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Divagations carnistes

Je suis parfois psychorigide avec la langue française. Tenez, j’ai par exemple un problème avec les mots mal traduits, ou tout simplement les mots anglais pas traduits du tout par flemme et manque de recul sur sa propre langue.

Aujourd’hui, une autre pratique tend à me courir sur le haricot, et profondément : les néologismes à la noix. Je vais être bref, je vais en cibler un.

Carnisme.

Sur mon Firefox ça donne ça :

carnisme

On la lui fait pas à ce bon vieux correcteur orthographique !

On doit la création de ce néologisme à la psychologue Mélanie Joy, vraisemblablement au début des années 2000. Ce terme semble être repris dans les milieux où la cause animale prime, les vegans en première ligne. A mon sens, il est repris comme les internautes de Chartsinfrance parlent maladroitement d’ères pour nommer une période discographique relative à un artiste, ou comme les zététiques français tout fiers de traîner leurs guêtres dans l’interweb anglophone répandent l’usage du terme debunk dans l’interweb francophone : c’est à dire sans prise de recul, sans esprit critique sur le poids des mots, et la culture afférente – debunk est très connoté skeptic/zététique -.

Il est révélateur que le terme carnisme soit mal défini.

Le carnisme désigne une idéologie qui justifie la consommation de chair animale par les humains. Le terme est utilisé sous cette acception notamment par les partisans du véganisme. Avant sa réappropriation par le mouvement végan, le terme « carnisme » désignait le fait de consommer de la viande (indépendamment de l’idéologie associée), ou l’abus de viande1.

Le malaise est palpable en deux phrases :

  • idéologie revendiquée : pour la neutralité, et son acceptation dans le langage commun, on repassera, tout le monde n’est pas censé adhérer à une idéologie. Le jargon pour les jargonneux c’est très bien comme signe de ralliement dans un entre-soi, mais merci de ne pas polluer le débat avec les gens qui ne partagent pas cette idéologie.
  • définition floue, polysémique (ça encore, ça arrive dans la langue française), mais surtout avec un aspect péjoratif. Abus de viande. Dans quel contexte ? C’est pour stigmatiser qui ? Le chasseur aviné ? Le noble festoyant du moyen-âge et qui souffre de goutte ? Ou les inuits à la santé éclatante sont des carnistes alors ? Saperlipopette ! L’ambigüité entre les deux sens me met mal à l’aise. Aussi on quitte le rationnel pour le jugement. Et je ne suis pas trop d’accord.

Prenons un peu d’altitude : si j’observe les espèces à l’échelle globale, il n’y a que nourriture. Je sais bien que l’allégorie de la chaîne alimentaire fait déclencher moult sarcasmes en véganie, mais les faits sont là : on mange, et on sera mangé. Bactérie, animaux, champignons, plantes, vous en faites pas, votre sort est scellé. Dans ce grand festin qu’est la vie en elle-même les diverses espèces, par le truchement des mécanismes évolutifs bien connus, ont trouvé leur régime alimentaire à force d’adaptation à un milieu.

Ainsi on sait qu’une vache est plutôt herbivore, à quelques insectes et vers près.

Un singe est plutôt frugivore, à quelques tubercules et mammifères prêts : oui ils chassent. Ils ne semblent pourtant pas digérer la viande aussi bien que nous selon Jane Goodall. Selon une méthode personnelle, avec l’aide d’une centrifugeuse elle a pu constater que les excréments de chimpanzés contenaient des morceaux intacts d’animaux et d’insectes. Ce qui n’est pas le cas chez l’homme qui digère bien mieux la viande. Factuellement, j’entends.

Un lion sera entièrement carnivore. Faut-il un dessin, je ne pense pas. (Encore que si un spécialiste passe par là : mangent-ils la panse des animaux herbivores ?)

Je ne connais pas d’animal strictement vegan, même les pandas en mangent.

Les diètes des animaux sont très variables, et je n’ai fait que centrer sur les animaux : les végétaux aussi mangent des animaux, ou des produits animaux. En agriculture, les excréments (sous forme de fumier), le sang et les os des animaux font des miracles pour nourrir certaines espèces cultivées. Sans parler des plantes carnivores.

La consommation de végétaux et d’animaux (je passe le règne des protozoaires et des champignons pour aller plus vite) est ainsi commune, extrêmement banale, avec des variations extrêmes selon les espèces.

Donc, si l’on se limite à l’observation des faits, on pourra parler d’animal carnivore, omnivore, et pour les alimentations à grosse dominante végétales, on pourra dire herbivore ou frugivore, en gardant à l’esprit que les animaux n’ont pas de régime « pur », d’ailleurs il n’existe pas de pureté, point de vue rationnel, la pureté est une vue de l’esprit – humain. Les animaux mangent ce qui leur est adapté, point. Ce que leur instinct leur guide. Comme les enfants de vegans, ce qui m’a été rapporté, qui demandent de la viande ou du fromage quand ils sont chez des omnivores. Réalité cachée sous le tapis.

