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La supériorité sans appel de l’élevage sur pâturage

Cet article est une version améliorée et corrigée déjà parue sur la page de la Fédération des Omnivores Responsables. Je me concentre sur les aspects nutritionnels de l’élevage, plutôt que les aspects écologiques et environnementaux pour lesquels je suis moins à l’aise.

Cliquer pour lire la première version de l'article !

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L’élevage sur pâturages l’emporte sur de nombreux points vis-à-vis des méthodes d’élevage concentrationnaires, que l’on nomme outre-atlantique les CAFO (Concentrated Animal Feeding Operation). Ils sont plus écologiques pour l’environnement, pour cela on regardera la vidéo TED de Allan Savory (1), ou lire le blog de Sheldon Frith (2).

Le bien-être animal n’est pas non plus oublié, avec une nourriture adaptée, les besoins en médicaments et antibiotiques se font moins sentir : non seulement les animaux paissent et passent du temps dehors, mais ils se nourrissent de la manière qui est la plus adaptée à leur corps : en meilleure forme, ils tombent tout simplement moins malades.

De nombreux gastronomes vous affirmeront également que les viandes, laitages ou œufs issus de ces méthodes d’élevage procurent un plaisir gustatif plus prononcé : outre les conditions de maturation ou le persillage, la viande est tout simplement meilleure. Idem pour les laitages, qui n’a pas remarqué qu’un fromage fermier de Savoie, comme l’abondance, au lait cru exhalait des arômes plus profonds, jusqu’à transmettre un fumet d’herbe discret mais néanmoins présent ?

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Par AnselmiJuan — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Toutes les viandes ne se valent pas, loin de là ! Tous les laitages non plus. Il est reconnu que les qualités gustatives rejoignent les qualités nutritionnelles. Le cas des oméga3 est très bien documenté et connu : le rapport oméga3/oméga6 des aliments d’origine animale est bien plus élevé si les animaux ont été plus nourris à l’herbe et au foin sec, plutôt qu’aux céréales (3) ou au soja. Le profil en acide gras est ainsi plus sain, et permet de bénéficier des apports en oméga3 à longue chaîne (EPA et DHA) qui nourrissent le cerveau et protègent le cœur.

Les vitamines, liposolubles comme hydrosolubles sont à l’honneur : la viande de bovin de pâturage  a pour elle davantage de  (3) :

  • Vitamine E
  • Bêta-carotène – techniquement un antioxydant mais aussi pro-vitamine A),
  • Thiamine (vitamine B1)
  • Riboflavine (vitamine B2)

Concernant la la richesse en minéraux, l’écart est plutôt faible, mais significatif, tant pour les viandes que pour les laitages. Mais cet écart est systématiquement en faveur de l’alimentation traditionnelle. En ce qui concerne la viande de bovin , on notera qu’elle est plus riche en calcium, magnésium, et potassium que son homologue aux céréales (4).

Pour de la viande sur pâturage de qualité, on regardera auprès du Bœuf d’Herbe si vous avez un grand congélateur, sinon connaitre un éleveur à l’ancienne comme la GAEC Villemin. Autre astuce, les viandes du label Bleu Blanc Cœur. Autrement, à vous de vous débrouiller !

Si l’on s’intéresse à un produit consommé par les végétariens, les œufs, on sait aujourd’hui qu’un œuf provenant d’une poule gambadant librement en extérieur et consommant ce qu’elle trouve par elle-même est supérieur à un œuf de poule nourrie aux céréales, même si celles-ci proviennent de la ferme, y compris même si ces poules vivent aussi en extérieur. Il contient (5) :

  • 2 fois plus d’oméga3,
  • deux tiers de vitamine A (rétinol) en plus,
  • 3 fois fois plus de vitamine E,
  • 7 fois plus de bêta-carotène
  • 50% d’acide folique (vitamine B9) en plus,
  • 70% de vitamine B12 en plus,
  • 4 à 6 fois plus de vitamine D
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Le résultat est direct et sans appel, le jaune, le plus nourrissant, est plus orangé, signe d’une plus grande densité nutritionnelle. Ces œufs sont largement plus intéressants à consommer que leurs équivalents de l’agriculture conventionnelle et intensive. Les œufs des poules de mamie plus intéressants que ceux du commerce ? Sans aucune hésitation, oui !

