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Quand l’alcool n’est plus bénéfique à petite dose

J’ai par le passé défendu le principe d’hormèse, appliqué à la consommation d’alcool, une première fois.

Mais également, une seconde fois, en tentant d’étayer l’article de 2011.

Porté par un élan indécrottablement romantique je persistais et donnais un point de vue ancestral, en tentant de prendre du recul sur une pratique qui n’est pas née d’hier.

Seulement, voilà, deux études parues en 2016 m’obligent à revoir ma position.

La première questionne les risques d’accidents cardiovasculaires immédiats (dans les jours et heures qui suivent) en cas de consommation d’alcool, y compris modérée. Et cette dernière n’est pas positive, bien que passé les premières 24 heures, un effet protecteur soit détecté.

Il s’agit bien d’épidémiologie, certes, mais ce résultat est confirmé par cette méta-analyse parue dans les mêmes eaux, s’intéressant à la mortalité en général. Les petits consommateurs réguliers d’alcools n’observent pas de bénéfice relatif à leur consommation, par rapport aux buveurs occasionnels ou aux abstinents. Autrement dit, au mieux, l’alcool à petite dose semble neutre, ce qui est tout de même une bonne nouvelle ! Le phénomène d’hormèse, la fameuse courbe en J (ou U), par contre ne se vérifie plus vraiment. La relation dose-effet est très probablement linéaire, une fois passé le seuil « modéré ».

Misère.

Pour lire les études citées et vous faire votre avis, me donner un détail intéressant qui m’aurait échappé, pensez à passer par sci-hub.io :

sci-hub

Le corbeau curieux…

Petite déception, mais du coup, je ne soutiendrai plus cette idée.

Si vous voulez boire, faites-le, n’en attendez pas de bénéfices de santé, sinon en termes de sociabilité, et préférez boire (modérément) à table, c’est à dire avec des aliments. On sait que boire l’estomac vide est pire. Un aspect qui n’est certes pas abordé par les études que je cite, et qui laisse peut-être (je dis bien peut-être) une marge, une fenêtre de tir pour un éventuel effet hormétique, comme le suggère la première étude. De quoi suspendre son jugement, ou peut-être pas. Pour ma part je serai dorénavant bien plus mesuré.

Voici, en attendant, une infographie en anglais – hélas – que je trouve très bien faite sur les effets globaux de l’alcool sur le corps.

how-alcohol-1

Cliquer pour avoir la version en grande résolution ! Provient du site Visual.ly                                            On notera que les effets bénéfiques en termes de santé sont identifiés mais à prendre avec des pincettes, et donc boire avec responsabilité

Divagations carnistes

Je suis parfois psychorigide avec la langue française. Tenez, j’ai par exemple un problème avec les mots mal traduits, ou tout simplement les mots anglais pas traduits du tout par flemme et manque de recul sur sa propre langue.

Aujourd’hui, une autre pratique tend à me courir sur le haricot, et profondément : les néologismes à la noix. Je vais être bref, je vais en cibler un.

Carnisme.

Sur mon Firefox ça donne ça :

carnisme

On la lui fait pas à ce bon vieux correcteur orthographique !

On doit la création de ce néologisme à la psychologue Mélanie Joy, vraisemblablement au début des années 2000. Ce terme semble être repris dans les milieux où la cause animale prime, les vegans en première ligne. A mon sens, il est repris comme les internautes de Chartsinfrance parlent maladroitement d’ères pour nommer une période discographique relative à un artiste, ou comme les zététiques français tout fiers de traîner leurs guêtres dans l’interweb anglophone répandent l’usage du terme debunk dans l’interweb francophone : c’est à dire sans prise de recul, sans esprit critique sur le poids des mots, et la culture afférente – debunk est très connoté skeptic/zététique -.

Il est révélateur que le terme carnisme soit mal défini.

Le carnisme désigne une idéologie qui justifie la consommation de chair animale par les humains. Le terme est utilisé sous cette acception notamment par les partisans du véganisme. Avant sa réappropriation par le mouvement végan, le terme « carnisme » désignait le fait de consommer de la viande (indépendamment de l’idéologie associée), ou l’abus de viande1.

Le malaise est palpable en deux phrases :

  • idéologie revendiquée : pour la neutralité, et son acceptation dans le langage commun, on repassera, tout le monde n’est pas censé adhérer à une idéologie. Le jargon pour les jargonneux c’est très bien comme signe de ralliement dans un entre-soi, mais merci de ne pas polluer le débat avec les gens qui ne partagent pas cette idéologie.
  • définition floue, polysémique (ça encore, ça arrive dans la langue française), mais surtout avec un aspect péjoratif. Abus de viande. Dans quel contexte ? C’est pour stigmatiser qui ? Le chasseur aviné ? Le noble festoyant du moyen-âge et qui souffre de goutte ? Ou les inuits à la santé éclatante sont des carnistes alors ? Saperlipopette ! L’ambigüité entre les deux sens me met mal à l’aise. Aussi on quitte le rationnel pour le jugement. Et je ne suis pas trop d’accord.

Prenons un peu d’altitude : si j’observe les espèces à l’échelle globale, il n’y a que nourriture. Je sais bien que l’allégorie de la chaîne alimentaire fait déclencher moult sarcasmes en véganie, mais les faits sont là : on mange, et on sera mangé. Bactérie, animaux, champignons, plantes, vous en faites pas, votre sort est scellé. Dans ce grand festin qu’est la vie en elle-même les diverses espèces, par le truchement des mécanismes évolutifs bien connus, ont trouvé leur régime alimentaire à force d’adaptation à un milieu.

Ainsi on sait qu’une vache est plutôt herbivore, à quelques insectes et vers près.

Un singe est plutôt frugivore, à quelques tubercules et mammifères prêts : oui ils chassent. Ils ne semblent pourtant pas digérer la viande aussi bien que nous selon Jane Goodall. Selon une méthode personnelle, avec l’aide d’une centrifugeuse elle a pu constater que les excréments de chimpanzés contenaient des morceaux intacts d’animaux et d’insectes. Ce qui n’est pas le cas chez l’homme qui digère bien mieux la viande. Factuellement, j’entends.

Un lion sera entièrement carnivore. Faut-il un dessin, je ne pense pas. (Encore que si un spécialiste passe par là : mangent-ils la panse des animaux herbivores ?)

Je ne connais pas d’animal strictement vegan, même les pandas en mangent.