Dans cette optique, l’homme est donc un omnivore. Je veux bien discuter sur la part variable carnée qui serait bonne pour l’espérance de vie et la santé, pas de problème. Point de vue anatomie je ne suis pas sensible aux sophismes vegan (encore moins de Gary Y.). Nous avons d’ailleurs une anatomie digestive similaire à celui du cochon, pas celui du chimpanzé, ce qui explique que nous soyons plus omnivore que ce dernier (ou du bonobo). Sans même chercher une explication rationnelle – qui nécessiterait un nouvel article sur le sujet – l’anatomie humaine a ce mystère que des traits porcins se sont installés malgré notre proximité avec les chimpanzés.

Donc du coup, des gens qui parlent de « justifier la consommation de viande »…je justifie pas, j’observe les faits. J’aime la viande, j’en mange. Comme un cochon, animal lui aussi omnivore avec qui on partage énormément. Cela étant : pas n’importe comment, pas n’importe quand, pas n’importe laquelle, mais j’en mange. Il peut m’arriver d’avoir des périodes où cette part est réduite, de manière cyclique, comme si je suivais les saisons, en été les fruits éclipsent les autres aliments par exemple. Je n’adhère pas, pour des raisons mûrement réfléchies à la vision veganne et partisane de la nature.

Le mot carnisme participe de cette vision tronquée, pipée. La nature est neutre, elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Tout être vivant est un aliment potentiel. Pour illustrer d’une manière cruelle ce manque de neutralité du terme, qui montre à quel point ce néologisme creux sert l’agenda d’idéologues vegans, il suffit de se pencher sur le terme qui est par construction, opposé. Végétalisme. Et c’est là que le bât blesse. Les définitions ne sont pas symétriques.

Le végétalisme concerne la diète des végétaliens et des végans. Il exclue toute consommation de produits animaux.

Le carnisme concerne la diète des…euh…des carnivores, des inuits donc – laissons tomber les baies d’été – ?

Non non. Que vous mangiez un steak par semaine, de la viande une fois l’an, ou que vous soyez en mode carnivore exclusif, vous voilà dans le rang des carnistes. Les habitants d’Okinawa, amateur de tofu en diable, île vantée telle une zone bleue s’alimentant de manière quasi végétarienne – à l’exception des fêtes – font de fabuleux carnistes.

C’est une imposture !

Le vrai mot à utiliser, d’un point de vue neutre (c’est à dire : observons les pratiques des animaux, des hommes, des espèces…), et dépassionné concernant l’homme, c’est omnivore : sans idéologie, sans justification, juste les faits. Parce que beaucoup d’entre nous, les hommes et les femmes sur toute la planète, mangeons de façon omnivore, malgré une diète à dominante végétale, ne pouvons être satisfaits par un tel néologisme, qui réduit la richesse de notre alimentation à la seule consommation de viande. Consommation de viande qui est par ailleurs anodine dans la nature, nature qui ne fait pas d’idéologie, si on se limite à l’observation des faits.

Ce mot a une teneur militante, politique. Certainement pas culturelle ou scientifique. Il en dit long sur celui qui l’utilise, plus sur ceux qui sont stigmatisés. Comme je disais sur Facebook :

carnisme2Ce n’est pas par méchanceté que je dis ça. C’est l’expression d’un ras-le bol de voir en permanence ce mot utilisé par des moutons vegans de panurge. C’est usant. Un travail similaire pourrait être fait pour spéciste et antispéciste, mais la tâche me semble plus ardue, quoique largement faisable. Toute pseudo-philosophie qui utilise des termes à sa convenance pour mieux maitriser le débat public, et ce de façon sournoise, mérite d’être brûlée sur la place publique. Coucou Aymeric !

La bataille idéologique et politique commence par le langage. Maitriser le langage donne une option sur la victoire. Ne vous laissez pas emberlificoter, ne rentrez pas dans le langage tricoté par votre interlocuteur : corrigez la personne qui dit carniste, employez omnivore. Systématiquement.

A ce rythme on pourra tout aussi bien parler de moldus pour décrire les omnivores non frappés par la lumière veganne ou la rejetant. – certains vegans me font d’ailleurs penser à des jeunes élèves de Poudlard, de vrais apprentis sorciers -. Les autres qui puent, les gadjo, les gaijin, les gabatchs. Bref, si vous avez encore un honneur ou un amour-propre, reprenez le dessus en parlant français.

Résumé : le mot carnisme est un terme construit selon une définition floue et mouvante selon l’objectif de la personne qui l’utilise, créant une ambigüité ainsi qu’une stigmatisation visant à se distinguer de l’autre. Une dissymétrie patente par rapport au mot végétalisme souligne insidieusement que le bien ou la normalité c’est manger exclusivement des végétaux et que les mangeurs de viande n’en font qu’à leur tête, que quelque chose ne tourne pas rond chez eux. Il conviendrait de les recadrer. Préférez le mot omnivore et bornez vous à restez factuel et non idéologique ou politique.

Je voulais faire court, j’ai été un peu verbeux. Désolé, ça devait sortir.