Aussi, je voudrais finir cet article sur une vitamine liposoluble sous-estimée : il s’agit de la vitamine K2 (6). D’abord apparentée à la vitamine K1, elles sont en fait similaires au niveau de la structure moléculaire, mais remplissent des fonctions tout à fait différentes*. La vitamine K1 se trouve dans les légumes verts, y compris l’herbe, et assure la coagulation (K pour Koagulation) du sang. La vitamine K2 se trouve dans certains aliments fermentés,ou certains produits animaux comme les laitages ou le foie en quantité variable, selon l’animal et son alimentation. Cette vitamine agit en synergie avec les vitamines A et D : si cette dernière fixe le calcium sur les os et les dents, la vitamine K2 chasse efficacement le calcium du sang vers les tissus où il sera déposé pour un meilleur usage. La vitamine K2 a ainsi une action protectrice contre les maladies cardiovasculaires en empêchant le calcium de se déposer sur les artères ce qui est confirmé par des études cliniques.

Il existe un lien entre les deux formes de vitamine K : les animaux comme les ruminants convertissent la K1 en K2 à partir de l’herbe fraiche des alpages au printemps et en été : à ce moment, les laitages sont au top nutritivement parlant, ils sont ce que l’animal consomme, des aliments frais, sains et qui lui sont destinés de par sa nature : de l’herbe grasse et fraiche pour les ruminants de par leur qualité d’herbivore par exemple. Parmi les laitages de qualité en France on se reportera à Bernard Gaborit, qui propose aussi bien du lait cru que du beurre ou du fromage, en faisant confiance à la race jersiaise qui donne en outre un meilleur lait que la très productive Holstein, même si certains parlent de croiser les deux, afin d’obtenir la qualité de la première avec le rendement de la seconde…

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Les fromages issus du lait tiré en été sont plus riches en tout, y compris en cette vitamine. Cette vitamine se stocke néanmoins très peu dans les corps des animaux néanmoins, à l’exception de certains foies (d’oie notamment) ou certaines glandes, salivaires par exemple, ou le cerveau. Les aliments fermentés, végétaux ou animaux, sont de meilleures sources de vitamine K2. Les fromages issus de laitages d’été bénéficient ainsi d’un double apport en vitamine K2 : la partie assurée par la vache ou la chèvre qui broute l’herbe, et la partie issue de la fermentation qui assure aussi au fromage ses qualités organoleptiques uniques.

A-t-on là une des caractéristiques protectrices de l’alimentation à la Française, malgré de nombreuses graisses saturées ? La K2, un cadeau ? Sans aucun doute ! Et c’est sans doute vrai pour une grande partie de la méditerranée ou les laitages, de chèvres ou brebis, qui, bien que consommés avec modération, apportent néanmoins leur part de densité nutritionnelle, par exemple en cette vitamine rare mais vitale. Entre autres, bien sûr, car on ne saurait résumer la santé à un seul nutriment, ni même à la seule alimentation. C’est tout le mode de vie qui compte.

*Dans les faits, la vitamine K1 se substitue un tout petit peu à la K2 et vice-versa.

Post-Scriptum :  la réalité entre animaux élevés sur pâtures et CAFO façon ferme des mille vaches, je suis conscient que ce sont deux extrêmes et que la réalité vacille entre ces deux types d’élevage, que les éleveurs nourrissant aux céréales peuvent aussi donner des compléments alimentaires à leurs animaux. Même si cela sonne dans ma tête comme donner des béquilles à vie à quelqu’un qui pourrait s’en sortir en faisant de la rééducation. Ce n’est jamais ni tout blanc ni tout noir. Il n’empêche, nos fermiers, du moins en France, sont contents d’écrire sur les  « Nourris aux céréales de la ferme ». Ouais mais justement, c’est ça le problème, ou une partie de celui-ci.

