’an dernier, on s’est rendus compte, du jour au lendemain, que l’autisme avait peut-être pour origine un excès de synapses, comme le relève Sciences Avenir. Et c’est réversible. Ces chercheurs ne pensent qu’à la solution médicamenteuse (mauvais tic) sans penser au régime cétogène.

La rapamycine, le médicament administré aux souris dans l’étude, agirait en inhibant l’activité de mTOR, ce qui permettrait ainsi de revenir à un élagage normal des liaisons synaptiques.

Pas besoin de rapamycine donc, je trouve ce mensonge par omission un peu « abusé » mais c’est ainsi :). Des jeûnes suffisamment prolongés pourraient offrir les mêmes effets bonus, mais sur des enfants, c’est pas terrible, ils sont dans une période où ils ont besoin de s’alimenter, pas de se détoxifier pratiquer l’ascèse.

En tirant un peu sur la corde, le régime des glucides spécifiques pourrait aussi bénéficier de cet effet bonus, cette feature si vous aimez les anglicismes.

-> résumé : le régime cétogène bénéficie comme le régime des glucides spécifiques d’un très faible apport en glucides (complexes ou non), ce qui permet de limiter la prolifération bactérienne. Le régime cétogène apporte en outre des changements bénéfiques au niveau du métabolisme comme l’inhibition de la voie mTOR : il faut juste retenir que cela évite de nourrir l’excès de synapses, et le processus semble réversible.

  • Le lait de chamelle, cet aliment qui tue toutes les cellules cancéreuses en 10 secondes top chrono, fait revenir l’être décédé

Parce que c’est plus fort que tout.

Et si ça ne suffisait pas, une rasade supplémentaire..on ne sait jamais.

Pour creuser, il n’y a plus qu’à demander à Paul, comme d’habitude. Et même un second article paru récemment.

lait de chamelle autisme

Vente de lait de chamelle frais sur un marché de plein air en Éthiopie.

Je suis tombé dessus pendant mes recherches, maintenant, je vais prendre le temps de lire tout ça, c’est assez inattendu, et exotique. Encore que je me suis souvenu d’une étude d’y a quelques années, le lait de chamelle a également des propriétés anti-cancer, et c’était Denise Minger qui l’avait tweeté (d’ailleurs une bonne source d’inspiration pour écrire un très long article).

-> résumé : bah non, c’était court.

Conclusion  : Le pharmachien manque de crédibilité sur le coup. Enfin je ne sais pas, il est souvent très bon sur les sujets qu’il maitrise, mais en l’occurrence, sur les intestins, je l’ai trouvé faible et sans doute peu curieux (ou suffisant, ce qui serait dommage – édit du lendemain : je ne dis pas qu’il est suffisant hein, au contraire, malgré le ton sans compromis il a l’air sympathique). Ce n’est pas grave en soi. Mais il est bon de mettre les points sur les i, quand c’est nécessaire. Et là pour le coup, on a quand même une recherche scientifique active, avec des chercheurs qui s’émulent entre eux et dont la recherche semble pointer vers la même direction…même en se « télescopant » à l’instar de l’étude sur les synapses par exemple, alors que la même année sortait la publication sur le régime cétogène et l’inhibition de la voie mTOR. En tricotant un peu on finit par trouver un petit lien commun entre tout ça.

Et pour court-circuiter un éventuel épouvantail : je ne dis pas que ces régimes, ces solutions sont parfaites, alléluia, le monde est sauvé, y a plus qu’à appliquer. Juste que l’on dispose de pistes sérieuses, et loin de se jeter là-dedans, il faut laisser la science s’exprimer, et ne pas de suite, nier ce qui se fait. A terme, il faudra dégrossir ces approches, et bien évidemment les personnaliser, c’est l’individu qui prime. Sans compter que tous les autismes n’ont pas nécessairement une origine « ventrale ».

Édit du lendemain : après commentaires et e-mails, pour ceux qui n’auraient pas compris, j’ai peut-être surréagi, mais sa formulation de base étant ambiguë je ne pouvais pas laisser passer ça – et que le sujet soit assimilé aux pinces à linge – Après si je me suis sorti les doigts pour écrire un article un peu plus construit c’est plutôt constructif, non ? 