Edit : petit ajout de Facebook pour ceux qui auraient loupé le point principal de mon texte :

Si je procède de la même manière que Mélanie Joy pour d’autres aliments, cela donne :

Légumisme : justification de manger des légumes.
Féculentisme : justification de manger des féculents.
Fruitisme : justification de manger des fruits.
Végétalisme : justification de manger des végétaux. (Pas seulement hein)

Vous le voyez pas le problème ? Le problème est que la seule existence du mot carnisme insinue que manger de la viande n’est pas normal et devrait être traité à part des autres aliments. Ben non. C’est le dada des vegans et je marche pas dans la combine. Et comme je ne suis pas vegan, je ne suis pas tenu d’accepter un de leurs néologismes. Sinon c’est commencer à rentrer dans leur jeu, accepter leurs règles. Je ne veux pas.

La viande éthique…sur France Inter

Avez-vous écouté France Inter ces derniers temps ?

Non ?

Alors vous pouvez encore écouter cette émission. Sur PC comme sur smartphone, il est encore possible de l’écouter, jusqu’en 2019 !

Le verdict : je ne coupe pas à l’envie de faire des leçons de journalisme, mais l’émission sent bon la naphtaline, ou tout au moins la culture radiophonique qui ne dépasse pas les années 90 : internet n’existe pas, ou si peu, et on doit écouter des vieilles sommités comme Deleuze ou Raymond Devos, que j’aime bien. Mais dans un débat qui est neuf en France, il aurait été pertinent de citer des sources plus récentes, dans les deux sens.

Les deux sens ? Décevant il n’y a pas vraiment de dialectique, l’émission est conduite pour conclure non à la problématique, un des animateurs donnant le change, mais étant tellement timoré que c’en est scandaleux. Les guillemets sont là pour indiquer que l’expression est inappropriée. De fait le carnivorisme éthique n’existe pas. Déjà parce que je réfute le carnivorisme pour parler de l’homme. L’homme est un omnivore, pas un carnivore. Je réfute également le néologisme carnisme qui est foncièrement malhonnête et n’est pas l’exact symétrique de végétalisme ou végétarisme. Hormis certains peuples isolés et certains originaux viandards à la santé incertaine, « les partisans du carnisme » mangent aussi des légumes, des fruits, et parfois même très peu de viande selon les goûts et habitudes de chacun, mais un peu quand même. Que je sache les végétaliens ne mangent pas un peu de viande perdue au milieu d’une tonne de légumes.* S’il y a une seule bouchée de viande mangée de manière intentionnelle, on perd de facto le titre de végétalien, ou végan.

Gloire à ceux qui imposent les termes sans concertation ni démocratie. Vive la novlangue.

Aussi, quand on parle de carnivore éthique d’omnivore éthique, pourquoi ne pas avoir contacté la Fédération des omnivores responsables, trop moderne ? Pas crédible pour deux sous ? La page est un peu en sommeil, mais à l’heure des internets, des réseaux, du 2.0, pourquoi citer Devos (au demeurant toujours amusant), plutôt que de donner la parole à quelqu’un qui a un point de vue dissonant ? Comme par exemple celui de Mickey Z, sur la manière dont les vegans mentent pour servir leur cause ? Mickey Z n’est d’ailleurs pas devenu omnivore mais inflige une claque cinglante aux dévots de son mouvement. Que tous en prennent de la graine.

mickey-z

(texte disponible, plus bas…dans les commentaires)

Ou alors voir d’autres sons de cloche, dans des pays expérimentant le véganisme depuis plus longtemps qu’en France, aux US, ou des ex-vegans changent de philosophie et de régime alimentaire, comme Tovar Cerulli, se découvrant une passion pour la chasse ?

tovarAussi, l’émission ne se concentre que sur l’abattage, ce qui est dommage, car cela restreint le sujet. D’accord, l’émission fait moins de 40 minutes, mais comme je disais, on se perd en route avec des extraits de Devos et Deleuze. Aussi, ayant été avertis sur leur page Facebook grâce à Dali – suite à l’émission avec Michel Onfray déclarant « Si je pense je deviens végétarien », de la possibilité de l’omnivorisme éthique, sur l’abattage, les deux clans sont irréconciliables, mais notons l’existence d’alternatives aux abattoirs dans leurs formes les plus cruelles et :

abattoir ferme

Le passage sur le droit des animaux est léger…grosso modo les animaux devraient avoir des droits car ils nous ressemblent. Sans préciser lesquels. Les modalités d’application, un exemple ? Plus facile de se laisser emporter par les émotions que la raison…mmh…

Aussi, je disais les choses changent, aux US, il est de rigueur de revenir sur sa période vegane. Et d’embrasser une nouvelle philosophie, que France Inter avec 10 ans de retard ne pourra pas faire du journalisme digne de ce nom.

ethical meat

Le livre de Meredith Leigh, ex végétarienne

Voilà ce qu’est l’omnivorisme éthique. On peut être contre, continuer à trouver ça illégitime et cruel, mais à l’instar de Tovar Cerulli – ou Lierre Keith – cela donne un visage et un vécu digne d’être écouté. Pour les arguments on pourra les piocher chez eux, quitte à les déboulonner au besoin. Mais certainement pas faire comme s’ils n’existaient pas, leurs arguments étant inexistants. Ce que fait France Inter en ignorant superbement Dali (qui s’est pourtant démenée sur la page Facebook de France Culture, voisine de France Inter) et la Fédération des omnivores responsables. Travail de recherche documentaire, zéro, on préfère faire de la culture surannée, plutôt que d’enrichir le débat. Pauvre Devos, pas certain qu’il aurait aimé être instrumentalisé de son vivant.

