Archives pour la catégorie Humeur du jour

7 ans (de réflexions)

Le mois dernier, WordPress m’a rappelé qu’il y a 7 ans exactement, je créais Clair et Lipide. L’âge de raison ?

Les années ont passé, le blog s’est copieusement rempli, puis enrichi d’un compte Twitter ainsi que d’une page Facebook.

En mars dernier j’ai quitté discrètement Facebook. Il n’y a plus de page, mon compte ayant été désactivé. Sans prévenir il est vrai.

Je n’ai plus publié d’articles depuis Janvier dernier.

Il se trouve que cet étrange silence correspond à une période de remises en questions plus ou moins profondes. Depuis deux ans, un divorce, deux séparations en un peu plus d’un an, ainsi que plus récemment, le sentiment de passer trop de temps sur les réseaux sociaux, de négliger le réel, le contact, m’a tenu éloigné du blog au sens large. Autant le dire, une lassitude, la sensation de tourner en rond autour des mêmes sujets.

Il y aurait des articles à écrire, d’autres à toiletter, des projets plus denses à mener de front, mais je n’en suis plus capable aujourd’hui. Il faut savoir le reconnaitre. Même s’il m’a fallu être mis devant le fait accompli.

fermeture

Je continue d’alimenter tranquillement le compte Twitter (activité passive, et peu chronophage), pour le reste, rien ne bouge, le contenu restera disponible, sauf que rien n’est prévu pour alimenter le blog.

Je prends l’air, tout simplement.

Carpe diem

L’art du cheveu politique sur la soupe

Tout part d’un statut Facebook anodin et innocent :

mandarineLes commentaires affluent, normal, l’existence d’un tel produit à destination des fainéants ne peut que faire réagir les gens.

Et puis un commentaire, surgi d’on ne sait où, un certain Thomas vient placer sa morale politique. Non pas que je sois contre parler politique. C’est juste à mille lieux des préoccupations du blog – sauf lorsqu’il s’agit de la liberté d’expression et de bloguer -, je laisse la politique s’exprimer ailleurs, parce qu’en tant que français commun, on bouffe de la politique partout. En tout cas à Toulouse, les manifestations politiques comme Alternatiba et affiliés s’affichent ostensiblement dans la rue dès qu’ils en ont l’occasion. Aussi en France on parle très souvent de la politique, c’est une seconde nature. Ce cirque n’arrête jamais, et il est d’usage de se lancer dans des débats infinis. Pour ma part, si des gens ont tort sur internet, hé bien qu’ils débattent, je ne vais pas rester devant mon pc, et pas via mon blog pour leur prouver qu’ils ont tort.

Je dois asséner mon point de vue.

Je dois asséner mon point de vue.

bile 1

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L’anonymat des personnes a été préservé

A vous de vous faire votre opinion, les donneurs de morale qui pensent qu’on ne s’intéresse jamais à la politique et qui viennent prêcher chez autrui façon open bar en mode « vous êtes des moutons, égoïstes » et qui reproche ensuite mon agressivité en omettant au passage les faits, rien que les faits…j’en ai soupé. Non, la politique n’est pas l’alpha et l’oméga de toutes les discussions, et oui, il est irrespectueux de déborder sur la politique dès qu’on en a la moindre micro-occasion. Si des sujets clivants comme la politique et la religion sont interdits selon la bienséance ce n’est pas par caprice, mais bien par pragmatisme social.

A ce niveau là de la discussion, nous étions décontractés et amusés et laissions Thomas déblatérer sur notre mauvaise conscience (c’est par où la confession ?).

Bref, retenez-vous, et réservez ce sujets pour les occasions qui s’y prêtent, et les gens qui veulent bien débattre ! On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ! Surtout que j’ai déjà mes idées, mais voilà…c’est pas mon trip sur le blog, la page facebook, ou le compte twitter !

