Archives pour la catégorie Musique

Un soupçon de valse dans la musique moderne

Quelques morceaux ou figurent un rythme de valse que j’ai dans ma cédéthèque ! J’en ai sûrement d’autres, et ce ne sont certainement pas les seuls à avoir accompli cet exercice de style…pas la prétention d’être exhaustif. Juste un article léger et rafraichissant, rien de tel pour l’été.

Bon week-end à tous et toutes.

 

En pop sixties : Being for the benefit of Mr Kite des Beatles

En jazz : « Blue Waltz », Ascension de John Coltrane

En rock progressif et précieux façon belle époque victorienne  :  Millionaire Waltz de Queen

En glam 70’s : Falling in love with myself again des Sparks

En chanson française : Valse d’amour de Paris Combo

En metal barré : Devin Townsend, Wild Colonial Boy

Les morts dansaient à Nîmes – 29 juin 2013

Chaque année qui passe me donne l’occasion de voir en concert un ou plusieurs de mes artistes favoris. L’an passé ce fut le cas avec la très celtisante Loreena McKennitt.

Cette année, par contre, je ne voyais rien venir, comme disait Sœur Anne. C’était sans compter sur les « vieux briscards » de Dead Can Dance : leur dernier album, Anastasis était très bon, et il m’était impensable de les louper, comme ce fut le cas, en 2005. Je vivais en région bordelaise, jusqu’à début mars, et ils firent un concert à Bordeaux peu après mon départ. J’ai longtemps pesté contre cet acte manqué, d’autant que c’était leur retour scénique après deux carrières solo bien remplies. Pour ceux qui ne suivent pas, la chanteuse, Lisa Gerrard, a participé à la bande originale du film Gladiator. Brendan Perry a fait lui aussi son petit bonhomme de chemin, mais je vous avoue, je n’ai pas vraiment suivi l’affaire.

Je ne suis pas fan absolu du duo. Je suis juste fan absolu de ce que je considère comme leur meilleur album, Within The Realm Of A Dying Sun, une sorte de pépite néo-classique, spiriturelle, gothique, sombre, unique, et assez indéfinissable, de mon point de vue. J’aime aussi également leur opus le plus médiéval Aïon (avec un extrait du Jardin des Délices de Jérôme Bosch). Peut-être en deçà dans mon échelle, le néanmoins très bon Serpent’s Egg contenant Host Of Seraphim, laquelle est tout bonnement bouleversante, et il faut le dire,  venant d’une autre planète, Lisa Gerrard appartient définitivement à un autre monde, ou une autre époque, ce que m’a confirmé la vision du documentaire Sanctuary consacré à sa vie. Le reste de la carrière, je connais peu, à mon grand regret, c’est une erreur que je devrais rectifier assez vite, dans les prochains mois.

Aion, leur album médiéval

Aion, leur album médiéval

Dès la confirmation du concert de Nîmes, je n’ai pas vraiment tardé à prendre les billets, dans la matinée même où ils étaient mis en vente, c’était réglé :

dcdNous étions trois à partir, et bien que ce ne fut pas une journée ensoleillée, la seule perspective de voir un concert hors du commun dans un cadre qui ne l’était pas moins – Les Arènes de Nîmes – suffisait à notre impatience. Trois heures pour aller à Nîmes, un samedi, c’est tout à fait convenable. Après un bivouac improvisé sur la place de la libération, nous nous sommes dirigés vers une brasserie pour boire quelques verres : à voir les t-shirts et autres dégaines qui détonne dans l’atmosphère tranquille, méditerranéenne de Nîmes, d’autres fans firent le même choix. Puis, nous nous décidions, et rejoignions le temple de la soirée. J’avais déjà expérimenté le lieu (en fait pour le groupe Metallica), mais ce soir allait être complètement différent. Une messe, le mot n’est pas exagéré.

La scène...avant le début du concert

La scène…avant le début du concert

Ils sont en voix, et visiblement ravis d’être sur cette scène. Leur prestation était magique, et semble-t-il encore plus si on est dans les premiers rangs, ce qui m’a été confirmé par un ami qui était de la partie. Un album live récent donnait un indice quant à la set-list du jour. Il y a eu quelques modifications depuis (set-list sur lastfm), et j’ai d’autant plus apprécié les performances des classiques que sont Cantara et de Black Sun auxquelles je ne m’attendais pas. Host of Seraphim m’a fait hérisser les poils. J’ai redécouvert Sanvean une chanson du répertoire solo de Lisa et qui m’a fait vibrer comme jamais. Brendan Perry n’est pas en reste, il est le parfait complément, moins technique, mais tout en émotions, plus expansif (c’est relatif, ça n’est pas un groupe festif, même avec des percus africaines !). Lui aussi m’a époustouflé par sa présence scénique et sa puissance vocale : il est juste plus terrien que Lisa (et elle aérienne, éthérée), ce qui peut donner cette fausse impression qu’il n’est que le faire-valoir de son alter-égo. Ils sont parfaitement compatibles, jouant, chantant sur des registres différents. Les autres musiciens accompagnateurs firent leur travail, tout en discrétion, synthétiseurs et percussions essentiellement : nous n’avons, de fait, d’yeux que pour le duo.

Nous repartîmes, enchantés, de Nîmes.

Loreena McKennitt au Grand Rex (le 6 Avril 2012)

Une de mes artistes favorites est Loreena McKennitt. J’adore sa période celtique (dont le dernier album en date, « The wind that shake the barley« , je ne lui en voudrais pas pour cette référence à l’orge), mais également sa période plus moyen-orientale.

Je vous avais fait part de quelques instrumentaux il y a quelques temps, le formidable Between the shadows, le très épuré Banquet Hall, ou encore le remuant Huron ‘Beltane’ Fire Dance, d’ailleurs interprété au grand Rex il y a quelques semaines en rappel.