*Oui la terminaison est en ien pour végétalien et en istes pour carnistes, pourtant ce sont deux -ismes.

 

Une vitamine A sous-estimée par les végans

Ma réflexion est partie de cette discussion (déjà abordée ici) :

mytheS’ensuit donc un galimatias  entre Ségolène et moi sur la vitamine A. Rétinol (vitamine A animale) ou bêta-carotène (vitamine A végétale) ?

Mon point de vue étant que les deux micronutriments ont leurs avantages et leurs inconvénients. A priori l’idéal étant d’avoir un apport des deux, pas uniquement l’un ou l’autre.

Le Rétinol : on le trouve dans certains produits animaux, notamment le foie (de morue par exemple !), ou encore les œufs, ou le beurre.

+ Il est prêt à l’emploi, pratiquement rien à faire (sauf pour produire de l’acide rétinoïque, une autre forme de la vitamine A, mais conversion aisée). On dit que c’est de la vitamine A préformée.

La toxicité est reconnue et très vite atteinte en cas de surconsommation, surtout en cas de statut de vitamine D faible. Attention aux mangeurs de foie. Évitez de manger du foie d’ours polaire, même si c’est tendance dans certains milieux carni.

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Ansgar Walk, CC 2.5 via wikimedia

Le Bêta-Carotène : il s’agit avant tout d’un antioxydant de la famille des caroténoïdes, il donne sa couleur orange typique aux aliments qui en contiennent. Pas de hasard, la carotte en contient, tout comme la patate douce à chair rouge, ou bien encore, la courge (par exemple la butternut). On la trouve même dans certains légumes verts. Elle peut être converti en vitamine A par le foie, on dit que c’est une provitamine A. Il a ses effets sympathiques propres à la famille des antioxydants que ne possède pas la vitamine A.

+ On en trouve facilement dans les végétaux, la toxicité est difficile à atteindre – voir plus bas-, mais existe réellement. Il semblerait que la toxicité concerne surtout les compléments alimentaires ce qui ravira les végans qui peuvent manger raisonnablement des carottes, et même profiter d’une hypercaroténose.

Il doit être converti en vraie vitamine A…on a des études qui laissent à penser que ce travail n’est pas fait systématiquement, chez tout le monde, ou pas de manière efficiente de façon à couvrir ses besoins en vitamine A.

La différence entre rétinol et bêta-carotène ressemble à la différence entre fer héminique, celui de la viande rouge par exemple, et le fer non héminique, plus commun dans les végétaux. Rétinol et fer héminique accomplissent plus vite leurs fonctions : les statuts en fer et vitamine A atteignent rapidement leur optimum. De fait la toxicité est plus vite atteinte, ce qui incite à la prudence, on ne mangera pas du foie d’animal tous les jours.

De l’autre, les aliments végétaux laissent plus de souplesse, on peut abuser un peu plus de ces micronutriments que dans leurs « versions animales ». Mais la carence est plus longue à corriger, et potentiellement arrive plus facilement dès qu’on n’y prend pas gaffe, la faute à un régime d’exclusion qui rajoute des obstacles là où il n’y en a d’ordinaire pas. Prétendre que la version animale, ou végétale est supérieure à son opposée est une erreur d’analyse : tout micronutriment a ses avantages et inconvénients, et seuls des contextes très particuliers, comme une anémie peuvent amener à privilégier l’un à l’autre, selon les résultats que l’on espère.

Faisons un focus sur les bêta-carotènes :

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DocteurCosmos, CC depuis Wikimedia

  • Sur la conversion en rétinol/Acide rétinoïque :

Sur la conversion du bêta-carotène en vraie vitamine A, celle-ci n’a rien d’automatique, elle est très variable et peut-être même faible.

Aussi, il est instructif de suivre l’histoire de Jack Norris, un des végans américains les plus honnêtes que je connaisse et qui ressentait les symptômes d’un manque de vitamine A. Il a du admettre qu’il était un faible convertisseur, et donc a du mettre les bouchées double en aliments contenant du bêta-carotène, comme les patates douces.

Certaines variantes sur des gênes spécifiques sont incriminées et expliquent la variabilité individuelle dans la conversion.

La variabilité est aussi testée chez les femmes, et dépend des individus, ainsi que de son absorption.

Aussi, d’autres études suggèrent que le bêta-carotène sous forme alimentaire ne permet pas forcément d’atteindre des statuts optimaux en vitamine A. Une étude sur des mères indonésiennes allaitantes a montré que la consommation de légumes verts à feuille fournissant suffisamment de bêta-carotène et de graisses alimentaires pour atteindre, en théorie, trois fois la quantité recommandée de vitamine A (cf paragraphe suivant) a échoué à améliorer le statut en vitamine A et a à la place laissé les femmes en déficience de cette vitamine. La supplémentation en bêta-carotène « non alimentaire » semble fonctionner.