Bonne fin d’année et…à l’année prochaine 🙂

Se faire expulser d’un groupe Facebook avec la manière

Si vous deviez vous intéresser à l’alimentation en France sous son aspect scientifique, en étant francophone et très branché web, que feriez-vous ? Google, évidemment, puis les réseaux sociaux, et enfin les blogs et plus rarement les forums. On finit par trouver des sites généralistes qui nous correspondent, et petit à petit, en cumulant newsletters, flux rss, et présence active ou non sur les réseaux sociaux, on se constitue ainsi une solide base d’informations que l’on peut suivre au jour le jour.

Sur les réseaux facebook, on peut aussi suivre des pages, ou demander à participer à des groupes, généralement fermés au public : il faut l’accord du gérant (dit admin) du groupe pour y être admis, et là, miracle, les publications affluent, vous êtes dans le secret des dieux.

Par exemple, on peut demander à suivre un groupe comme Nutrition : reflexion sur les modes alimentaires et les mythes.

Un groupe peut-être un peu trop fermé...

Un groupe peut-être un peu trop fermé…

Ce que j’ai fait quelques semaines, le ton n’y est pas à la rigolade, et semble-t-il, plus de spectateurs, que de participants. De bonnes références, quelques articles intéressants qui m’ont échappé ci-et-là, pas le meilleur groupe du monde, mais j’y trouve mon compte. Mais quand même, un arrière-goût pas super agréable persiste : un alignement sans égal sur les discours officiels, et une vitesse sans pareille pour condamner tout discours alternatif, celui-ci pouvant être argumenté, étayé, soutenu par des hommes de science, rien n’y fait, l’autodidacte n’a pas droit de cité. Seule la rente diplômière et les formations qualifiantes peuvent distinguer l’honnête scientifique qui sait lui, du malheureux péquin qui est incapable de donner un avis éclairé.

Bref, un exemple de démocratie à suffrage censitaire pour tenter un parallèle politique, ne sont retenus que les gens ayant acquis leurs titres de noblesse (même si leurs titres sont ronflants, mais bon, passons).

Puis, quelques références au Pharmachien, apparemment leur chouchou, sont venus compléter cet arrière-goût.

Oh, le Pharmachien est bon dans son genre : il est marrant, et dis plutôt des trucs vrais (disons à 85% du temps. Les 15% restants sans être faux, il fait preuve d’un ton assez péremptoire sur des sujets où on pourrait trouver à y redire : en même temps, nul ne saurait être parfait, et son aspect « je détruis tout ce qui me plait pas » fait partie de son charme, alors au final, pas grand chose à lui reprocher. Puis, une publication m’a fait réagir, sur ma page Facebook, pas sur le dit-groupe :

Je charlate, tu charlates, il charlate, nous charlatons...

Je charlate, tu charlates, il charlate, nous charlatons…

Je me disais que : ok l’académisme scientifique avec les diplômes qui vont bien, donnent de l’assurance et une crédibilité certaine, mais quid du pire des sophismes celui de l’argument d’autorité ? Je comprends bien où Gilles veut en en venir, mais tirer à boulets rouges sur la pseudoscience, et commettre dans le même temps le sophisme le plus vil a quelque chose de déconcertant, tout au moins paradoxal.

Puis Jérémy de Dur à Avaler a partagé ma publication (et fait exploser mon compteur de vues, merci Jérémy !)

Et puis j’ai vu que j’ai été banni du groupe, impossible de le retrouver sur Facebook. Sans explication. J’ai juste déplu à Gilles (ou aux autres admin). Et euh, j’ai rien à reprocher au groupe en fait, ni même aux admin, j’ai pris quelques références de bouquin, je suis pas très chiant, ni même vindicatif…du coup cette expulsion est un peu sans objet et reflète je ne sais pas quoi…ah si, j’ai partagé un contenu de leur groupe, sans autorisation. C’est pas bien méchant non plus…mais bon. Heureusement y a l’humour qui aide à tout faire passer :

je-suis-clairetlipide-75wx-653x435Moralité : ne piégez pas les gens coupables de sophismes.