– –

Sources :

(1) http://www.ted.com/talks/allan_savory_how_to_green_the_world_s_deserts_and_reverse_climate_change?language=fr

(2) http://sheldonfrith.com/2016/02/06/holistic-management-comparison-pictures-infographic/

(3) Effects of winter stocker growth rate and finishing system on: III. Tissue proximate, fatty acid, vitamin, and cholesterol content.
Duckett SK1, Neel JP, Fontenot JP, Clapham WM. résumé et version pdf

(4) Effect of Production Systems on Performance, Body Composition and Lipid and Mineral Profiles of Soft Tissue in Cattle1,2
J. E. Williams3, D. G. Wagner, L. E. Walters, G. W. Horn, G. R. Waller4, P. L. Sims5 and J. J. Guenther, résumé, et pdf

(5) http://www.motherearthnews.com/real-food/free-range-eggs-zmaz07onzgoe.aspx et les résultats ici (La source est ce qu’elle est, mais les résultats sont cohérents par rapport à d’autres études, et n’ont rien de si surprenants, tout compte fait.)

(6) Affirmations basés sur plusieurs lectures, dont Chris Masterjohn, K2 The Missing Nutrient for Bone and Health, Vitamin K2 and the Calcium Paradox: How a Little-Known Vitamin Could Save Your Life, ou encore ceci en français, ou mon auto-source 🙂

Les actus digérées #8

Le rendez-vous du weekend :

Un article qui met les pieds dans le plat et soulève quelques problématiques propres à notre époque : des gens s’intéressent à la science et servent de seconde main, de relais entre les publications des experts (les vrais ©), mais en les interprétant un peu trop. Que penser d’un expert comme Walter Willett, assurément une première main, mais peut-être n’a-t-il pas raison…sur la viande par exemple ?

Méfions-nous de tout le monde, et croyons tout le monde, dans le même temps :). Une synthèse est possible, à mon humble avis. J’ai tendance à ne pas vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, une attitude à la limite du raisonnement fallacieux, mais j’assume. Cela me promet de nombreuses heures de lolz sur le sujet des caries ou du caractère porcin de l’homme. Deux thèmes sous-estimés, que j’espère voir sortir de la zone grise scientifique. Parce qu’ils me tiennent à cœur, je n’hésiterais pas à les abandonner le jour où ils seront clairement débunkés réfutés.

Graphique expérimental...sujet à tous les quolibets

Graphique expérimental…sujet à tous les quolibets

Je reprendrais ce schéma dans un article ultérieur.

En attendant :

J'aime bien mon gribouillage, un peu naïf.

J’aime bien mon gribouillage, un tantinet naïf.

  • TOUT le monde peut (et même doit) se tromper. Personne n’est dieu. Ni les blogueurs (évidemment) mais même pas les experts en réunion ou pas, même sous couvert d’autorité universitaire et en analyse a priori prudente. De nombreux gens éclairés, y compris tout en collégialité, en  peuvent se tromper. C’est humain, et l’esprit critique concerne tout le monde, personne ne saurait y échapper. Les débats doivent continuer, et la liberté d’expression continuer à s’exercer. Y compris pour ceux qui pensent mal.
  • Ou alors, si votre alimentation vous convient, et que le sujet ne vous passionne pas plus que ça, désabonnez-vous des sources d’informations et faites du tennis, des jeux de société, du bricolage, allez voir vos amis et votre famille, du chant dans des chorales, etc. passez à autre chose, c’est tout à fait possible. L’infobésité, source de stress moderne, existe !

Ah. Stephan Guyenet, un des meilleurs blogueurs nutrition outre-atlantique. A la fois seconde et première main (c’est un vrai chercheur, il ne l’était pas tout à fait au commencement). Citant à la fois des ouvrages de nutrition paléolithique, et faisant des études sur les circuits de la récompense, soupçonnés d’être un des facteurs d’obésité, quand on fait des plats à la fois trop salés, sucrés, et gras qui en appellent d’autres et nous éloignent d’une alimentation saine.