Ma joie fut immense, quand j’ai appris en octobre dernier son passage à Paris, au Grand Rex, la même salle dans laquelle elle a officié en 2007 pour la sortie de An Ancient Muse (mon favori de la période orientale, comme The Visit l’est pour sa période celtique). J’ai donc illico acheté les billets, ne pouvant passer à côté de cet événement une fois de plus (je n’étais pas de la partie en 2007).

loreena mckennittLe 6 Avril, moi et ma compagne firent une vraie excursion, comptant sur la ponctualité du TGV pour nous amener à la capitale, direction gare Montparnasse. Heureusement, ce jour-là, rien à noter, ni retards intempestifs, ni blocages en plein milieu de la voie. Nous avons même eu le privilège de pouvoir nous reposer à l’hôtel, et manger un peu à l’Hippopotamus du quartier (oui je sais…difficile de trouver un restaurant correct, mais nous avons jugé que c’était préférable à un KFCDOQUICK). Nous savourons chaque seconde qui nous sépare du Grand Rex, et une fois arrivé devant, je prends quelques photos du lieu. Finalement je ne retiens que celle de l’extérieur, celles de l’intérieur étant un peu ratées, bien que la salle soit vraiment magnifique et tout à fait adaptée à l’univers de Loreena.

loreena mckennitt avril 2012Après avoir ausculté pleinement la salle qui nous émerveille (peut-être que d’autres salles parisiennes lui sont supérieures, mais on sait apprécier ce qui s’offre à nous), on se dirige vers nos places. Gloire, nous ne sommes pas trop en retrait, on pourra voir l’artiste de relativement près. Les sièges eux aussi sont très plaisants ! Au final, aucune fausse note avant le concert ! Et le concert était vraiment bon. Je ne saurais juger par rapport à un de ses autres concerts, sans doute était-ce en deçà de la splendide prestation à l’Alhambra (dvd de 2007), mais peu importe. C’était du miel pour les oreilles, l’acoustique de la salle étant un régal, on entendait tout les instruments de manière très claire. Un artiste prend une autre dimension sur scène, par rapport aux disques. On savoure le concert, que des classiques interprétés à la perfection…à l’exception d’une fausse note lors du début de Lady of Shalott. Qu’importe, ils reprendront le morceau depuis le début ! Je manque d’objectivité pour juger la performance, elle nous a ravis tout les deux.

Evidemment, la plupart des yeux se posent sur Loreena, mais il est évident que ses musiciens ne sont pas des faire-valoir, ils auront droit chacun à leur tour, le droit de s’exprimer, je garde en mémoire un duo endiablé entre le violoniste et la violoncelliste, hélas je ne me souviens plus du morceau.

Au final, la seule déception, étant que nous ne savons pas quand nous revivrons un concert de cette qualité.

Parler d’art ~ le cas des Beatles

John Lennon affirmait qu’il était inutile de parler de musique. Il faut en jouer, ou l’écouter.

Il avait raison. Et tort. Les deux à la fois.

En fait parler d’art, de musique, à juste mesure, permet de mieux apprécier la musique. Alors qu’en parler trop fait automatiquement basculer dans le camp des râleurs, des critiqueurs, qui passent à côté de l’essentiel.

Pour les Beatles, je vois grosso modo, 3 types de publics, pour simplifier mon propos. Ceux qui ont vécu les années 60 avec eux, ceux qui les ont toujours écoutés, et ceux qui ne se sentaient pas concernés, car ont vécu leur jeunesse dans les années 70, 80 ou 90, et donc les Beatles, c’est la musique des parents, ou des grands frères au mieux. Bref, pas la même génération.

Je dois avouer que les Beatles, j’en ai été biberonné. Les disques tournaient à la maison, donc, inutile de penser que ça a été anecdotique. J’ai grandi avec eux, et donc mes goûts musical avec. Je ne vais pas chercher à corriger ce biais dans l’article.

J’ai toujours été désarmé face aux sceptiques des beatles : non pas qu’ils soient de mauvaise foi, mais pour moi il m’apparaissait comme tellement évident qu’ils ont été  un des groupes les plus marquants de la musique populaire du 20ème que je ne pouvais concevoir des gens qui n’aimaient pas (à la longue on y arrive), mais surtout des gens avec de vrais arguments. Par exemple, les Beatles ont été là quand il n’y avait encore rien ou si peu, et c’était plus facile pour eux. Ou encore, il y a eu plus virtuose qu’eux, il y a eu des groupes qui ont joué des morceaux plus agressifs que Helter Skelter, leurs albums sont remplis de fillers, rien ne vaut heureusement leurs tubes, ou encore les premières années du groupes sont assez niaises.

Pas grand chose à répondre : c’est assez désarçonnant, il y a sans doute une part de vérité. Si on ne peut pas agir sur les goûts des gens, on peut, en revanche réestimer à la hausse les Beatles, aux yeux des sceptiques, s’ils veulent bien prendre le temps de s’y intéresser.

mark herstgaard

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L’Art des Beatles, écrit par Mark Herstgaard est une vraie leçon de maître : très bien écrit, très bien documenté, on ne s’intéresse qu’à l’extra-musical uniquement s’il permet d’éclairer le musical. La musique, rien que la musique. Herstgaard a en plus eu accès à des heures et des heures de musique, mais également pour certaines chansons à l’intégralité des sessions studios (le magnétophone tournait… !), l’ouvrage est ainsi riches en anecdotes, souvent révélatrices. On apprend énormément sur la génèse de ces dizaines de titres que nous connaissons tous (ou presque !) par cœur.

Impossible de résumer ce volume : je vais m’attacher aux points essentiels :

–          Les Beatles ne sont pas une erreur : ne voir en eux qu’un groupe de « sympathiques tignasses » (ou pire : un boys band) est réducteur. Humainement, les 4 Beatles formaient une forteresse imprenable, entre les deux fortes têtes pensantes Lennon et McCartney – et ambitieuses -, et les deux en retrait mais qui jouaient pleinement leur rôle, Harrison et Starr.