Les actus digérées #5

On reprend la même formule et on recommence !

On reprend les thèmes en vogue : au-delà de la variabilité génétique, le microbiome exerce toujours des effets que l’on découvre jour après jour.

La nourriture, un bon repas est censé nous unir. Il semble que cela soit de moins en moins le cas, tout un chacun brandit son originalité, quitte à ce que l’on mange chacun dans son coin (je provoque un peu hein 🙂 )

Gros mais néanmoins en forme…les obèses mais sains métaboliquement parlant font discuter d’eux également ici. Je rappelle cette étude parue plus tôt : ce n’est qu’un état de transition, à long terme, cette obésité n’est pas bonne pour la santé.

Alessandro Fasano est le premier type à qui on pense aux études sur les méfaits du gluten. Hé bien il se désolidarise en relevant 5 mythes auxquels il tord le cou : néanmoins, son point de vue reste nuancé, il ne va pas scier la branche sur laquelle il est assis.

  1. Nos corps ne sont pas conçus pour faire face au gluten, personne ne devrait donc en manger.
  2.  Éliminer le gluten de votre alimentation est bénéfique même si vous n’avez pas la maladie cœliaque.
  3. La sensibilité au gluten n’existe pas vraiment.
  4. Les gens avec la maladie cœliaque peuvent manger un tout petit peu de gluten.
  5. Si vous avez la maladie cœliaque pendant votre enfance, vous vous vous en débarrassez ensuite.

Un article en français (enfin !). Ce médecin met des mots sur des choses que j’ai ressenties, mais qu’en tant que profane je ne suis pas autorisé à exprimer.

L'école des soignants

L’école des soignants

Là encore, au stade de simple impression, d’intuition, mais impossible de le formaliser tel quel : la mort des grands pontes de la science permet à des nouveaux champs de la recherche de s’exprimer. Un grand ponte fait progresser la science pendant sa jeunesse et devient ensuite un caillou gênant dans la chaussure scientifique. Un résumé en français sur Slate.fr pour ceux qui en auraient marre de tout ces articles en anglais que je relaie. Les deux sujets sont d’ailleurs assez liés. Si je reprends le site de l’école des soignants, à propos des dogmes qui tuent toute initiative un tant soi peu originale, même si l’approche « française » semble être atypique, en tout cas vis à vis de « l’anglo-saxonne » :

Ces dogmes naissent d‘une structure pyramidale et d’un enseignement paternaliste, contraires à l’éthique du soin, qui écartèlent les étudiants entre des loyautés contradictoires, et les transforment en médecins phobiques et dépendants .

Autrement dit : vous avez intérêt à être réglé comme une horloge pour bénéficier de la restriction calorique.

Oui, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Piqûre de rappel pour qui aurait loupé mon article lundi 🙂

Une seule résolution pour le nouvel an, glucose et volonté

Bonne année et bonne santé 2016 chers lecteurs !

Le nouvel an est propice aux résolutions. On veut débuter cette nouvelle année sur les chapeaux de roue, et donc tordre le coup aux mauvaises habitudes prises petit à petit. Profiter d’un changement d’année pour se changer soi-même en profondeur part d’une bonne intention, et on se précipite sur un post-it pour lister toutes les résolutions qui nous passent par la tête. Et déjà cette liste nous déprime par sa longueur, on pressent qu’on va avoir du mal malgré toute la bonne volonté et l’esprit de fête dans lequel on baigne.

Et si vous ne preniez qu’une seule résolution en ce début d’année ?