Cette fois-ci il taille le docteur Ludwig (Harvard), de se baser sur l’hypothèse insulinique, qu’il a déjà démontée proprement par le passé. Même les diplômés entre eux ne sont pas d’accord, quelle salade ! J’ai exprimé plus d’une fois mon scepticisme face à la théorie insulinique. Les études ne confirment pas cette théorie. C’est même l’inverse. Ceux qui se sentent bien dans une alimentation pauvre en glucides n’ont pas besoin d’une théorie erronée pour mener leur vie et leur cuisine.

Le mot est lâché, nous avons besoin d’aller au-delà du sucre pour comprendre les tenants et aboutissants de l’obésité.

Cette étude suggère qu’encore une fois, nos besoins sont différents, un peu comme la vitamine A. Certaines personnes, les porteurs du gêne APOE E4 brûlent ce type d’oméga-3 à chaîne longue (le DHA) plus vite que d’autres. Il faut voir les autres études citées par Bill Barendse pour comprendre où il veut en venir. Je ne sais pas si l’interprétation que j’en fais est bonne (individualisation des besoins), mais bon.

Sur cet article je présentais des pistes prometteuses dans le traitement des pathologies ou troubles neurologiques du développement. Il y a, hélas, loin de la coupe aux lèvres. Que les scientifiques continuent de travailler, et ne nous emballons pas outre-mesure.

Un article trèèèès sympathique de Paleophil. Rejoint un peu le sujet du livre du docteur Lee Goldman abordé la semaine dernière, Too much of a good thing.

L’équilibre nutritionnel en mouvement : il n’y a pas de réelle alimentation optimale, il faut penser dynamique plutôt qu’en statique. Tout bouge et nous nous adaptons. Rien de nouveau sous le soleil, j’aime beaucoup ce gif casse-tête.

Ce gif animé, c’est plutôt pour illustrer les alimentations qui ne fonctionnent pas (à partir d’une blague sur les tests unitaires en langage d’informaticien), à cause de fondements contradictoires.

Gluten, oméga3, vitamine K2, pseudoscience et carabistouilles

Cover artJ’ai découvert* le principe du podcast ces derniers temps, disons plutôt l’appli Pocket Casts sur android et qui me permet d’écouter les podcasts tous frais de la BBC, de France Musique, ou même de Brigitte Lahaie. Un podcast tout particulièrement intéressant à suivre étant le podcast Podcastscience.fm, très bien animé, avec pas mal d’épisodes accumulés au fil des ans, et tous disponibles, y compris sur sur Iphone ou Ipad grâce à l’appli sobrement intitulée Podcasts. Ou sur leur site web, ou via la plateforme Soundcloud. Je n’ai pas eu le temps de rattraper mon retard, mais gageons que le reste soit de qualité, même si tout ce qui concerne l’alimentation ne semble pas leur sujet de prédilection, la science est assez vaste tout de même.

Podcast Science - ISSN 2271-670X

Une émission m’a particulièrement intéressée, la n°198 sur les médecines alternatives, avec Nima du blog Sham&Science en invité. Plutôt bien tenue, elle nous invite à nous interroger sur les pratiques alternatives, comme la kinésio, l’homéopathie, l’acupuncture, et autres. Le ton y est étrangement modéré, ce n’est pas un podcast à charge, et on insiste avant tout sur l’aspect placebo de ces médecines. Peut-être même que certaines d’entre-elles auraient un placebo un peu plus fort que d’autres…je suis peut-être par nature bienveillant envers la naturopathie, et la phytothérapie, qui me semble à distinguer des autres, par son côté empirique et plus à l’écoute du patient, en tout cas, quand le praticien est bon, ce qui permet de ne pas appliquer bêtement ce que l’on est sensé avoir appris et intégré. Le manque de preuves scientifiques n’est-il pas à blâmer ? Si les grands-mères avaient du attendre les résultats d’études d’intervention, peut-être nous ne serions plus là…

Je me disais : Sylvain, fais-tu de la maudite pseudoscience sur ce blog ? Et notamment sur les sujets récurrents ?

Mmh.

Oui, peut-être. Ou pas, allez savoir.