–          Musicalement, l’alchimie était totale, grâce à leur synergie et leur formidable complémentarité. Lennon caractériel était plus attaché au rock, Macca avait eu une éducation musicale – bien que d’origine ouvrière, et donc sensible aux jolies mélodies folk et douces de Liverpool, il savait en outre jouer de plusieurs instruments (il jouait de la batterie avant…et même parfois en studio). George Harrison légèrement plus jeune apprit à leurs côtés et s’est fait violence pour s’imposer. Ringo Starr était plus anecdotique au niveau musical ; on sait que l’équilibre humain des beatles a pu tenir huit années intenses grâce à lui et sa bonne humeur naturelle.

–          Le rôle de George Martin : le fantasme du 5ème Beatles a longtemps perduré. S’il en est un, cela ne peut-être que lui. Pourtant après la lecture du livre, sa contribution, bien qu’essentielle, on ne peut malgré pas lui attribuer le titre de 5ème Beatle. Il a plutôt joué le rôle du père ou du grand-père qui les guide en studio, les premières années surtout. Son rôle a été d’implémenter la touche symphonique chez les Beatles : les cordes de Yesterday, Eleanor Rigby, Strawberry Fields Forever, A day in the life, c’est lui ! Si la musique des Beatles est devenue plus riche, il y est sans doute pour beaucoup. Il y a un monde entre Love me do et A day in the life. A contrario, chez la concurrence, Brian Wilson semblait porter TOUT les Beach Boys sur ses épaules.

–          Derrière l’apparence simplicité de leurs chansons se cache de nombreux choix de studio qui ont leur importance (capitale) qui les placent au dessus de la mêlée de la plupart des groupes pop de l’époque : de l’intro brutale de Hard Day’s Night (qui sonne de manière indescriptible presque comme une cloche d’école), le premier feedback volontaire de l’histoire dans I Feel Fine, la réunion de deux morceaux indépendants en un seul pour A day in the life – et son apothéose symphonique.

–          Autre détail qui n’en est pas : les Beatles composaient eux-mêmes la musique qu’ils jouaient. Cela était très peu courant à leur époque. Cela nous paraît naturel aujourd’hui, mais ne l’était pas à l’époque. Ils ont en quelque sorte institué la composition comme une corde supplémentaire à l’artiste, qui n’est pas seulement interprète. Eux-mêmes semblaient dépassées par leur propres compositions : l’inspiration leur venait très naturellement. Ils pensaient n’être qu’une sorte de medium qui canalise le génie musical et il leur été dévolu de le restituer. C’est une interprétation plus mystique qui ne satisfera certes pas les plus terre-à-terre d’entre nous.

L’ouvrage se finit sur une citation : « on écoutera les Beatles comme on écoute Mozart ». Elle a été mal interprétée : ce n’est pas tant qu’il faille classer les Beatles comme aussi virtuose et talentueux que Mozart. En revanche les deux ont officié dans la musique populaire de leur époque, et ont écrit de la musique qui devrait traverser sans peine les décennies sinon les siècles. Non vraiment, si vous vous intéressez aux Beatles, s’il n’y a qu’un seul livre à acheter, c’est celui-ci. Il est devenu relativement rare (publié et édité dans les années 90), mais c’est une mine d’or pour qui s’intéresse à la musique en général, à la pop culture des années 60, à la démarche artistique, humaine, et parfois spirituelle. Gageons que cet ouvrage permettra de mettre de l’eau dans le vin des sceptiques des Beatles.

Noyade d’artistes ?

Bon, je ne vais pas me spécialiser sur mon groupe chouchou du moment, mais je tenais à signaler cette chronique prévisible des inrocks :

Je recopie ceci de mon précédent article (je l’enlève du coup) :

Note sur certaines critiques de Ceremonials, inappropriées, lues sur le net

« Les esprits chagrins, vous savez, ceux de la presse pop/rock intello, emploient les mots suivants : boursouflé, kitsch, grandiloquent, hymne de stade, pompier, pompeux, maniéré, emphatique…et l’appliquent à des tas de grands groupe de rock : Genesis, Queen, Muse, et maintenant, Florence and the machine. Ne vous laissez pas impressionner : c’est avec ce genre d’arguments que la quasi-intégralité de la musique symphonique est à jeter aux orties. Ok, le rock est un art mineur, et ne saurait être comparé artistiquement aux génies de la musique classique, mais il n’y a pas de mal à élever son propos, à utiliser les codes d’autres musiques pour proposer un rock un tantinet plus évolué, moins basique. Seuls les esprits terroristes , les gardiens du temple du rock voient comme une hérésie de sortir de la formule rock de base. Tant pis pour eux, les autres sauront évaluer la musique selon sa qualité, et non selon les respects des sacro-saints codes. Moi ça ne m’empêche pas d’aimer simultanément les Sex Pistols et Meat Loaf : chacun apporte quelque chose de différent, et il serait bête de rester fermé musicalement… »

C’est exactement ce que je redoutais : le snobisme à l’état pur. Et ouais, Florence fait chier (scusez du terme) les fans de la première heure, les ayatollahs indie, les talibans du rock garage. Elle s’affirme comme une artiste et emmerde (scusez bis) les règles, les codes. Ouais, elle a décidé d’élever un peu son propos. Ca ne fait pas plaisir. C’est bête pour moi qui apprécie autant sa grandiloquence que son esprit plus intimiste…bon bref. Vive les artistes qui n’en font qu’à leur tête et se passe des avis des fans bornés. D’autant qu’en réécoutant l’album, il est vraiment riche, et ça n’est pas que des effets de production.

david bowie caméléon

David Bowie, un artiste qui s’est brûlé les ailes après Space Oddity, dommage quel potentiel en 1969 !