La mise à jour du lendemain : si vous tenez à être admis dans ce groupe, ou y rester, prenez garde à ne pas trop parler sur ma page Facebook et encore moins sur les publications relatives à l’article ci-présent ou à des publications à propos de ce groupe (sur ma page donc). Il semblerait que certains de mes amis Facebook aient dit des choses déplaisantes, et se sont vus, eux aussi en retour bannis du groupes des mythes alimentaires. Je suis contagieux, faites gaffe. Les admins veillent au grain, et tout ce qui dépasse sera taillé.

Pour un peu, j’aimerais bien profiter un peu d’un genre d’effet Streisand.

Entre fermentation et crudités, l’énigme du melon et du jambon

L’été s’est bien installé, culinairement parlant, nos appétits se dirigent tout naturellement vers les crudités. Au diable le four, la poêle et le vitaliseur féérique de Marion ! Adieu plats au four, mijotés, bienvenue aux salades !

Par Tamorlan (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Par Tamorlan (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D, via Wikimedia Commons

Oh, bien sûr, on en profitera à l’occasion pour cuisiner ratatouilles et autres tomates farcies. Mon âme de méditerranéen est de toute façon conquis par avance.

Mais il faut dire ce qui est : cuisiner et manger chaud quand la température tutoie les 30° à 20h passés tient de la torture. Heureusement, l’été est la saison de la majeure partie des fruits, dont la tomate, mais également des salades. Pour les amateurs de vins, on se contentera de vins plus légers, comme certains blancs, mais surtout les rosés. Tout doit inciter à la fraicheur, et les plats mijotés (au hasard, une daube provençale ou une carbonnade flamande) tant appréciés l’hiver ne trouvent pas instinctivement preneur. Et personne n’a envie de se cuire sur place près d’une plaque de cuisson à surveiller la sauce.

On va donc au plus simple, des crudités facilement coupées en dés, mélangées dans des salades où l’on peut faire preuve d’imagination : les combinaisons sont multiples ! On peut même y rajouter du fromage, si on le tolère, en plus de la traditionnelle huile d’olive et de vinaigre.

Pour rajouter à la fraicheur, nullement besoin de consommer des crèmes glacées : pastèques et melons font le bonheur des grands et petits, et c’est bien plus sain ! Juteux en diable, naturellement sucrés si consommés à point, on pourrait s’imaginer ne manger que ça. De vrais fruits nous provenant directement du jardin d’Eden.

Le mystère s’épaissit toutefois avec l’ajout du jambon cru. Melon et jambon, jambon ibérique dans la péninsule du même nom – avec porto pour les portugais -, ou jambon de Parme depuis l’Italie. Je suis melono-jambon sceptique : je ne vois pas l’intérêt d’y mêler les deux. Gustativement parlant j’entends, parce qu’une assiette comme celle-ci avec les feuilles de menthe impose le respect.

De l'utilisateur:Arnaud 25, domaine public, via Wikimedia Commons

Respect !                                                             (De l’utilisateur:Arnaud 25, domaine public, via Wikimedia Commons)

Que l’on ne s’y méprenne pas, j’adore le jambon cru de qualité, affiné de longs mois, avec une préférence pour le jambon de bellota : le Joselito est une tuerie, hélas trop chère, si les vegans me permettent d’apprécier ce délicat mets que constitue ce morceau de cadavre. Mais même sans atteindre ce niveau divinement goûtu, le moindre jambon de Bellota assassine sur place la quasi-totalité de la production française. En France on produit beaucoup de charcutaille, mais voilà, c’est pas comme le vin ou le fromage, on n’est pas vraiment en pointe sur la qualité gustative. Hormis, toutefois, certains produits spécifiques dont le Porc Noire de Bigorre justement inspiré des méthodes ibériques, de par la proximité géographique et culturelle : les cochons gambadent dans de délicats pâturages et se gavent de glands qui constituent ainsi leur plat principal. Bellota signifie très justement gland en espagnol, pas de hasard !