  • Sur l’absorption et la biodisponibilité :

Parce que même chez les gens en bonne santé, on sait que le taux d’absorption est plus bas que la croyance habituelle (étude sur l’absorption et la conversion)…dur dur.

Néanmoins, pour augmenter l’absorption des bêta-carotène, on mangera des repas complets, avec un peu de gras, et même on est incité à cuire un peu les aliments en contenant.

C’est problématique pour certains végans adeptes du crudivorisme, des monodiètes de fruits et de la réduction des graisses tout azimuth, même si la quantité requise pour mieux les absorber ne semble pas énorme. Les salades avec un peu d’huile d’olive, en vinaigrette sont toutes indiquées.

Si végan que vous êtes, surtout les femmes qui allaitent, vous faites courir ce risque à votre enfant, la mort. On ne connait pas son régime, seulement que Sergine Le Moaligou était véganne. Mangeait-elle suffisamment de bêta-carotène ou convertissait-elle suffisamment de bêta-carotène en vitamine A, nous ne le saurons jamais. Peut-être était-elle même accro à de la junk food végétalienne, ce n’est même pas à exclure.

Toutefois, avant de mourir, il y a de multiples stades de carence, donc, « ouf mon enfant n’est pas mort » ou « ouf mon enfant a des yeux normaux », n’est pas forcément gage de bonne santé.

En détail avec les précautions sur les études sur les animaux, même si les rats sont de bons sujets proche des humains : cette étude suggère que les rats allaitants via des mamans mangeant du bêta-carotène sont susceptibles de prendre du poids plus tard.

  • Sur la toxicité :

Attention aux nouvelles cultures génétiquement modifiées qui pourraient bien, elles être sources de toxicité…

betacarotèneDonc, dans les pays en voie de développement, de nouvelles pommes de terre génétiquement modifiées, ou du maïs…vont inonder le marché. Chouette, voilà qui va résoudre le problème des carences en vitamine A dans le tiers monde !

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Une étude récente nous apprend que chez des enfants africains mal nourris, l’utilisation de maïs fortifié en bêta-carotène n’augmente pas la concentration sanguine de « vraie vitamine A » et uniquement celle de bêta-carotène. Ce résultat est quand même inquiétant, peu médiatisé, toute la profession garde un grand espoir sur cette fortification, et celle-ci n’atteint même pas ses objectifs, ni de près, vaguement de loin, vu que l’on augmente les apports en bêta-carotène.

Toutefois que penser du bêta-carotène passé une certaine dose ? Dans cet article on se demande si tout ça ne va pas trop vite. Certains dérivés de bêta-carotène, agissent curieusement comme des anti-vitamine A. Les chercheurs s’interrogent sur l’innocuité de ces nouvelles techniques, ils ne recommandent pas d’éviter les aliments riches en bêta-carotène mais remarquent que ces composés sont présents dans les aliments, et dans des circonstances normales. Ils parlent de côté obscur des antioxydants. Les légumes eux aussi essaient de nous tuer… la carotte ne serait peut-être pas si inoffensive que cela.

Une  étude parue plus tard statue bien sur les effets anti-vitamine A du bêta-carotène, ou plutôt des sous-produits. Sacrément embêtant : en tant que végan il faut augmenter ses apports en bêta-carotène alimentaires pour le convertir en vitamine A parce qu’on en a besoin, mais d’un autre côté, trop de bêta-carotène semble avoir des effets antagonistes à la vitamine A…cruel dilemme !

Je prédis un échec magistral à la fortification.

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Toutefois, en dehors de ces nouvelles cultures OGM (il faudra garder un œil dessus dans le futur), il est peu probable d’atteindre une toxicité en bêta-carotène par les aliments bruts et non transformés, à moins de prendre des compléments alimentaires. Ou peut-être en cas de mono-alimentation en carottes…très rare. La carence en vitamine A est-elle plus probable, et avec des effets dramatiques sur les enfants en gestation, ou en phase d’allaitement, comme la petite Louise.

Plus prosaïquement, une alimentation omnivore basique avec des œufs de temps en temps, un peu de foie une fois par mois, quelques laitages, tout autant que de carottes ou autres fruits ou légumes contenant du bêta-carotène. On risque mal d’avoir une carence, le problème ne se pose pas en fait. Pas de problème, pas besoin de solution.

A propos du végétalisme : un tel régime d’exclusion n’est pas si anodin, et ils faut prendre toutes les précautions : si le cas de la B12 et du fer sont abondamment repris, à la nausée parfois, on parle moins de la vitamine A, et pour cause. On sera bien inspiré de demander le statut de cette vitamine en faisant un « check up vitaminique » après quelques mois de végétalisme, on ne sait jamais. Si même l’excellent et bien informé Jack Norris a touché de l’œil la carence en vitamine A, imaginez l’impact sur la majorité des végans qui ignore la problématique de la vitamine A.