David Bowie aurait-il du faire du glam rock à vie ?
Queen, ont-ils fait l’erreur de tenter les synthés et la funk music ?
Qui regrette les premières chansons niaises des Beatles quand ils ont commencé à être plus pro en studio, notamment avec George Martin ?
Il y a encore des gens pour regretter l’approche moins progressive et plus pop de Genesis au détour des années 80…?
Beyoncé s’est écarté du pur r’n’b, et propose une pop électro black de qualité, c’est un scandale ?
Metallica se met à dos les fans de la première heure en s’écartant du thrash…ils auraient du continuer à servir la même tambouille faisandée des années 80 pendant les années 90 ?
Massive Attack ont-il eu raison de s’inspirer du rock très heavy sur Mezzanine ?
Paradise Lost qui abandonne son metal gothique pour une pop électro proche de Depeche Mode, c’est parce qu’ils sont commerciaux ?
Dead Can Dance, pourquoi arrêter leur musique gothique et faire quelque chose de médiéval ou tribal africain ?
Loreena McKennitt qui cesse un moment de puiser dans la musique celtique pour regarder vers le moyen orient, est-ce une traitresse à la cause (celtique) ?
U2 qui sort des albums teintés d’électro et tourne le dos à son big rock d’antan, est-ce mal ?

Heureusement que les artistes cherchent à s’exprimer ce qu’ils ressentent, plutôt que de se conformer à un public frileux (ici indie, ou snob rock façon inrocks, ou rock crade – ramones ?- façon rock’n’folk). Les gens qui jugent la musique selon ses qualités intrinsèques, et non son style ou son orientation, sont les grands gagnants. Les perdants sont les râleurs, les gens incapables de comprendre les orientations musicales des artistes (quitte à nier ce que l’on a dit par le passé, quand on se rend compte que l’avis était intenable). Un artiste, normalement, ça n’aime pas rester dans un cadre étriqué (dicté par les fans intégristes), sinon ils étouffent et perdent de leur éclat. Après, c’est sûr, ils prennent des risques, et ça ne plait pas à tout le monde, les fans de la première heure, ceux de l’underground musical tirent la tronche. Tant pis pour eux.

Florence and the Machine, la consécration ?

Il est là, le nouveau cru de Florence Welch, accompagné de son backing-band, il s’appelle Ceremonials, et cela fait un peu plus d’une semaine qu’il tourne en boucle chez moi.

Je suis le groupe depuis la sortie de Lungs, le premier album qui m’a tant marqué. Florence chante dans une sorte de pop féérique, baroque, non loin de Kate Bush dont elle s’inspire ouvertement. La harpe y est un instrument majeur, ce qui est plutôt original, dans le rock tout au moins. Bat For Lashes avait repris ce créneau deux ans auparavant, mais je dois avouer que je trouve le groupe de Natasha Khan un degré moins talenteux que celui de Florence : ce sont les morceaux qui font la différence, le sens de la mélodie imparable, là où Bat For Lashes séduit, certes, mais il manque la petite étincelle.

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Lungs était frais, comme la première récolte d’un jeune arbre. On reprochait souvent à Florence de crier, mais en vain, cela faisait partie de son style. Les tubes étaient là : Dog Days Are Over, Rabbit Heart, Cosmic Love, Drumming Song, ou encore la reprise de Candi Stanton, You’ve got the love. Ainsi qu’une perle assez inclassable, du nom de Blinding. C’est un album assez touche à tout, on y retrouve de la pop, du rock pêchu, de la soul, du blues, de la folk, des chœurs quasi-religieux…dans le domaine de la pop indie, elle se faisait une place conséquente, d’autant que la demoiselle se faisait convaincante en concert.

Ces derniers temps je pressentais qu’elle gagnait du galon dans la profession : première partie de Mika, une chanson inédite, Heavy in your arms pour la bande originale du 3ème volet de Twilight, Think d’Aretha Franklin reprise avec d’autres chanteuses soul aux Grammy Awards 2011 – et elle tire évidemment son épingle du jeu -, et là dernièrement, elle devient l’égérie de Karl Lagerfeld, elle a même chanté lors d’un défilé de mannequins à Paris il y a quelques semaines de cela, et vêtue comme il se doit par le maître de la mode. Même la France se dote d’un site web francophone dédié à elle, son groupe et son œuvre.

A l’aube de la sortie de Ceremonials, les dés sont lancés : elle va peut-être passer d’outsider de luxe à leader d’une scène  pop glamour, celle d’une pop féérique, genre qui se limitait autrefois à Kate Bush, et qui depuis 2009 semble foisonner curieusement.

What the water gave me, sorti pendant l’été, désarçonnait un peu : très bon titre, ce n’est pas le tube attendu non plus. Shake it out, sorti un peu plus tard rassurait : le clip est de toute beauté et la chanson est digne des grands moments de Lungs. Il fallait encore patienter. Puis Ceremonials est sorti.

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Je dois dire…que j’ai été déçu lors de mes premières écoutes. Je m’attendais forcément à un Lungs II, ce n’est pas le choix artistique de Florence. Donc exit certaines des qualités qui m’ont fait plus qu’apprécier Lungs : un côté artisanal, presque garage (probablement, le côté indie), les montagnes russes (couplet très sages et intimistes suivi par des refrains endiablés), et la grande diversité des chansons. Lungs était un peu le Post* de Florence and the machine.

Ici, on sabote un peu la variété, les chansons, sans être issues d’un même moule, sont dans le même esprit, une forte homogénéité se dégage, c’est une force, comme ça peut-être une faiblesse. C’est son Homogenic*. Aucun titre ne se dégage de manière aussi forte comme Dog Days Are Over le faisait ou Cosmic Love. On gagne en revanche en production, c’est tout bonnement énorme, Paul Epworth fait un boulot conséquent, l’album claque vraiment sur un matériel de qualité.