Les diètes des animaux sont très variables, et je n’ai fait que centrer sur les animaux : les végétaux aussi mangent des animaux, ou des produits animaux. En agriculture, les excréments (sous forme de fumier), le sang et les os des animaux font des miracles pour nourrir certaines espèces cultivées. Sans parler des plantes carnivores.

La consommation de végétaux et d’animaux (je passe le règne des protozoaires et des champignons pour aller plus vite) est ainsi commune, extrêmement banale, avec des variations extrêmes selon les espèces.

Donc, si l’on se limite à l’observation des faits, on pourra parler d’animal carnivore, omnivore, et pour les alimentations à grosse dominante végétales, on pourra dire herbivore ou frugivore, en gardant à l’esprit que les animaux n’ont pas de régime « pur », d’ailleurs il n’existe pas de pureté, point de vue rationnel, la pureté est une vue de l’esprit – humain. Les animaux mangent ce qui leur est adapté, point. Ce que leur instinct leur guide. Comme les enfants de vegans, ce qui m’a été rapporté, qui demandent de la viande ou du fromage quand ils sont chez des omnivores. Réalité cachée sous le tapis.

Dans cette optique, l’homme est donc un omnivore. Je veux bien discuter sur la part variable carnée qui serait bonne pour l’espérance de vie et la santé, pas de problème. Point de vue anatomie je ne suis pas sensible aux sophismes vegan (encore moins de Gary Y.). Nous avons d’ailleurs une anatomie digestive similaire à celui du cochon, pas celui du chimpanzé, ce qui explique que nous soyons plus omnivore que ce dernier (ou du bonobo). Sans même chercher une explication rationnelle – qui nécessiterait un nouvel article sur le sujet – l’anatomie humaine a ce mystère que des traits porcins se sont installés malgré notre proximité avec les chimpanzés.

Donc du coup, des gens qui parlent de « justifier la consommation de viande »…je justifie pas, j’observe les faits. J’aime la viande, j’en mange. Comme un cochon, animal lui aussi omnivore avec qui on partage énormément. Cela étant : pas n’importe comment, pas n’importe quand, pas n’importe laquelle, mais j’en mange. Il peut m’arriver d’avoir des périodes où cette part est réduite, de manière cyclique, comme si je suivais les saisons, en été les fruits éclipsent les autres aliments par exemple. Je n’adhère pas, pour des raisons mûrement réfléchies à la vision veganne et partisane de la nature.

Le mot carnisme participe de cette vision tronquée, pipée. La nature est neutre, elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Tout être vivant est un aliment potentiel. Pour illustrer d’une manière cruelle ce manque de neutralité du terme, qui montre à quel point ce néologisme creux sert l’agenda d’idéologues vegans, il suffit de se pencher sur le terme qui est par construction, opposé. Végétalisme. Et c’est là que le bât blesse. Les définitions ne sont pas symétriques.

Le végétalisme concerne la diète des végétaliens et des végans. Il exclue toute consommation de produits animaux.

Le carnisme concerne la diète des…euh…des carnivores, des inuits donc – laissons tomber les baies d’été – ?

Non non. Que vous mangiez un steak par semaine, de la viande une fois l’an, ou que vous soyez en mode carnivore exclusif, vous voilà dans le rang des carnistes. Les habitants d’Okinawa, amateur de tofu en diable, île vantée telle une zone bleue s’alimentant de manière quasi végétarienne – à l’exception des fêtes – font de fabuleux carnistes.

C’est une imposture !

Le vrai mot à utiliser, d’un point de vue neutre (c’est à dire : observons les pratiques des animaux, des hommes, des espèces…), et dépassionné concernant l’homme, c’est omnivore : sans idéologie, sans justification, juste les faits. Parce que beaucoup d’entre nous, les hommes et les femmes sur toute la planète, mangeons de façon omnivore, malgré une diète à dominante végétale, ne pouvons être satisfaits par un tel néologisme, qui réduit la richesse de notre alimentation à la seule consommation de viande. Consommation de viande qui est par ailleurs anodine dans la nature, nature qui ne fait pas d’idéologie, si on se limite à l’observation des faits.

Ce mot a une teneur militante, politique. Certainement pas culturelle ou scientifique. Il en dit long sur celui qui l’utilise, plus sur ceux qui sont stigmatisés. Comme je disais sur Facebook :

carnisme2Ce n’est pas par méchanceté que je dis ça. C’est l’expression d’un ras-le bol de voir en permanence ce mot utilisé par des moutons vegans de panurge. C’est usant. Un travail similaire pourrait être fait pour spéciste et antispéciste, mais la tâche me semble plus ardue, quoique largement faisable. Toute pseudo-philosophie qui utilise des termes à sa convenance pour mieux maitriser le débat public, et ce de façon sournoise, mérite d’être brûlée sur la place publique. Coucou Aymeric !

La bataille idéologique et politique commence par le langage. Maitriser le langage donne une option sur la victoire. Ne vous laissez pas emberlificoter, ne rentrez pas dans le langage tricoté par votre interlocuteur : corrigez la personne qui dit carniste, employez omnivore. Systématiquement.

A ce rythme on pourra tout aussi bien parler de moldus pour décrire les omnivores non frappés par la lumière veganne ou la rejetant. – certains vegans me font d’ailleurs penser à des jeunes élèves de Poudlard, de vrais apprentis sorciers -. Les autres qui puent, les gadjo, les gaijin, les gabatchs. Bref, si vous avez encore un honneur ou un amour-propre, reprenez le dessus en parlant français.

Résumé : le mot carnisme est un terme construit selon une définition floue et mouvante selon l’objectif de la personne qui l’utilise, créant une ambigüité ainsi qu’une stigmatisation visant à se distinguer de l’autre. Une dissymétrie patente par rapport au mot végétalisme souligne insidieusement que le bien ou la normalité c’est manger exclusivement des végétaux et que les mangeurs de viande n’en font qu’à leur tête, que quelque chose ne tourne pas rond chez eux. Il conviendrait de les recadrer. Préférez le mot omnivore et bornez vous à restez factuel et non idéologique ou politique.

Je voulais faire court, j’ai été un peu verbeux. Désolé, ça devait sortir.