Notons que le jambon cru, n’est pas exactement « cru », mais fermenté, affiné comme on dit. Cela reste un mets de choix justement pour l’été : pas besoin de le cuisiner, de le préparer, la nature, devrais-je dire les bactéries, a fait son boulot en cave, transformant le glycogène (le glucose si on préfère ! Le « sucre » !) en acide lactique. Le goût changeant notablement, et une alchimie particulière se produit, entre le gras (que l’on dit persillé) formidable vecteur de goût, les protéines et la lacto-fermentation : voilà qui rapproche singulièrement la charcuterie des fromages. Je rappelle pour les flemmards de l’anglais qui n’auraient pas envie de lire The Art of Fermentation de Sandor Ellix Katz, que l’on peut même trouver un manga vulgarisateur sur le sujet répondant au nom de Moyasimon ! (merci à @dm_devito sur twitter pour le partage)

fermentation moyasimonEt je n’oublie pas, bien sûr, l’ouvrage de Marie-Claire Frédéric, Ni Cru Ni Cuit plus accessible pour la plupart d’entre nous, Florian de Naturo-Passion ayant réalisé une interview très sympathique il y a un an de cela :

Cliquer pour accéder au blog de Marie-Claire Frédéric

Cliquer pour accéder au blog de Marie-Claire Frédéric

Et le melon mêlé au jambon alors ? Je n’y vois pas trop d’intérêt…je mange l’un, puis l’autre, les deux sont excellents. Mais ensemble ? Bof bof. Il y a des aliments qui consommés ensemble sont meilleurs que consommés séparément…dans le cas présent, je cherche encore…

Diantre, je passe à côté d’un des plaisirs de l’été…


edit : j’ai rebaptisé « Entre crudités et fermentés » Par un titre qui rappelle l’expression fourre-tout « Entre tradition et modernité »…

Le journalisme que je n’aime pas

Est-ce que le métier de journaliste est en mutation à cause de la montée des journaux numériques et des blogs spécialisés ? Je ne sais pas, il me semble que les bons journalistes d’investigation, qui font des articles qui valent leur pesant de cacahouètes n’auront jamais trop de soucis à se faire, que cela soit au Figaro dans sa version papier, ou dans un média de type pure player (patapé, aucune traduction n’est correcte et ne restitue pleinement le sens) comme rue89.

En voie de conséquence, les journaux à l’ancienne sont devenus insipides et très frileux : de fait aucun journal français ne vaut par exemple le New York Times, ni de près, ni de loin. Ils ont du mouron à se faire. Ces dinosaures qui font des pieds et des mains pour toucher des subventions tous les ans, alors que le nombre de lecteurs et donc leurs recettes…ne cesse de chuter. Pudiquement on avance les arguments de la pluralité des opinions. Vision purement hypocrite, la soupe est bonne, et leur modèle est peu remis en cause. Avec la carte de journaliste, ils pensent ainsi avoir le droit inaliénable et sacré de se goberger d’argent public, parce que voyez-vous, snif, les temps sont durs.

Nous faisons ainsi du social avec les journalistes : avec ces subventions les journaux peuvent maintenir les bénéfices, ou tout simplement embaucher plus de copains journalistes. Seulement, quand on lit des articles comme ça, on ne peut s’empêcher de penser, que, quand même, il y a quelque chose de pourri dans le milieu du journalisme.

Et là, je lis cet article, concernant la fusion des régions : Toulouse devrait donc être siège régional aux dépens de Montpellier. L’article est bien écrit, mais il y a quelque chose qui me dérange. Pour le formuler clairement, il n’est nullement mention de la source.

La souuuurce !

La souuuurce !

Voilà mon énervement est tout relatif, rien de grave, les journalistes n’ont pas mangé de chatons mignons, ni torturé qui que ce soit. C’est juste que cet article prend le lecteur pour un imbécile.

  • Soit ils émettent plein d’hypothèses, sur la base d’arguments évidents qu’ils citent d’ailleurs, mais dans ce cas ils doivent préciser que cela reste spéculatif, bien que très probable.
  • Soit ils admettent qu’ils ont été mis au courant par des personnes bien placées, ce qui semble être le cas quand on lit entre les lignes. Seulement voilà, il faut décrypter ce journalisme à la noix, comprendre l’arrière-plan politico-journalistique, les enjeux d’un tel secret, et pourquoi on a pas le droit de savoir qui a ébruité la décision qui serait quasiment prise.