J’ai persévéré. Oh, pas comme sur un album de free-jazz technique absolument imbitable pour les oreilles des non connaisseurs. Non, non, je me suis dit que ça ne pouvait pas être mauvais. Mon avis n’a pas évolué au bout de la 26ème écoute, mais plutôt sur les 4ème et 5ème. Le charme commençait à faire effet, et je pouvais oublier les souvenirs  vivaces de Lungs. J’ai mon Blinding, ma petite perle de l’album…c’est Seven Devils, le titre le plus sombre. No Light, No Light est le 3ème single, petite bombe en perspective. J’adore également Breaking Down, avec son ambiance 19ème siècle et ses chœurs de fantômes  de château écossais. Et puis finalement, je les aime toutes. Pour faire une parabole œnologique, je dirais que cet album paraît moins gouleyant que Lungs, mais a peut-être un meilleur potentiel de garde. Cet album devrait bien vieillir, et ses charmes devraient vous envoûter au fur et à mesure que les saveurs se révèlent.

J’ai quelques regrets, toutefois. Les paroles sont absentes du livret (j’ai la version deluxe), je ne comprends pas vraiment. Espérons que le site officiel les propose…Aussi lors de l’encodage en mp3, j’ai les compositeurs de chaque titre qui apparaissent : aucun titre n’est signe Florence Welch (à l’inverse de Lungs…). Que se passe-t-il, elle n’est plus que l’interprète – certes, talentueuse – de son propre groupe ? Et Paul Epworth, qui n’est que producteur, compose encore plus que sur Lungs ? Je comprends mieux pourquoi on perdrait le côté intimiste, très personnel de Lungs au passage, à confirmer.

Un autre regret, qui n’est pas artistique (quoique), mais commercial, c’est de ne pas avoir inclus le tube en puissance qu’est Strangeness and Charm sur l’album. Il est disponible sur le second cd de la version deluxe, mais il est cruel de laisser un tel titre, aussi énergique pour les fans. Strangeness and Charm a les qualités pour être un single plus vendeur que les autres, très catchy, à l’image de Dog Days Are Over. Mais je comprends, ce titre aurait cassé l’unité du disque (il remue plus, et conserve un côté rock absent de Ceremonials !), et surtout sa composition est plus lointaine que les sessions de Ceremonials : il apparaissait dans une version live dans Between Two Lungs, une réédition de Lungs avec un second cd  blindé d’inédits. Mais quand même, personne dans la maison de disque ne sent son potentiel ?

Alors consécration en vue ou pas ? Hier, lundi 7 novembre, le journal gratuit métro (cf version pdf disponible) a salué cet effort musical par un article présentant la demoiselle et son groupe. En Angleterre où elle cartonne depuis un moment, Ceremonials est numéro 1 des ventes, délogeant les très vendeurs Coldplay. L’Angleterre est conquise, le reste du monde peut craquer. Sera-ce automatiquement le cas ? A voir. Pour prendre un exemple récent, Adele a explosé, grâce à Rolling in the Deep. Y a quelques années, feu Amy Winehouse chantant Rehab a pu vendre des cartons de disques. Dog Days Are Over a eu un certain succès d’estime. Shake it out marche honorablement, mais pas de consécration en vue. Il y a un bout de chemin à faire, si la maison de disque du groupe veut placer Florence and the machine tout en haut (ils n’en sont pas loin), il faudra un single qui marche davantage. Strangeness and charm aurait pu jouer ce rôle, tant ce titre est fantastique, il semble rester cantonné au rôle d’une obscure face B. No light no light, très bon titre en soit…je le vois mal martelé par les radios. Je pressens qu’il faudra un troisième album pour atteindre un autre pallier commercial. L’artistique, lui, semble être maitrisé, et bien.

*Post est le second album de Björk, très varié musicalement parlant, Homogenic, le suivant est…homogène…comme son nom l’indique, la plupart des chansons étant dans un style électro pop très personnel.

De l’inégalité parmi les oreilles…et que vive la pop !

S’il y a des inégalités flagrantes, c’est bien au niveau des oreilles.

Si si, nous sommes nés libres et égaux en droits. Mais on a oublié de mentionner un droit à l’égalité des oreilles dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen…

Evidemment, je ne parle pas de l’ouïe, bien que je sois légèrement malentendant depuis ma naissance, mais cela ne m’empêche pas d’avoir une conversation normale. Je ne parle pas non plus des différentes formes que peut prendre cet organe (amateurs de Star Trek, repassez plus tard).

Non, non je parle bien de la capacité à apprécier la musique.

Je fais partie de ceux qui sont un peu des infirmes musicaux. Mes oreilles se dirigent naturellement vers la pop. J’en écoute avec plaisir. Mais certains esprits chagrins me font comprendre l’urgence d’écouter de la musique plus ambitieuse.

Je ne rechigne pas d’en écouter parfois : de temps en temps les œuvres de Mozart, de Chopin pour la musique « classique », Miles Davis ou John Coltrane dans le jazz font irruption dans mes écoutes quotidiennes de musique.

Seulement voilà : ce n’est que de temps en temps, quand j’en ressens le besoin. Je passe parfois, un peu, à côté de la grandeur, et de l’ambition (réelle…ou supposée ?) de la musique. Je n’arrive pas à partager intégralement les commentaires grandiloquents sur telle ou telle œuvre. Bien sûr de temps en temps il m’arrive d’avoir l’illumination sacrée, sur Mozart, peut-être le plus grand génie musical de tout les temps.

Mais soit je passe à côté, soit je sature, et réclame de la musique…plus simple. Prédigérée, formatée…commerciale ? Oh…peut-être, c’est le cadet de mes soucis. On écoute de la musique, avant tout pour se faire plaisir, pas pour théoriser. Je remarque que souvent, les œuvres que je tend à aimer en musique comme en jazz, sont les plus simples, où celles dont la mélodie est un brin plus évidente, mise en avant, avec parfois des motifs qui se répètent. Immédiatement, je pense à la Polonaise Héroïque de Frédéric Chopin.

