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Aller à l’essentiel en fantastique : histoires courtes et nouvelles

J’ai reçu un fort joli coffret :

twilight zone

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J’ai enfin sauté le pas. C’était une série que j’aurais été incapable d’apprécier lors de mon adolescence. Déjà parce que passée de mode, je ne crois pas qu’elle ait été diffusée dans les années 90 (aucun souvenir !), mais aussi parce que je serais passé à côté. Le format de Twilight Zone (le titre de la série en anglais) repose sur un principe : une histoire, un épisode. Pas le temps de broder, de développer la psychologie des personnages, non, le message de chaque histoire doit tenir en un épisode d’environ 25 minutes. Chaque histoire fantastique se veut hors-norme, dans le but de frapper le téléspectateur, de le choquer par la chute (toujours inattendue, bien que l’on sait que l’on va être étonné), surprenante et singulière de chacune de ces histoires. Par exemple je me souviens vaguement du seul épisode que j’ai vu il y a fort longtemps : des êtres humains cloitrés chez eux étaient en fait observés comme des animaux par des extra-terrestres, à la manière d’un zoo, préfigurant aussi quelque part l’excellent Truman Show. Il y a une filiation évidente avec l’univers de Edgar Allan Poe, qui fit aussi son beurre sur les histoires courtes. Pour information, cet auteur étant mort depuis belle lurette, ses oeuvres sont disponibles gratuitement, et libre de droits ici. De quoi faire le plein avec votre liseuse si vous en posséder une.

Je ne suis pas spécialistes des histoires courtes en fantastiques ou science-fiction. Je me souviens avec nostalgie de la collection La Grande Anthologie de la Science Fiction. Bien des volumes de cette collection sont devenus hors de prix, ou tout simplement épuisés, introuvables, à moins d’avoir une bonne surprise chez un bouquiniste, un vide-grenier, ou un Cash Converters. J’ai lu Histoires de fins du monde. Pas très positif (les anxieux devraient éviter !), mais histoires passionnantes, dont certaines torturées : de mémoire l’une est une histoire où ne subsistent que des femmes…et un seul homme. Et l’auteur décrit de manière rationnelle ce qu’il s’y passe.

grande anthologie de la science fictionApprécier les histoires courtes ne me semble pas si évident. Je trouve qu’à notre époque, on est plus attiré par les grandes fresques épiques en fantasy, que cela soit Le Seigneur des Anneaux, Le Trône de Fer, plus récemment (tant en littérature qu’à l’écran). Des ouvrages longs où l’on s’attache aux personnages, avec une évolution lente de la situation, où l’auteur peut à loisir fournir des descriptions de l’univers, permettant au lecteur de mieux plonger et d’apprécier la saga.

Dans le cas des nouvelles (voilà le mot que je cherchais), rien de tout ça. Il faut être succinct dans les descriptions, ne pas s’attarder inutilement sur le contexte : on a une histoire à raconter avec une chute attendue. Pas le droit d’être bavard, il faut captiver le lecteur dès le départ, retenir son attention, et le tenir en haleine. Autant la lecture des grandes sagas de fantasy (ou même de Science Fiction, à l’instar de Dune) permettent de tirer à la ligne, un peu, autant ce défaut est proscrit pour les nouvelles. Et aller à l’essentiel d’une histoire n’est pas chose facile, étant donné que bien des écrivains tendent à être verbeux…le propos doit être court et concis, je dirais même clair et limpide ! Il n’est pas étonnant que le meilleur roman de Robert Silverberg soit les Monades Urbaines, une série de nouvelles indépendantes se déroulant dans le même univers qui est en fait des immeubles géants qui accueillent toute la population.

Aussi, en Science-Fantasy, j’ai une affection particulière pour Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley. En une vingtaine de tomes, elle raconte l’histoire d’une planète peuplée par des humains ayant échoué là (accident de vaisseau spatial), et qui se retrouvent dans une période médiévale quelques centaines d’années plus tard avant que les habitants soient à nouveau en contact avec les humains. Les Chroniques de Ténébreuse sont des excellentes nouvelles écrites par Bradley, mais aussi très souvent par des admiratrices (et admirateurs !) de l’univers. Bradley les a sélectionnées dans ces recueils de chroniques, représentant une période particulière de la planète. Dommage que ces recueils soient devenus rares et donc…chers.

histoires courtesJe n’ai pas une connaissance encyclopédique des histoires courtes, des nouvelles. Par contre, parmi celles que j’ai le plus appréciées, je ne peux pas faire l’impasse sur Fredric Brown, un auteur de SF parodique (oui, avant Douglas Adams), connu notamment pour ses géniaux Martiens Go Home !, ou L’Univers en Folie ou une simple machine à coudre permet le voyage spatio-temporel…J’ai embrayé sur 3 séries de nouvelles, Lune de miel en enfer, Une étoile m’a dit, et le meilleur, Fantômes et Farfafouilles dont les nouvelles tiennent parfois sur 2 pages, quelques fois une seule, ou même quelques lignes, comme celle-ci :

F.I.N.