Je me suis demandé quels sujets étaient le plus propices à la pseudoscience…je vais revenir sur certains classiques, y a pas que du neuf, mais je tiens à progresser un peu. Aussi je profite pour revenir sur certains sujets déjà abordés auparavant, mais qui intéresseront les nouveaux lecteurs, même si je conçois que cela n’amènera que déception et frustration chez les habitués.

  • Le gluten

Prenons le gluten par exemple, j’en étais resté à cet article sans vraiment trancher sur la sensibilité non-céliaque, qui affecterait bien plus de personnes que les simples céliaques ; la fameuse étude sur les fodmaps ayant levé le voile, en tout cas sur les symptômes digestifs. On pouvait dire qu’il restaient tout un tas de pathologies régulièrement associées, comme au hasard la spondylarthrite. Puis très récemment, l’étude que tout le monde attendait chez les partisans du gluten.

Donc « Hourrah ! » pouvait-on s’écrier ci-et-là, c’est la fin de l’histoire. Lanutrition.fr a donc relayé logiquement l’étude, en faisant confiance à l’abstract : les quantités sont données, on a les fameuses p-values qui permettent de mesurer la pertinence des résultats (c’est un peu plus complexe, je résume), et la conclusion se finit par un « significativement ». Et en plus mazette, une étude randomisée en double-aveugle, c’est Byzance.

Sauf que, sauf que…Alex Leaf, un invité du site Suppversity est allé fouiller les résultats en profondeur, tel un spéléologue des études, en consultant le texte intégral. Et l’étude est peut-être moins percutante que ce que l’abstract promettait. Les gars qui ont pondu l’étude indiquent également la sensibilité non-céliaque reste à prouver, en ajoutant même que certains individus ont plutôt mal réagi au placebo (une pilule d’amidon de riz). Flute. Crotte. Déception.

Source de l’image : Suppversity

Pour ma part : malgré des résultats un peu friables, on va attendre une étude portant sur des quantités. Je ne sais pas, mais 4,375 grammes par jour de gluten c’est peu, très peu tout de même. Et ce d’autant que l’on peut-être amené à s’interroger sur la quantité réelle de gluten ingéré massivement par les français, en tant qu’additif, ou dans le pain/biscuits/brioches en dehors des caractéristiques du blé moderne, comme le fait Thierry Souccar dans cet édito.

Entre 8 et 9g de protéines pour 100g de baguette de pain, et le gluten étant la majeure partie de la protéine du blé – tendre -, on peut se dire que les 4,375g de gluten sont vite dépassés en alimentation « moderne ». On peut se poser la question, de l’effet en fonction de la quantité. A suivre…et ce d’autant qu’une autre protéine spécifique au blé semble être à l’étude, chez les céliaques au moins. Et sans parler des pesticides (glyphosate), bien sûr ! Et évidemment ne pas dénigrer les autres symptômes que ceux liés à la digestion, qui ne sont pas l’objet de l’étude, telles que relevées par Seignalet, puis Jacqueline Lagacé, ou bien encore Jean-Marie Magnien.

Surtout que…je viens de tomber quelques heures avant de publier le présent article sur une nouvelle étude d’intervention qui va en intéresser plus d’un : la gliadine (la protéine du gluten suspectée d’être la plus nocive) augmente bien la perméabilité intestinale…chez tous les individus testés, peu importe leur statut concernant la sensibilité au gluten. Voilà qui pourrait relancer le débat…en tout cas sur les pathologies auto-immunes en cas de barrière intestinale trop poreuse…sachant que la gliadine n’est jamais totalement digérée…

Bilan : on n’en sait toujours pas plus, mais cette fameuse étude incite vraiment à creuser davantage en testant la quantité de gluten absorbée et l’intensité des symptômes. Si vous sentez que vous digérez pas trop le blé, et que c’est mieux de le restreindre ou de ne plus en manger du tout…alors vous êtes seuls maitres à bord, et pas la peine d’attendre une énième étude pour venir confirmer votre état de santé et votre susceptibilité au blé moderne, avec ou sans gluten, fodmaps, et j’en passe. Parfois le pragmatisme l’emporte plus que l’attente d’une étude pour faire les choix qui s’imposent d’eux-mêmes…

  • Huile de poisson, rance, et acides gras péroxydés

J’étais sacrément embarrassé l’an passé sur la consommation d’huile de foie de morue.