Il semblerait pourtant qu’avoir pour objectif une liste de résolutions au nouvel an semble voué à l’échec, c’est en tout cas le point de vue de Roy Baumeister et John Tierney, deux chercheurs américains dans Le pouvoir de la volonté à propos de ces gens qui font une liste longue comme le bras :

Dès le premier février, un simple coup d’œil sur cette liste suffit à mettre ces gens mal à l’aise. Mais au lieu de se plaindre de manquer de volonté, c’est à cette liste qu’ils devraient s’en prendre. Personne n’a assez de volonté pour faire face à une liste pareille. Si vous souhaitez vous mettre à faire plus de sport n’essayez pas de réorganiser vos finances en même temps. Si un nouvel emploi va pomper toute votre énergie ce n’est pas le moment d’arrêter de fumer du jour au lendemain. Comme on n’a qu’un seul stock de volonté, les bonnes résolutions du Nouvel An finissent par se faire concurrence. Chaque fois qu’on essaie de tenir une de ses résolutions, on réduit sa capacité à tenir les autres.

Mieux vaut ne prendre qu’une seule résolution et s’y tenir, ce qui est déjà bien assez difficile

volonte_baumeister_tierney

Je ne peux plus me passer de stickers félins pour mes bouquins.

Un des enseignements de cet ouvrage est que notre volonté peut être accrue avec un entrainement quotidien, à l’instar d’un David Blaine :

« Quand on prend l’habitude de se fixer des petits objectifs qu’on atteint à chaque fois le cerveau apprend à devenir capable d’exploits qui seraient normalement hors de sa portée », affirme Blaine

Mais…on y apprend aussi que notre volonté ou notre self-control quotidien sont limités à l’instant t, y compris chez les gens qui réalisent des miracles : d’où un certain contrecoup survenant passé un moment et une grande épreuve. Cela s’appelle recharger les batteries, personne n’y échappe David Blaine ne constituant pas une exception :

« …chaque fois que je m’entraine pour une épreuve et que j’ai un objectif en vue, je change tout. J’ai du self-control dans tous les domaines de ma vie. Je passe mon temps à lire. Je mange très équilibré. Je fais des bonnes actions – je rends visite à des enfants hospitalisés chaque fois que je peux. J’ai beaucoup plus d’énergie que d’habitude. Mon self-control est absolu. Je décide de ce que je mange en fonction des apports nutritionnels des aliments. Je ne fais pas d’excès. Je ne bois pas. Bref, je ne perds pas de temps. Mais dès que j’ai fini, je passe à l’autre extrême, et je n’ai plus le moindre self-control dans aucun domaine de ma vie. C’est comme si une fois que j’arrêtais de manger équilibré, je n’étais plus capable de rester assis à lire pendant aussi longtemps. J’ai moins de concentration. Je perds beaucoup de temps. Je me mets à boire. Je fais n’importe quoi. Après une épreuve, je passe de 90 kg à 115 kg en trois mois. »

La volonté n’est pas qu’une force éthérée, une qualité qui divise les gens avec du caractère, et ceux qui n’en ont pas, et que c’est inné, c’est comme ça et on n’y peut rien ma pauv’dame. Non, la volonté a son pendant physiologique et elle se muscle, à l’instar d’un organe. Les auteurs, bien avant d’écrire cet ouvrage, ont constaté le lien très étroit entre mauvaise gestion de la glycémie (le glucose dans le sang) et la perte de self-control, allant de la bête procrastination, jusqu’à la délinquance, en passant par la perte de concentration. La volonté est plus qu’une métaphore, publiaient-ils en 2007, en s’échinant à relever sur un autre article les études allant dans ce sens.

Citant la lutte contre le rhume ou une maladie : « Quand le corps consacre toute son énergie à lutter contre la maladie, il n’en reste pas beaucoup pour faire de l’exercice, faire l’amour ou se disputer. Il devient même difficile de penser, parce que cela demande une grande quantité de glucose en circulation dans le sang. Le glucose lui-même ne pénètre pas dans le cerveau : il se convertit en neurotransmetteurs, les composés chimiques dont les cellules du cerveau se servent pour envoyer des signaux. Manquer de neurotransmetteurs, ce serait ne plus pouvoir penser. »

Naturellement, dans une optique à long terme, nul besoin de se goinfrer de sucreries, le remède étant pire que le mal, il est possible de se recharger en volonté avec des aliments avec un plus faible index glycémique, et même des protéines. Aussi Baumeister et Tierney font malheureusement l’impasse sur les contextes de cétose (en jeûne ou régime cétogène) où le cerveau peut se fournir en carburant alternatif, les corps cétoniques, et où beaucoup de personnes se sentent bien mieux qu’en ayant recours au glucose. Peut-être parce que relativement intolérants au glucose, ils en tirent bien moins d’énergie…en tout cas la biologie n’est qu’un aspect de leur recherche, et ils ne sont que chercheurs en psychologie. Toute nuance serait bonne à prendre.