Le professeur Jones potassait la théorie du temps depuis plusieurs années déjà. « J’ai trouvé l’équation clé, dit il un jour à sa fille. Le temps est un champ. Cette machine que j’ai construite peut agir sur ce champ, et même en inverser le sens. » Et, tout en appuyant sur le bouton, il dit : » Ceci devrait faire repartir le temps à rebours à temps le repartir faire devrait ceci » : dit il, bouton le sur appuyant en tout, et. « Sens le inverser en même et, champ ce sur agir peut construite j’ai que machine cette. Champ un est temps le. Fille sa à jour un il-dit, l’équation clé trouvé j’ai. » Déjà années plusieurs depuis temps du théorie la potassait Jones professeur le

N.I.F.

Titre original : The End (1961) (merci à cillbq du forum volition). Je crois même qu’une de ses nouvelles ne fait qu’une ligne, je n’arrive pas à la retrouver.

Dans une veine similaire, avec des histoires aussi fascinantes, voire loufoques, mais sur un autre format (ici le manga), le génial Osamu Tezuka n’a jamais caché son amour pour les histoires courtes et fantastiques, si typiques de l’âge d’or de la SF. Pour les curieux, je recommande Le Cratère en deux volumes (oui…cher), ou encore Histoires pour Tous, Demain les Oiseaux, ou encore le très sombre Sous notre atmosphère. De manière générale, Tezuka excelle dans les histoires courtes : même ses grandes oeuvres, dont Black Jack, Phoenix, ou Bouddha laissent une place pour le format court, soit dans le format feuilleton (Black Jack ressemblerait quelque part à un ancêtre du Dr. House), soit à des histoires dans l’histoire (Bouddha), soit parce que chaque chapitre est une oeuvre à part entière laissant toujours en arrière plan la thématique (Phoenix).

Les histoires courtes, les essayer, c’est les adopter !

Manga pour adultes

Voilà un titre bien racoleur, susceptible de me rapporter de la fréquentation, haha. Un article sur le régime Dukan , tellement à la mode, devrait aussi avoir le même effet. A tester un jour.

Légèrement trompeur, mais pas tant que ça.

Les manga, sont plutôt destinés à un public constitués d’enfants, ou d’adolescents. Les manga dits seinen s’adressent eux à un public de jeunes adultes. Mais peu d’auteurs ont une oeuvre résolument adulte. Et je ne parle évidemment pas d’oeuvres sexuelles au goût douteux ! Ce sont des oeuvres que je conseille à tout le monde, avec des thèmes universels, en fait l’origine de l’auteur ou le pays où se passent les événements ont peu d’importance.

Jirô Taniguchi est de ceux-là. Malheureusement, pas prophète en son pays, il semble avoir trouvé en France son public, plutôt fidèle. Il faut dire qu’il respecte peu les codes du manga, à savoir le trait léger et dynamique, malgré l’usage du noir, blanc et nuances de gris. En fait, on peut dire que c’est un auteur qui fait le lien entre les manga et la bédé franco-belge. D’autres iraient jusqu’à dire que son oeuvre n’a rien de manga dans l’esprit, si ce n’est l’origine de l’auteur. Et ils n’ont pas forcément tort.

C’est un auteur assez prolifique, et dont les ouvrages sont coûteux, rédhibitoire pour les jeunes désargentés. Voilà un bon moyen de sélectionner son public…enfin peu importe. J’ai commencé par lire l’anecdotique mais rafraichissant « Le Gourmet Solitaire ». Pas mal du tout, peut-être en deçà de ses deux chefs d’oeuvres.

Quartier Lointain : sortis en deux tomes chez Casterman, cette bédé (je n’ose plus vraiment dire manga) aborde des sujets divers comme la nostalgie, les remords des temps passés, les premières amourettes, la relation avec le père (récurrent chez Taniguchi). Le scénario est en fait assez captivant, parfois sur un ton léger ou humoristique, pas loin du fantastique ou même de la science-fiction.

jirô taniguchi

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« Et si un jour vous vous réveillez dans votre peau d’adolescent, à cette époque là, mais avec vos souvenirs d’adulte, vos capacités d’adulte, et en mémoire tout ce qui s’est passé après cette époque…changeriez-vous votre propre passé ? ». A partir de ces bases-là, le récit débute, et ne vous lâche pas jusqu’au dénouement. Sur un thème avoisinant, je ne connais que le film Un Jour sans Fin, avec Bill Murray, mais le propos de la bédé va bien plus loin.

Plus récemment, Le Sommet des Dieux, sortis en 4 volumes, en cours de réédition sous un format plus luxueux, va plus loin. Moins facile d’accès, plus métaphorique, contemplatif, c’est une oeuvre à plusieurs niveaux de lecture. Il y a les faits bruts, et l’interprétation personnelle. Comment cette oeuvre peut nous parler. Il n’est évidemment pas question que d’alpinisme. A mon sens les thèmes principaux sont le dépassement de soi, la transcendance, la passion, la ténacité, et plus généralement, le sens de la vie, ou celui que chacun choisit de donner à la sienne.

Les 3 premiers volumes de la réédition sont disponibles (le 4ème ne devrait pas tarder à paraitre) :

Jirô Taniguchi

Le premier volume de la réédition du Sommet des Dieux

Les représentations de la montagne, enfin, des montagnes sont absolument magnifiques. Ce voyage spirituel nous emmène dans les montagnes japonaises, françaises (Les Grandes Jorasses), ou même celles de l’Himalaya. On ne ressort pas indemne de cette lecture que je recommande chaudement. A défaut de l’acheter, il doit-être possible de la lire grâce aux médiathèques. Ne loupez pas cette lecture, on en ressort grandi. Et si spirituellement elle vous marque, vous en ressortirez Gandhi.