En fait, une étude également relayée par Suppversity sur Facebook est venue dédramatiser un peu tout ça : certains sous-produits de la péroxydation des oméga3 seraient bénéfiques, si je comprends bien…l’étude est disponible sur Researchgate, et ce sont des français bien de chez nous qui en sont les instigateurs.

Cela étant,  en ce qui concerne je me méfie toujours des versions fermentées, là il n’y a plus d’oméga3 intacts, alors il y a de quoi s’interroger.

garden of lifeBilan : préférer du (petit) poisson sauvage, ou du foie de morue, non fumé (bah oui, sinon ça revient un peu au même).  Sinon une huile de foie de morue non fermentée, l’hiver uniquement.

  • Vitamine K2

On va finir sur un classique du blog, la vitamine K2, j’en fais tout un fromage, mais qu’en est-il réellement ?

Weston Price affabulateur, charlatan, marchand de sornettes ? Déjà distinguons le monsieur et son apport direct, et la fondation qui…s’en inspire.

La Weston A. Price Foundation fait du bon boulot et du mauvais, mais pas en même temps. Ca dépend des auteurs. Chris Masterjohn est bon. Kaayla Daniel, ça dépend, son ouvrage à charge sur le soja est trop caricatural pour être digne d’intérêt. Mais son article sur les acides aminés des bouillons, et autres sous-produits gélatineux est vraiment bien, vraiment. Et après, y a à boire et à manger, comme toujours quand on parle d’alimentation. Ils ont une position pro-homéopathie qui me laisse dubitatif. Enfin, peu importe.

Weston Price, si on le lit dans le texte, a eu une attitude, ma foi, assez scientifique, l’intuition de la qualité des aliments sur les caries et la santé dentaire en général. L’idée de tester deux populations identiques l’une rurale et traditionnelle et l’autre urbaine semble marqué au coin du bon sens aujourd’hui, peut-être était-ce moins évident hier. Passons sur le racisme de ses textes, toujours douteux, mais semble une constante avant la seconde guerre mondiale. On a quand même un homme qui reprend les travaux des époux Mellanby  sur les caries, leur possible soin, et le rôle attenant de la vitamine D, et qui trouvant cela insuffisant, finit par tâtonner, voyager, prendre des notes, et découvrir un fameux facteur X qui aiderait « vachement » (ouais bon…) à soigner les dents de ses patients, surtout chez les enfants.

Le facteur X, resté « magique », ces midichloriens…pourrait-être un objet de raillerie incessant de la part de la solide communauté sceptique.

Sauf que voilà. Chris Masterjohn, jeune docteur a déblayé le terrain, et conclue chichement dans un magistral article : le facteur X n’est autre que la vitamine K2. Weston Price a donc découvert une vitamine, officieusement parlant ! Et le rôle de la vitamine K2 sur la mobilité du calcium, son interaction avec les autres vitamines (A et D) ne sont pas vraiment discutées.

Pour illustrer l’effet de la vitamine K2 sur les artères, 3 études récentes, sélectionnées au gré du cherry-picking habituel, merci à twitter et facebook de faire de la veille ;).

– Les statines seraient tellement contreproductives, qu’elles stimuleraient l’athérosclérose en plus d’inhiber la synthèse de la vitamine k2 dans les artères ; peut-être n’y vont-ils pas avec le dos de la cuiller à pot…

Une étude bien cadenassée (c’est à dire d’intervention, randomisée en double aveugle, le Saint-Graal des chercheurs qui ont la chance de pouvoir les effectuer…), avec un échantillon pas trop mauvais (244 femmes ménopausées) conclue sur le rôle positif d’une version spécifique de la vitamine K2, la MK-7, la ménaquinone-7…certains marqueurs biologiques ne bougent pas, mais la rigidité artérielle semble bien orientée (moins rigide).