Seulement voilà, à force d’être habitué à ce journalisme qui monte des articles sur du vide, et sur une malhonnêteté patente doublée d’une incompétence crasse, on ne relève plus. On hoche la tête et on se dit qu’il y a plus grave. Ce qui est juste…mais désespérant quand même.

Au r’voir Terry

Hier, et encore aujourd’hui, j’étais triste.

Terry Pratchett, coupable des Annales du Disque-Monde, est mort, hier, à 66 ans.

C’est une part de moi, celle de l’étudiant en fac, amusé par ses écrits, en laquelle je porte le deuil. Découvert grâce à un jeu vidéo emprunté auprès d’un ami, j’ai découvert son univers fantasy bariolé et délirant.

Je n’ai plus lu un roman de sa plume depuis que l’on m’a offert Les ch’tis hommes libres en 2006, cela faisait déjà depuis 2002 que je m’étais détourné de son univers, faute de temps, et il faut le dire envie de lire autre chose aussi.

Mais je m’étais promis d’y replonger quand j’aurais le temps, un jour

C’était pour moi une sorte de Goscinny anglais, avec l’humour plus british bien sûr, comme un Monty Python perdu et qui aurait choisi l’écriture plutôt que la caméra, ou la bd. Sa façon de pasticher notre monde à travers son multivers était unique. Et les représentations très ouvertement bd de son associé Josh Kirby (puis plus tard Paul Kidby) ne démentent pas cette proximité de ton.

Je ne savais pas pourquoi j’étais triste. J’ai apprécié d’autres romanciers, d’autres artistes qui sont passés de vie à trépas. Mais Pratchett, c’était comme un gars qui avait réussi à monter son univers populaire et fantastique sans le trahir. Quasi tous ont gâché le leur (y compris Uderzo, George Lucas,…à l’exception notable d’un Tolkien) dès que le nombre d’œuvres s’est révélé imposant. Lui il a ajouté roman après roman, avec la facilité d’un métronome, les pierres indispensables à son univers, et rien n’indiquait qu’il prenne une direction artistique douteuse. Même en supposant que certains tomes sont moins bons que d’autres.

Mais surtout ses traits d’esprits qui émaillent sa longue œuvre me (nous) manqueront. C’est peut-être en ça que j’ai la sensation de perdre un être cher, il a installé une proximité entre lui et ses lecteurs. Bien que n’ayant pas suivi son activité, ou seulement de très loin – j’étais tout de même au courant de son atypique maladie d’Alzheimer -, c’est une part de nous (lecteurs) qui s’en va, un homme singulier, original. On ne le remplacera pas, il faudra faire le deuil.

Je ne sais pas si je dois pardonner La Mort de nous l’avoir fauché…je ne sais pas. Il était peut-être temps…


Source : BouletCorp qui pastiche brillamment, et de manière appropriée The New Yorker

Moi et mon alimentation (III)

Je ne pensais pas donner une suite à deux vieux articles, et pourtant il en est ainsi…

Passé un certain moment à rédiger des articles, on devient plus connaisseur, en quelque sorte plus « savant » au fur et à mesure des recherches effectuées. Même si on devient dans le même temps, plus humble, par la force des choses au vu de la connaissance qui s’accumule, et étonne de jour en jour.

Et surtout, s’intéresser à la nutrition, écrire sur le sujet ne rend pas automatiquement plus vertueux au niveau du comportement alimentaire. Parfois, on peut souffrir d’auto-aveuglement. Sans même parler du fameux dicton : « Les cordonniers sont les plus mal chaussés« . Il y a sûrement un peu de vrai dans le dicton populaire.