Trop long, pas lu, le résumé : les végans doivent faire attention, ils risquent de peu absorber du bêta-carotène et en plus mal convertir ce dernier en vitamine A. Risque de décès pour les enfants allaités ou comme foetus, si la mère n’a pas pris ses précautions. Ou tout simplement carence en vitamine A avec les problèmes associés. (attention photos choquantes). Les besoins individuels varient parce que nous ne sommes pas égaux dans la conversion BC -> Vit. A

De nouvelles techniques OGM visent à augmenter le contenu en bêta-carotène de certains féculents habituellement dépourvus, et laissent potentiellement planer la menace d’une toxicité, que l’on rencontre peu, excepté en cas de prise de compléments alimentaires. Ces techniques ne semblent pas augmenter le taux de vitamine A dans le sang au contraire du bêta-carotène…mais trop de bêta-carotène dans le sang, cela agit comme antagoniste à la vitamine A. Il y a néanmoins une fenêtre de tir possible et assez large pour les adeptes du végétalisme, à condition de ne pas se nourrir que d’aliments riches en bêta-carotène en prévision de vitamine A. L’alimentation reste toujours un équilibre quoiqu’en disent certains qui ont des agenda, et une exclusion de tout un pan de l’alimentation ne sera jamais anodine.

L’ensemble des faits biochimiques du bêta-carotène qui dispose de ses propres attributs et fonctions suggère également que la conversion en rétinol/forme active de la vitamine A est à considérer comme un bonus éminemment sympathique plutôt que comme la fonction première de cet anti-oxydant.

Sources :

Let Them Eat Meat : pour être honnête j’ai abondamment pompé cet article et celui-là, comme base à mon article. Ainsi qu’un passage de l’ouvrage de Kate Rhéaume-Bleue sur la vitamine K2.

Je ne sais pas de quel journal provient la capture d’écran, elle provient de twitter, me demander par e-mail clairetlipide@gmail.com

Les actus digérées #1

Digérer : selon le Larousse

  • Transformer de la nourriture, des aliments dans les voies digestives, les assimiler normalement : Je digère mal les graisses.
  • Familier. Assimiler des connaissances, les intérioriser par un effort personnel : Il n’a pas digéré ses lectures.
  • Familier. Supporter, endurer, avaler quelque chose, s’y résigner : Je n’ai toujours pas digéré cet affront.

De manière individuelle, je remonte la pente, après une séparation, en vue d’un divorce. Déménagement, paperasse, ennuis divers, paperasse encore, vagues à l’âme soudains, improductivité. Heureusement, je ne m’en sors pas trop mal, étant aidé par ma nouvelle compagne, qui se reconnaitra.

De manière collective, nous digérons les attentats, ainsi que la nouvelle situation politique, qui n’en doutons pas, fera dégringoler la France dans les tréfonds des pays démocratiques. Lorsqu’ils sont venus chercher les musulmans, je n’ai rien dit, je n’étais pas musulman. Il faut se référer à cette page de la Quadrature du Net pour se rendre compte que le pays…va mal, et adopte les mauvais outils. Comme par hasard.

Je souhaite relayer les tweets et retweets de la semaine, j’expérimente une nouvelle forme d’articles en résumé de la semaine, réaction à tiède on va dire, en ayant eu le temps d’évacuer les réflexions soudaines pas forcément de bon aloi qui surgissent

…mais en n’attendant pas trop, sinon, on perd le fil de l’actu. Le format des réseaux sociaux (Facebook ou Twitter) est très bien pour communiquer des liens et des petites pensées, mais dès qu’il s’agit de mettre en forme un texte structuré, le blog retrouve ses lettres de noblesses. Pas de révolution ici, seulement mes thèmes favoris.

Article bien vu de Sabrina, pour qui la vérité semble protéiforme. Cela rejoint mon ressenti sur la zone léonine. La vérité à laquelle on accède, est trop parcellaire, pour se fonder une opinion valable en tout temps tout lieu. Comme je l’ai déjà dit, les gens qui ont trouvé leur régime et qui s’empressent de faire du prêche pour le leur en indiquant que c’est le seul, l’unique qui vous fera recouvrer la santé, renversera le réchauffement climatique, annihilera la pollution, rendra les humains plus humains…

Il est nécessaire de préserver une certaine souplesse d’esprit. On connait tous un végan du net qui vient asséner sans relâche ses vérités partielles sur la base d’études souvent épidémiologiques, et soigneusement sélectionnées ou mal interprétées. De même on a tous en tête un défenseur de mauvaise foi des régime pauvres en glucides ne jurant que par eux, ne concevant pas d’alternative fonctionnant véritablement : « Couvrez cette étude que je ne saurais voir ! ». Ca marche sur moi, ça marchera forcément sur vous ! En fait, rien de plus faux.

Le Washington Post relaie une étude relayée par la revue Cell sur la personnalisation de l’alimentation en fonction de la réponse glycémique. Voilà qui est singulièrement intéressant. Je ne peux m’empêcher, de penser au tweet précédent, il n’y a pas une seule alimentation pour tous. Je repense également à cet article sur le typage métabolique ou régime métabolique personnalisé. Ou encore au dernier article de Denise Minger, qui après être allée chercher des noises aux végans défie la communauté des gens du camp d’en face (les lipidophiles ?). Elle présente un concept intéressant, la carbose…équivalent glucidique de la cétose. Un seul article dans une série à venir, la dissonance cognitive est évitée si on pense en léonin.

