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Les actus digérées #6

Comme chaque semaine, je fais le point sur les infos qui m’ont marquées et qui m’ont paru porteuses de sens. J’en profite pour lire avant les articles que j’aurais trop vite partagés, une sélection devant bien s’appliquer devant le flot d’articles et d’informations dont nous abreuve les différents médias associés aux institutions de recherche scientifique et médicale !

mythe

Aparté : j’ai essayé d’intégrer une publication Facebook un peu comme on fait pour twitter je n’ai pas réussi sur le coup, on se contentera d’une bête image.

Voici un exemple de discussion toxique : malgré le « bonne année », le ton y est narquois, sarcastique, à l’image de la discussion qui s’ensuit. On peut ne pas être d’accord, comme disait ma petite amie « William il est méchant ». On se dit que les réseaux sociaux parfois, avec de tels types, ce n’est pas constructif du tout, il est venu asséner sa vérité (en citant le docteur Greger, comme si nous le connaissions pas) tout en nous prenant de haut. Infect. Heureusement tous les végétariens ne sont pas comme ça.

Je reviendrai un peu plus tard la semaine prochaine sur le bêta-carotène VS le rétinol.

Du coup, en ce qui concerne la mortalité des végétariens par rapport aux omnivores, elle n’est ni mieux ni pire au Royaume-Uni en tout cas (désolé William). Il y a sans doute des différences sur les causes. C’est une étude à visée épidémiologique, bien entendu.

Bon. Faut-il prendre des caisses de vitamine D, Tim Spector trouve en tout cas la supplémentation en vitamine D, très décevante. Il insiste sur les associations fallacieuses entre statuts en vitamine D (137 pathologies depuis les années 80), par exemple.

Je souhaiterai avoir plus de précisions sur les effets conjugués des vitamine A, D et K2, pour voir si l’histoire est la même. Juste comme ça, un manque des deux autres vitamines liposolubles peut expliquer pourquoi la vitamine D seule ne fonctionne pas. Ou pas. Enfin, j’aimerais en savoir plus, éclairer ces mystères du corps humain !

ampoule

© Flickr – Shrink54

Surtout que le calcium des artères coronaires semble impliqué dans le développement de certaines maladies cardiovasculaires :

La vitamine D (seule ?) semblait ne pas fonctionner selon Tim Spector, alors que plusieurs études d’intervention semblaient mettre en avant un rôle positif de la vitamine K2, vitamine qui aurait tendance à déloger – pour vulgariser – le calcium sanguin au plus vite, pour le remettre dans le droit chemin, les os, les dents…mais ce n’est pas la seule molécule impliquée, l’apeline semble aussi protéger contre la thrombose :

Affaire à suivre.

Ce n’est pas moi qui contredirait cette observation de l’Inserm…

Sur fond de vague polémique stérile avec Le Pharmachien, une réponse peut-être démesurée face à l’innocence de la phrase, mais il est constructif de faire le point, d’autant que mes précédents articles sur le sujet laissait toute confiance dans mes lectures (livres) plutôt qu’au cœur de la recherche.

L’axe Intestins-Cerveau marche dans les deux sens et c’est confirmé…

On peut, on pourrait donc contrôler son microbiote, au même titre que celui-ci nous contrôle, je vous épargne les détails à base de code microARN manquant et transplanté dans les intestins 🙂 Notons que bouquin The Diet Myth: Why the Secret to Health and Weight Loss Is Already in Your Gut est écrit par Tim Spector, le même auteur que l’article sur la vitamine D plus haut. Sans doute une bonne pioche.

Le régime paléo serait bien plus qu’un régime à la mode, et c’est Boyd Eaton lui-même qui le dit. Son avis, tout comme celui de Staffan Lindeberg pionniers du domaines, a sans doute plus de poids que le premier gourou lambda venu prêcher. Il se dit prendre ses distances avec son ami Loren Cordain (un entrepreneur, qu’il n’est pas) mais ne veut pas jeter à la poubelle le concept de régime d’évolution (c’est de moi cette expression). On ne lui en voudra pas de revenir sur le mythe du bon sauvage, ce jardin d’Eden avant la révolution agricole du néolithique et encore moins celle des révolutions agro-industrielles. Le point sur lequel je ne serais pas d’accord, est qu’il pense que les gènes ne sont pas si flexibles. Et l’épigénétique, et le microbiome ?

Un article polémique, du sang et des larmes. Entre ceux qui pensent que les gens s’inventent des hypersensibilités (ou intolérances), et ceux qui s’auto-diagnostiquent à tort, je n’ai aucune envie de prendre partie. Est-ce que la vérité est entre les deux, mmh. J’aimerais bien qu’on poursuive les causes de la porosité intestinale…Pour ma part, j’étais bien content de rencontrer une naturopathe pour déceler une improbable intolérance ponctuelle aux salicylates, disparue depuis, ainsi que les symptômes associés. Je n’étais pas du genre à me refuser des aliments en cette période, au contraire…mais un équilibre est toujours nécessaire.