Sur une étude batave un peu plus épidémiologique, les fromages, mais pas les autres aliments fermentés ont un effet positif sur la santé cardiovasulaire (ici la mortalité). Quand on a en tête que le gouda ou mimolette est un des fromages les plus riches en K2, on se dit, que ceci tombe sous le sens. Comme le rappelle l’auteur de Gestion Santé sur le meilleur article en français sur cette vitamine, les fromages hollandais peuvent cumuler la vitamine K2 sous sa forme mk4 (si les vaches broutent de la bonne herbe, c’est ça qui a été constaté par Weston Price, pour le facteur X), et leur méthode d’affinage particulière promeut particulièrement bien la synthèse de la forme mk7 de la vitamine K2. Toutefois le natto cher aux japonais serait supérieur…à condition de passer outre son odeur particulière. Enfin, le fromage rebute bien les asiatiques aussi…puissance de la culture…quand tu nous tiens. Le natto pourrait être ainsi un des éléments responsables de la longévité à Okinawa. Et on pense également aux populations méditerranéennes partagées entre fromages de chèvre et fromages de brebis.

La vie sans Banon, n'est que tristesse et abandon (©DSK)

La vie sans Banon, n’est que tristesse et abandon (©DSK, Tristane B.)

Bilan : la vitamine K2 c’est très bien, même dans les produits laitiers pleins de graisses saturées, voilà qui donne envie de claquer les gens qui répètent les mêmes insanités. Bon, choisir ses produits et ne pas abuser non plus, mais comme souvent une petite consommation est préférable à une abstinence totale…attention ce n’est pas la panacée non plus, et d’autres facteurs interviennent dans la santé cardio-vasculaire. Reste les caries et notre cher Price et/Ou Les Mellanby…faites-vous votre avis, allez chopper tous les textes de ces auteurs, vous avez le droit de rester sceptique, mais j’ai déjà discuté de ça dans les articles relatifs au tag caries et leurs commentaires sous-jacents, il reste des interrogations, mais le sujet reste à explorer (à quand une étude randomisée en double aveugle, tiens, pour amener les fameuses preuves ?) et le wikipedia français mentionne toujours cette foutue ancienne carie reminéralisée…je croyais que c’était pas possible, m’enfin. Le lien entre caries, maladies des gencives et maladies cardiovasculaires est aussi réel, même si des chercheurs pointent d’autres causes que la vitamine K2 qui viendrait « magiquement » résoudre tous les problèmes, bien sûr, cela serait trop simple.

J’avais promis des carabistouilles, en plus des précédentes ;),  en voici d’autres.

carabistouille-1carabistouille-2 carabistouille-3

* avec 10 ans de retard on ne se refait pas.

** Non ça ne correspond à rien dans le texte, mais foi d’idée fixe, j’aime les astérix.

A la quête de…oh et puis zut !

Tout d’abord bonne année…et bonne santé. C’est un peu pour cette dernière que je blogue, et je sais à quel point elle est précieuse pour chacun d’entre nous, avoir la santé n’est décidément pas un luxe 🙂

Je voulais revenir brièvement sur un sujet dont l’article a eu pas mal de succès, si je m’intéresse au nombre de commentaires (dans les faits c’est cet article là qui est le plus visité, à vrai dire la majorité du temps le nombre de hits pour cet article dépasse la somme de tout les autres, vive google).

J’ai donc fini la bouteille de Green Pasture. Deux ans. Une supplémentation « douce » on pourrait croire. Mais j’ai gardé un arrière-goût en bouche assez désagréable : la fermentation c’est aussi l’oxydation absolue des oméga-3, autrement dit, si le contenu en vitamines liposolubles est sympathique, on ne restera jamais convaincu par cette huile hyper rance, et surtout quels sont ses effets sur l’organisme ?

J’ai donc opté cet hiver pour l’huile suivante, de chez Garden of life, qui semble-t-il garde ses propriétés fraîches, si je puis dire, non fermentée, et ayant gardé son caractère non désodorisé, bien qu’étant vendue avec une saveur naturelle de menthe-citron, pas franchement horrible, bien qu’étrange, décalée même. Le goût originel ne transparait donc pas.

On notera, ô miracle, une tentative de transparence en ce qui concerne le contenu en vitamines, ainsi qu’en oméga3 à longue chaîne :

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Pour l’anecdote : oui le papier-bulle avec de grosses bulles, c’est génial.