Sur ce sujet toujours, j’étais en discussion avec une lectrice sur facebook, nous avons discuté de la médecine ayurvedique, de l’endobiogénie, de choses que ne connais que très mal. Mais l’idée d’une médecine empirique aboutissant aux mêmes conclusions que la médecine « occidentale » par d’autres biais, et le cumul des siècles passés au sein d’une même civilisation…ne me choque pas.

Un graphique de Stephan Guyenet que j’aime beaucoup. Stupeur, une corrélation très forte entre consommation de sucre (ajouté) et obésité jusqu’en 2000, puis sans raison, corrélation inverse…les statistiques sont à manipuler avec précaution. Quelques pistes pour comprendre le phénomène :

  • l’obésité commence à partir d’un seuil, quand l’IMC (malgré ses défauts) est supérieure ou égale à 30. On ne sait rien sur l’évolution du simple surpoids. L’obésité pourrait aussi être en recul tandis que le pourcentage des personnes baisse : il suffirait que de plus en plus de gens deviennent en surpoids.
  • C’est l’évolution du sucre, on imagine donc, la consommation de saccharose. Cela ne nous dit rien sur l’évolution totale de glucides hors sucre.
  • La progression des aliments sans sucre aux USA (sugar-free), mais bourré d’additifs ou d’édulcorants qui pousse à la surconsommation calorique globale. Et si en plus les additifs altèrent le microbiote, celui-ci assure moins bien son rôle sur la satiété. Voir tweet suivant.
  • J’ai abandonné l’idée que le sucre est le grand satan…aussi j’ai cru voir passer un article sur l’extraction du sucre blanc, au-delà de la molécule de saccharose il y aurait encore des saloperies non répertoriées dans l’étiquette, à la manière des huiles végétales extraites à base de solvant, comme je ne retrouve rien, on va dire affirmation non sourcée…en suspens.
  • L’idée d’une Amérique divisée en deux : celle qui continue à grossir à consommation de sucre constant, et une Amérique conscientisée (bobo ? Hipster ?) friande des nouveaux régimes ou d’une approche centrée sur les vrais aliments, à la Michael Pollan. Cette dernière consommerait plus de produits frais, et donc moins de sucre. Cela reste difficile à appréhender…

J’aime bien l’Inserm, surtout depuis son étude sur le pouvoir naturel de réparation des dents. Cette étude rejoint les remarques jointes au GROS cher aux docteurs Apfeldorfer et Zermati il y a une paire d’années, pour qui tout semble n’être que dans ta tête. Visiblement, c’est aussi un peu dans les intestins via le microbiote. Ainsi notre capacité à se restreindre ne dépend pas que de soi et d’une volonté qu’il suffirait d’utiliser (« il n’y a qu’à »), ou de travailler. En arrière-plan, les hormones font un boulot significatif.

Je maintiens qu’une approche psychologique doit être accompagnée d’un package nutritionnel de base, choisi ou non avec un médecin. Les plus avancés d’entre nous, qui savent le mieux écouter leur corps (et donc les objectifs du GROS) y arriveront à se nourrir de manière instinctive. Mais parfois suivre quelques conseils alimentaires à la lettre, sans discuter, et pour commencer, aide l’esprit à aller mieux…œuf ou poule, qui a commencé à déconner ? Aussi, on ne met pas tous ses œufs dans le même panier et on mène le combat sur plusieurs fronts…une stratégie plus payante.

On évolue, encore et toujours. A terme, et par extrapolation (les maladies cardiovasculaires ?) et ce malgré les restrictions actuelles de l’entreprise 23andme, on pourra avoir des recommandations nutritionnelles sur la base de la génétique. Bon, visiblement, certaines restrictions ont été levées, même si les questions d’éthiques semblent insolubles. Le futur de l’alimentation ne sera pas le Soleil Vert (ou Soylent Green) mais plutôt une alimentation « à la carte », ce qui rejoint les interrogations sur la personnalisation de la nutrition et le « typage métabolique ». Tout se recoupe et s’imbrique, c’est beau !

Ah, le gluten, le parfait sujet polémique, pour ruiner une soirée en famille (avec la consommation de viande, fromage avec présure…)

gluten parlé dreyfus

C’est à dire que depuis que les courants alternatifs pullulent sur le web, les gens se posent des questions, et peut-être les bonnes : est-ce que je me détruis pas la santé en me nourrissant mal ? Et là les suspects habituels affluent : sucre, gras, protéines, laitages, cuissons nocives…et le gluten. Feu Seignalet a fait des petits. Forcément le sujet est clivant, entre les gens méfiants (trop) et les pauvres crédules qui suivent les lubies alimentaires du moment. La réalité est que c’est le gluten, celui du blé moderne n’est ni diabolique, ni bénin, et tout le monde n’est pas égal face à cette protéine.