Ah mais que je suis bête, Frédéric Chopin est déjà dénigré représenté comme un auteur facile (à l’instar de Mozart, à un degré moindre). Zut. Finalement, Frédéric Chopin, c’était déjà de la pop. Quelque part, ça me va, je reste assez imperméable à l’œuvre mathématique de Johann Sebastian Bach (bon il y a quand même quelques tubes, le mot maudit est lâché !), je ne parle même pas de la musique moderne, façon Pierre Boulez, où là, tout m’échappe. La virtuosité, la perfection d’une œuvre peuvent me laisser de marbre. Je passe à côté de quelque chose, j’en suis conscient. Je le sais, mais…tant pis. Je fonctionne peut-être plus à l’émotion ou à l’instinct.

Voilà, j’aime la musique évidente, celle qui se fredonne en deux temps, trois mouvements, celle qui ne vous quitte plus une fois le refrain mis dans le crâne. J’avoue donc, que je suis dans l’incapacité d’apprécier la Grande Musique. Peut-être est-ce génétique, le fruit de mon éducation, peu importe : c’est comme ça.

J’ai été biberonné aux Beatles, dont les disques tournaient en boucle, grâce à mon aîné. Ce sont mes origines. Cela conditionne fortement…ce que je suis devenu aujourd’hui. Je suis de ceux qui pensent que la pop music n’a pas six cent mille définitions, et que tout ce qui se vend sous cette étiquette n’en est pas forcément. Il y a un format à respecter (au delà de 4,30′ c’est trop long), des codes à respecter (couplet/refrain*2, solo de guitare, puis refrain final), des harmonies vocales à privilégier, des mélodies faciles à fredonner…

Ce que j’écoute comme pop à l’heure ? Toujours les Beatles, cela va de soit, surtout depuis la remastérisation de leurs œuvres. Un best of de Blondie est toujours bon à prendre. David Bowie a aussi une discographie remarquable, très riche et variée. Eurythmics fait partie de mes groupes préférés : Revenge est un album parfait à mon sens (selon mes goûts), le meilleur des années 80, une des plus belles voix :

Un de mes albums de chevet

Mais la pop n’est pas qu’une musique du passé : P!NK trace sa route depuis une grosse dizaine d’années maintenant, et commence à avoir un répertoire de choix. Lady Gaga capitalise bien sur son look, mais semble vouloir aller plus loin que Madonna ; je ne connais que quelques chansons, les plus célèbres, gageons que j’y jetterais une oreille plus attentive, dans les mois à venir, histoire de ne pas passer à côté du phénomène.

La plus grande artiste pop n’est toutefois pas occidentale : Ayumi Hamasaki truste les charts japonais et mériterait d’être plus connue. Impossible de vous citer un album qui s’en dégage (les 4 que je possède sont tous excellents). Ecoutez seulement Evolution : achetez-là, piratez-là, peu importe. C’est catchy, frais, moderne, mélodique en diable, surprenant…on n’a pas ça en occident.

Mon point noir : Muse. Je n’accroche pas, hormis quelques rares chansons du tout premier album. Peut-être justement parce qu’ils veulent être ambitieux, et justement font des mélodies complexes…? On reste dans la pop, mais on s’en éloigne un peu trop aussi…à mon goût.

La pop électro/ambiant, trouve grâce à mes yeux. Je ne suis pas un fin connaisseur, mais les albums de Delerium (surtout Poem) ou encore Conjure One. Plus médiéval, le duo Blackmore’s Night, leur musique hésite entre purs joyaux médiévaux, rock pêchu, pop assez moderne et ritournelles entêtantes. Assez mésestimé, je trouve (écoutez au hasard…Way To Mandalay).

J’ai aussi une tendresse pour les mouvements pop indie (=indépendante) :  je regrette que le premier album des Pipettes n’ait pas donné lieu à une vraie suite (le second est…inexistant), Au Revoir Simone se fait une place de plus en plus remarquée : The Bird of Music reste un album de choix, entre synthés 80’s, mélodies hypnotisantes. The Gathering a sorti un poignée d’albums à tendance pop/trip hop qui mériteraient d’être écoutés, surtout Souvenirs et Home. Puggy est aussi un espoir : leur second album s’est bien vendu, grâce à un soutien de la maison de disques, mais aussi le bouche à oreille : les mélodies se réfèrent à la pop initiale, celles des 60’s, mais avec une énergie moderne, et ce malgré l’usage d’instruments acoustiques.

Ma chouchou en pop indie reste Florence and the Machine : un seul album, Lungs, mais qui m’a séduit de bout en bout. Il m’a fallu une écoute à la FNAC (initialement attiré par la pochette), de Dog Days Are Over pour être conquis : le reste pouvait se révéler mauvais, au moins une chanson était excellente. Ce n’était pas le cas, j’ai écouté l’album en boucle…je ne sais combien de fois. A elle de confirmer (et faire mieux !) pour un second album…parce qu’en live, il paraît qu’elle dépote.

Queen – Composé au paradis

Pas de nutrition aujourd’hui ! Voici un vieil article que j’ai écrit il y a déjà quelques années. Je tentais de réhabiliter un album mal aimé, Made In Heaven de Queen.