Edit : petit ajout de Facebook pour ceux qui auraient loupé le point principal de mon texte :

Si je procède de la même manière que Mélanie Joy pour d’autres aliments, cela donne :

Légumisme : justification de manger des légumes.
Féculentisme : justification de manger des féculents.
Fruitisme : justification de manger des fruits.
Végétalisme : justification de manger des végétaux. (Pas seulement hein)

Vous le voyez pas le problème ? Le problème est que la seule existence du mot carnisme insinue que manger de la viande n’est pas normal et devrait être traité à part des autres aliments. Ben non. C’est le dada des vegans et je marche pas dans la combine. Et comme je ne suis pas vegan, je ne suis pas tenu d’accepter un de leurs néologismes. Sinon c’est commencer à rentrer dans leur jeu, accepter leurs règles. Je ne veux pas.

Le bien manger sur Netflix, Cooked

Qu’est-ce que Cooked ?

C’est cuit en anglais, ou parfois cuisiné, avec cette petite ambigüité qui résumerait malencontreusement la cuisine à la cuisson(1).

Cooked* est également un ouvrage du très célèbre Michael Pollan, paru en 2014, et que je n’ai toujours pas lu. Hélas…mais je corrige illico cette erreur.

Un an plus tard, quelques pontes de Netflix ont du aligner quelques pépètes. Michael est convaincu, et tourne ainsi quelques documentaires inspirés de son livre. Cette mini-série est ainsi disponible depuis Février 2016. Au niveau qualitatif, on se situe dans la même veine que Chef’s Table. Le petit côté scientifique en plus. On voyage encore plus…Maroc, USA, Inde, Amérique du sud, et même dans le bush australien ou subsistent quelques sociétés traditionnelles…

Quatre épisodes sont au menu, sur la thématique des 4 éléments :

1 : Le feu

Probablement le plus controversé, mettant à l’honneur, le barbecue. Cuisson et viande, un mélange ne plaisant pas aux crudivores. Peu importe, de l’explication de la réaction de Maillard, à l’intervention de Richard Wrangham (même, si je dois admettre que sa théorie a du plomb dans l’aile, notre cerveau ayant grossi avant l’avènement du feu). L’aspect sociétal de la cuisson de la viande est bien mis en valeur, l’anecdote d’un afro-américain est évocatrice : dès qu’il a été capable de cuire la viande on l’a considéré comme étant un adulte, même très jeune. On y voit même une végétarienne prenant plaisir à manger du porc de barbecue, porc par ailleurs élevé sur pâturage semble-t-il. Peu commun aux USA, mais les choses changent peu à peu.

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2 : L’eau

Le second épisode s’intéresse plus particulièrement à une technique de cuisson particulière, celles faisant appel à l’eau. Boullir, mijoter, tous ces plats qui prennent du temps…on y aborde également la transformation de la société, les femmes délaissant le rôle qui leur était dévolue par le passé, et la hausse des plats transformés. D’ailleurs on visite une usine de plats préparés en Inde, tout en constatant l’obésité grandissante. Michael Pollan n’interdit aucun aliment : si vous voulez manger une glace, préparez-là vous-même. Clair et concis, notre rapport à la nourriture a été bouleversé, nous sommes infiniment assistés et cette médaille a un revers ! C’est peut-être l’épisode le plus « cuisinier » de tous :

La saveur des plats mijotés dépend des réactions qui se produisent quand les ingrédients sont mélangés dans une substance liquide chaude. On bâtit la saveur du plat en puisant les arômes les plus riches et les plus profonds des ingrédients les plus humbles. Pour ces plats, le temps est essentiel. Dans un liquide qui mijote doucement les légumes et la viande échangent des molécules et des arômes, ce qui crée un résultat nouveau, souvent bien meilleur que les simples ingrédients de départ. L’eau véhicule la saveur tout comme la chaleur et permet de faire valoir les épices et autres assaisonnements présents. Avec suffisamment de temps, l’eau décompose les fibres les plus dures, végétales ou animales et les transforme en un liquide savoureux et nourrissant. Et la saveur nous indique instantanément où nous sommes dans la monde, d’un point de vue culinaire.

3 : L’air

Il y a en fait deux documentaires sur la fermentation. Celui-ci s’intéresse à la levée de la farine, grâce au levain, et à la fabrication du pain. Au Maroc, il existe encore des boulangers qui cuisent la farine des gens qui la leur confie. Ce sont les trous dans le pain qui font la saveur de celui-ci, un peu comme dans l’emmental d’ailleurs. D’autres problématiques sont soulevées quant à l’agriculture. La problématique du gluten est d’ailleurs minimisée : la nature des blés a peut-être changé, mais il faut reconnaitre que le pain à la levure est moins digeste que le pain au levain, et c’est celui-là qui donne ses lettres de noblesses à la boulangerie. Michael Pollan, bien documenté, rappelle les grandes heures de l’industrialisation de la farine et de sa fortification :

L’industrialisation n’est pas mauvaise en soi. Cela peut-être bien fait ou mal. Mais dans la volonté de faire baisser les prix, on en oublie pourquoi les choses étaient faites aussi méticuleusement avant. Dans le cas du pain, on a oublié l’importance d’une fermentation lente au levain. Le pain au levain n’est pas une catégorie de pain. C’était la façon traditionnelle de faire tous les pains de l’histoire jusqu’à il y a environ 100 ans. Le levain c’est la vraie recette du pain. On sent la différence, cela fait une heure qu’il repose et il a bien gonflé (NdeC&L : on le voit en train de travailler la pâte)

4 : La terre

La sacralisation de la fermentation se poursuit dans ce dernier épisode. Tout d’abord c’est la possibilité d’obtenir de l’alcool depuis des féculents. Au Pérou, ils arrivent ainsi à obtenir une sorte de bière à partir du manioc. Comment font-ils dès lors ? Ils mâchent la farine de manioc, et se servent de la ptyaline, une enzyme de la salive pour casser les sucres complexes en sucres simples. Ensuite la fermentation éthylique peut avoir lieu (merci saccharomyces cerevisiae). Cette pratique est connue également dans d’autres coins de la planète, comme le relève Patrick McGovern dans Uncorking The Past. Pour la bière et l’amidon des céréales, nous avons innové avec le maltage, nul besoin de mâcher. Nous aurions même inventé la bière avant de faire du pain. On y apprend également que les graines de cacao donnant ensuite du chocolat sont également fermentés. La partie fromagère, sur le « St Nectaire américain » est fabuleux : le contenant en bois dans lequel on y fait fermenter le lait joue un rôle non anecdotique…je n’en dis pas plus, après tout, je suis là pour donner envie, pas pour résumer 🙂

cooked

L’image officielle sur Netflix

S’il y a un lien directeur c’est bien Michael Pollan. Tour à tour pédagogue, invité, cuisinier, il met toujours la main à la pâte et cuisine toujours lui-même, seul ou accompagné, devant nous, téléspectateurs. Tout comme Chef’s Table, les moyens sont énorme, la réalisation est au poil, ce n’est pas un bête documentaire de plus, on se couche moins bête après l’avoir visionné.