J’en étais resté à la conclusion suivante : une catégorie de glucides responsables des symptômes gastro-intestinaux lors de la consommation de blé – mais pas seulement dans le blé – nommés les FODMAPS (j’en discutais brièvement ici). Une autre étude récente, d’intervention semble balayer le rôle du gluten dans les pathologies gastro-intestinales en tout cas à court terme, chez les sportifs. L’article de Lanutrition.fr vient ajouter de l’eau à mon moulin sur le versant auto-immun en lien avec la perméabilité intestinalelien vers l’étude -. Rien de fondamentalement neuf, on continuera juste de se paume-visager quand des personnes bien intentionnées relaieront ad nauseam cette sempiternelle étude sur l’effet comparé des FODMAPS et du gluten sur le fonctionnement digestif, histoire d’enterrer à la hâte le gluten. En omettant le reste.

Et ensuite…quand des personnes vous disent, sincèrement qu’elles vont mieux en évitant le blé, le mieux est de les croire, et de cesser d’invoquer à tout va l’effet placebo, ou naïveté de la personne. Après tout, heureusement que l’on a encore le droit de manger ce que l’on veut.

J’ai l’impression de ressasser

Mangeurs de livres : à la chasse !

Note : cet article est paru initalement le 23 Novembre 2011 sous le titre Brèves et futures lectures, et édité le 31 Janvier 2016 pour l’ajout de l’ouvrage de Marylène Pathou-Mathis.

Mon planning actuel ne me laisse hélas que peu de temps pour écrire, je profite quand même d’une pause entre midi et deux. Je reste fasciné par les alimentations sauvages, notamment celles qui font un pied de nez aux nutritionnistes occidentaux. Par esprit de contradiction sans doute, et beaucoup de curiosité.

Gontran de Poncins

Kablouna de Gontran de Poncins

Cet ouvrage est celui d’un aristocrate français venu vivre chez les Inuits. Bon, je sais déjà un certain nombre de choses sur eux, notamment que leur diète ancestrale ne comportait pas de glucides, qu’ils ignoraient les caries, le cancer, et toutes les autres maladies de civilisation. Que leur énergie provient en grande partie des acides gras…animaux. Saturés et polyinsaturés (dont un excellent apport en oméga-3). Bon, visiblement, ce temps appartient au passé, mais il faut absolument garder en mémoire que leur alimentation a été autre chose que l’adoption de l’alimentation occidentale à base de sucre raffiné. Bon, ce livre ne doit pas uniquement parler de nutrition non plus, donc je garde l’esprit ouvert sur tout les aspects de ce récit.

Ortega y Gasset

Méditations sur la chasse : José Ortega y Gasset

Bon là clairement, c’est un ouvrage très controversé (un peu comme Good Calories, Good Calories de Gary Taubes). L’auteur est clairement de droite, conservatrice qui plus est. En lisant ce livre, je dois donc m’attendre clairement à signer un pacte avec le diable ! Je dois avouer qu’étant bien urbain depuis toujours, j’ai gardé un a priori négatif sur la chasse. Probablement incompréhension, coupure avec le milieu rural, envie d’une société plus « hygiéniste », que sais-je…et puis pas envie de faire du mal aux animaux.

Cela le fait brièvement penser à l’ouvrage de Lierre Keith (The Vegetarian Myth), d’où j’ai tiré ce tableau sur les différences entre homme, chien et mouton, au niveau du système digestif :

hommouton-newBon, cela ne clôt pas le débat, mais c’est assez imparable ! J’arrête là, on va croire que je suis un homme cruel qui va à la chasse tout les jours et qui crache son venin sur le végétarianisme ! Loin de là, je me méfie juste de tout dogme alimentaire (même concernant les glucides, faudra que je fasse une mise au point). Cela étant, les végétaliens survivent sans souci sans protéines animales, je suppose que cela concernait le fait qu’elles renferment la vitamine B12, et là effectivement, impossible de s’en passer. Mais comme d’habitude, on peut se supplémenter, bien que cela soit curieux d’être obligé de se supplémenter sans quoi on a de biens graves ennuis de santé…

Mangeurs de viande par Marylène Pathou-Mathis

Mangeurs de viande par Marylène Pathou-Mathis

Marylène Pathou-Mathis, directrice de recherche au CNRS et paléontologue, que l’on peut écouter ici par exemple, réunit les faits et preuves de notre consommation de viande, tant d’un point de vue culturel que nutritionnel. Elle s’attarde par exemple sur l’évolution de notre comportement de chasseur, surtout via les armes que nous utilisons. Il semble y avoir un avant et un après l’invention de l’arc.

On pourra poursuivre cette lecture par la lecture du spécialiste Craig Stanford, qui n’hésite pas à se référer à la période où nous n’étions pas encore des hommes dans The Hunting Apes.

hunting apes

Meat Eating and the origins of human behavior

Ce livre a été commenté dans cet article, Omnivorisme Contrarié.

On peut aussi lire Meat Eating and Human Evolution, plus proche de la période couverte par Marylène Pathou-Mathis :

craig-human

Globalement il est difficile que nous n’ayons jamais chassé les animaux. La théorie paléo-véganne a du mal à s’appuyer sur les faits, aussi bien en termes d’impact(s) physiologique(s) qu’écologique(s). Bien ou pas, cela ne nous renseigne pas sur la nécessité actuelle de continuer à manger des animaux. C’est un autre débat sur lequel la science ne peut donner son avis, et qui concerne l’éthique.