Tentative de réhabilitation d’un mal-aimé (produit au paradis)

Queen 1995

Voilà une semaine que cet album (au sens originel, c’est à dire une collection de chansons) tourne que cela soit chez moi ou au boulot. Donc voilà j’aime bien cet album. Vous allez me dire : « bah oui tu es fan de Queen, donc tu aimes forcément tout produit estampillé ». Pas forcément, non. D’autant que si Hot Space a déjà été réhabilité par les plus fans du groupe, il s’agit d’un débat plus sur le style de l’album et les prises de risques associées qu’aux réelles composition de la bande à Mercury. L’autre album mal-considéré est Flash, mais il ne s’agit pas vraiment d’un disque de rock, donc il est forcément à part, et le navet dont il est la bande-originale n’aide pas non plus à l’apprécier plus que ça.
Non là c’est Made In Heaven qui me semble problématique, jugez donc :

– un chanteur mort voici quelques années plus tôt, ce qui ne manque pas de faire naître des rumeurs sur la rapacité avide ou charognarde des survivants.

– au départ considéré comme l’album qui aurait du faire suite à Innuendo, on se rend compte qu’on a à faire à une sorte de brocante Queenesque : quelques chansons composées entre Innuendo et la mort de Freddie, certes, mais aussi des chansons déjà parues dans des albums solos des membres du groupe, et des « lost songs » à savoir des chutes de studio plus ou moins bien remaniées. Ainsi qu’une infinissable treizième piste atmosphérique ou planante au choix dont même Pink Floyd ou, King Crimson ou Archive ne voudrait pas pour des expérimentations.

Et pourtant, et pourtant…je m’y suis résigné.
Cet album a une âme, voici quelques mois je ne le pensais pas. Il ne s’agira jamais d’un album classique, ne serait-ce qu’à cause de son caractère posthume. Je vais paraître cinglé, mais s’il existe un endroit ou l’âme de Freddie a pu suivre les turpitudes de notre monde physique il aurait approuvé cet album. Oui je sais, mon affirmation ne repose sur aucun argument concret

Je n’ai donc aucune preuves à fournir, seulement des indices. J’ai pour ainsi dire, moi-même longtemps boudé cet espèce de bric-à-brac, de fourre-tout Queenesque. Mais j’ai trouvé la clé de l’album, le fil directeur qui me permet d’accepter cet album en tant que tel,de l’apprécier dans un second temps, puis dans un troisième temps, garder mon esprit critique, cet album est quand même loin de toucher la perfection comme ils l’ont fait par le passé.

Commençons donc par flinguer les critiques de tout poil qui ont un billet à la place du cerveau. Non Brian, Roger et John ne se sont pas réunis une dernière fois pour faire du fric, ils étaient déjà des multimillionnaires, s’ils avaient voulu uniquement faire de l’argent facile (comme le Greatest Hits III ahem), ils n’auraient pas réalisé, produit ce Made In Heaven. Et pourtant ils l’ont fait.

Nous pouvons donc aborder l’ « artistique » sereinement. Tout d’abord, cette pochette. Il me semble que l’album et donc la pochette précède de quelques mois l’emplacement de la statue de Freddie à Montreux (cérémonie officielle sous la pluie, sur le dvd Lover of life, singer of songs). Dans tout les cas, elle symbolise parfaitement l’image d’un Freddie immortel, avec les têtes des autres membres du groupes qui regardent la statue. L’étendue d’eau est bien évidemment le Lac Léman, tel qu’on peut le voir à Montreux. Le côté symbolique ne peut pas être mis de côté, on sait que Freddie y a vécu par intermittence avec sa maison de Londres, mais le lac, et l’eau de manière plus générale, désigne dans l’inconscient les premiers instant de la vie d’un être humain (le cocon maternel ?), je vous épargnerai les analyses psychologiques qu’on peut en tirer. Il ne s’agit pas d’un hasard si l’album tourne plus ou moins autour de la chanson Mother Love. Comme si la fin de la vie (de Freddie) était vu comme une renaissance.

Mother Love est avec Winter’s Tale, une des dernières chansons enregistrées par Freddie. Il est assez clair que Freddie n’ayant plus rien à démontrer sur ses capacités techniques, il a laissé parler son cœur. Cela donne une voix riche en émotions, assez grave, finalement très loin de son timbre suraigu des années 70. Une voix qui s’éteint aussi peut-être : la fin de Mother Love est interprétée par Brian, comme s’il n’avait pas eu la force de la finir. De même la fin de la chanson est marquée par des bruitages du célébrissime concert de Wembley en 1986. D’autres bruitages viendront s’intercaler à la fin de la reprise de It’s a beautiful day, quelques notes du premier succès de Queen, Seven Seas Of Rhye, notons le Seas qui fait référence à l’eau, la mer, aussi bien qu’au côté optimiste de Freddie, ce côté défricheur, bourlingueur des septs mers, tout comme ce fameux « beautiful day ».

Les autres thématiques de l’album vont pêcher (ben oui on est bien au bord du Lac Léman non ?)  sur les rives de la mort (made in heaven, heaven for everyone, too much love will kill you, de la vie (my life has been saved, I was born to love you, Let me live) de l’amour aussi (Mother love, Too much love will kill you, I was born to love). C’est un beau résumé de la vie en général, mais aussi celle de Freddie : “naissance, vie, amour, mort“. Ceci pourrait passer pour une banalité universelle…sauf qu’il faut voir cet album comme un album concept, qu’il n’est pourtant pas. Concernant le mot ‘heaven’, ces chansons datent de l’époque ou Freddie étaient en pleine possession de ses moyens, pour made in heaven la chanson, on fera plutôt le lien avec le bar Heaven à New York ou Freddie aimait à y passer ses soirées. Et Heaven for everyone est une chanson de Roger. Ces 2 chansons, en plus de donner une image de cohésion à l’intérieur du groupe, joue aussi avec le statut de Freddie mort, certes mais qui vit encore dans les cœurs de ceux qui l’apprécient. Alors pensez-vous un mort qui participe à un album, voilà qui ne manque pas de sel.