(1) Articles sur le même sujet :
La planète des singes et des cuisiniers, 1 : sur le sophisme crudivore, voire végan, ou comment caler l’alimentation humaine sur l’alimentation des primates apparentés est un sophisme.
La planète des singes et des cuisiniers, 2 : La cuisson, moteur de l’humanité, en pré-digérant les aliments, nous donnons plus d’énergie au cerveau et devenons plus intelligents. Plus humains, moins chimpanzé.
La planète des singes et des cuisiniers, 3 : A propos des autres préparations ancestrales des aliments. Essentiellement centré sur la fermentation au sens large.
Entre fermentation et crudités, l’énigme du melon et du jambon : un article plus récent mettant Ni cru ni cuit, le livre de Marie-Claire Frédéric à l’honneur, ainsi qu’un pinaillage sur une coutume culinaire.

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La viande éthique…sur France Inter

Avez-vous écouté France Inter ces derniers temps ?

Non ?

Alors vous pouvez encore écouter cette émission. Sur PC comme sur smartphone, il est encore possible de l’écouter, jusqu’en 2019 !

Le verdict : je ne coupe pas à l’envie de faire des leçons de journalisme, mais l’émission sent bon la naphtaline, ou tout au moins la culture radiophonique qui ne dépasse pas les années 90 : internet n’existe pas, ou si peu, et on doit écouter des vieilles sommités comme Deleuze ou Raymond Devos, que j’aime bien. Mais dans un débat qui est neuf en France, il aurait été pertinent de citer des sources plus récentes, dans les deux sens.

Les deux sens ? Décevant il n’y a pas vraiment de dialectique, l’émission est conduite pour conclure non à la problématique, un des animateurs donnant le change, mais étant tellement timoré que c’en est scandaleux. Les guillemets sont là pour indiquer que l’expression est inappropriée. De fait le carnivorisme éthique n’existe pas. Déjà parce que je réfute le carnivorisme pour parler de l’homme. L’homme est un omnivore, pas un carnivore. Je réfute également le néologisme carnisme qui est foncièrement malhonnête et n’est pas l’exact symétrique de végétalisme ou végétarisme. Hormis certains peuples isolés et certains originaux viandards à la santé incertaine, « les partisans du carnisme » mangent aussi des légumes, des fruits, et parfois même très peu de viande selon les goûts et habitudes de chacun, mais un peu quand même. Que je sache les végétaliens ne mangent pas un peu de viande perdue au milieu d’une tonne de légumes.* S’il y a une seule bouchée de viande mangée de manière intentionnelle, on perd de facto le titre de végétalien, ou végan.

Gloire à ceux qui imposent les termes sans concertation ni démocratie. Vive la novlangue.

Aussi, quand on parle de carnivore éthique d’omnivore éthique, pourquoi ne pas avoir contacté la Fédération des omnivores responsables, trop moderne ? Pas crédible pour deux sous ? La page est un peu en sommeil, mais à l’heure des internets, des réseaux, du 2.0, pourquoi citer Devos (au demeurant toujours amusant), plutôt que de donner la parole à quelqu’un qui a un point de vue dissonant ? Comme par exemple celui de Mickey Z, sur la manière dont les vegans mentent pour servir leur cause ? Mickey Z n’est d’ailleurs pas devenu omnivore mais inflige une claque cinglante aux dévots de son mouvement. Que tous en prennent de la graine.

mickey-z

(texte disponible, plus bas…dans les commentaires)

Ou alors voir d’autres sons de cloche, dans des pays expérimentant le véganisme depuis plus longtemps qu’en France, aux US, ou des ex-vegans changent de philosophie et de régime alimentaire, comme Tovar Cerulli, se découvrant une passion pour la chasse ?

tovarAussi, l’émission ne se concentre que sur l’abattage, ce qui est dommage, car cela restreint le sujet. D’accord, l’émission fait moins de 40 minutes, mais comme je disais, on se perd en route avec des extraits de Devos et Deleuze. Aussi, ayant été avertis sur leur page Facebook grâce à Dali – suite à l’émission avec Michel Onfray déclarant « Si je pense je deviens végétarien », de la possibilité de l’omnivorisme éthique, sur l’abattage, les deux clans sont irréconciliables, mais notons l’existence d’alternatives aux abattoirs dans leurs formes les plus cruelles et :

abattoir ferme

Le passage sur le droit des animaux est léger…grosso modo les animaux devraient avoir des droits car ils nous ressemblent. Sans préciser lesquels. Les modalités d’application, un exemple ? Plus facile de se laisser emporter par les émotions que la raison…mmh…

Aussi, je disais les choses changent, aux US, il est de rigueur de revenir sur sa période vegane. Et d’embrasser une nouvelle philosophie, que France Inter avec 10 ans de retard ne pourra pas faire du journalisme digne de ce nom.

ethical meat

Le livre de Meredith Leigh, ex végétarienne

Voilà ce qu’est l’omnivorisme éthique. On peut être contre, continuer à trouver ça illégitime et cruel, mais à l’instar de Tovar Cerulli – ou Lierre Keith – cela donne un visage et un vécu digne d’être écouté. Pour les arguments on pourra les piocher chez eux, quitte à les déboulonner au besoin. Mais certainement pas faire comme s’ils n’existaient pas, leurs arguments étant inexistants. Ce que fait France Inter en ignorant superbement Dali (qui s’est pourtant démenée sur la page Facebook de France Culture, voisine de France Inter) et la Fédération des omnivores responsables. Travail de recherche documentaire, zéro, on préfère faire de la culture surannée, plutôt que d’enrichir le débat. Pauvre Devos, pas certain qu’il aurait aimé être instrumentalisé de son vivant.

*Oui la terminaison est en ien pour végétalien et en istes pour carnistes, pourtant ce sont deux -ismes.