Cliquer pour acheter de l’huile de foie de morue Garden of Life

Ah, joie, on a la quantité en IU et non pas en IU/g, unité de mesure pas vraiment aux normes (la fameuse notice de Cooper a déménagé et est disponible ici) et qui aura eu le mérite de me mener à la confusion totale. Oui c’est possible de convertir, de faire des tables de trois mais enfin, quand tout le monde parle en IU, on fait l’effort de s’adapter !

Il y a deux déceptions. Ouais, en bon perfectionniste je suis déçu. La quantité journalière de vitamine D ne correspond qu’à deux fois les apports conseillé de l’AFSSA. Et c’est donc 10 à 20 fois inférieur aux apports conseillés par les scientifiques (les indépendants hein). Rien de neuf, c’est la raison pour laquelle je pressentais qu’il me fallait une supplémentation en vitamine D.

La seconde déception, c’est que je me suis amusé à faire une recherche google sur Ray Peat et l’huile de foie de morue pour savoir ce qu’il en pensait. Et là c’est le drame. On y apprend grosso modo que l’huile de poisson est déjà oxydée quand elle vous parvient. J’avais déjà constaté ça pour l’huile de colza, aucune raison de dédouaner l’huile de poisson. Et même si on atteint pas le niveau d’oxydation de l’huile fermentée de Green Pasture, l’article est suffisamment éloquent quant aux implications de cette huile sur la santé (système immunitaire notamment). Suffisamment en tout cas pour que ma bienveillance de base se transforme en méfiance.

Je n’ai pas envie d’invoquer un joker inuit. Hein, vous savez le poisson pourri…leur huile n’était certainement pas fraiche. On pourrait même se méfier des poissons sur les étals. Ray Peat (notoirement réputé pour être anti-polyinsaturés) note que l’huile de poisson pourrait même s’oxyder avant d’atteindre le flux sanguin.

Aussi je trouve curieux la présence d’alpha-tocophérol dans…les ingrédients. Donc c’est de la vitamine E ajoutée, pour faire simple. Vitamine qui joue le rôle d’antioxydant, in vitro, in vivo. Garden of life chercherait à préserver leur huile de foie de morue de l’oxydation ? Cela me semble assez léger, à voir avec la teneur, non précisée. Il aurait été presque plus utile de combiner une huile riche en graisse saturée (huile de palme rouge ?) avec l’huile de foie de morue pour la protéger de la méchante oxydation, voilà une idée à exploiter, dommage pour l’empreinte carbone d’une telle opération.

Plus je creuse, moins je suis certain de ce qu’il faut en penser. En conclusion, prudemment, tout de même :

bonne source de vitamine A (rétinol, bien plus bio-disponible que le bêta-carotène, si vous avez un foie surchargé, pensez-y)

vitamine D : correcte mais très probablement insuffisante.

oméga3 : c’est la grande question, la fraicheur du poisson revient toujours sur le tapis, les oméga3 oxydés ayant l’air d’être plus que contreproductifs. (et donc les poissons sur les étals…c’est pas pareil parce qu’il y a la chair autour ? A voir, ou plutôt j’attends un commentaire qui saura me répondre 🙂 Il me semble bien que la consommation de poissons est positive)

– En conséquence de quoi, paradoxalement je conseillerais plutôt l’huile à une personne en bonne santé cherchant à se supplémenter – surtout en vitamine A ! -, plutôt qu’à celles ayant une santé défaillante (à voir chez les immunodéprimés par exemple, et les autres maux relevés par Ray Peat). Les plus costauds d’entre nous pourront – pourraient ! – encaisser les dégâts des oméga3 oxydés (voire prévenir l’oxydation ?), si la dose reste respectée.

– Au final…à prendre avec des pincettes. Moi-même, je ne sais même pas ce que je vais faire. Je me contente de regarder la bouteille, bouteille fort jolie au demeurant.

En bonus, une note d’humour : la sagesse des gaulois, le poisson source de dispute source : Indiansamourai.com

frais poisson