Fin 2011/début 2012, j’allais très bien, puis mon état de forme est devenu plus aléatoire. Certains jours je me levais en étant fatigué bien qu’ayant dormi mes 8h30 théoriques habituellement suffisantes. Plus tard dans l’année, j’expérimentais le retard de selles. Pas de la constipation stricto sensu, un retard de un à deux jours. Puis le nez s’est mis à couler sans prévenir. De plus en plus…et ponctué de nombreux éternuements. Puis le cœur s’est mis à battre fort plus que de raison…sans raison. Apparente. Et plus mon cœur battait fort, plus j’étais fatigué le lendemain, sans récupération possible, et rebelote le lendemain. Un été passe, avec symptômes en recul, vive la montagne, vive la mer.

Les symptômes se réinstallent petit à petit lors de mon retour en ville, me remettant à mon rythme urbain habituel. Puis un jour, ce sont des symptômes urinaires peu communs qui font leur apparitions. Au final rien de grave, beaucoup de cogitation…il semble que certaines bactéries ont profité d’un intestin par trop perméable pour aller se nicher dans la vessie. Mais ça a été le symptôme de trop qui m’a fait réagir (ce que j’aurais du faire avant).

J’ai fait de multiples tests alimentaires auparavant, mais j’étais incapable de les interpréter, et je n’y trouvais guère de sens. Pollution ? Eau contaminée ? Gluten ? Ondes ? Toutes les hypothèses étaient bonnes à prendre. Mais je me doutais bien que l’alimentation y était pour quelque chose. Bien que j’y fasse attention, je ne cours pas après les fastfood, ni après les aliments transformés.  Comment après un régime low carb, puis un régime paléo, puis enfin un régime « ancestral » (lire français d’avant la seconde guerre mondiale, qui n’exclut pas les féculents, à propos : réintroduire les féculents m’a fait du bien, sans résoudre les autres symptômes : thyroïde à plat momentanément, ça au moins, ça a fini par remarcher.

ali proviaJ’ai donc, un peu désespéré fait marcher la piste du profilage made in Taty (Lauwers). Capable d’y dénicher une aiguille dans une botte de foin, c’est à dire une allergie alimentaire dans un terrain mortifère (j’exagère un tout petit peu, bien sûr). Ce n’est pas Taty qui m’aidera dans mon parcours, une de ses élèves, Gabriella Tamas, naturopathe, formée au profilage alimentaire, et qui tient le sympathique site AliProvia. Elle m’aura aidé le temps de pratiquer les évictions, et de nombreux échanges par mails, jusqu’à une subite prise de conscience. Elle m’a apporté une approche plus instinctive si on veut de l’alimentation (rien à voir avec les huluberlus de l’instinctothérapie).

Après un entretien par Skype, j’ai donné le maximum de renseignements par internet. Cela m’a pris beaucoup de temps pour répondre de manière juste et honnête. Dans ces moments-là, on est seul face à nos problèmes, pas de vanité possible. Evidemment les résultats ne se font pas attendre, et sont durs à lire : trop de fromage, trop d’aliments riches en salicylates. Attendez….saliquoi ? Salicylates. D’accord. Comme l’acide acétylsalicylique alors, la fameuse aspirine ? En quelque sorte. On va donc me considérer comme un Canari de la modernité.

Pour les fromages, c’est mon péché mignon, j’avoue sans réserve, on a parfois des faiblesses, qui nous relient sans doute à nos premières émotions. Je savais que j’en mangeais trop et je semblais aller mieux quand je n’en mangeais plus. Sauf que je n’allais pas bien pour autant. Et les salicylates ? Présents dans tout ce que j’aime, quasiment. Fruits, noix, une certaine frange de légumes comme les courgettes ou les aubergines, qui ont, comme par hasard, mes faveurs.

La première recommandation de Gabriella était donc de diminuer très sévèrement les laitages (enfin dans mon cas, les fromages surtout), à la rigueur le beurre ou le ghee pouvait être conservé. Donc comme je disais : c’était positif, mais franchement, mes nuits étaient difficiles à cause de cette tachycardie inexpliquée. Nous étions en été 2013, dans un gîte à Dauphin, et l’heure n’était pas encore à se passer de fruits ou de ratatouille. Dans les Alpes de Haute-Provence, l’été, c’était comme s’il n’y avait que ça de disponible ! Je suspectais notamment les pêches et les pastèques de me faire bondir le cœur plus que d’autres aliments.