 

Les actus digérées #14

Bonjour 🙂 Après quelques mois de pause, voici un nouveau numéro des actus digérées.

Mon article chouchou de ces deux derniers mois :

Je traduis directement le résumé dit abstract via google translate qui s’est vraiment amélioré et y apporte tout de même quelques menus changements :

L’objectif de cet article est d’explorer de meilleures stratégies pour optimiser la solidité des os et réduire le risque de fracture, et dans le même temps la diminution du risque de maladies cardiovasculaires. La majorité des Américains ne consomment pas l’apport nutritionnel recommandé actuellement pour le calcium et le risque dune ‘ostéoporose au cours dela vie est d’environ 50%. Toutefois, les suppléments traditionnels mononutriments de calcium peuvent ne pas être l’idéal. Nous avons examiné de manière exhaustive et systématique en revue la littérature scientifique afin de déterminer la valeur optimale des stratégies alimentaires et des suppléments nutritionnels pour la santé du squelette à long terme et la santé cardiovasculaire.

Pour résumer, les étapes suivantes peuvent être utiles pour la construction des os solides tout en maintenant les artères douces et souples:

(1) le calcium est mieux obtenu à partir de sources alimentaires plutôt que des suppléments;
(2) veiller à ce que l’apport suffisant de protéines animales soit couplée à l’apport en calcium à raison de 1000 mg / jour;
(3) maintenir les niveaux de vitamine D dans dans une fourchette normale
(4) augmenter la consommation de fruits et légumes à alcaliniser le système et promouvoir la santé des os;
(5) l’augmentation concomitante de la consommation de potassium tout en réduisant la consommation de sodium;
(6) envisager d’augmenter la consommation d’aliments riches en vitamines K1 et K2;
(7) envisager d’inclure des os dans l’alimentation; ils sont une riche source de calcium hydroxyapatite et de nombreux autres éléments nutritifs nécessaires à la construction des os.

Cet article est rafraichissant car s’il ne nie pas l’utilité de la vitamine D, il la minore, parce que la vitamine D aide à fabriquer certaines protéines qui vont métaboliser correctement le calcium dans les artères et dans les os (protéine gla matricielle et ostéocalcine), et c’est le rôle de la vitamine K – surtout K2 – que de les activer…autrement dit, la vitamine D seule n’est rien. Mais pas inutile non plus, loin de là…

On serait tenté de dire qu’il faille manger des os (via un bouillon par exemple ?) pour source ultime de calcium, et certains produits laitiers très fermentés comme le fromage, non pas pour le calcium en soi, mais pour ses vitamines qui vont aider à son utilisation.

Ah oui j’oubliais, l’article est complet 🙂

Richard Nikoley part de la base que l’obésité est moins prégnante en France qu’aux USA, et surtout que les diètes sans gluten ne prennent pas comme là-bas. Mais le blé américain, disons la farine, est fortifiée, enrichie en fer. Ceci ne semble pas sans conséquences.

J’aime bien le passage sur les carnivores qui mangent toute la carcasse, intestins (riches en manganèse) et abats (riches en cuivre) compris. Ces deux minéraux semblent contrecarrer les effets du fer trouvé dans la viande muscle. C’est une analyse supplémentaire à ajouter au profil en acides aminés qui diffère selon les parties de l’animal.

La fortification en fer sur les céréales causerait ainsi en cascade via l’oxydation, un déséquilibre minéral. Mieux vaut notre pain que celui des américains ? C’est une hypothèse, très séduisante, mais pas la seule.

Ici un article de Affordance, un des meilleurs blogueurs (sinon le…) sur les sciences de l’information, de la technologie, des réseaux, et quelque part d’anticipation en surveillant les transformations du monde numérique.

Ici il donne son point de vue sur la relecture des articles scientifiques par les pairs, comme quoi, il ne faut pas sacraliser la littérature scientifique expertisée collectivement.

Non bien sûr je sais bien que ça ne compte pas. Mais bon 2400 articles en un peu plus de 10 ans de blog, ça fait quand même 240 articles par an, 20 articles par mois. Depuis 10 ans. Alors bien sûr – inutile de nier je vous connais – vous allez me dire : « Ouiiii mais quand même le regard de ses pairs, l’évaluation par ses pairs c’est important pour vérifier que tu racontes pas n’importe quoi. C’est pour ça, pour vérifier que les chercheurs ne racontent pas n’importe quoi qu’on a inventé l’évaluation par les pairs d’ailleurs, et que les revues scientifiques sont tellement importantes. » Donc vous allez me dire ça et moi je vais vous répondre en un mot comme en cent : B-U-L-L-S-H-I-T. Total Bullshit. Hashtag Total Bullshit même.

Bien sûr que l’évaluation par les pairs c’est important. Sauf que même à l’époque où je publiais encore régulièrement dans des revues soumises à l’évaluation par les pairs (et en l’occurrence « soumises » n’est pas un vain mot), ladite évaluation de mes pairs se résumait 9 fois sur 10 à m’indiquer :a/ que je n’avais pas ou insuffisamment cité les travaux de tel ou tel mandarin (ou de l’évaluateur lui-même …)

  • a/ que je n’avais pas ou insuffisamment cité les travaux de tel ou tel mandarin (ou de l’évaluateur lui-même …)
  • b/ que c’était très intéressant mais que le terme « jargon 1 » prenait insuffisamment en compte les travaux se rapportant au terme « Jargon 2 ». Jamais, je dis bien jamais aucun débat scientifique, aucune idée neuve, aucune confrontation d’idée, juste une relecture tiédasse
  • c/ que ce serait mieux si je changeais cette virgule par un point-virgule

Mais nonobstant, c’est vrai que la vraie évaluation par les pairs c’est important. Sauf que JAMAIS AUCUN CHERCHEUR NE S’AMUSERA A PUBLIER DES CONNERIES juste pour voir si ses pairs s’en rendront compte ou pas. Parce que d’abord en général les chercheurs sont plutôt des gens instruits, relativement compétents, et relativement soucieux de contribuer à l’avancée des connaissances. Et aussi parce que SI TU PUBLIES UN ARTICLE AVEC DES CONNERIES SCIENTIFIQUES OU DES METHODOLOGIES FOIREUSES ben tu te fais immédiatement aligner et ta carrière est finie.

Le reste de l’article est à l’avenant et assez rafraichissant.