En effet, de 1991 à 1995, Brian, Roger et John, sont comme orphelins. La mort de Freddie, lui si vivant est venue trop tôt, pourtant ils doivent faire leur deuil. Le Tribute de 1992 était bienvenue mais cette expérience était bien trop brève pour boucler la boucle. Non il leur fallait sceller l’aventure Queen/Freddie Mercury en s’investissant à 100% dans un ultime projet de groupe. Il reste des bandes ou Freddie chante ? On va les mettre en valeur, on va rechanter certaines parties, réarranger d’autres, Brian tu parsèmes l’album  de solos comme tu l’as jamais fait, on va réadapter des morceaux des albums solos avec le son Queen, on va donner une couleur unique à cet album, on va agencer les morceaux de manière logique, et on va surtout rendre hommage à la personne avec qui nous avons fait de la musique pendant tant d’années en lui offrant ce cadeau.

Pourtant le processus de défrichage des bandes vocales, n’a pas du être facile pour les membres survivants. Le décès de Freddie est encore proche. On peut légitimement comparer cet effort à une thérapie de groupe. Ils ont passé l’épreuve avec succès, et si bon nombre de fans dénigrent cet album de par sa position posthume, et de biens d’autres défauts, il ne faut pas oublier que nous ne sommes que des êtres humains, ce que semble signifier les paroles des chansons. Et si nous ne sommes que des humains, alors rendre hommage à de belles chansons en leur redonnant vie ne peut pas être vu de travers.

Le travail de Brian, Roger et John, est assez époustouflant, je trouve. Ceci n’était pas mon point de vue il y a encore quelques temps. Mes réécoutes ont aperçu une production sans faille, peut-être manquant de chaleur, mais ça c’est normal on ne peut exiger de la spontanéité quand le chanteur vous livre ses parties de chant directement du paradis (n’oublions pas que c’est album est fait au paradis ! ). Mais jugeons donc dans le détail. Au hasard : You don’t fool me. Il ne s’agit certainement pas de la plus grande composition de Queen. Pourtant, cette chanson prend vie, grâce au travail titanesque de Brian May, je ne m’en étais pas rendu compte à la sorti de l’album, mais ses solos omniprésents donnent une atmosphère chaleureuse. Je n’y voyais alors qu’une bête chanson à danser.

Les titres de Mercury en solo sont également revitalisés. Freddie disait lors d’une interview, qu’il compose sur le moment sans se dire « tiens je vais garder ce titre pour Queen ». A vrai dire d’excellentes chansons comme Made In Heaven ou I Was born to love You auraient pu figurer dans The Works ou A kind of Magic, elles se seraient intégrées sans problèmes. L’histoire a voulu que Freddie en était à sa période solo. En l’état on ne peut surprendre en flagrant délit Brian, Roger et John d’opportunistes. Ces chansons méritaient d’être connues du grand public, car ne l’oublions pas elles ont fait un bide. La production limite de Mack, laisse la place à une flamboyante production, où la batterie de Roger se fait aussi bien entendre que la guitare de Brian May.

Il y a aussi un titre de Roger en solo, Heaven for everyone. Certains pourraient remarquer que Roger compose mieux en solo que chez Queen, pourquoi pas, je trouve que Heaven for everyone sur Made In Heaven est un excellent titre, tout en mélodie, même le solo de Brian est bon. Il sonne moderne, subtil, raffiné et colérique à la fois, voilà un exemple de morceau (avec You don’t fool me aussi) auquel on aurait sans doute eu droit si le sort n’en avait pas été décidé aussi cruellement. Un exemple d’un groupe qui n’a plus rien à démontrer, mais qui sait donner une palette de couleurs infinie à ses chansons.

Parmi les inédites, on remarquera un certain Let Me Live, renouant avec le phrasé gospel cher à Somebody To Love, plus généralement à l’esprit seventies de Queen, chœurs, piano, solo, etc. J’ai de la tendresse pour ce titre, témoin d’un effort de groupe vocal, chacun y va de son couplet. Il paraît que ce titre aurait dû être une collaboration avec Rod Stewart. Je trouve que sur cet album, la symbolique n’en est que plus forte. Le groupe sait aussi jouer de la sobriété, Mother Love en est un exemple frappant, à l’extrême opposé de Let Me Live. La force du groupe est de jouer sur des répertoires différents et même un album posthume du groupe est conçu dans cet esprit, j’en reste baba.

Après avoir embelli l’album, je vais quand même notifier quelques points discutables. Je suis circonspect sur l’aspect musical de cette longue piste 13, atmosphérique, quasi-silencieuse. Le groupe semble pousser un peu trop loin le concept de la mort de Freddie, du repos en paix devant le Lac Léman, et même pas enterré, puisque chacun le sait ici, les cendres de Freddie ont été dispersées. Du coup, personnellement, je saute ce passage, qui heureusement n’est qu’à la fin de l’album et ne s’intercale pas donc entre 2 joyaux. Je suis peut-être un des rares à qui je trouve l’album assez peu rock finalement, il manque peut-être une compo plus pêchue, pour rendre hommage définitivement au côté varié de Queen. Un morceau trop hard rock aurait dénaturé l’album bien évidemment, mais quand même…Made in Heaven doit être l’album de Queen le plus susceptible de plaire à votre grand-mère tellement il est calme en regard des autres. De même, et je ne suis pas le seul, la chanson Too Much Love Will Kill You est mieux chantée techniquement par Freddie, mais c’est Brian (aussi bien dans Back To the light son effort solo, qu’au Tribute de 1992 à Wembley) qui l’interprète le mieux en y mettant du sien, avec ce fameux grain tremblotant…niais diront certains. J’aurais préféré (et ceci est personnel), un duo, Brian chantant le premier couplet et refrain, Freddie chantant le reste, par exemple. Ou une variation au choix.

Trop de paroles tuent la musique, donc au lieu de lire ce pavé, je vous recommande chaudement pour conclure de réécouter cet album tranquillement sur votre divan une ces soirées d’hiver où vous sentez poindre une pointe de nostalgie dans l’air. Votre esprit sera en paix…tout comme celui de Freddie.

la léman