Ceci nous amène, par voie de conséquence à s’interroger sur le régime…car oui, parmi les résolutions ayant le plus de succès, une se dégage tout particulièrement : perdre du poids. Petit problème : Il faut avoir de la volonté pour s’abstenir de manger quand on fait le régime, et dans le même temps il faut manger pour avoir suffisamment de volonté pour suivre son régime.

ourobouros

Ourobouros et le serpent qui se mord la queue

Avec cette espèce de cercle vicieux, Baumeister et Tierney résument très simplement pourquoi il est si difficile de poursuivre un régime, et pourquoi les échecs sont nombreux. Aussi, dans un contexte d’abondance en bonnes choses, notre volonté est mise à l’épreuve, partout, et quand on craque on le fait de fort belle manière en soupirant un « tant qu’à faire ». Voilà de quoi saper son moral et ses objectifs avant d’avoir commencé à perdre le premier gramme !

Pour atteindre son objectif de perte de poids, ils donnent trois conseils :

  1. Ne jamais faire le régime
  2. Ne jamais prendre la résolution de ne plus jamais manger de chocolat, ou tout autre aliment
  3. Ne jamais penser que les problèmes sont liés à un manque de volonté, qu’il s’agisse de soi-même ou des autres

Dans cette optique, leur conseil se limite, dans les faits, à acquérir graduellement des habitudes qui auront un impact sur le long terme plutôt que de suivre un régime qui va épuiser les « stocks de volonté ». D’autant que selon une approche évolutionniste, notre corps serait programmé pour la disette et donc accumule les réserves tant qu’il peut. Selon eux, la capacité de maigrir est précieuse, on n’y arrive qu’une seule fois, et mieux vaut l’utiliser au cas où sa santé ou sa survie dépend de quelques kilos en moins.

Si l’on suit les conseils de nos auteurs, on va par exemple augmenter notre self-control en se pesant régulièrement – ce qui fera en pester plus d’un(e) -, en utilisant des applications dédiées sur smartphones, notamment pour mesurer les calories alimentaires, en apportant un soin particulier à la pleine conscience – si chère à Brian Wansink – au moment du repas. Tout ce qui vous rendra plus fort (en terme de volonté) est bon à prendre. Ne pas désespérer en cas de défaillance, Rome ne s’est pas faite en un jour.

Je souhaitais conclure ce billet par l’importance du sommeil : sur ce précédent billet je m’interrogeais sur l’impact de la physiologie sur le comportement alimentaire, et les moyens d’y remédier par la physiologie sans aborder la question même du comportement. Le sommeil y tient un rôle crucial, l’étude de l’insulino-résistance (et donc la faculté à gérer la glycémie) accrue par le sommeil en soi est une découverte apportant du moulin à Baumeister et Tierney : ils accréditent l’hypothèse du sommeil réparateur ou destructeur selon si l’on est en manque de repos ou non. Sans parler de délinquance, le manque de sommeil causerait ainsi déjà des comportements que la morale réprouve.

Hyper enthousiaste à la réception de l’ouvrage qui fait le lien entre physiologie et comportement, je suis un peu décontenancé sur la forme, trop littéraire pour un livre apportant autant d’éléments de réponse. Il manque à mon goût un rappel synthétique des enseignements à chaque fin de chapitre. Pour un résumé satisfaisant de l’ouvrage, on se reportera par exemple à cet article qui passe en revue les éléments clés. Il mérite quand même d’être lu, car il apporte un point de vue éclairant et émaillé de nombreux exemples – y compris de stars américaines -, et études citées : impossible de résumer plusieurs décennies de recherche sur un simple article de blog.


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