Deux articles sur le cancer et l’alimentation. L’hypothèse de Warburg peut se résumer grossièrement à affamer le cancer en le privant de sa source d’énergie, le glucose. C’est la référence ultime des pratiquants du jeûne, et évidemment des adeptes de la diète cétogène. Toutefois, pensez à lire l’article (assez phénoménal, on est loin de la presse française) du New York Times en entier, voire sur plusieurs jours tant il est long. Puis celui de Richard Nikoley, qui reprend l’idée d’une étude : Les scientifiques surpris de découvrir que les acides aminés, pas le sucre, fournissent les blocs de construction pour les cellules tumorales.

Même stimuler l’autophagie (dont j’ai pu parler en bien par le passé), n’est pas une si brillante idée. Assez contre-intuitif.

Et là, tout le petit monde Low Carb de s’affoler.

Et pourtant l’article du New York Times avait prévenu :

Le cancer est un ennemi incroyablement résistant. On a pu constater que bloquer une filière métabolique ralentissait et arrêtait la croissance tumorale dans bien des cas, mais les tumeurs tendent à trouver un autre chemin. « Vous bloquez le glucose, ils utilisent la glutamine » dit Dang, en référence à une autre source d’énergie primaire utilisée par les cancers. « Vous bloquez le glucose et la glutamine, ils pourraient être capables d’utiliser les acides gras. Nous ne savons pas encore.

Bon…de quoi rester prudent. On se construit des mythes sur lesquels croire, et patatras. Le mythe tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée.

Surtout qu’on m’annonce derrière l’oreille, ou plutôt la prostate, cette étude :

Aussi disponible sur Science Daily pour plus de précisions. On n’en est pas encore à l’étude vérifiée par les pires, mais ça ne saurait tarder. Comme il s’agit d’une étude a priori épidémiologique j’ai encore peur que les gens qui mangent le plus d’acides gras saturés soient aussi ceux qui font le plus n’importe quoi tant dans l’alimentation…

…que dans le mode de vie…Le mécanisme semble encore obscur à base de lipoprotéines, même les statines auraient un effet positif ! ET quand on parle de statines, on s’intéresse naturellement aux maladies cardiovasculaires.

Du coup une énième méta-analyse sur la viande rouge et les risques de maladies cardiovasculaires. Rien trouvé de probant cette fois-ci. Donc risque de mourir d’un cancer de la prostate mais pas de crise cardiaque, j’ai bon ?

Source : openfoodfacts.fr

Source : openfoodfacts.fr

Ces fruits emballés sont une constante ridicule de notre époque. Je ne sais pas où sont les cerveaux des gens qui markettent ces fruits…

Bonne semaine à tous !

Le bien manger sur Netflix, Chef’s Table

Le service de vidéos Netflix fait des heureux : pour deux poignées d’euros, vous voici face à un catalogue conséquent de films et de séries, et très commode pour l’utilisateur. C’est un vrai jeu d’enfant que visionner ce qui nous intéresse, il y en a vraiment pour tous les goûts. Même si l’on pourra regretter la faiblesse du contenu en territoire français, il faut avouer que pour trouver plus riche, il faut passer par des méthodes répréhensibles…le piratage. Car oui à cause des droits d’édition, Netflix n’est pas tout à fait un équivalent vidéo à Spotify.

Aujourd’hui ce qui m’amène à poster un article, ce sont deux séries de documentaires, sur l’alimentation au sens large. La première est sobrement nommée Chef’s Table : 6 authentiques chefs cuisiniers du monde entier, tous très différents de par leur parcours ou leurs origines, partagent le temps d’une heure leur vie et évidemment comment ils conçoivent leur art. Ces documentaires sont les fils spirituels d’un autre documentaire très renommé et d’ailleurs également proposé par Netflix, Jiro Dreams of Sushi.

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Comme un article ne peux pas remplacer le visionnage de ces documentaires, je livre juste deux extraits qui résonnent avec le blog :

  • Le cuisinier Magnus Nilsson, suédois comme son patronyme l’indique de manière évidente !

Je n’avais jamais utilisé le bœuf. Parce qu’en général ce n’est pas très intéressant. C’est juste une bombe de protéines avec très peu de goût. Il y a 50 ans, il existait un type de vache. Mais en raison des techniques d’élevage dans le monde occidental, tout le développement a divisé toutes ces anciennes races en deux branches. Une qui ne produit que du lait. On a donc une vache qui reste là pendant huit ou dix ans et qui mange beaucoup de céréales pour ne produire que du lait. D’autre part, on a les bœufs de boucherie. Ils ne font rien. Ils restent là et mangent aussi beaucoup de céréales pour engraisser au plus vite et atteindre une taille énorme. Ils sont nourris pour devenir des « monstres de viande sur pattes ». C’est complètement inefficace.

Je pense que c’est ce qui a déclenché l’idée d’utiliser la vache à lait au restaurant. C’est stupide de s’y prendre comme ça se passe maintenant. Notre première vache à lait avait une saveur profonde, des choses que je ne trouvais pas chez un bœuf ordinaire. Alors ça a commencé à devenir très intéressant. La vache à lait qui a mangé essentiellement de l’herbe, dans une jolie ferme où elle va au pâturage a beaucoup plus de goûts, beaucoup plus de texture, et on a un persillage bien plus naturel.

C’est très emballant quand on arrive au moment où on se rend compte qu’on tient quelque chose, qu’il existe des connaissances qui sont là au grand jour, mais dont personne ne se sert.

Voici la bande annonce de la saison 1 de Chef’s Table…la seconde saison arrive en fin de mois !