Un acide animé de mauvaises intentions

Il est une théorie séduisante, celle de la restriction calorique. La littérature scientifique est assez consensuelle là-dessus, elle est confirmée par l’anthropologie (les Blue Zones !), personne ne remet vraiment en question le rôle de la restriction calorique dans le vieillissement, le stress oxydatif, le cancer ou l’apparition de maladies cardiovasculaires entre autres maladies de civilisation. Je conseille la lecture de cet article, en anglais.

La restriction calorique peut-être implémentée par un contrôle permanent (et social) à la manière des anciens crétois ou des habitants de Okinawa : difficilement concevable pour nous qui tenons à manger ad libitum. Selon la légende, ou tout simplement les observations glanées ci et là, on sait qu’ils expérimentent momentanément la faim. Un autre outil permettant de simuler la restriction calorique est le jeûne (intermittent ou non).

En s’intéressant au cœur des mécanismes de la restriction calorique, la piste la plus intéressante est celle de la méthionine, un acide aminé essentiel. Si les protéines sont des maisons complètes (de la cabane au manoir), les peptides sont des murs, et les acides aminés des briques ou des parpaings.

methionine

Cet acide aminé est un nouveau coupable idéal. Loin de moi l’idée de relayer une nouvelle théorie du tout.

L’une des théories en vigueur, était de présenter le sucre comme l’élément-clé. En fait, dès que l’on est en présence d’une population qui fonctionne majoritairement sur des glucides comme apport énergétique rend la chose caduque, tout simplement parce que cela ne dit rien sur l’utilisation propre du carburant par l’homme. En gros, vous êtes sensibles à l’insuline, après une repas normalement riche en amidon ou glucose les muscles récupèrent au mieux du glycogène – ou dans le foie – et le surplus est vite transformé en triglycérides.

Pourtant il y a la pratique de la diète cétogène pour lutter contre le cancer et avec succès : on présume qu’on affame le cancer en le privant de son carburant favori, le sucre. C’est opérationnel, semble-t-il. Mais la diète cétogène est à double tranchant : si vous vous en écartez en réintroduisant des glucides, vous risquez de vous prendre une augmentation de la glycémie dans les dents, non pas parce que le sucre c’est pas bon, tout simplement parce qu’une diète de ce type engendre une forme physiologique de résistance à l’insuline qui est parfaitement normale. C’est une option viable, à condition de ne pas être trop tenté par les glucides.

Oui bien, de l’autre côté du spectre, semble-t-il les végans ont un certain succès dans la lutte contre le cancer et le facteur incriminant serait donc la méthionine. Il y a un point commun avec la diète cétogène : si vous avez jeté un œil sur cette alimentation (l’avatar le plus connu étant la diète de Kwasniewski), vous ne devez pas seulement restreindre les glucides, mais également les protéines. Trop de protéines éloigne de la cétose qui est l’état recherché.

D’autres études signalent qu’en fait ce n’est pas le facteur glucide qui est discriminant, ce sont les protéines via la restriction protéique (elle même via la restriction en méthionine). C’est le cas sur ce forum qui en recense quelques-unes, ou tout simplement chez les rats par exemple. Plus intéressant sans doute, le trop plein de méthionine modulerait (en mal) une diète cétogène.

Pour les mécanismes je ne peux que vous encourager à voir cette vidéo du docteur grégaire Greger :

Ah.

Et si c’était ça en fait l’important…la méthionine ? Et si Campbell avait eu raison sur la finalité en ayant eu tort sur le chemin parcouru (cf les critiques très valables sur sa méthodologie) ? Et si le problème n’était ni les graisses saturées, ni les glucides, ni le fer des viandes rouges, ni le cholestérol, mais…la méthionine ?

Après tout c’est relativement cohérent avec les données anthropologiques dont on dispose. Quand les glucides tendent à s’effacer c’est le gras (même animal) qui prend la relève et les protéines sont gardées relativement constantes.

La méthionine, il en faut, ni trop, ni trop peu. Je constate qu’apparemment, cet acide aminé est lié à l’homocystéine, meilleur marqueur de maladies cardiovasculaires que cholestérol et que la vitamine B12 est utilisée par le corps pour convertir l’homocystéine en…méthionine. Dans ma tête, les végans ont souvent trop d’homocystéine. L’optimalité serait donc une sorte de régime végétalien supplémenté en viande comme le souligne malicieusement ce tweet reçu cette semaine.

veganmeatBlague à part, je sens déjà venir les critiques : le % des protéines animales diffèrent. Parce que les effets de la méthionine peuvent être contrecarrés avec des protéines végétales. La glycine, un autre acide aminé semble être un antagoniste de la méthionine. Vous voyez où je veux en venir ? Il est possible d’augmenter son quota de méthionine à condition de se supplémenter en glycine. Et bingo, cela fait le lien avec les découvertes de Ray Peat sur la gélatine. La gélatine a mauvaise presse parce que son aminogramme serait incomplet, elle est très riche en glycine. Or dans notre monde d’abondance protéique c’est plutôt un avantage pour rééquilibrer le ratio glycine/méthionine. Les os, les tendons, ont ainsi un ratio très favorable.