Et puis, l’automne arriva : j’ai eu instinctivement besoin de chercher de la nourriture avec peu de salycilates, et zéro laitages. Du jour au lendemain : zéro tachycardie, corps qui commence à s’apaiser…bingo, et victoire ! L’éviction de ces aliments m’a laissé en paix. Depuis, passé quelques mois, je remange sans problèmes des salicylates, alors que les laitages, même à petite dose semblent être devenus problématiques, ce qui n’était pas le cas jusqu’à mes 30 ans environ. Ca arrive…et je n’ai pas encore tout guéri de cette paire d’années qui m’a en quelque sorte « amoindri ».

La conclusion sera multiple, comme les enseignements que j’en ai tiré à titre personnel. Même au sein des aliments sains, tous les aliments ne sont pas recommandables. Nous avons une génétique différente, des origines différentes, une histoire différente, des goûts différents, c’est à chacun de tâtonner, d’expérimenter, mais aussi d’écouter son corps – ce que j’ai fini par faire à la fin, quand je n’arrivais plus à intellectualiser ou rationaliser ce qui m’arrivait, tellement il n’y avait plus de sens -. Tout peut potentiellement causer un souci, y compris les sacro-sacrés aliments sains : légumes, cru, cuit, viande, fruits, céréales, légumineuses, oléagineux, absolument tout. « Ca dépend »… »faut voir le contexte » « le terrain du sujet compte »…tout n’est que du cas par cas. Aussi j’ai profiter de cette période d’éviction pour enfin intégrer le bouillon de poule, utile pour se ressourcer 😉

yin yang

source wikimedia

Votre alimentation vous équilibre ou vous déséquilibre. Même dans le meilleur des aliments, végétal, animal, il y a des composés qui peuvent vous déséquilibrer votre santé à terme, si vous en abusez. Et comme je l’ai souvent dit, même dans les aliments les plus diabolisés, surtout en cuisine animale, ils n’ont pas que des points négatifs, et même positifs consommés avec parcimonie. Le dessin du traditionnel Yin Yang semble être un peu clichesque, mais il s’applique parfaitement à l’équilibre que chacun doit trouver.

Même avec un regard d’anthropologue-nutritionniste, les peuples de chasseurs-cueilleurs jusqu’aux peuples agricoles et sédentaires traditionnels, l’équilibre est toujours respecté, par une sorte d’empirisme et de savoir judicieusement transmis. L’exode rural a brisé cette transmission, il ne tient qu’à nous de redécouvrir notre propre équilibre, et d’être attentifs aux suggestions de notre corps, parfois si subtiles qu’on ne les remarque plus : au delà des querelles d’écoles de pensées nutritionnelles, si vous ne savez pas pourquoi vous devez éviter ou favoriser tel aliment, lui, il sait.

Post-Scriptum : les médecins étaient dépassés, pas vraiment d’oreille attentive, seule une approche holistique pouvait marcher, j’admets avoir un peu trop attendu, « j’aurais » du réagir bien avant, mais ça…errare humanum est ! Je n’ai pas persévéré. Et la piste des salicylates est drôlement originale – voire inexistante – en francophonie, j’admets que je n’y connaissais rien, hormis le nom et la référence à l’aspirine. Je dois admettre que j’étais sceptique au départ. Dans le même genre, il y a les oxalates comme « ami pas beau ». Je n’en revenais pas quand je me suis rendu compte que « ça marchait », et que le plus dur était fait.

De même difficile d’en parler sur le blog, les mots n’arrivent pas aisément…à tous les coups. Aussi je n’ai pas l’habitude de livrer mon expérience personnelle, surtout si ça a été une épreuve. Pas forcément par pudeur (quoique) mais trouver les mots justes sans raconter une anecdote personnelle pour…raconter une anecdote. Il me fallait aussi lui trouver un sens. Quasiment un an plus tard. La reconstruction n’est pas terminée, mais elle avance.