  • Le cuisinier américain Dan Barber, dont voici la philosophie : allant encore plus loin que la simple entreprise du chef suédois.

extraits de l’Express.fr :

Bienvenue à Stone Barns, une exploitation de 32 hectares accueillant 170 moutons, 10 chèvres, 1 200 poules pondeuses, 5 800 poulets, 550 dindes, 150 oies, 120 cochons, 25 colonies d’abeilles, 1 chien de garde, 4 tracteurs et 41 employés. Et pas un seul produit chimique qui ne vienne perturber l’exemplarité de cet écosystème en biodynamie. C’est le refuge champêtre de Dan Barber. Mais aussi son garde-manger: légumes, fruits, herbes, céréales, viandes, oeufs, miel, auxquels s’ajoutent les produits laitiers fabriqués dans sa ferme familiale du Massachusetts, approvisionnent ses deux restaurants en quasi-autarcie

« The Third Plate » qu’il brandit comme le nouveau paradigme pour l’alimentation américaine de demain. Ce titre -la « troisième assiette – fait référence à un drôle de croquis que Dan Barber avait publié dans un magazine culinaire pour illustrer ce qu’on mangera dans trente-cinq ans. Un rien provocateur, le chef avait dessiné trois assiettes. Dans la première, un steak de 200 grammes issu d’un boeuf gavé au maïs avec quelques bébés carottes en guise d’accompagnement: c’est ce que consommaient ses compatriotes il y a cinquante ans. Dans la deuxième, un steak provenant d’un élevage bovin nourri à l’herbe, avec des carottes de production locale et bio: c’est le principe actuel du farm-to-table qui milite pour un sourcing plus vertueux des aliments. Dans la troisième, un steak de carotte simplement arrosé d’un jus préparé à partir des bas morceaux de boeuf: c’est le nouveau régime vers lequel on doit tendre.

Ainsi qu’un extrait du documentaire soigneusement sélectionné, à propos des veaux mâles :

Le veau a mauvaise réputation. On dit que c’est un animal torturé et à juste titre. Dans 99% des cas, les gens enlèvent le veau à la mère et le nourrissent avec des saloperies. Il tombe très malade et on lui donne des antibiotiques. Le veau traditionnel est blanc. Il est blanchâtre parce qu’il est anémique. Je ne peux pas manger ça. Alors je me suis dit : « Je dois m’occuper de ce veau si je veux vraiment soutenir la ferme et le lait. » Sean et moi, on a décidé de l’utiliser pour le menu, de créer une source de revenus pour la ferme et d’élever sans cruauté un veau extraordinaire, vraiment délicieux.

(montrant le fermier éleveur) Il a gardé ces veaux sous la mère durant la journée et ils ont du lait à volonté.

Le veau classique contre le veau au pâturage élevé sous la mère, c’est un produit différent, c’est un autre monde.

Voici les synopsis des épisodes de cette première saison.

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Quant à la seconde série documentaire, elle quitte le monde des grands chefs pour s’intéresser aux aspects scientifiques et culturels de la cuisine. Il s’agit de Cooked, présentant un Michael Pollan en grande forme, venu apporter un pendant vidéo/documentaire à son ouvrage du même nom. Pas d’article pour le moment, je viens juste de visionner le premier épisode…et c’est du grand art (les crudivégans vont pas apprécier par contre). Voici juste le sommaire, 4 épisodes seulement, mais vu premier épisode, je peux avancer sans peine que la qualité prévaut sur la quantité !

cooked

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Les deux séries sont des documentaires de luxe. Ici pas de mise en scène vulgaire pour créer du vide et allonger des émissions qui pourraient être réduites de moitié. Non, entre les paysages magnifiques, le soin apporté à la réalisation, et évidemment la qualité visuelle des plats fournis – qui mettent tous l’eau à la bouche – ou bien leur cuisson soigneusement filmée et ralentie, sans oublier les méthodes de cuisine innovantes ou ancestrales…ils me réconcilient avec la télé, cette télé que je snobe faute de contenus de qualité – oui même Arte -. Et c’est par Netflix que vient le miracle.

Comme par hasard, je viens, juste à l’instant, de voir qu’une autre série, un peu plus vieille pourrait être sympathique, The mind of a chef, par le cuisinier Anthony Bourdain, qui comme son nom l’indique, est américain.

La supériorité sans appel de l’élevage sur pâturage

Cet article est une version améliorée et corrigée déjà parue sur la page de la Fédération des Omnivores Responsables. Je me concentre sur les aspects nutritionnels de l’élevage, plutôt que les aspects écologiques et environnementaux pour lesquels je suis moins à l’aise.

Cliquer pour lire la première version de l'article !

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L’élevage sur pâturages l’emporte sur de nombreux points vis-à-vis des méthodes d’élevage concentrationnaires, que l’on nomme outre-atlantique les CAFO (Concentrated Animal Feeding Operation). Ils sont plus écologiques pour l’environnement, pour cela on regardera la vidéo TED de Allan Savory (1), ou lire le blog de Sheldon Frith (2).

Le bien-être animal n’est pas non plus oublié, avec une nourriture adaptée, les besoins en médicaments et antibiotiques se font moins sentir : non seulement les animaux paissent et passent du temps dehors, mais ils se nourrissent de la manière qui est la plus adaptée à leur corps : en meilleure forme, ils tombent tout simplement moins malades.

De nombreux gastronomes vous affirmeront également que les viandes, laitages ou œufs issus de ces méthodes d’élevage procurent un plaisir gustatif plus prononcé : outre les conditions de maturation ou le persillage, la viande est tout simplement meilleure. Idem pour les laitages, qui n’a pas remarqué qu’un fromage fermier de Savoie, comme l’abondance, au lait cru exhalait des arômes plus profonds, jusqu’à transmettre un fumet d’herbe discret mais néanmoins présent ?

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Toutes les viandes ne se valent pas, loin de là ! Tous les laitages non plus. Il est reconnu que les qualités gustatives rejoignent les qualités nutritionnelles. Le cas des oméga3 est très bien documenté et connu : le rapport oméga3/oméga6 des aliments d’origine animale est bien plus élevé si les animaux ont été plus nourris à l’herbe et au foin sec, plutôt qu’aux céréales (3) ou au soja. Le profil en acide gras est ainsi plus sain, et permet de bénéficier des apports en oméga3 à longue chaîne (EPA et DHA) qui nourrissent le cerveau et protègent le cœur.

Les vitamines, liposolubles comme hydrosolubles sont à l’honneur : la viande de bovin de pâturage  a pour elle davantage de  (3) :

  • Vitamine E
  • Bêta-carotène – techniquement un antioxydant mais aussi pro-vitamine A),
  • Thiamine (vitamine B1)
  • Riboflavine (vitamine B2)

Concernant la la richesse en minéraux, l’écart est plutôt faible, mais significatif, tant pour les viandes que pour les laitages. Mais cet écart est systématiquement en faveur de l’alimentation traditionnelle. En ce qui concerne la viande de bovin , on notera qu’elle est plus riche en calcium, magnésium, et potassium que son homologue aux céréales (4).

Pour de la viande sur pâturage de qualité, on regardera auprès du Bœuf d’Herbe si vous avez un grand congélateur, sinon connaitre un éleveur à l’ancienne comme la GAEC Villemin. Autre astuce, les viandes du label Bleu Blanc Cœur. Autrement, à vous de vous débrouiller !