Ceci a des implications énormes sur la manière optimale de concevoir le régime paléo par exemple. Si pour vous le régime paléo c’est l’excuse pour se faire un beefsteak bien saignant tout les jours, c’est râpé. Plus que jamais il est important de manger toute la bête et pas seulement la viande muscle. Les abats. Mais aussi les os (même les grands singes mâchent les os selon Craig Stanford). Et devinez ce qui est populaire, en paléo-wapf land ? Le bouillon d’os, qui outre ses vertus réparatrices pour les intestins offre énormément de glycine. Je ne sais pas si c’est optimal de baser son alimentation sur les produits animaux, mais si vous le faites par goût, mangez toute la bête : les os, la peau, le gras, les abats, la cervelle. Astuce : ne pas limiter la réflexion des aliments complets aux produits végétaux. Si vous faites un régime paléo et que vous n’envisagiez pas cette optique là, peut-être serait-il sage d’opter pour une version quasi-végétarienne (ou flexitarienne). Ou en tout cas limiter la prise de protéines animales si vous ne consommiez que de la viande classique. Pour information il semblerait que même à Okinawa on mangeait tout du porc pour les fêtes, même s’ils étaient loin d’en manger tout les jours

Pour les ratios glycine/méthionine, voici un fichier excel (anglais) pour ceux qui aiment tâter du tableur : pour la méthionine et la glycine les valeurs sont en milligramme/gramme de protéine.

On a une masse de données scientifiques, et anthropologiques, des scientifiques guidés par un agenda, des facteurs confondants à la pelle, des données contradictoires, et pour une fois, j’ai la sensation que je (on) mets le doigt sur quelque chose de cohérent. Comment concilier la bonne santé robuste (cancers virtuellement inexistants) des peuples chasseurs qui se nourrissent majoritairement de produits animaux très très gras avec les quasi-végétariens des Blue Zones ? La régulation de la méthionine, soit par une consommation totale faible, soit plus forte mais compensée par la glycine (protéines végétales ou animales). Et éventuellement accompagné d’une restriction calorique.

Tout le monde aurait raison, mais pas de n’importe quelle manière !

T.C. Campbell : ce sont bien les protéines animales qui sont en cause. Mais dans le cadre d’une consommation d’abondance centrée sur la viande-muscle déconnectée des autres types de viandes et produits de l’animal, en occident c’est visible, il n’y en a plus que pour le blanc de poulet et le steak haché, je caricature à peine, sans doute dans la Chine qui s’enrichissait et prenait des habitudes occidentales était-ce la même chose. Il s’est fourvoyé sur le cholestérol, à sa décharge, ça n’est pas le seul.

Les paléos : ok, c’était pas le cholestérol, pas le gras, même pas saturé. Et cette histoire de fer, ça pourrait bien n’être qu’une conséquence du syndrome métabolique. Et normalement il faut manger TOUTE la bête.

Les cétogéniques : la restriction de glucide est utile, mais in fine il y a aussi restriction de protéines et méthionine, pour ne pas perdre la cétose.

Les végétariens zélotes à la Greger : c’est le véganisme via restriction en méthionine qui fonctionne.

Les bluezonards (Okinawa, Avdentistes, Crète, etc.) : c’est la restriction calorique à dominance végétarienne qui fonctionne.

On ne saurait résumer à une histoire d’acide aminé. Néanmoins, avec la B12, la méthionine, la glycine, l’homocystéine, et si on y ajoute un apport équilibré en graisses polyinsaturées, en fibres, en micronutriments, une flore intestinale équilibrée, en tenant des comptes des synergies, des effets antagonistes ou des habitudes (jeûne), ou du mode de vie global, on peut avoir une idée de ce que peut-être une alimentation optimale. Nul ne doute qu’elle puisse prendre plusieurs formes. Le grand puzzle des alimentations viables, en quelque sorte.

Pour cet article, il est issu d’une réflexion suite d’une longue relation e-épistolaire, merci donc à ce lecteur du blog !

édit du 19 décembre 2014 : Julien Venesson a écrit un article analogue, en tout cas abordant le même sujet, avec des études complémentaires, allant dans le même sens, tout comme dans son bouquin sur la nutrition Paléo : c’est ici http://www.julienvenesson.fr/la-science-devoile-le-secret-de-la-longevite/

A noter que le L devant glycine est inutile, c’est le seul acide aminé dit achiral, c’est à dire que son reflet sur un miroir est exactement la même molécule, la structure en trois dimensions est identique.