Si l’on s’intéresse à un produit consommé par les végétariens, les œufs, on sait aujourd’hui qu’un œuf provenant d’une poule gambadant librement en extérieur et consommant ce qu’elle trouve par elle-même est supérieur à un œuf de poule nourrie aux céréales, même si celles-ci proviennent de la ferme, y compris même si ces poules vivent aussi en extérieur. Il contient (5) :

  • 2 fois plus d’oméga3,
  • deux tiers de vitamine A (rétinol) en plus,
  • 3 fois fois plus de vitamine E,
  • 7 fois plus de bêta-carotène
  • 50% d’acide folique (vitamine B9) en plus,
  • 70% de vitamine B12 en plus,
  • 4 à 6 fois plus de vitamine D
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Le résultat est direct et sans appel, le jaune, le plus nourrissant, est plus orangé, signe d’une plus grande densité nutritionnelle. Ces œufs sont largement plus intéressants à consommer que leurs équivalents de l’agriculture conventionnelle et intensive. Les œufs des poules de mamie plus intéressants que ceux du commerce ? Sans aucune hésitation, oui !

Aussi, je voudrais finir cet article sur une vitamine liposoluble sous-estimée : il s’agit de la vitamine K2 (6). D’abord apparentée à la vitamine K1, elles sont en fait similaires au niveau de la structure moléculaire, mais remplissent des fonctions tout à fait différentes*. La vitamine K1 se trouve dans les légumes verts, y compris l’herbe, et assure la coagulation (K pour Koagulation) du sang. La vitamine K2 se trouve dans certains aliments fermentés,ou certains produits animaux comme les laitages ou le foie en quantité variable, selon l’animal et son alimentation. Cette vitamine agit en synergie avec les vitamines A et D : si cette dernière fixe le calcium sur les os et les dents, la vitamine K2 chasse efficacement le calcium du sang vers les tissus où il sera déposé pour un meilleur usage. La vitamine K2 a ainsi une action protectrice contre les maladies cardiovasculaires en empêchant le calcium de se déposer sur les artères ce qui est confirmé par des études cliniques.

Il existe un lien entre les deux formes de vitamine K : les animaux comme les ruminants convertissent la K1 en K2 à partir de l’herbe fraiche des alpages au printemps et en été : à ce moment, les laitages sont au top nutritivement parlant, ils sont ce que l’animal consomme, des aliments frais, sains et qui lui sont destinés de par sa nature : de l’herbe grasse et fraiche pour les ruminants de par leur qualité d’herbivore par exemple. Parmi les laitages de qualité en France on se reportera à Bernard Gaborit, qui propose aussi bien du lait cru que du beurre ou du fromage, en faisant confiance à la race jersiaise qui donne en outre un meilleur lait que la très productive Holstein, même si certains parlent de croiser les deux, afin d’obtenir la qualité de la première avec le rendement de la seconde…

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Les fromages issus du lait tiré en été sont plus riches en tout, y compris en cette vitamine. Cette vitamine se stocke néanmoins très peu dans les corps des animaux néanmoins, à l’exception de certains foies (d’oie notamment) ou certaines glandes, salivaires par exemple, ou le cerveau. Les aliments fermentés, végétaux ou animaux, sont de meilleures sources de vitamine K2. Les fromages issus de laitages d’été bénéficient ainsi d’un double apport en vitamine K2 : la partie assurée par la vache ou la chèvre qui broute l’herbe, et la partie issue de la fermentation qui assure aussi au fromage ses qualités organoleptiques uniques.

A-t-on là une des caractéristiques protectrices de l’alimentation à la Française, malgré de nombreuses graisses saturées ? La K2, un cadeau ? Sans aucun doute ! Et c’est sans doute vrai pour une grande partie de la méditerranée ou les laitages, de chèvres ou brebis, qui, bien que consommés avec modération, apportent néanmoins leur part de densité nutritionnelle, par exemple en cette vitamine rare mais vitale. Entre autres, bien sûr, car on ne saurait résumer la santé à un seul nutriment, ni même à la seule alimentation. C’est tout le mode de vie qui compte.

*Dans les faits, la vitamine K1 se substitue un tout petit peu à la K2 et vice-versa.

Post-Scriptum :  la réalité entre animaux élevés sur pâtures et CAFO façon ferme des mille vaches, je suis conscient que ce sont deux extrêmes et que la réalité vacille entre ces deux types d’élevage, que les éleveurs nourrissant aux céréales peuvent aussi donner des compléments alimentaires à leurs animaux. Même si cela sonne dans ma tête comme donner des béquilles à vie à quelqu’un qui pourrait s’en sortir en faisant de la rééducation. Ce n’est jamais ni tout blanc ni tout noir. Il n’empêche, nos fermiers, du moins en France, sont contents d’écrire sur les  « Nourris aux céréales de la ferme ». Ouais mais justement, c’est ça le problème, ou une partie de celui-ci.

– –

Sources :

(1) http://www.ted.com/talks/allan_savory_how_to_green_the_world_s_deserts_and_reverse_climate_change?language=fr

(2) http://sheldonfrith.com/2016/02/06/holistic-management-comparison-pictures-infographic/

(3) Effects of winter stocker growth rate and finishing system on: III. Tissue proximate, fatty acid, vitamin, and cholesterol content.
Duckett SK1, Neel JP, Fontenot JP, Clapham WM. résumé et version pdf

(4) Effect of Production Systems on Performance, Body Composition and Lipid and Mineral Profiles of Soft Tissue in Cattle1,2
J. E. Williams3, D. G. Wagner, L. E. Walters, G. W. Horn, G. R. Waller4, P. L. Sims5 and J. J. Guenther, résumé, et pdf

(5) http://www.motherearthnews.com/real-food/free-range-eggs-zmaz07onzgoe.aspx et les résultats ici (La source est ce qu’elle est, mais les résultats sont cohérents par rapport à d’autres études, et n’ont rien de si surprenants, tout compte fait.)

(6) Affirmations basés sur plusieurs lectures, dont Chris Masterjohn, K2 The Missing Nutrient for Bone and Health, Vitamin K2 and the Calcium Paradox: How a Little-Known Vitamin Could Save Your Life, ou encore ceci en français, ou mon auto-source 🙂